Galaxies numéro 12/54 nouvelle série

Galaxies Nouvelle Série n°12/54

Période : printemps 2011
ISSN : 1270-2382
Format : 13,5 x 21
Pages : 192
Prix : 11€

 

 

La musique de la chair de Daniel Walther

Issu du recueil éponyme paru chez Rivière Blanche, ce texte est une variation futuriste des écrits à l’eau de rose se déroulant dans le milieu médical, comme par exemple « la collection blanche » de Harlequin. En gros, l’histoire se résume en une phrase : un chirurgien/compositeur génial et célèbre tombe amoureux de sa patiente, une roturière que tout sépare, après lui avoir sauvé la vie.
Comme on le devine aisément, l’intérêt de cette nouvelle ne réside pas dans sa trame. Mais dans la musique des mots, les impressions qui en découlent et l’univers ébauché par l’auteur.

Profession de foi de Mike Resnick

La nouvelle de Resnick est une intéressante réflexion sur la nature humaine, sur l’autre, sur le communautarisme, et l’intolérance à travers une fable théologique. La naïveté de Jackson le robot est touchante, tout comme son désir de transcendance, alors que le révérend Morris nous apparaît dans toute son impuissance devant l’intégrisme de ses ouailles… plus que cela, il nous apparaît comme un lâche. Ce texte peut également être lu comme une métaphore sur la ségrégation raciale aux USA. Il mérite qu’on s’y attarde et même qu’on médite sur ses sens cachés.

Dolorem ipsum de Kitty Steward

L’histoire se déroule dans le futur, après la création des chambres de régénération de Boldin. Appareils permettant d’abolir toute douleur. En contrepartie se constitue pour ceux qui ont été exclus de cette nouvelle aristocratie (les non-codants) une église de la douleur (l’Église de la Conscience de Soi avec ses Anges de Douleur). C’est dans ce contexte que le journaliste Alan Smithee aide une non-codante, Hanako, à retrouver sa fille Erika qu’on lui a retiré à la naissance.
De même la nouvelle de Steward qui met en scène une société « sans douleur » ouvre sur de nombreuses réflexions philosophiques. Sur la société, sur le corps, sur le travail de journalisme aussi, sur la soif d’argent, les expériences biologiques (clonage, par exemple). De plus ce texte est servi par une belle écriture.

Le dossier que propose Richard Nolane de l’écrivain britannique Edwin Charles Tubb est très complet pour découvrir le père de Earl Dumarest. Outre une interview, une nouvelle de Tubb, une bibliographie, on lira plusieurs articles (dont un de Tubb lui-même) consacrés au célèbre aventurier des étoiles, ainsi qu’un article sur l’adaptation télévisuelle (en 1962) en France du roman le navire-étoile. Pour info, Philip Harbottle était l’agent littéraire de Ed Tubb.
Le dossier se compose ainsi :
E.C. Tubb un classique méconnu de la SF anglaise par Richard D. Nolane
Le navire-étoile ou les débuts de la SF à la télévision française  par Richard D. Nolane
Bibliographie d’E.C. Tubb
Une interview de Edwin Tubb par Craig Robertson et Philip Harbottle
Un certain Earl Dumarest par E. C. Tubb
La saga de Dumarest par Philip Harbottle
Dumarest en sa galaxie sauvage par Richard D. Nolane
Dumarest version BD par Alain Dartevelle

Un dossier particulièrement bien fait non seulement pour les informations apportées sur Tubb, son œuvre et son héros Dumarest, mais surtout parce qu’il donne envie de mieux découvrir cet auteur britannique.

La chute de l’ange de Edwin Charles Tubb

Sans doute la nouvelle la plus intéressante de la revue, même si elle aurait mérité un plus large développement de la part de son auteur.
De quoi s’agit-il ?
Frank Engel, un SDF drogué et alcoolique, a été enlevé par des Extra-terrestres pour subir des examens. Après plusieurs mois durant lesquels il est minutieusement étudié sous toutes les coutures, Engel est libéré. Pour le remercier de sa coopération, outre l’avoir soigné et libéré de ses addictions, les E.T. lui font un cadeau. Une bague qui permet à Engel de se déplacer 57 secondes dans le temps, de façon unidirectionnelle vers le passé. Que va-t-il faire d’un tel don ?
Là également cette nouvelle a une portée philosophique, voire même morale. Et un final d’une tragique poésie.

Jean-Pierre Laigle, dans son article, examine la mystérieuse planète Vulcain dans la littérature. D’abord cet article se penche sur l’hypothèse « scientifique » de Le Verrier « découvreur » de Vulcain, le monde inframercurien. Et comment elle est conçue dans les textes américains (surtout les pulps).

Le coin du bouquineur de Philippe Ethuin est consacré à l’auteur, quelque peu oublié, Albert Bonneau et son roman de littérature imaginaire scientifique la cité sans soleil.

Le dernier article de la revue, signé Denis Labbé, est consacré à Jack London et plus précisément à des textes « SF » : talon de Fer et la peste écarlate.

Une fois de plus un numéro de Galaxies fort riche en découvertes, que ce soit au niveau des articles, auteurs et nouvelles. L’autre point fort de ce numéro, outre le dossier E.C. Tubb, c’est ce choix porté sur des textes à vocation philosophique. Juste un reproche formel, pour les lecteurs qui vieillissent comme moi, la taille de police est un peu trop petite.
Sinon on ne peut que remercier Pierre Gévart et son équipe d’offrir ainsi aux lecteurs, chaque trimestre, une revue SF d’une telle qualité.

Cyril Carau

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