Lunar Park – Bret Easton Ellis

Lunar Park

Auteur: Bret Easton Ellis
Editions 10/18, domaine étranger N°13034
472 pages
prix :
7,41 euros
ISBN-10: 2266164333
ISBN-13: 978-2266164337

Bret Easton Ellis, a connu très jeune la richesse et le succès avec son premier roman Moins que Zéro, et il a aussi connu tous les excès. Argent, drogue, sexualité débridée, il a tout tenté et tout eu. Mais après 20 ans d’une telle existence, l’écrivain décide de s’assagir et le voilà qui s’installe avec femme et enfants dans une banlieue tranquille de la Côte Est. Partageant son temps entre les cours à la fac, les séances de thérapie et couple et les repas entre voisins, sa vie va rapidement basculer dans le cauchemar. Des évènements surnaturels viennent en effet bouleverser le frêle  équilibre émotif et mental de l’écrivain. Une peluche prend vie et se montre d’une rare agressivité, des enfants disparaissent dans le voisinage sans parler d’un tueur sadique ressemblant étrangement à Patrick Bateman, le célèbre serial killer d’American Psycho. L’auteur va devoir faire face à ses démons, et ils sont nombreux, à commencer par son propre père.

Étrange livre que celui-ci à plus d’un titre. Pour commencer, Ellis, auquel on a souvent reproché un certain égocentrique, s’adonne ici à un exercice périlleux : l’autofiction, il fait de lui-même le personnage principal et le narrateur de son livre. Mais là encore, comme dans ses précédents ouvrages (Moins que Zéro est supposé être largement autobiographique, du moins en théorie), il est difficile de démêler le vrai du faux. Le roman démarre sur un premier long chapitre d’une centaine de pages en forme de préface. Ellis y raconte sa jeunesse, sa vie outrageusement débauchée puis sa rédemption auprès de son épouse, l’actrice Jayne Dennis (présentée comme une ex de Keanu Reeves). Pourtant, au terme de ce long CV un tantinet prétentieux où ils s’étalent sur ses succès, le doute s’installe. En effet, le top-model nommée Jayne Dennis, n’a jamais existé (son fan club sur le net est un faux créé à visée promotionnelle).
Sans vraiment laisser au lecteur le temps de réfléchir, le roman à proprement parler démarre. On a tout d’abord le sentiment que Bret Easton Ellis « fait son Stephen King ». On voit la vie d’un couple célèbre « ordinaire » partagé entre ses disputes, ses séances de psy, ses défonces au Xanax (un roman de Ellis sans personnage qui se drogue, ce n’est pas un roman de Ellis), et dont la vie va basculer dans le surnaturel. Celui-ci se manifeste par une peluche qui prend vie puis les choses empirent avec l’apparition d’un personnage ressemblant étrangement à Patrick Bateman et qui justement massacre ses victimes comme dans le roman dont il est le héros. Vous allez me dire « OK, il nous sert un mauvais remake de La Part des Ténèbres ». Tout n’est pas si simple, car la lecture du roman présente plusieurs niveaux. Dans American Psycho, la haute société new-yorkaise était stigmatisée dans tout ce qu’elle avait de plus excessif et artificiel. Ici, c’est la notion de paternité qui est mise en avant. Après avoir longuement expliqué dans sa « mini autobiographie tissée de mensonges » à quel point il détestait son père, Ellis explique que celui-ci lui a inspiré le personnage de Bateman et met cette relation malsaine avec celle de son fils (du moins le fils de son « autopersonnage »). Car sous le vernis fantastique, c’est l’enfance et la paternité qui sont au cÅ“ur du livre : parents qui ne savent pas comment élever leurs enfants et qui les shootent à la Ritalin, enfants qui se complaisent dans un monde virtuel et imaginaire. Mais Ellis n’en reste pas là, car les choses s’accélèrent sur la fin du livre, dérivant dans une paranoïa qui n’est pas sans évoquer Philip K. Dick. Qui est réel, qui ne l’est pas ? Où est l’auteur, où est le personnage fictif ? Car dans cette autofiction, Ellis-le-narrateur n’est pas Ellis-l-écrivain, et le malaise va grandissant jusqu’à une fin des plus étranges qui éclaire l’énigmatique titre du livre. Comme chaque fois avec Ellis, voilà un livre curieux et déroutant, mais qui ne laissera aucun lecteur indifférent (en clair, vous aimerez ou vous détesterez, il n’y a aucune situation intermédiaire possible).

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Publié dans Polar - Thriller, Romans | Permalien |

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