Galaxies numéro 9/51 nouvelle série

Galaxies Nouvelle Série n°9/51

Eté 2010
ISSN : 1270-2382
Format : 13,8 x 20,9
Pages : 192
Prix : 11€

À l’occasion d’une rencontre entre Pierre Gévart et Michel Jeury lors d’un festival, et puis surtout la publication du nouvel ouvrage de science-fiction de Michel Jeury May le Monde (Robert Laffont, coll. Ailleurs & Demain), la revue Galaxies propose un numéro centré sur l’écrivain. Au programme : le dossier qui comprend un entretien, des anecdotes, des articles, une bibliographie, ainsi qu’une nouvelle de Jeury, et en introduction quatre nouvelles d’inspiration « jeuryenne ». Dans ce numéro on peut également découvrir un article sur Harlan Ellison, auteur de nouvelles : Jeffty a cinq ans. Un article sur la SF en Estonie. Une nouvelle d’Arthur Räpp : le consultant extérieur. Un article sur Jasper Fforde. Et des notes de lectures. À noter, enfin, la belle couverture de l’artiste B (dont le roman graphique Memories of Retrocity est prévu début 2011 aux excellentes éditions du Riez).

Poussière de temps, poussière d’os de Jean-Claude Dunyach, est un texte datant de 1985 qui met en scène un père âgé qui rend visite à sa fille dans un hôpital, celle-ci atteinte d’un cancer en phase terminale a été mise en animation suspendue. En fait elle vit dans une autre dimension temporelle.
Je ne vais pas dévoiler la chute, mais ce texte montre les dangers de la médiatisation, d’un système de santé lié aux intérêts financiers et à la déshumanisation qui risque d’en découler. Un texte intéressant, mais hélas, un peu court et pas assez accès sur l’aspect humain. Du coup, je suis un peu resté en retrait, je n’ai pas suffisamment ressenti d’empathie pour le héros.

Le prisonnier en son royaume de Dominique Douay relate l’histoire de Téva, le prisonnier. Sur une île polynésienne, Nuku Hiva, Téva passe ses journées à faire le tour de sa « prison », à jouer de l’ukulélé sur des airs de Trenet ou Brel pour amuser les touristes qui viennent voir cet étrange détenu, à discuter avec « l’ambassadeur » (le sous-préfet des îles Marquises) et surtout à se rendre sur Gogol, une planète où brille deux soleils. Car Téva est plus qu’un prisonnier, il est le gardien de la Perte en Ruaba… or, un étrange exode se déroule soudain sur Terre. Tout le monde abandonne foyer, maison, ville, pays pour prendre la mer.
Je n’en dis pas plus pour ne pas dévoiler la suite, mais Dominique Douay a écrit là un beau texte hommage à Michel Jeury (la planète Gogol, la Perte en Ruaba sont empruntés à « la trilogie chronolytique » de Jeury), déroutant par moments, mais amusant et subtil comme un conte absurde de Nicolas Gogol.

Rosée des Lianes
de Christian Vilà met en scène Michel H et Albert J, l’un écrivain et l’autre ingénieur, dans un futur proche où les catastrophes écologiques se succèdent.
Un texte joliment écrit, Vilà a du style, c’est indéniable… mais hélas ! l’ensemble est volontairement confus, à mon goût. Les va-et-vient entre les deux personnages, le fait de nommer différemment des mêmes personnages, multiplier les parallèles et le fait de jouer sur les flash-backs et flash-forwards pour un texte relativement court où il ne passe pas grand-chose, n’est pas de la meilleure idée. Du coup, cette nouvelle m’a plutôt déçue.

Les danseurs de la Lune double de Sylvie Denis est une uchronie où Youri Gagarine fut le premier homme à marcher sur la Lune. Une quarantaine d’années plus tard, L’Union Soviétique et la Chine d’un côté, les USA et l’Europe de l’autre ont chacun installé une base lunaire. Évidemment, les deux colonies sont coupées l’une de l’autre. Cet état de fait persistera-t-il ?
Cela donne un texte sympathique dans l’esprit et un peu naïf, certainement écrit pour des ados.

Michel Jeury, un univers indéterminé
de Dominique Warfa revient sur la vie et l’œuvre de l’écrivain de façon admirative et même émouvante par moments, ce qui donnera envie de découvrir cet auteur, je pense (à moins que ce ton un peu trop apologétique n’énerve). Alors que les mondes multiples de l’univers jeuryen de Jérôme Lavadou, analyse l’œuvre de Jeury via sa cosmologie et ses thèmes de prédilection (humanité, identité, temps, réalité, immortalité,) tout en mettant l’accent sur l’aspect critique sociétale de l’œuvre jeuryenne. N’étant pas un expert des romans de Jeury, je ne saurais me prononcer sur la pertinence de cet article, mais on peut le lire comme une invitation à découvrir ses textes.
Vient ensuite un texte hommage de Dany Jeury. La fille de Michel nous donne à lire quelques anecdotes qui les touchent tous deux. On sent beaucoup d’amour et de complicité entre eux.
Le dossier se termine sur une interview de Jeury menée par Richard Comballot, puis une nouvelle de Michel Jeury et une bibliographie signée Alain Sprauel.

Ceux d’après de Jeury est un conte écrit sous la forme d’un dialogue. Il relate, dans un futur lointain, la rencontre houleuse des animés (les êtres vivants) et un groupe d’hommes survivants. En effet, il semblerait que les hommes aient dévasté la planète et sont depuis lors détestés par les autres êtres (Hans, Swans, Labellans, Oiseaux, Chiens, Chevaux, etc.) unis par le Grand Lien (une sorte d’osmose télépathique et sensorielle entre les êtres vivants et la Nature). Évidemment, les hommes en sont exclus. Or, il apparaît contre toute attente que Tessa, une jeune fille de dix ans, soit aussi liée au Grand Lien ! Que faire ?
Texte de découverte, de rencontres, initiatique, de rédemption aussi. La forme est intéressante par rapport au message philosophique et aussi pour l’aspect théâtral.

Le consultant extérieur d’Arthur Räpp met en scène un haut dirigeant et un extraterrestre. Ce dernier propose à l’humain un programme en vue d’améliorer la Terre. C’est la première nouvelle que je lis d’un Estonien. Un texte à chute et à message également, à propos des « améliorateurs » de l’humanité, de l’eugénisme et autre programme en vue de créer une utopie ! Plutôt plaisant à lire, mais pas très original, on sent venir la chute !

Cela donne un numéro 9 de Galaxies intéressant, riche et complet sur Michel Jeury. Avec pas moins de six nouvelles et cinq articles (sur Jeury, la SF estonienne, Harlan Hellison et Jaspers Fforde) et une superbe couverture de B. Si on veut découvrir Michel Jeury et si on aime la SF contemplative, avec de bons sentiments et un peu d’ironie, ce serait bête de s’en priver.

Cyril Carau

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