Dimension Alain Dorémieux

DIMENSION ALAIN DOREMIEUX
Anthologie présentée par Richard COMBALLOT

Editeur : Rivière Blanche
376 pages
Prix : 25 €
ISBN : 978-1-935558-09-5

Table des Matières :
Avant-propos
Préface (Jean-Pierre Andrevon)
Le Ballet
Aurora
La Vana
Les Plaisirs de la Terre
Journal d’une jeune fille du XXVe siècle
Chère salamandre !
Cauchemar vert
La Porte des mondes
Au bout du rêve
M’éveiller à nouveau près de toi, mon amour
Scarlet Dream (extrait de roman)
Dans quelle caverne obscure ? (extrait de roman)
Fritz Leiber (article)
Catherine L. Moore et Henry Kuttner (article)
Le Vampire contre-attaque (entretien Yvonne Maillard)
Promenades au bord d’un adieu (Philippe Curval)
La Maison-D(orém)ieu(x) (Nathalie Serval)
Sortie de crise (lettre à N. Serval)
L’Homme de Fiction (Philippe Curval)
Alain Dorémieux, un inoubliable oublié (Jacques Sternberg)
Initiales A.D. (Fabienne Leloup)
Le Désert de la côte (Daniel Walther) 339
Photos
Bibliographie (Alain Sprauel)

En découvrant cet ouvrage, je me suis demandé pourquoi un tel travail pouvait, malgré les efforts des Editions Rivière Blanche et de l’anthologiste Richard Comballot, demeurer confidentiel ? Dimension « Alain Dorémieux » a, à mon sens, valeur de révélation pour les nouveaux venus à la SF, et pour les vieux crocodiles dans mon genre, elle offre l’opportunité d’un sacré plongeon dans le passé ! Car Dorémieux aura été un homme important dans l’histoire de la SF française, et un écrivain de bonne tenue. On a fait injustement à cet homme un procès d’intention en le traitant de « fossoyeur » de la SF française, alors que, rédacteur en chef de « Fiction » vingt ans durant, il a permis à des auteurs aujourd’hui confirmés et même prestigieux d’exister. Tout au plus maugréais-je jadis sur la porte longtemps restée fermée de « Galaxie » à ces mêmes auteurs ! Mais il faut rétablir la vérité, et je rejoins tout à fait Andrevon qui, dans sa préface, rappelle à notre mémoire que Dorémieux fut à l’origine d’anthologies de textes exclusivement français. Fermons la parenthèse. L’introduction d’Andrevon retrace avec minutie la vie et la carrière d’Alain Dorémieux, donnant à découvrir les facettes de cet homme fragile, solitaire, en proie à des névroses directement héritées de l’enfance. Dorémieux était un pessimiste mais sans doute gardait-il quelque espoir en l’avenir de notre espèce, sinon sa crainte de la mort n’eut pas été aussi prégnante. Je contredirai néanmoins Andrevon sur certains points qu’il souligne comme des étapes importantes, faisant de Dorémieux l’homme des années 60, de Goimard celui des années 70. Selon moi, les années 70 furent surtout celles de Jacques Sadoul dont la politique éditoriale chez « J’ai Lu » autorisa l’expansion du genre durant cette décennie. Et Dorémieux y fut omniprésent, son travail comme directeur de collection chez Casterman ayant à jamais associé son nom à une prestation de qualité. Comme tous les timides, il ne se révélait jamais mieux que derrière un masque, ce dont il abusa sous le pseudonyme de Serge-André Bertrand dans ses célèbres « Diagonales », passage en revue souvent féroce de la production de l’époque. Je pense, à l’aune d’une certaine expérience, que lorsque l’on n’aime pas quelque chose, il vaut mieux n’en point parler, car où est le plaisir de réduire en cendres le travail d’autrui, sous prétexte qu’il ne vous a pas plu ? J’ai cédé jadis à cette facilité dans les colonnes d’Horizons du Fantastique et je le regrette aujourd’hui. Dorémieux, sous ce nom de plume se comporta donc parfois comme un tueur et je ne suis pas sûr que cela ait servi à quelque chose. Cet aspect de la question nous renvoie vers ces belles années « seventies » où les adeptes d’un fandom en ébullition se foutaient gaiement sur la gueule par critiques et tribunes interposées, où les gentils étaient de gauche, les vilains de droite, (dur, dur pour ceux qui ne savaient pas où se situer !) et ceux qui s’élevaient contre l’introduction de scènes de cul à doses éléphantesques dans les textes, des cons. Quant au lecteur, est-ce que tout ce beau monde s’en inquiétait ? Pas sûr. Ah, temps bénis où il se passait toujours quelque chose dans les librairies parisiennes et où l’on nouait des amitiés indéfectibles et des haines tenaces !

