Le jour des Triffides – John Wyndham

Le Jour des Triffides

Auteur : John Wyndham
Gallimard, coll. Folio SF
Format : livre de poche
Prix : 7,10 euros
ISBN : 978-2-07-031263-4

Une île déserte pleine de livres…

Imaginons que, lassé de notre belle civilisation, je décide de m’exiler sur une île déserte, quelque part du côté des Kerguelen…(breuuu ! Il y fait peut-être un peu trop froid !)  Pour le moral, je ne pourrais pas faire autrement que de m’encombrer d’une valise pleine de livres. Question de confort !
Ces incontournables ouvrages – selon moi – seront donc au cœur des chroniques que j’inaugure ici. Aurais-je raison de bourrer mes bagages de papier plutôt que de blocs de foie gras ou de bouteilles de Jurançon ? Et s’il me fallait bouffer des cailloux une fois sur place ?

1. Triffides de John Wyndham.

Triffides, publié en 1951, a inauguré un courant assez particulier dans l’univers de la science-fiction: celui des fins du monde abordées avec un charme très britannique. Cette approche originale – un gouffre sépare les Triffides de Quinzinzinzili, livre sombre et sans espoir – a laissé une empreinte profonde sur des générations de lecteurs et inspiré des écrivains comme Keith Roberts ou Jim Ballard. Comme tous les livres de qualité, Triffides se bonifie avec le temps. Certes, certaines idées de base sont construites à partir de l’actualité de l’époque et de l’évolution de la situation générale telle que l’on pouvait l’imaginer à ce moment. Mais l’habileté de l’usage qui en est fait, la dimension assez universelle des enseignements qui en sont tirés mettent en arrière plan cet aspect désuet. Les préoccupations évoquées sont malheureusement toujours actuelles : la lutte contre la faim, la discrimination, la volonté de puissance. Ce qui est intéressant dans ce type d’ouvrage, ce n’est pas l’histoire en elle-même, convenue et classique, mais l’étude particulièrement approfondie des communautés humaines confrontées au cataclysme et à ses conséquences. Les Triffides – plantes à l’origine mystérieuse, peut-être créées par l’homme, en fait on n’en sait rien – ne sont là que pour remplir le vide qu’il a laissé, un peu comme les guêpes géantes dans Furies de Keith Roberts. Elles apportent à la fois la menace et l’espoir, c’est-à-dire les raisons d’une reconquête future de sa planète par l’homme et donc le motif de son redressement.
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Dans ce contexte, on suit les péripéties du héros, qui de façon très mesurée – c’est là une des particularités des fins du monde à l’anglaise : les évènements s’enchaînent sans précipitation, avec flegme – nous livre une analyse percutante sur les perspectives qu’offrent les différentes voies qui s’ouvrent devant lui. Au début, un phénomène cosmique – où l’on apprendra que l’homme a sa part de responsabilité – rend aveugle ceux qui l’ont observé, à l’exception de quelques privilégiés qui échappent au destin commun soit parce qu’ils étaient isolés au fin fond d’une mine, en train de cuver après une soirée bien arrosée ou, tel le personnage central de l’histoire, hospitalisés avec des bandages sur les yeux. La première partie de l’ouvrage décrit la chute de cette humanité qui vivait déjà dans l’angoisse. L’instinct de survie brise très vite les conventions laborieusement établies au long des siècles pour ramener l’homme à ses fondamentaux. Il n’y a pas de condamnation de l’espèce, ce sont les évènements qui rabaissent hommes et femmes aux préoccupations les plus élémentaires : manger, se protéger, survivre à tout prix. Quelques descriptions soignées suffisent à donner une bonne image de cette régression fulgurante : celle de l’homme qui s’enfuit en serrant comme un trésor deux boites de conserves – tout au moins le croit-il – mais qui sont en réalité des pots de peinture ; celles du désespoir du médecin de l’hôpital, du patron de bar, toutes pertinentes et implacables… Et cette humanité désemparée sombre très vite, aidée en cela par les Triffides qui font quelques cartons – ces petites plantes disposent d’un fouet cinglant et venimeux, et elles ont une dent envers tout ce qui est animé. Avec une précision de clinicien, l’effondrement de la civilisation est brossé avec cohérence, conviction, réalisme. Une fois la messe dite sur le monde d’antan, les différents scénarios qui attendent les survivants font l’objet de réflexions plutôt élaborées, et couvrent tout un champ de suppositions : quel avenir pour une communauté puritaine, féodale, ou encore pastorale, ou vivant de pillages, sans projets, ou ayant une orientation collectiviste ? (En pleine guerre froide, il fallait oser !) Il n’est pas jusqu’à l’égalité hommes/femmes qui ne soit abordée, et de façon plutôt virulente dans cet ouvrage. Ce qui en fait également l’originalité, ce sont les préoccupations écologiques (liées à la nourriture, aux plantes qui sont au cÅ“ur du récit, aux villes qui se désagrègent) qui sont apposées comme des touches délicates sur la toile de fond de l’histoire, mais qui n’en sont pas moins curieuses lorsque l’on veut bien se souvenir de l’année où en furent écrites les lignes.
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Triffides a ouvert la voie à des textes de première grandeur. J’ai déjà dit tout ce que Furies leur devait, mais un livre comme Sécheresse de Ballard en descend directement, même s’il est totalement désespéré. Dans Triffides il y a au moins les lueurs d’une renaissance future, chez Ballard, c’est cuit.

Triffides a connu au moins trois éditions en France. La plus ancienne, une adaptation au Fleuve Noir, a permis aux lecteurs de découvrir Wyndham. D’autres ouvrages de cet auteur (Le péril vient de la mer, Les transformés, Les coucous de Midwich…) ont concouru à l’imposer comme l’un des ténors du genre. Enfin Opta publia ce roman dans son intégralité dans la collection Anti-Monde. C’est celle qui est désormais reprise lors des rééditions.

Pour sa poésie, sa rigueur, ses descriptions et le regard porté sur l’homme, Triffides est assuré de trouver une place dans ma valise.
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Les publications en France :
La Révolte des Triffides (The Day of the Triffids), trad. Michel Duino, Fleuve noir 1956, coll. Anticipation, n°68
Les Triffides, (The Day of the Triffids), trad. Marcel Battin, OPTA 1974, coll. Anti-mondes, n°15
Le Jour des Triffides, (The Day of the Triffids), Terre de brume 2004, coll. Poussière d’étoile
Le Jour des Triffides, (The Day of the Triffids), traduction révisée par Sébastien Guillot, Gallimard 2007, coll. Folio SF n° 267

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