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#1 25-02-2018 14:00:49

sergent major
Membre
Inscription : 21-02-2018
Messages : 24

Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Avertissements

À lire impérativement !




Lecteur passe ton chemin, ce texte n'est pas pour toi !


Mon sujet n'a rien de populaire.
Aussi celui qui me lira aura droit à une version non expurgée, sans autocensure.
Je ne vise aucune édition, ce n’est qu’un amusement, rien de plus, je n’ai pas de plan, j’essaye de faire dans le mauvais goût, et le mauvais genre, et je dois dire que je m'y applique du mieux que je peux.
Faire pleurer un lecteur, c’est facile.
Faire rire un lecteur, c’est déjà plus difficile.
Mais le faire vomir…
Une chose est évidente, ce n'est pas pour les enfants, on doit même leur interdire de lire cette histoire, car des chapitres anodins encadrent des chapitres à ne pas mettre entre toutes les mains.
C’est affreusement misogyne, et de nos jours ce n'est plus moralement correcte, je crois qu'on dit comme ça.
Il y a des chapitres grotesques, des chapitres bien gores, même du BDSM, voire, de la zoophilie, et de longs passages sadiques dans tous les sens du mot.
J’ai été renvoyé du cours de français en terminale, et j'ai eu 4 en philo. C'est dire...
En plus d'avoir une orthographe abominable, je suis une peu dyslexique.
Voilà qui est dit.

Aux quelques ceux qui malades dans leur têtes, auront la patience de me lire, je ne dis pas merci.
Je ne demande rien, pas même un avis.
Je n'attends pas de corrections ni sur la forme, ni sur le fond.
Si malgré tout vous le faites, c’est que vous avez du temps à perdre.
C’est que vous vous rendez complice de mes turpitudes, et de tout mon petit monde que je balade sur plus de 600 pages que je pense à peine lisibles, en fait si je compte les bouts de textes, je dois arriver à plus 1000 pages.

Bien maintenant parlons du récit, je dirai que cela se rapproche d'un sous « Gor » de John Norman bref un roman de gare genre S-F.
Mon monde est une terre qui jadis avait pris pour nom Terra Nova Prime.
Cette planète assez semblable à la Terre est sensiblement plus grande, ce qui signifie que sa masse est presque égale à celle de la Terre. Cela ouvre de nombreuses possibilités pour la faune, d’autant que l’atmosphère est plus riche en oxygène et que de larges fleuves y ont creusé de profonds canyons dans des roches gréeuses ou des massifs de pierres ponce.
J'oubliais, elle a aussi deux lunes.
Les civilisations sont proches de l'antiquité tardive et du haut moyen âge, c’est-à-dire qu’elles sont esclavagistes, belliqueuses, mais je suis désolé il n'y a pas de dragons...
seulement de la violence, du sexe, bref rien que du banal.

Pour ceux qui ont des lettres, je pense qu’ils reconnaîtront du Tacite, du Homère, et bien d’autres. Mais bon faut pas rêver, ce n'est pas pour rien qu'on m'a viré du cours de français.
Mais pour dire vrai, être lu ou non, je m'en moque comme d'une guigne, je sais, c'est étrange quand on est sur un forum, mais c'est comme ça !
C'est pour moi la seule façon de figer, et de conserver les chapitres que je trouve potables sans trop les modifier.
Je me demande combien de courageux inconscients iront jusqu'au bout de ces chapitres ?
Comme je fais dans le mauvais genre, je les dénoncerai sur le mur de la honte :
Pour l’instant, il n’y a qu’un nom :
Le Roi Chasseur


Le titre de l’histoire, grâce aux avis éclairés d’un qui a du talent (Jièm, pour ne pas le nommer) mais qui n’est pas sur ce forum et c’est dommage, donc grâce à ses questionnement sur mes bêtises, le titre a changé :
Nouveau titre :

les Cinq Chants du Carnage. 


les mises à jour du texte son sur un autre forum:

http://monde-ecriture.com

Sous le titre Cycle Domina.


