Demain les chiens – Clifford Simak

Demain les chiens

Auteur : Clifford D. Simak
J’ai Lu
Traduction : Jean Rosenthal
Format : livre de poche
Coll. Science Fiction
Prix : 4,80 euros
ISBN : 978-2-290308-59-2

Une île déserte pleine de livres…

Les îles Kerguelen, jadis surnommées îles de la Désolation, forment un archipel au sud de l’océan Indien et constituent l’un des cinq districts du territoire des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Son île principale, la Grande Terre est la troisième plus grande île de France, presque aussi grande que la Corse. C’est également la plus grande de toutes les îles sub-antarctiques devant la Malouine Orientale. Ces îles, d’origine volcanique, éloignées de plus de 3 300 km de la terre habitée la plus proche, sont balayées en permanence par des vents forts, sous un climat océanique froid mais non glacial. N’est-ce pas là l’endroit rêvé pour revisiter les grands chefs d’œuvre de la littérature de l’imaginaire, du fantastique et de la science-fiction ?

4. Demain les chiens de Clifford Donald Simak.

Ouvrage classique par excellence, Demain les chiens est la réunion de nouvelles parues dans Astounding Stories avant et pendant la seconde guerre mondiale. Ce cycle brosse en tableaux indépendants mais complémentaires l’histoire future de l’humanité depuis la révolution post-industrielle qui l’affranchit de la problématique des transports jusqu’à son extinction. Cette œuvre, un des premiers grands titres américains traduit en français dès 1950, expose toutes les idées qui feront la réputation de Simak : un amour passionné de la Terre que l’homme, responsable, doit respecter et partager avec les autres créatures vivantes; une mélancolie qui reflète l’irréversibilité du temps, une philosophie humaniste et inspirée qui confère un sens chaleureux à des histoires qui, sans cela, seraient parfois très sombres. Demain les chiens est un livre qui raconte l’épopée d’une famille qui, de génération en génération va faire l’Histoire. Tous les thèmes de prédilection de Simak sont abordés : les robots, les mutants, les univers parallèles. Mais on en retiendra surtout le point essentiel : le passage de témoin entre l’homme et le chien sur la route de l’évolution. À travers cette fable, c’est toute la mécanique des défauts humains – mais aussi de ses vertus – qui est démontée. Simak est allé très loin dans le traitement de son sujet, portant par paliers successifs sa vision du bonheur jusqu’à des niveaux rarement ou jamais atteints. Lorsque l’on considère les pauvres hypothèses développées par nos actuels philosophes de salon, dont je tairais les noms par pitié, et les perspectives vertigineuses ouvertes par Demain les chiens, on ne peut que ricaner devant tant de bêtises étalées de nos jours au long de publications insipides. En comparaison il y a chez Simak un véritable enseignement, celui d’une sagesse qui finit par s’exprimer dans une seule phrase, clef de voûte de l’ouvrage : « Mieux vaut perdre un monde que de revenir au meurtre… ».

Couverture du Astounding stories 146, nov. 1945 avec Census/le recensement (chapitre 6 de Demain les chiens)

Alors, fable, utopie, conte pour enfants ? Oui bien sûr, ce livre procède de tout cela. Pourtant, quelle idée grandiose que celle d’une communauté intelligente, canine en l’occurrence, qui a banni le meurtre ! Dans cette société, écraser une puce par exemple, c’est tuer, c’est ôter la vie. Et l’on ne doit pas ôter la vie ! Simak a imaginé des solutions élégantes pour évacuer les problèmes créés par la disparition du mécanisme de régulation auquel concourt le meurtre, en mettant en place une suite de mondes parallèles susceptibles d’accueillir les excédents de population qui résultent de cette situation. Celui de la nourriture aussi est au premier rang, quand tant de rêves d’anciens prédateurs ont encore la couleur du sang. Mais j’ai parlé de conte, et je crois qu’il est vain de se demander si les solutions qui sont exposées par Simak sont vraisemblables ou non, car malheureusement le crime n’est pas prêt de disparaître de la surface de notre belle planète. Alors rêvons un peu devant cette idée généreuse, qu’aucune religion n’a su exposer avec une telle émotion – à part peut-être le taoïsme – épargnons désormais tous ces pauvres moustiques qui ne font que se nourrir, laissons la vie sauve à ces gentils scorpions dont les réflexes sont purement défensifs et abandonnons nos mains à ces braves pitbulls qui débordent d’affection. Pas facile de venir à bout de nos instincts n’est-ce pas ?

 

 

C’est précisément l’ambition du thème traité, son étrangeté et la fibre noire et profonde qu’il dérange en nous qui ont valu à cet ouvrage de demeurer parfois incompris. Je me souviens d’une émission de radio consacrée jadis à la SF et qui avait, pour parler justement de Demain les chiens invité un vétérinaire qui manifestement ne connaissait rien à la SF. Loin d’évoquer l’idée puissante du livre, il s’appesantissait sur l’impossibilité pour les chiens d’accéder à un niveau élevé de civilisation du fait de leur propension à faire leurs besoins n’importe où ! Bel exemple d’humanité supérieure en vérité !

Quelques publications en France :

- Club français du livre, 1952
– Sagittaire, 1954
– OPTA, coll. « Club français du livre d’anticipation », n°3, 1966
– J’ai lu, coll. « Science-fiction », n°373, 1970 (rééditions 1982, 1987, 1989, 1991, 2002, 2009)
– Alsatia, coll. « Safari signe de piste », n°4, 1991

 


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