Dorémieux fut aussi l’homme qui promut Dick en France. Ceux qui parcourent ce forum savent que Dick n’est pas précisément un écrivain que je considère comme essentiel. Je dis pour ma part que c’est une pure création marketing dont notre homme fut l’un des plus ardents artisans. Mais je partage avec lui l’admiration qu’il éprouva pour Sturgeon et Ballard, des écrivains que j’estime plus sincères et talentueux. Refermons la parenthèse et sortons l’armure.

Donc, après la copieuse introduction d’Andrevon, Richard Comballot nous propose une palette de textes où s’exprime le talent de Dorémieux, écrivain jugé économe dans son écriture, mais tellement efficace dans son propos. La thématique est toujours la même : une forme de vampirisme féminin venu d’ailleurs ou d’outre-tombe aliène une victime généralement masculine. La mort est immanquablement au rendez-vous. Ses textes sont donc une variation sur cette obsession, depuis Le ballet – écrit ancien – jusqu’à La Vana et ses prolongements, célèbre pour ses avancées sensuelles particulièrement osées lors de sa publication en 1959. Le propos n’est jamais vulgaire, ce qui rehausse un sujet qui flirte souvent avec le sexe, et il y a dans les comportements des protagonistes une fragilité, un repliement sur soi-même qui renvoient inévitablement vers l’auteur. Dorémieux s’est mis en scène, ou si ce n’est lui, du moins son ombre. Je ne sais pas si certains de ces textes, présentés aujourd’hui sous le nom d’un inconnu, franchiraient le barrage des « bétas lecteurs » dont on nous rebat les oreilles et qui finissent par rendre insipides les écrits qu’ils examinent à force d’y étaler leur suffisance. Peut-être oui, peut-être non. Cette anthologie offre en tout cas l’opportunité de découvrir des nouvelles très distantes dans le temps et sur lesquelles planent les mêmes préoccupations et les mêmes peurs. Et c’est bien ce qui est étonnant. Un fil commun relie le cycle des « Vanas » à Cauchemar vert, même si les contextes diffèrent. La Porte des mondes, publié en 1969 me semble être une vraie charnière dans l’œuvre de Dorémieux, non que ce texte soit exceptionnel, avec ses réminiscences des univers de « Leigh Brackett » comme le souligne Comballot, mais parce qu’il me semble qu’il y introduit des artifices très « Dickiens » comme le « glissement de temps » dont le héros de l’histoire fait usage pour se tirer d’un mauvais pas. Ce recueil donne également à découvrir deux extraits de romans puis un dossier particulièrement complet, comprenant des articles de Dorémieux – qui, entre autres talents, fut un grand chroniqueur – sur Leiber et le couple mythique de la SF américaine Kuttner et Moore (Que celles et ceux qui n’ont jamais lu Déjà Demain se hâtent !). Ce sont des préfaces reprises d’anthologies anciennes, des modèles du genre. Enfin vient un ensemble de témoignages très émouvants de ses proches et amis, sous forme d’interview pour Curval, ainsi que des lettres poignantes de l’intéressé, qui restituent bien l’état de désespérance et de misère qu’il avait atteint. Ce beau travail s’achève sur une nouvelle de Walther qui rend ainsi à Alain Dorémieux l’hommage qui lui était dû.


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