1. Prologue.

C'était à Khrysès faubourg de Domina capitale de la province de Prima Domina.
Un ardent soleil traversait les feuillées des chênes blancs, s'attardait sur les résineuses ramures de pins odorants, ses rayons en vain agaçaient les rugueuses feuilles des figuiers.
Sur la colline désolée des Dioskourois, là où la garrigue cédait aux herbes folles, une longue file de citoyen, les plus importants de la cité et peut être de l’empire, passait devant les trônes vides des anciens rois que la rouille des lichens rongeait.
Cette procession avait longuement cheminée à l'ombre avare des droits cyprès, escaladant l'abrupte pente d'un chemin de poussière blanche, montant tout-là haut sur le mont divin écrasé de soleil.
À son sommet, aussi blanc que craie était le temple de la belle Khrysèis.
Un temple circulaire aux mille colonnes de cornaline.
Un temple mystérieux que les vicissitudes du temps avaient maintes fois par miracle épargné.
Ses portes de bronze dorées étaient grandes ouvertes, le temple semblait leur ouvrir les bras, et sa fraîcheur sacerdotale les attendait dans son odeur de sainteté.
Dehors l’été était brûlant, la lumière crue, les cigales assourdissantes ...
Alors Sous l’immense coupole éblouissante de gemmes et de dorures...
Au mitan d’un nuage d’encens et de poudre d’or …
Debout dans la cella, sous l’oculus de cristal bleuté, sous sa chaude et rayonnante averse ...
L'aède de ses doigts agiles, pinça trois accords sur les cordes de son luth aux chevilles d'ivoire.
Les premières notes s’envolèrent colombes parmi les colombes.
Elles planèrent longuement au-dessus de l’assemblée silencieuse...
Alors Débuta alors la légende, maintes fois chantée, maintes fois contée, que chacun connaissait, que tous aimaient sans toutefois n’y rien comprendre…
Ainsi chanta, le chantre, des terres de Laurasie.
Il déclama le funeste courroux, qui de maux infinis navra la servile humanité toute entière.
Un Chant pour la chute des étincelantes nefs qui précipita tant de héros, tant de peuples, au royaume d’Hadèsse.
Un Chant pour l'affrontement entre les Dieux, les Hommes et les Nietzschéens.
Un Chant pour les monceaux de cadavres sans dignes sépultures encore tous vêtus de leurs étranges armures.
Un chant pour la mort de tant de fortes âmes livrées aux mâchoires des charognards, aux becs des vautours, à la grouillante vermine, mânes voués à l'oubli, à la poussière et aux quatre vents. 
Un chant pour la sombre vengeance de Dieux outragés, d'abord triomphants, puis vaincus eux-mêmes.
Les Cinq Chants du Carnage. Accomplissement d'une querelle qui opposait les Divins Empereurs du Ciel roi des Titans alliés des Nietzschéens, aux Voyageurs des Limbes, maîtres des voies astrales, auxiliaires des Dieux.
Qui d'entre les Dieux et des Nietzschéens fut le vainqueur de cette discorde qui les dépassa tous ?
Nul n'eût pu le dire. Nul n'eût pu l'entendre.
Le temps était passé sur ce monde lointain, refuge pour une humanité exsangue.
Et Cinq Chants pour conter cela.
Naguère sa terraformation avait été un succès, et au sein de cette terre aux deux lunes, dans des forteresses mystérieuses, furent confinées en champ de stase des armes étranges en vue d'une ultime attaque, d'une ultime défense.
Jadis elle fut pourvue d'un pont stellaire le Baefroest, et d'un terminal, l'un devint avec le temps un grand temple qu'on appela Gladshem, l'autre le Vingolf pour la belle Khrysèis, dont les super structures prirent l'apparence d'un temple d’Orphée.
Et Cinq Chants pour conter cela.
Cette terre qui devait être un sanctuaire, fut le théâtre d’un dernier conflit in­imaginable.
Et Cinq Chants pour conter cela.
Un théâtre et un piège pour les Dieux, car pour les Nietzschéens un bon Dieu était un Dieu mort. Aussi s’attaquèrent-ils à l’essence même des Dieux, leur énergie cosmique, cette énergie qui pour les Nietzschéens était aussi source de leur pouvoir.
L'annihilation mutuelle était garantie et c'est ce qui arriva sans que l'univers en fut troublé.
Seul les Cinq Chants du Carnage pour en garder le souvenir.
Le temps passa encore et encore.
Et 100 000 années s’écoulèrent comme un battement d'aile de papillon.
Puis sur ces premières cendres froides… reste du conflit entre la multitude des Titans, des hu­mains et des Dieux.
Après que le néant eut englouti tous ces fiers com­battants.
Après que cette terre ci fut près de disparaître seulement protégée par l'es­sence même des Dieux et les restes d'une antique technologie Nietzschéenne.
Alors, seulement alors naquirent des civilisations, et d’autres civilisations, et encore d’autres, toujours semblables, mais toujours un peu différentes, copies de copies d'un logiciel corrompu.
Éternel re­tour d’un jeu qui devait tromper l’ennui des quelques survi­vants du conflit débuté 100 000 ans plus tôt, puis les ennemis primordiaux c'étaient de lassitude éteint un à un.
Comment L'aède pouvait-il conter cela ? Si ce n'est avec les Cinq Chants du Carnage, une chanson faite de bruits et de fureurs.
Mais que contait ce poème si ce n’est l’histoire d’une planète, leur terre qui jadis avait pris pour nom Terra Nova Prime.



Chapitre 2.    Fin du Prologue début.

