Borderline n°13

Borderline 13 : spécial bizarro

Association Catharsis
37 pages
4 euros

Pour son n°13, Borderline se consacre au Bizarro. Ce genre au nom explicite est né aux États-Unis, sous la plume d’un groupe d’auteurs frénétiques. Plus spicy que le théâtre absurde de Beckett ou de Ionesco, les textes relevant du Bizarro sont résolument oniriques. Ils se déroulent comme des rêves – ou plus exactement : comme des cauchemars, car le Bizarro fait la part belle au glauque, au sanglant, et même au pornographique… Bref, pour paraphraser la préface, le Bizarro c’est « tout simplement la liberté de faire n’importe quoi. » Et ça marche !

7 nouvelles font le cœur du fanzine. Une seule est française. Toutes les autres sont des traductions.

Michael A. Arnzen ouvre le bal avec « Au vachement d’Café ». Ce texte pourrait transformer en végétarien le plus gros mangeur de viande ! Le récit repose sur une ambiance puissante, si malsaine qu’on le termine le cœur au bord des lèvres. Un joli moment d’horreur, curieusement construit à la deuxième personne du pluriel.

Suit une nouvelle beaucoup plus sophistiquée : « Scratch (à partir de rien) » de Jeremy C. Shipp. Je n’ai pas beaucoup accroché à ce texte provocateur, la faute à une narration trop disloquée. Les différentes parties du récit ne sont guère reliées entre elles. L’impression qui domine est celle d’un texte déroulé en écriture automatique. Au final, cela donne quelque chose de très décousu, voire sentencieux. « Scratch » est représentatif de l’écueil auquel peut se confronter le Bizarro : un gros condensé de n’importe quoi gratuit et finalement, un peu facile…

À la différence des autres nouvelles, « Les pluies s’arrêteront » de Carlos Gardini repose sur une seule idée, mais celle-ci est d’une poésie macabre saisissante : dans le monde, il pleut désormais des cadavres – tout le temps. Un texte franchement marquant et très bien écrit.

« Plongé dans une nuit sans fin » de Kevin L. Donihe cherche sans doute à retranscrire ce que l’on peut ressentir lors d’un trip sous LSD. De ce point de vue, le rendu est plutôt réussi. Le récit est alambiqué et les événements s’enchaînent très vite, avec la violence surréaliste d’un voyage sous acides. La drogue, sous-jacente, apparaît partout. Bref, un bon narcotexte.

J’ai un peu moins accroché à « La ligue des zéros » de Jeremy R  Johnson, peut-être parce qu’il s’agit du texte le plus léger des sept. Moins fou que ses camarades, doté d’une narration classique, il est agréable, mais forcément moins surprenant que les autres.

« Là où je vais mourir » d’Andersen Prunty s’érige en véritable coup de maître onirique et réussit le pari d’écrire un rêve. La nouvelle foisonne d’idées géniales. C’est bien simple, il y a presque une idée par phrase. Les événements s’enchaînent de façon absurde, mais la narration, en respectant la logique d’un cauchemar, les rend hautement crédibles ! Pour ne rien gâcher, cette nouvelle est aussi très drôle.

Enfin, on termine en beauté avec la seule nouvelle française, signée Maxime Le Dain. L’auteur est également le traducteur de la plupart des textes cités ci-avant (sauf Scratch traduit par Thomas Bauduret,  Au vach’ment de café par Jeru et Les pluies s’arrêteront par Jacques Fuentealba). En fin de recueil il se prête donc  au jeu… et transforme l’essai ! Sa « chambre perplexe », à la couleur sexuelle assez prononcée, repose sur une idée extraordinaire : le narrateur fait l’amour à son immeuble… par le biais de la trappe du vide-ordure ! J’ai adoré ce texte déglingué, bien écrit et très marquant.

Bref, ce numéro de Borderline est unique et mérite amplement le détour. Bien sûr, on ne pourrait pas lire que du Bizarro, car c’est une lecture assez fatigante ! mais, pour découvrir un genre et s’amuser à lire comme on rêve, jetez-vous dessus. Même si vous n’aimez pas tous les textes, soyez sûr que vous ne les oublierez pas.

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Publié dans Revues - Fanzines | Permalien |

À propos de Arya

Chroniqueuse et auteur

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