Le roi des fauves РAur̩lie Wellenstein

 

Le roi des fauves
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Éditeur : Scrineo
Format : 13,5 x 21
Pages : 288
Prix : 16,90 €

 ISBN : 9782367403021

Voici un ouvrage que j’attendais de lire avec impatience, non seulement pour la belle couverture signée Aurélien Police ou un quatrième de couverture particulièrement attrayant et intrigant : « Accusés de meurtre, Ivar, Kaya et Oswald sont injustement condamnés à un sort pire que la mort. Enfermés dans un royaume en ruines, coupés du monde, il leur reste sept jours d’humanité. Sept jours pendant lesquels le parasite qu’on leur a inoculé va grandir en eux, déformant leur corps et leur esprit pour les changer en monstres, en berserkirs, ces hommes-bêtes enragés destinés seulement à tuer ou être tués.
Commence alors une course contre le temps, effrénée, angoissante, où les amis d’hier devront rester forts et soudés, pour lutter contre les autres… et surtout contre la bête qui grandit en eux. Existe-t-il une issue ? Existe-t-il un salut quand son pire ennemi n’est autre que soi-même ? » Mais surtout parce que j’apprécie grandement l’auteure Aurélie Wellenstein qui a écrit nombre de nouvelles (dans des anthologies et magazines), un recueil Ferrous Occires et deux romans « jeunesse », Le cheval et l’ombre et Chevaux de foudre.

Avec ce roman-ci, très dark, allait-elle renouer avec ses textes les plus délicieusement noirs comme Sac d’os, Le catalyseur ou Jad à la dérive ? Je le dis d’emblée : la réponse est oui !

De quoi s’agit-il ?
Tandis que sévissent la famine et le froid dans une contrée du Nord, médiévale, trois jeunes gens – Ivar, l’apprenti forgeron, la belle Kaya, couturière de son état et Oswald, l’apprenti herboriste – décident d’aller braconner sur les terres du Jarl, le seigneur local. Âgés de 17 ans, ils ont le courage de leur insouciance, car braconner est puni de la peine de mort. Pour nos héros commencent alors une véritable descente aux enfers, car ils sont repérés par un berserkir, une créature mi-homme mi-bête, au service du Jarl. Ce dernier tente de violer Kaya, et comme Ivar l’en empêche, il donne l’ordre au berserkir de les tuer. Par miracle, Ivar parvient à éliminer la créature, puis le Jarl, certes accidentellement. Hélas, nos héros ne parviennent pas à cacher leur forfait et, une fois arrêtés, sont finalement conduits à la capitale pour être jugés. En fait, le Jarl a survécu, malgré la perte de ses jambes. « Magnanime », il commue la peine de mort en transformation en berserkir.
S’ensuivent donc des jours (et des nuits) d’horreur pour Ivar, Kaya, et Oswald, ainsi que les autres condamnés, dont la très jeune Heldi… Mais je n’en dis pas plus de l’histoire ; courez vite vous procurer le roman.

Mon avis :
En premier lieu, j’ai vraiment apprécié l’écriture ; le phrasé coule bien, se lit sans effort, avec de belles images, des passages efficaces qui se prêtent à une adaptation cinématographique. De même, les descriptions fonctionnent à merveille et permettent de bien visualiser les scènes.
En second lieu, je me suis immédiatement immergé dans cet univers dark fantasy, malsain, cruel… en mode survivaliste. L’aspect inéluctable de la transformation du corps (et de l’esprit), cette lutte intérieure contre le « monstre » en soi, les multiples manipulations, le monde « ancien système », hiérarchisé, scandinave sont autant d’éléments qui ont su me séduire… tout comme le thème du « sauveur » (c’est ainsi que se présente le « roi des fauves » aux héros, dans une vision, lors de l’inoculation du ver qui va les transformer en berserkir). De même, j’ai particulièrement apprécié les rebondissements qui font que les scènes s’enchaînent en maintenant une tension permanente. Bref, je n’ai pu décrocher de la première à la dernière page et j’ai lu d’une traite ce roman.
Au niveau du sens, Aurélie Wellenstein nous donne à vivre, à travers ses personnages, la violence ultime, la monstruosité extérieure (les ennemis qui veulent la peau des héros, les nobles qui asservissent le peuple, les berserkirs, les mercenaires…), mais surtout la monstruosité intérieure, la bête en soi, le monstre qui dévore tout : conscience, humanité, liberté… jusqu’à n’être plus que l’esclave d’une violence déchaînée, avilissante, destructrice. Ainsi, un des personnages, bête devenant, renie son humanité, mais aussi son amitié pour ses compagnons. C’est également une leçon sur les « sauveurs ». L’auteure montre que le remède est pire que le mal dont souffrent les malheureux possédés par le lehrling, le ver parasite responsable de la mutation en berserkir. Alors qu’avec la leçon d’un des autres personnages, on comprend qu’il faut savoir accueillir l’animal en soi, coexister et non lutter de façon destructrice. Ou laisser le ressentiment, le sentiment de vengeance, guider toute sa vie.
Car, oui, ce roman propose et met en scène une véritable descente dans les ténèbres. Mais, d’une certaine manière, il apporte aussi les clés pour en sortir, sans pour autant choisir la voie de la violence. En cela, même s’il apparaît peu et semble secondaire, le personnage d’Heldi m’a particulièrement intéressé. Alors que la plupart des autres personnages (sinon tous) sont gouvernés par l’ambition, la peur, la colère, la méchanceté, la lâcheté, la folie – à l’image des animaux qu’ils portent en eux –, la jeune fille montre qu’une autre voie est possible, celle de la grandeur.

Ainsi, l’ensemble particulièrement cohérent et logique se lit d’une traite quasi effrénée comme la course des héros pour s’en sortir. Le beau style, fluide, imagée, énergique de l’auteure facilitant d’autant plus cette lecture vertigineuse.
Oui, autant dans la forme que dans le fond, Aurélie Wellenstein fait mouche. Un ouvrage toutefois à ne pas mettre dans toutes les mains de par sa violence, son côté malsain, déstabilisant. Mais au final, j’en suis ressorti avec l’esprit plus aiguisé sur les arcanes de l’être humain. Merci à elle pour cette aventure endiablée et émouvante, tragique et sans concessions avec Ivar, Kaya, Oswald, Heldi… et le roi des fauves.

Cyril Carau

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Publié dans Chroniques, Fantasy, Romans | Permalien |

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