Durant les temps immémoriaux du calendrier céleste de l’Ecclésiaste.
Neuf empires régnèrent sur la plus grande partie des contrées connues d'un continent que l’on nommait alors Laurasie.
Ceux-ci étaient gouvernés par les derniers descendants des Divins Empereurs du Ciel et les Voyageurs des Limbes.
Par peur d'un nouveau chaos ils avaient d'un commun accord banni la technologie et le progrès, point d'armes à feu, point de laser, point d'atomique, le fer à peine toléré.   
Ils s’étaient partagés les nations et les races au gré de leurs bons plaisirs et des hasards de ce qu’ils appelaient le Grand Jeu.
Les siècles de luttes stériles s’étaient ainsi écoulés sans que pourtant rien ne change.
Ainsi l’immobilité des civilisations semblait figée dans un carcan de rites et de coutumes immuables.
Mais après l'effondrement du pont stellaire et la mystérieuse disparition des Empereurs et des voyageurs, le fragile équilibre se rompit comme un charme.
Et du déséquilibre naquit un autre chaos et du chaos naquirent de nouvelles calamités et elles s’accumulèrent, renaissant sans cesse comme une étrange et impitoyable malédiction de Dieux morts.
Comme Loki aux ailes noires,(géant de la mythologie nordique proche des Ases, malfaisant, et enne­mi des dieux. Souvent représenté sous les traits d’un corbeau) les âges farouches planaient désormais avec son cortège de désolations et de gloires naissantes.
Des métropoles avaient déchu sous les coups de peuplades rendues à la barbarie.
Des villes avaient été réduites en cendre, ensevelies sous leurs monceaux de ruines, certaines déjà oubliées de tous n’étaient plus que champs d’herbes folles où pâturaient de rares troupeaux faméliques.
Les frontières avaient été depuis mainte fois redessinées au gré des conquêtes, des défaites, ou des innombrables traités aussi éphémères que le règne de non moins éphémères souverains.
Or donc dans le reliquat d’un de ces empires qui portait le même nom que sa capitale.
Dans la partie la plus riche d’un empire qui fut jadis grand et respecté, dans sa partie la plus sûre aussi ; Domina l’orgueilleuse métropole de la province de Prima-Domina s’était vue ainsi dévastée, ravagée par le fer et le feu.
Ces derniers siècles avaient vu les flammes consumer jusqu’aux fondations sacrées de ses temples les plus antiques, les plus révérés.
Ces temps avaient vu le Capitole et le Palatin embrasés par la main même des citoyens révoltés.
Les saintes cérémonies profanées par des prêtres impies et sans morale.
Ces temps avaient vu la création de nouveaux cultes étranges et sanguinaires qui atti­raient de nouveaux adeptes aussi nombreux que désemparés.
La mer, le grand fleuve, les 1 000 lacs jadis pacifiques se couvrirent de pirates en maraudes capables de se fédérer, souillant les rivages de meurtres et de rapines. 
Des cruautés et des perversions plus atroces encore étaient perpétrées dans l’auguste métropole ; commis au sein même d’une noblesse prédatrice, opulente et sans scrupules.
Le vol et l’assassinat dans ces grandes familles y comptaient pour le moindre des crimes.
Les complots y étaient ordinaires, la débauche et la luxure habituelles.
C’était un temps déraisonnable où les honneurs étaient refusés ou reçus sans que jamais le mérite n’y joue le moindre rôle.
Les délateurs et les courtisans dont les récompenses ne révoltaient pas plus que leurs forfaits se partageaient comme un butin les charges et le pouvoir.
Ils régissaient les 5 provinces, oripeaux d'un glorieux empire.
Ils régnaient au palais, menaient tout au gré de leurs caprices et de leurs alliances éphémères.
La fin de ce siècle pourtant ne fut pas si stérile car Honorius prit la tiare et se revêtit de la pourpre impériale.
Une seule campagne militaire avait suffi pour asseoir son autorité sur la multitude.
Une victoire contre son pays natal, contre des nations barbares et un grand empire.
Ce fut un choc de titans dont l’écho se répercuta jusqu’aux confins des mondes.
Deux civilisations armées, deux philosophies, dans un combat décisif qui désigna les rois et partagea le monde encore civilisé pour un temps.
Honorius avait profité de ses lauriers et des légions acquises à sa cause pour déposer son pleutre empereur, dernier avorton d’une dynastie dégénérée.
Cela c'était passé il y a à peine dix ans dans la brume humide d’une matinée morose.
Sa troupe forte d’une centaine de cavaliers tout de fer-vêtus avait traversé le forum désert à cette heure.
Les gardes avaient levé respectueusement leurs lances laissant passer l'escadron de cavaliers qui se dirigeait vers le Quartier Des Pouvoirs.
Ils avaient mis pied à terre devant le Palatin.
On aurait pu encore leur faire barrage.
Mais dans cette atmosphère délétère ils semblaient invincibles comme protégés des Dieux.
D’un pas déterminé la moitié de la troupe marcha vers la salle du grand conseil.
Ses portes de bronze baillaient largement et tout près du grand trône vide, une maigre foule de sénateurs veule et apeurée en dégagea promptement les degrés.
Alors on vit les deux frères aux armures encore couvertes de poussière se dresser seuls au milieu d’un cercle de piques.
Ils étaient aussi semblables que différents ; un même père, deux mères différentes, l'un robuste et grand, l'autre plus jeune plus malingre, mais dans leurs yeux la même fièvre.
Alors devant le sénat effaré Res Ser ramassa de la pointe de sa spatha la couronne oubliée et s’écria alors devant ses soldats triomphants :
    - C'est tout ! …C'est tout ! ...Tu reçois l’accueil silencieux de sénateurs apeurés. Tiens ! Mon frère tu as perdu ton casque, et puisqu’il faut respecter les coutumes et les valeurs locales…
Fais ce que père aurait dû faire il y a bien longtemps ! Par le triomphant Jupiter ! Le sénat peut bien t’offrir cette couronne !
Et d’un geste sec il lui envoya la tiare. 
    - Le soleil va luire sur Domina, nos villes et tout l'Empire vont renaître de leurs cendres. Ma justice va détrôner la tyrannie de patriciens déficients. Nous réveillerons de dedans leurs tombes nos illustres grands hommes.
Peuple de Domina soyez fiers car désormais nos ennemis savent que tel le divin phénix nous renaissons aux anciennes gloires de notre Empire.
Quand Domina se réveillera il faut qu’elle ait un nouveau gouvernement, la couronne était dans le ruisseau, je l’ai, et je la garde pour le bien de tous. Je suis le fils de celui qui vous sauva vous sénateur de la vindicte populaire. N'outragez pas mon jeune âge par un affront. Oui nobles patriciens, jadis abandonné de vous tous. Patron de mes droits, j'ai défendu par les armes la justice de ma cause et la liberté de tous ; et vous, légionnaires, mes chers soldats, faites valoir avec vos glaives mon nouveau titre.
Et d'un même geste toute son escorte dégaina, brandissant en l'air les spatha étincelantes.
Un ordre aurait suffi pour qu'ils égorgeassent le sénat.
Et peut-être Honorius allait-il le donner cet ordre tant redouté.
Mais Res Ser lui mit la main sur l'épaule et reprit la parole.
    - Sénateurs, amis, partisans, défenseurs de la grandeur de l'Empire, si jamais Honorius, mon frère, le fils du Maître de Cavalerie, a trouvé grâce à vos yeux, gardez cette entrée du Capitole, et ne souffrez pas qu'un autre que lui ne s'approche du trône impérial.
