Croisière au long du Fleuve, 13e escale : Max-André Rayjean

Pour cette treizième escale, la barre de notre beau navire est confiée à Richard D Nolane, élevé également au Fleuve Noir sous la mère. Cet article érudit est l’adaptation d’une préface accompagnant chez Rivière Blanche un inédit de l’un des piliers d’Anticipation et d’Angoisse : Max-André Rayjean, de son vrai nom Jean Lombard.

 (Alvin)

Jean Lombard est né en 1929 à Valence dans la Drôme. Au cours de son adolescence, il découvre le roman d’aventures populaire tel que le publiaient les mythiques éditions Ferenczi, et tout particulièrement l’œuvre multiforme de Max-André Dazergues. La fascination du jeune Jean Lombard pour cet écrivain est telle qu’il se jure de devenir lui aussi auteur de romans populaires. Il le fera sous un pseudonyme qui affiche à lui seul passion pour Dazergues : Max-André Rayjean.

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C’est en 1948 que paraît sa première nouvelle d’aventure, Le génie du Fleuve. Plus d’un an passe pourtant avant la publication de son deuxième récit, Prisonniers des Andes, un feuilleton d’aventures pour adolescents publié en mai et juin 1949 dans Fripounet et qui marque réellement ses débuts d’auteur professionnel. À l’automne 1951 il sort son premier roman, signé Max-André Rayjean, dans la collection policière « Le Glaive », aux Éditions du Puits-Pelu à Lyon. Le dernier acte est une œuvre de jeunesse à la construction quelque peu hasardeuse mais elle permet à son auteur d’entrer dans une collection qui publie son idole Max-André Dazergues mais aussi Frédéric Dard, Yves Dermèze et d’autres. Cinq ans plus tard, il reviendra au «Glaive» avec un autre récit policier de meilleure facture, La morte du Métropolitain. En décembre 1950 et janvier 1951, paraît en 10 épisodes dans Coq Hardi son second et dernier feuilleton pour la jeunesse, L’île de l’Angoisse. Si 1952 et 1953 voient le nom de Max-André Rayjean se raréfier à l’extrême, notamment pour cause de service militaire, 1954 amène un véritable tournant dans sa carrière avec ses débuts comme scénariste de BD avec, en mai et juin, les 10 épisodes du Signe du Zodiaque (policier) dans Les Histoires Illustrées magazine édité par Le Puits-Pelu et, surtout, du Sceptre d’acajou (aventures exotiques) dans le numéro de mai d’Ardan, aux éditions Artima.

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Durant près de vingt ans, jusqu’en 1973, anonymement ou sous les noms de Max-André Rayjean et de Jean Lombard, notre auteur écrira plus de 380 scénarios dans une trentaine des magazines plus ou moins « petits formats » de chez Artima puis Aredit, dont 67 pour Ardan (aventures), 14 pour Red Canyon (western), 13 pour Hardy (aventures), 15 pour Cosmos (SF), 21 pour Ray Halcotan (espionnage/aventures), 28 pour Thierry (aventures), 38 pour Tim l’Audace (aventures), 39 pour Vigor (espionnage) et 123 pour Téméraire et Téméraire Spécial (guerre) !

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Mais alors qu’il est en train de devenir un scénariste « maison » pour Artima, Jean Lombard découvre la SF par le biais de la collection « Anticipation ». Le genre le séduit immédiatement et il décide de tenter sa chance en envoyant un manuscrit au Fleuve Noir. Le livre parait en 1956 sous le titre d’Attaque sub-terrestre. Au moment où Jean-Gaston Vandel s’apprête à quitter la collection, trop accaparé par le succès des « Paul Kenny » en espionnage, François Richard, le directeur littéraire du Fleuve Noir, a flairé dans le nouveau venu le genre d’auteur qu’il estime être sur mesure pour « Anticipation », c’est-à-dire avec une production régulière et sachant s’adapter sans problème à la politique éditoriale de la collection qui s’est assuré le monopole de la SF dite populaire en France. Dès son troisième roman, Les Parias de l’Atome, Max-André Rayjean obtient le Grand Prix du Roman de Science Fiction 1957, une récompense « maison » déjà reçue par Jimmy Guieu, Jean-Gaston Vandel et Stefan Wul. Les Parias de l’Atome, bonne réflexion sur le thème de l’intolérance sera réédité en 1990. Il reste le livre encore à ce jour le plus connu de l’auteur.

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L’œuvre de Max-André Rayjean en «Anticipation» aborde toute la thématique classique de la SF, avec quand même un faible pour le Space Opera, les dangers de la science et les histoires de complots extraterrestres. Les romans sont en général indépendants les uns des autres sauf les treize mettant en scène le journaliste Joe Maubry et les quatorze le « patrouilleur de l’espace » Jé Mox. Trente après ses débuts, Max-André Rayjean sera victime, comme d’autres « Anciens » et au nom d’une certaine mode littéraire, d’une expulsion de la collection « Anticipation » après la publication en 1987 de son soixante-septième roman de SF, Le dernier soleil.

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Toujours désireux d’aborder d’autres genres que la SF, Max-André Rayjean tenta sans succès une entrée dans la collection « Spécial Police » du Fleuve Noir à la fin des années 1950. Outre les problèmes posés par le manuscrit, il découvre que François Richard ne veut pas le voir se « disperser » en dehors de la SF afin de maintenir la cadence de parution voulue dans « Anticipation ». Après avoir publié quand même sous son vrai nom un roman dans la série « La Loupe Espionnage » en 1960, Max-André Rayjean attend donc son heure pour refaire une tentative. La bonne occasion survient à la fin des années 1960 avec la collection « Angoisse » qui a du mal à se renouveler. Entre 1969 et 1974, il va y publier six romans jouant souvent avec l’intrusion dans le récit régionaliste d’un fantastique tout droit sorti du roman populaire. Passionné par les régions reculées du sud-est de la France, Max-André Rayjean y recrée avec assez de bonheur, dans ceux des livres auxquels elles servent de décor, une ambiance pesante et inquiétante sur le fond de laquelle se déroulent des histoires qu’on croirait sorties des films de la Hammer — La malédiction des vautours en est un bon exemple. La brusque fin de la collection « Angoisse » en 1974 laissera sur le carreau une nouvelle carrière d’auteur fantastique qu’on aurait voulu suivre plus avant…

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L’œuvre de Jean Lombard/Max-André Rayjean est typique de celles des auteurs d’aventures populaires que celui-ci chérissait dans sa jeunesse. On y retrouve les mêmes excès, que ce soit les bons ou les moins bons : imagination fertile ne reculant devant rien contre rédaction souvent un peu trop rapide pour faire « bouillir la marmite ». Mais on y découvre aussi cette passion pour raconter les histoires qui pousse le lecteur à l’indulgence dans les instants de faiblesse du récit.
Ne serait-ce que pour un livre comme Les Parias de l’Atome ou ceux qu’il a publié dans la collection « Angoisse », Max André Rayjean mérite bien de ressortir du purgatoire où l’a jeté le Fleuve Noir sans un mot de remerciement voici bientôt vingt ans. Et ceci sans oublier les milliers de planches de BD qu’il a scénarisées pour les publications d’Artima et d’Aredit si recherchées de nos jours.
Grâce aux Éditions Rivière Blanche, des manuscrits inédits ont été tirés de l’oubli, permettant de nouveau à cet auteur d’exister : Défi à la Terre et Le cycle d’Orga.

Richard D Nolane

Avec l’aimable autorisation des Éditions Black Coast Press

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