Un peu de ton sang – Theodore Sturgeon

Un peu de ton sang

Theodore Sturgeon

Éditeur : Gallimard
Collection : Folio SF
212 pages
18 x 11 cm
Prix : 5,60 euros
ISBN : 978-2-07039-612-2

Je me souviens avec émotion de la profonde impression que j’avais ressenti lors de ma découverte de ce texte, publié jadis dans l’anthologie réunie par Alfred Hitchcock « Histoires à faire peur » dont l’édition française, chez Robert Laffont, date de 1965.

Sturgeon y était au sommet de son art. On peut affirmer qu’il s’est ici livré à une analyse de l’âme humaine et de ses perversions dans laquelle il est allé… très loin ! « Un peu de ton sang » est, si on le veut, une histoire de vampire, mais qui transcende totalement l’idée que l’on se fait de ce thème. Ici le monstre est terriblement humain, avec sa force, ses faiblesses, ses aspirations, en quête d’une forme d’amour, même s’il est totalement fou et cruel. C’est la dérive de ce personnage que Sturgeon nous jette à la figure, en expliquant impitoyablement son cheminement par une approche véritablement clinique et une peinture minutieuse de ses conditions de vie. Cette évocation criante de vérité, dure, où se mêlent injustice, ivrognerie, violence conjugale, pauvreté, éclairs poignants de tendresse décrit mieux qu’une quelconque théorie comment un être humain peut devenir une bête.

Car George, le hĂ©ros de cette histoire, n’a pas sombrĂ© par hasard. Les Ă©preuves subies dans l’enfance, la duretĂ© de son existence quotidienne, les coups qu’il reçoit enfant, son goĂ»t pour la nature – Ă©chappatoire Ă  sa misère de tous les jours – en font Ă  la fois un fauve et une victime. Et Sturgeon dĂ©monte cette mĂ©canique impitoyable qui happe l’être humain et le rejette sur les rives du dĂ©sespoir.

Il montre aussi avec son talent particulier que la recherche confuse du bonheur peut dĂ©boucher sur l’horreur. « Un peu de ton sang » fut Ă©crit en 1961, alors que Sturgeon donnait Ă  son Ĺ“uvre une coloration très freudienne, en particulier avec un texte comme « Une fille qui en a » qui date de 1957 et qui aurait, Ă  mon sens, utilement complĂ©tĂ© cet ouvrage en lieu et place de « Je rĂ©pare tout », connu antĂ©rieurement sous le titre de « Parcelle brillante » (1955, publiĂ©e en France en 1972 chez Casterman). Ces pĂ©riodes de remise en question, rythmĂ©es par une vie sentimentale mouvementĂ©e, ont laissĂ©es leurs marques sur ses rĂ©cits, Ă  la fois en quantitĂ© et qualitĂ©. Ces crises correspondaient Ă  des pics d’activitĂ© – ou de longs silences – oĂą finissait par refluer Ă  la surface au terme d’un long processus intĂ©rieur toute la complexitĂ© des sentiments qu’il Ă©prouvait. C’est Ă  ces occasions qu’il livra ses grands chefs d’œuvres, tel « Cristal qui songe » en particulier, ou « Le disque de solitude » assez proches de « Un peu de ton sang » par l’approche psychologique des personnages.

Un texte magnifique donc, ni SF ni fantastique, mais plutôt insolite, inoubliable plongée au cœur des forces contraires qui s’exercent sur l’homme.

 

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Publié dans Fantastique, Romans | Permalien |

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