Le grand chambellan Amphitrus un homme aussi vieux que chenu mit un instant sa toge en ordre, puis il leva en l'air ses bras maigres et réclama le silence.
Fin politique sa parole était respecté de tous.
    - Jeunes Princes, qui à l'aide des légions, disputez avidement le pouvoir et l'empire, sachez que le peuple, dont nous sommes les représentants a, d'une voix unanime, jadis, choisi Salgon, surnommé le Magnanime, en égard de tous les grands et loyaux services qu'il a rendu à l'Empire. Il n'existe pas aujourd'hui dans les murs de la cité un homme plus noble, un plus brave guerrier.
    - Était-il à la tête des armées lors de notre dernier combat ? Nous a-t-il envoyé les renforts tant attendus ? Non je ne crois pas. Et bien qu'il vienne reprendre sa couronne s'il est si brave ! Si tu dis qu'il est encore dans Domina ou même encore dans Prima-Domina qu'il vienne. Qu'il s'explique car moi je dis que c’est couardise que de se terrer sur la presqu’île de Zénon. Car c'est bien là-bas qu'il se cache ? Ainsi avait grondé Ser.
    - Oui qu'il vienne ! j'en appelle à nos antiques lois ! Et pour faire les choses selon le droit je repose la couronne sur le trône. Avait ajouté Honorius, pour poursuivre : Oui qu'il en soit ainsi. Il est appelé ici par le sénat et le peuple de Domina, et qu'avant la fin du jour il reprenne sa tiare ou qu'il abdique à jamais.
    - Sénateurs ! C'est à Salgon qu'il faut rendre hommage. Je ne fais que lui prêter ma voix. Son génie, les faveurs dont il vous a couvert, la justesse de ses lois, la paix à venir signalent aujourd'hui son retour auguste dans Domina, nul doute qu'il saura récompenser ces généraux victorieux ... Pourvu qu'ils regagnent leurs casernes. Car sénateurs vous pourriez, vous abaissant jusqu'à ces deux-là, leur faire bon accueil. Désarmer leurs courroux, mais non pas leurs ambitions... Comme ils doivent s'enivrer d'un si grand triomphe ! Ils sont partis comme deux obscures tribuns, ils rentrent avec des rêves de tyrans. Que les Dieux nous épargnent ce danger ! 
    - Jeune sénateur fils de Postulus tu es bien comme tous tes amis du parti des Conservateurs, tu es bien de ta caste ; tu vis comme avant les invasions. Toute cette jeunesse, des hauts quartiers de Maurio, et de Donabetta te ressemblent. Ils sont tous, comme toi, corrompus de bonne heure, peu soucieux de leur dignité, prodigues du bien d'autrui. Amis des plaisirs faciles ; vous vous jetez, dès que vous le pouvez dans la politique avec une ambition impatiente, de grands besoins à contenter, peu de scrupules et point de croyances. Ces temps sont révolus !
Le sénateur Aeentinus Varro prit la parole, pour persifler.
    - Le fier Honorius a ravi la prêtresse reine Igfride, d’une esclave il en a fait sa maîtresse ;
Les Augures en vain auraient dû l'épouvanter, Les barbares sont vaincus l'Empire de l'Est aussi ; qu'importe, si la fortune offre à ce chanceux général la maîtresse choisie du moment qu'elle reste esclave, mais on nous dit qu'elle siège maintenant à ses côtés et que ses hordes de sauvages ce sont ralliées à nos aigles … et c'est ainsi qu'il croit venger notre injure alors qu'il aurait dû les crucifier tous. Et maintenant céans il vient, usurpateur et parjure, Sans prévoir notre courroux ou notre résistance. On dit aussi qu'il veut couronner dans Domina la fille d'Hyperborée, il peut offrir sa couche mais non un sceptre qui ne lui appartient pas.
    - Je me suis promis de pardonner le lâche assassinat de mon père. Mais prenez garde qu'un désir m’entraîne aux fruits amers de la vengeance. À l'effusion du sang qu'il est pourtant défendu de répandre en ce lieux sacré. Je me souviens encore de la fatale imprécation de mon père. Elle me presse, et malgré mes yeux secs, malgré mon calme apparent, je pourrai bien me laisser fléchir par mon frère et faire un ménage en grand.
Aeentinus Varro remit de l'ordre dans sa toge se racla la gorge et reprit la parole. 
    - Tu crois en pardonnant obtenir ton pardon !
Ser lui coupa sèchement la parole.
    - Les maximes des Empereurs, tu crois que nous les ignorons ? Inflexibles pour nous, indulgents pour eux-mêmes, Le droit de faillir à leur devoir leur tient de droits suprêmes, Et qui franchit comme eux les bornes du pouvoir leur semblent faire outrage à leur souverain pouvoir !
Le sénateur Qu’intrus Faber cria ivre de rage se leva et trépigna agitant haut les bras. 
    - Tais-toi chien ! fils d'esclave, ta mère n'est qu'une putain qui a eu plus d'homme dans son lit que tu n'en as commandé.
On entendit un grand cri... Faber tenait son poignet. Dans sa paume était fiché un pugio que venait de lancer Ser. 
    - Je ne suis pas comme mon frère, qui entend rester raisonnable, tu t’appelles Faber rends toi utile aiguise mon couteau alors peut-être je te laisserai la vie. N'oublie pas que les dieux sont avec les victorieux et il ne convient pas que tu manques de respect à ma mère, même si tu as raison.   
    - Calme-toi, Aeentinus Varro, et songe à bien envisager le danger. Honorius revient, vainqueur. Contre ce général, quelles seront les armes du sénat ? Ce héros est là devant nous, espères-tu qu'un petit nombre d'orateurs puissent le vaincre ici. Avez-vous des armes pour répandre son sang ? Ce qu'aucun n'a réussi à faire sur le champ de bataille, ce qu'aucun des plus vaillants et des plus redoutables de nos ennemis n'est parvenu à faire, crois-tu que tes effets de toge y parviennent ? Ce héros dont ta main espère le trépas, penses-tu que ses légions ne le vengeraient pas ? Imagine les calamités qu'engendreraient une pareille entreprise. répondit Ursus Caton.
    - L'illustre Salgon, dans toute la fleur de sa magnificence est attendu ici avant le coucher du soleil. Nous vous demandons, au nom des Dieux immortels de respecter nos lois. Et que celui que vous désirez maintenant voire solennellement remplacer, au nom des droits du sénat, des droits du Capitole, et du pouvoir des légions, que celui que vous prétendez honorer et glorifier, se retire et attende son heure. Qu'il renonce à la violence, congédie ses armées, et, en loyal prétendant fasse valoir ses mérites avec une pacifique humilité. Ainsi avait parlé le grand Chambellan gardien des antiques lois.
    - Comme les paroles de ce vénérable tribun pourraient apaiser mes craintes. Mais il est trop tôt pour congédier mes légions, les portes du temple de Mars sont encore grandes ouvertes et si pour un temps l'ennemi est vaincu sa puissance est intacte. Aussi afin de contenter l'honorable sénat je transmets le pouvoir des légions à Res Ser Lupus qui n'a jamais démériter.
A ses paroles le soleil émergea transperçant le ciel de ses rayons radieux, irradiant la vaste salle, ricocha sur les armes et la couronne qui de mille feux brillait sur un trône toujours vide. La journée s’annonçait belle.
Intercepter l'armée du pleutre Salgon ne serait qu'une formalité.
C’est là près de dix ans après ce haut fait d’armes et de politique que commence notre histoire :




Chapitre 3.     Les chroniques de la terre de Laurasie.

Après la reddition de Salgon et des sénateurs, Honorius retourna à Domina, et Ser prit le chemin de Salamandragor.
Ce fut là que la Papesse Salamandra le subjugua dès leur première entrevue.
Cette passion les dévora l'un l'autre, et tout le Royaume avec eux.
Une partie de ce livre contera quelques détails sur cette histoire.
Un Empire tel le flamboyant phénix renaissait de ses cendres.
Mais sous les charbons sur lequel il dansait le brasier couvait toujours.
Et loin de s’éteindre, il semblait être attisé par les mauvaises volontés et les trahisons de certains.
Déjà des lointaines frontières le tumulte des armes se faisait entendre, les limes ( Sous l’Empire Dominiens, ligne forti­fiée cou­rant parallèlement à la frontière face aux pays barbares ou aux déserts. La déno­mination de « limes » reste attachée à des zones dont la défense repose sur une route de rocade des­servant des systèmes de for­tifications échelonnées en profon­deur. Des villes frontières importantes s’édifièrent autour d’un noyau formé par les camps, eux-mêmes permanents et construits en dur)
étaient renforcés par de nouvelles recrues et les légions se tenaient sur le pied de guerre scrutant l’horizon prêtes à combattre, prêtes à repousser toute invasion.
La Capitale était à nouveau en proie à de sourdes querelles intestines.
On parlait même à voix basse de trahisons et d’alliances avec des puissances étrangères.
L’aristocratie, la plèbe et le clergé se déchiraient les lambeaux de pouvoir que leur consentait le jeune Empereur, qui maître des armés savait que pour régner il fallait gouverner sur ces nombreuses factions qui avaient des intérêts divergents.
Il avait de grandes ambitions pour son règne et son empire, et il fut le premier qui vit ce qu’avant lui nul n’avait contemplé ... il était celui qui avait pu rouvrir le dôme sacré et la maison haute.
À l'Est un autre grand empire ennemi, celui de Subarnipal qui ne cédait en rien ni en force, ni en magnificence. 
Au Sud Est le royaume des chevaliers Salamandrins gouvernés par la lignée des Papesses.
Au nord la confédération Hyperboréenne.
A l’ouest les Royaumes Combattants.
Au sud de l’autre côté de la mer… le grand désert avec ses mystères et ses civilisations inconnues.
Sans oublier les Gildes dont celle des Transporteurs maîtres des antiques routes, maître du commerce et de savoirs anciens.
Comme tout un chacun le savait l’empire Dominien englobait une partie des grands et petits plateaux du Moggave, ces plateaux avaient la particularité d’être quasi désertiques, d’être situés en altitude avec sur leurs bords des chaînes de montagnes et des volcans quasi infranchissables.
Les plateaux du Moggave étaient parcourus par un nombre impressionnants de fractures profondes qui étaient autant de gorges, de vallées où la vie pouvait être douce et agréable.
Au fond de ces canyon couraient de larges fleuves, qui de méandres en méandres, de lacs en lacs semblaient être le fil d’Ariane d’un gigantesque labyrinthe.
Qui tenait les fleuves tenait l’empire, qui tenait les plateaux tenait les fleuves disait un dicton populaire.
D’un dédale des canyons les fleuves finissaient dans le labyrinthe du delta de Prima-Domina.     




Chapitre. 4.     Le monstre Samaël.

Le fond de la fosse était sombre, humide assurément un ancien puits, l’odeur y était écœurante avec des relents de moisi et de charogne mêlés.
Celui qui n’avait pas de nom ou que l’on appelait le monstre s’approcha de la paroi pour la lécher de sa râpeuse et longue langue noire, il avait soif. L’obscurité ne le gênait pas, d’ailleurs pas grand-chose l’importunait, ou alors pas longtemps.
Malgré tout, les hommes du désert avaient réussi à le capturer, à le larder de coups de lance, de flèches. Mais comme il ne consentait pas à mourir, en désespoir de cause ils l’avaient jeté au fond de ce trou fangeux et l’avaient l’enchaîné, il finirait bien par crever pensaient-ils.
Pour d’obscures raisons ils n’avaient pas voulu ou pu l’ensevelir. Ce n’était pourtant pas le sable ni les pierres qui manquaient, peut-être la curiosité de le voir expirer.
C'est bien, connu les gens du désert ont pour habitude à vouloir parier sur tout.
Aussi les paris allaient bon train pour connaître le nombre de jours qu’il tiendrait à agoniser dans ce puits abject, mais voilà, il ne mourrait pas. Pire, il semblait aller de mieux en mieux.
Lui s’en voulait amèrement de s’être laissé fait prendre.
C’était la faute de ce vin, de ce maudit vin qui faisait à la fois son bonheur et son malheur. Face à une cruche de ce divin breuvage il n’arrivait pas à se contrôler.
L’alcool avait sur lui des effets bienfaisants et surtout l’endormait.
Sans alcool il pouvait rester éveiller des jours entiers voir des semaines et alors il se déchaînait brisant tout sur son passage comme fétus de pailles. Le vin lui était autant nécessaire que l’eau était vitale aux poissons.
Depuis bien longtemps lui qui était venu de la mer, lui qui avait franchi les récifs de la mer de silex avait été relégué aux portes du désert, loin des villages et des villes.
Simplement, les caravanes laissaient dans leur sillage quelques amphores pleines de vin, alors il les laissait passer. Des fois même, il faisait s’enfuir quelques pillards téméraires qui s’aventuraient sur ses terres sur sa portion de rien.
Pour ajouter à sa déchéance on lui avait jeté quelques carcasses nauséabondes grouillantes d’asticots, là cela commençait à bien faire s’il était un monstre il n’en aimait pas moins la bonne chair.
Pas un jour de plus il ne resterait, pas une nuit de plus pensait-il, mais les chaînes étaient solides et sellées dans la roche.
Pas d’alcool, dix jours qu’il n’avait rien bu et sa rage montait. À peine contenue, tel un torrent furieux endigué par un simple barrage de terre.
Il commença à grogner, puis à hurler.
En haut, par le trou sommital servant d’entrée, il entendait des rires.
Alors il gonfla sa poitrine et s’arque bouta sur les anneaux de fer il y en avait trois puis l'un après l’autre, il les arracha de la paroi.
Là-haut on ne riait plus.
Il s’attendait à la suite, aussi il avisa la carcasse d’un chameau, à deux mains, il la prit. Dos à la roche il s’en servit comme d’un bouclier. Il était temps, une grêle de flèches, de sagaies et d’autres projectiles s’enfonçaient dans la bête émettant des bruits mats ou aigus lorsqu’ils touchaient un os.
Il se doutait qu’ils n’en resteraient pas là, bientôt ils tenteraient de l’enfumer ou pire.
Mais son ouïe très fine lui disait que derrière le rocher, de l’eau coulait encore. Fallait-il être sot pour jeter un être tel que lui au fond d’un puits même si on le pensait à sec ?
Alors avec ses poings et ses pieds il frappa là où il devait frapper, et il frappa fort, très fort. Et quand ceux d’en haut lui envoyèrent des fagots enflammés, ils tombèrent dans un demi-pied d’eau. Ils chuintèrent avant que de s’éteindre en produisant beaucoup de vapeur.
Alors pendant qu’il riait de son rire à faire trembler les montagnes, alors que l’eau montait, là-haut c’était la panique.
Ses geôliers cherchaient des madriers des pierres pour boucher l’entrée , l’eau montait très vite trop vite pour eux.
Leur malchance avait voulu qu’ils le jetassent dans un ancien puits artésien dont la nappe n’avait déviée que de quelques coudées.
Et lui, comme un bouchon de liège, montait hurlant sa fureur.
Il se servit de ses chaînes comme d’une corde, de ses anneaux comme d’un grappin qui s’enroula autour d’une des poutres qui devait lui barrer la sortie il fut parmi eux et ce fut un massacre, ses poings écrasaient les têtes comme des figues mûres.
Et pour la première fois de sa vie il parla car dans son cerveau un voile noir s'était déchiré.
Sa voix calme mais encore tremblante de colère emplit tout l’espace et retentit comme le tonnerre des après-midis d’été :
    - Louange à moi l’unique ! Ce que je vais dire est vrai ! Écoutez-moi, car mes paroles ne seront amoindries par personne. Je peux tous vous massacrer, sur cette terre aride aucun ne pourrait échapper à mon bras vengeur. Vous avez réveillé mon juste courroux, alors prosternez-vous devant l’innommable devant le dormeur que vous avez éveillé. Prosternez-vous et tremblez, car maintenant vous êtes mes sujets. Je possède tout ce que je peux détruire et je peux vous anéantir, aussi je veux désormais que l’on m’appelle Samaël le saigneur.
Car je suis l’annonciateur.
Car je suis le gardien du seuil.
Car mon torse porte la marque du serpent géant aux sept têtes !
Que ceux qui veulent mourir reste debout !
    Tous se couchèrent face contre terre, tous, femmes, enfants et hommes.
Ils n’étaient pas encore nombreux mais bientôt ils seraient des milliers, des millions et on les appellerait multitude.
Ce serait alors les chacals du désert, les enfants du feu du ciel.
Un empire naissait, une nouvelle religion aussi.
Pour la première fois Samaël avait parlé, pour la première fois, il jetait un vrai regard de ses yeux de flammes jaunes sur son royaume de sable et de dunes, sur ses sujets, une bande de pillards et de nomades oubliés de tous.
    - Les Dieux vous ont assez puni, ils ne veulent plus vous laisser seul sans guide dans ce désert, avec le souvenir de la douleur et le désespoir des oubliés. Je suis venu pour être votre roi, votre prophète, je vous aimerais comme des enfants malheureux, je vous soutiendrais comme des frères affaiblis. Grâce à moi vous serez respectés et crains.
Je suis l’ange de la douleur, celui qui vient lorsque les autres ont fuis.
Tremblez !
Les Dieux vous ont envoyé le prophète de leur colère. Vous m’avez éveillé au monde tant pis pour vous. Tant pis pour le monde. Maintenant laissez-moi seul. Le chant des dunes doit me murmurer les secrets des mers de sable. Je vais au désert mais avant je veux du vin !
À mon retour soyez prêt à plier bagages car je vous mènerais dans l’Antre de Baal l’Invincible, dans un lieu connu de moi seul, dans un lieu perdu au centre du désert à plusieurs semaines de marche. En ce lieu il est une ville déserte emplie de grands édifices, de jardins et de sources. Elle a pour nom Hiérosolyme et ce sera ma résidence royale. Que la caravane soit prête et les chameaux bâtés. 
    Le soleil avait atteint cette apogée fulgurante, où l’air en fusion vibre et pâlit à l’horizon, où le ciel vire à la couleur laiteuse des lames des épées.
Là-bas les lointaines dunes tremblaient sur leurs bases et le jaune se mêlait de rose, d’oranger et de rouge profond. Elles gardaient la plaine immense et surveillaient les cieux incandescents.
Samaël s’avançait, il avait recouvert sa monstrueuse nudité d’un drap blanc.
Et il parlait comme pour lui-même.
« Ô terre de désolation tu me fais endurer le frisson du mystère.
Et ton domaine immense est mien comme le vide de mon âme.
Mes souvenirs sont ceux d'un autre.
Je voue mon destin à ce désert.
Nul n’a bercé ma tristesse.
Nul n’a pris mes mains.
Nul visage ne m’a souri.
Ô terre.
Ô ciel envoyez moi un signe, un message.
Et que le mystère de la foi s’accomplisse »
Là-bas, un tourbillon, une colonne de sable, une tour presque droite se levait, prenait vie et force. Ses contours encore flous prenaient forme et s’élargissaient. Ce bouquet destructeur, cette floraison funeste, manifestation de la terre et du ciel, l’appelait comme une mère, comme une amante.
Il leva les bras et cria « C’était écrit ! ». Et devant ses nouveaux sujets effrayés, il se précipita étreindre la tornade d’abeilles en furie.
Épée de sable hurlante, épée brûlante vacillante sur elle-même, mais qui jamais ne retombait. Fantôme de l’enfer, elle l’attendait au sommet d’une dune, elle l’attendait pour le couronner.

Dernière modification par sergent major (08-05-2018 14:52:41)

Hors ligne

#2 25-02-2018 14:08:12

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.5.    En route pour le marché.

Le soleil était encore haut dans le ciel, pas un nuage et ce qui était plus rare pas un souffle de vent sur les Hauts Plateaux du Moggave qu’on appelait aussi la Troisième Table pourpre.
c’était un des reliefs qui bordait au nord le canyon de l'Atlas Tellie et au sud la vallée de l'Atlas sahari.
C'était Un immense plateau qui parcourait en diagonale l'ouest des marches de l’Empire Dominien à une altitude moyenne de 3500 m.
La notion de plateau pouvait laisser suggérer un paysage plat et monotone. Pourtant, une succession de reliefs arrondis ou allongés et de dépressions, et des chaos dolomitiques en rompaient la monotonie.
L'ouest du plateau, plus bas en altitude, était aussi morcelé de ravins profonds de plusieurs dizaines de mètres.
Cette haute table était parcourue de dépressions salées, de chotts ou sebkhas il y avait même quelques sénotes.
La végétation y était de type steppique avec une particularité et non des moindres ; les grandes herbes pourpres qui couvraient la troisième table pourpre étaient toxiques.
Les étés y étaient généralement arides et les hivers rigoureux.
Aucune ville et presque pas de hameaux.
Les peuplades qui vivaient là étaient principalement nomades et voyageaient en petits groupes familiaux à partir de bases mobiles « les Campronds ».
Ils commençaient à se rassembler tous les 20 jours avec leurs cheptel de roojas de kurts et de iotas qu'ils chargeaient, puis ils se mettaient en marche à la recherche de grands buissons de manne de barbarie.
Res Ger arrivait au fond d'un petit vallon, quelques gros rochers arrondis venant de nul part cachaient au sein de cette oasis verte une source abondante et claire qui se jetait dans une marre.
Il allait atteindre l'ombre d’une futé de quatre ou cinq grands arbres bordée d'une haie d'Agave, des étanchements lointain descendant génétiquement modifié de l'agave tequilana, conçu des millénaires au par avant pour se développer sur n'importe quel sol à des températures plus extrêmes que leurs homologues terrestres, mûr rapidement ils pouvaient produire des fruits en permanence que l'on utilisait pour la confection d'une boisson alcoolisée connue sous le nom de Moggave Tequila tirée de la fermentation des fruits et des feuilles de cette plante et de la sève des buissons de manne de barbarie, c'était un alcool très apprécié et très fort.
Il connaissait bien ce lieu pour y avoir souvent campé, pour y avoir laissé sa marque, et y avoir construit un abris caché, chaque roulier avait ainsi des points de repos sur les routes et les sentiers invisibles des hauts plateaux, c’était des secrets qui avaient plus de valeurs que l’or.
Il tira doucement sur les rênes joignant le geste à la parole :
    - Oh tout doux les iotas. Sages on arrive.
Son comportement envers elles était un rappel constant à leurs états d'animaux de trait.
Il aurait préféré un attelage de mules ou de chevaux ou même de bœufs mais l’herbe pourpre des hauts plateaux du Moggave était toxique pour ces animaux, aussi faute de roojas ou de kurts il s’était résigné à prendre des iotas car elles étaient plus faciles à entretenir, bien moins chers et laissaient peu de traces. 
Il leur parlait avec des phrases simples que même des idiots pouvaient comprendre.
Il les guida vers la futé.
Ce serait parfaits pour bivouaquer car il pensait y rester au moins cinq jours, le temps que les iotas récupèrent de l’effort de l’ascension du haut plateau.
D'autant que depuis l'aurore elles tiraient son chariot ; cela devait bien faire 5 heures d'attelage depuis le matin, pour une pause d'à peine une heure au lieu des 2 heures habituelles, puis de nouveau 6 heures de labeur au lieu des 5.
Sans compter qu’il leurs avait imposé une marche rapide voir par endroit un trot soutenu. 
Il devait être prêt de 5 heures du soir et sous ces latitudes la nuit tombait vite.
Mais pour encore presque 2 heures l’ardent soleil chaufferait les corps et la steppe pourpre du grand Moggave.
Il sauta du chariot quittant l'ombre de la capote.
Les femelles haletaient, ruisselantes de sueur et si elles n’avaient pas la langue pendante c’est qu’elles avaient toutes une espèce de mors aux dents.
Il prit la gourde qui pendait à son ceinturon et il but tout en examinant ses douze femelles.
C'est sûr qu'elles étaient éreintées, sûrement assoiffées, mais elles ne bronchaient pas, elles étaient bien dressées, elles ne connaissaient que trop bien la cravache et le fouet.
Il suivait ce qu’il appelait sa routine habituelle, d'abord leur donner à boire, puis les dételer.
Il les laisserait à l'intérieur des brancards, les entravant aux chevilles, les poignets enchaînés dans le dos, leur cou serait attaché par une courte longe au timon.
Une fois cela fait il pourrait s'occuper de lui, faire un feu de camp, se préparer à manger.
Il profiterait que son repas cuise pour les traire, ce n’était pas de bonnes laitières mais cela suffisait pour une, voire deux personnes.
Garm lui avait confié une mission de la plus haute importance.
Aussi il n'avait pas oublié sa passagère cachée dans un sac derrière d’autres sacs et d’autres caisses qui constituaient son chargement.
Il alla à l’arrière du chariot et baissa la ridelle.
    - Tu peux sortir de ta cachette. Tu ne risques plus rien.
Une tête aux boucles brunes émergea d’un sac de jute.
    - Merci Res (abréviation du titre de respectable ce dit des citoyens libres pouvant voter et éligibles.) Ger, j’ai soif, de l’eau s’il vous plaît.
    - Tu sais, tu peux encore tout arrêter tu es libérée des gens des lintres, je peux encore te laisser dans une station de la ligne ou dans un des villages du petit plateau. Dit-il en lui tendant sa gourde. J’ai même ordre de te donner 500 has (monnaie de bronze impériale) si tu renonces.
Elle but puis le regardant droit dans les yeux répondit.
    - Non, non merci, je sais ce que je fais Res Ger, vous êtes bien bon mais ma décision est prise.
    - Sais-tu ce que cela implique vraiment pour toi ? Res Garm te l’a-t-il vraiment expliqué ? tu sais ce que l’on attend de toi ?
    - Oui Res Ger, il m’a tout expliqué je sais que je risque ma vie, je sais que je vais souffrir, beaucoup souffrir, mais je ne veux pas faire autrement je ne veux pas finir comme une fille des lintres, (esquifs non pontés) je veux vivre une autre vie, avoir le droit de rentrer dans les grandes villes, devenir riche et respecté.
    - Alors sort de ton sac, tu pourras te dégourdir les jambes. Tu peux encore changer d’avis, tant que je n’ai pas lâché le papillon messager tu peux toujours te raviser.
    - Non Res Ger, je ne changerai pas d’avis. Vous pouvez lâcher le papillon.
    - Et bien dans ce cas tu vas lire à haute voix et signer ton contrat de libre soumission car tu es encore une femme libre.
La jeune fille lut alors d’une voix claire :
    - Je jure d'appartenir de toutes les manières à Res Ger et à la guilde des Hors la Loi pendant tout le temps que durera ma mission de ce jour et jusqu'à son exécution, et de les servir et d'obéir à tous leurs ordres venant d'eux, de leurs domestiques ou n'importe qui dirigés par eux. J'accepte d'être marquée, battue ou vendue. J'accepte les transformations physiques qu'ils exigeront pour me préparer à mon rôle quel qu'il soit.
    - Signe ici. Rappelle-toi, qu’en aucun cas tu ne pourras revenir en arrière, à partir de maintenant tu m’appelleras maître monitores ou simplement maître et tu obéiras à mes ordres. Alors tu vas commencer par prendre la grande outre et donner à boire aux iotas puis tu déchargeras les caisses vertes il y en a quatre, tu les poseras du côté droit du chariot, après tu ramasseras du bois dans le bosquet, fait attention c’est des acacias de barbarie. J’en profiterai pour retirer un papillon de la cage j’ai un message à écrire.
Les protestations n'étaient plus de mise.
Elle baissa la tête en marmonnant.
    - Comme commande le maître.
Mais dans son cœur il y avait une terrible tempête. Elle savait qu'elle était allée trop loin pour faire demi-tour.
Peut-être n’aurait-elle jamais dû se lancer dans pareille entreprise, mais maintenant il était trop tard.
De toute façon elle ne retournerait jamais au sein de la flottille des lintres, plutôt mourir, surtout depuis qu’elle connaissait la place que lui réservait le clan.
Depuis la mort de la vieille, elle n’était plus protégée et elle savait sa future destinée.
Elle ne devait plus rien à quiconque si cette vie lui avait plu un temps, s’en était fini depuis bien longtemps.
Du coin de l’œil elle observait son maître, un homme trapu, barbu, presque olivâtre de peau, habillé de la tunique à frange en cuir de trabuk des rouliers.
Il sortit d’une cage un papillon aux ailles multicolores.
Dans la cage d’osier il devait y en avoir une bonne vingtaine, ils bougeaient peu, ils étaient comme endormis, elle savait que c’était dû à la pierre de sommeil qui était au milieu de la cage.
Dans dix minutes le papillon serait réveillé et alors il s’envolerait, Ger avait donc le temps d’agencer les couleurs des ailes de l’insecte pour qu’elles correspondent à un code préétabli, il utilisait à cette fin un fin pinceau, il semblait satisfait de son œuvre.
Il ouvrit alors une boite, la boite à odeur, une goutte sur ses mandibules et le papillon n’aurait de repos que de trouver la pierre de sommeil qui correspondrait à cette odeur.
Voilà c’était fait le papillon multi couleurs battait des ailes il s’élevait déjà dans les airs.       
Ger se leva et alla à la rencontre de la fille.
    - Esclave tu n'es plus digne de porter les vêtements d'une femme libre, déloque toi !
    - Bien maître, dois je tout retirer ?
    - Oui il est temps que tu t'accoutumes à l'absence de pudeur qui sied à toute esclave, n'oublie jamais que tu n'es plus qu'une marchandise.
    - Bien maître.
Elle avait déjà vu sur des places de villages se dérouler l'étrange cérémonie de l’asservissement d'une personne libre.
Alors sans autre forme de procès elle s'était entièrement dévêtue, elle avait plié sa tunique, son sarong de cotonnade, son corsage et sa culotte de coton. Elle n’était plus vêtue que de sa peau nue et de ses parures de bronze.
Ce n'était pas assez.
Il lui retira donc ses bijoux de pacotille.
    - Là où tu vas, et dans ton état, tu n’en aura plus besoin du moins pas de ceux là.
Elle était restée là debout sans réaction comme pétrifiée devant son petit tas de vêtements pliés devant elle.
    - Collier dit-il.
Comme il était d'usage elle s'agenouilla tête baissée les mains posées à plat sur les cuisses.
Alors, il referma sur son cou gracile le large collier de bronze aux quatre anneaux des esclaves communs de la guilde des rouliers, il le verrouilla avec une goupille et un petit cadenas qu'il relia à une chaîne d'un mètre environ terminée par un gros anneau rond.
    - Par ce geste tu m'appartiens esclave.
sans cérémonie, il brûla les vêtements devant ses yeux incrédules car ils avaient été portés par une esclave donc ils étaient devenus impures.
Elle était totalement nue devant cet étranger.
    - Quel est ton nom esclave ?
    - Je n'en ai pas encore maître. Mon nom sera celui que mon maître voudra bien me donner.
    - Pour tous tu seras Rachel une esclave de religion Orphique.
    - Comme voudra mon maître.
    - Ce n'est pas tout ça, il est temps que je m'occupe des iotas et que je prépare le campement.
    - Il m’a …
Elle ne put pas terminer sa phrase qu’elle reçut une gifle.
    - Première leçon tu n’es plus qu’une esclave et tu parles quand je t’autorise à le faire.
    - Mais…
Elle reçut une nouvelle gifle plus forte celle-là.
    - Je t’ai pas donnée la permission de l’ouvrir. Je suis ton dresseur, ton monitores, nous avons quinze bonnes semaines, c'est autant de jour pour apprendre à devenir une bonne putain d’esclave et surtout une espionne acceptable. Quand tu seras vendue sur le marché tu connaîtras vraiment tout de ton rôle, et crois moi tu ne vas pas avoir le temps de chaumer. Je crois savoir que les filles des lintres destinées à l’union du fleuve arrivent vierges à la cérémonie. Donc je pense que tu es vierge.
De la tête elle fit signe que oui.
    - C’est un bon début, tu vas voir cela n’a jamais tué personne, pas comme ton dieu du fleuve. Et c’est un bon moment à passer surtout pour moi. Naturellement, il sera nécessaire de te préparer et de te former. Je prendrai soin de cela.
Il la toisa, elle était totalement nue.
Et son œil de professionnel l’évaluait.
Son regard fixe d’expert s'attarda pendant un moment sur chaque partie de son corps.
Il lui ouvrit la bouche et examina ses dents, insérant son doigt tellement profondément qu'elle eut presque envie de vomir.
Il lui toucha les seins, les soupesant et tira avec effort sur ses mamelons de sorte qu'il lui tira un halètement.
Il passa sa main vers le bas de son ventre pas encore rasé, il fit la moue et avec un doigt, il vérifia comment était fermées les lèvres de son sexe infibulé.
Il joua avec le tout petit médaillon de certification du clan des lintres qui y pendait et qui en quelque sorte les décorait, il grogna de satisfaction.
    - Il faudra te percer la cloison nasale, les mamelons, te stigmatiser. Pour tes narines naturellement je veux te mettre un grand anneau là pour t'attacher aux murs comme la putain des rues que tu seras un temps. Quant aux mamelons, ce sera une question de pouvoir y fixer les clochettes pour attirer le chaland, là aussi il faudra que les anneaux soient forts.
Ger saisit un des seins de la fille et le serra :
    - Tu vois esclave, tes mamelons sont bien beaux. Si je fais le trou dans l’aréole aussi loin que possible derrière le mamelon nous aurons une bonne perforation ferme sans un risque de déchirement. Très bien, très bien… Et va falloir te marquer, là au-dessus de ton pubis, la petite marque habituelle des esclaves des rouliers. Ah ! Et puis, naturellement, sur l'épaule la marque des esclaves sexuelles.
Il la fit tourner sur elle-même pour tâter ses fesses, mesura l'étanchéité de son anus en y enfonçant un doigt puis avec une claque sur son cul conclut son examen.
    - Je vais te faire porter en permanence un anus piquet pour qu'on te sodomise sans effort, mais pas trop gros non plus pour ne pas de distendre. Sur ta nuque je devrai aussi te tatouer ton matricule, sans oublier les signes secrets des Hors la Loi.
Il prit la chaîne.
Alors par une traction subite il entraîna la fille, elle dut le suivre jusqu’au chariot sous peine d’être traînée, là il attacha la chaîne à un rayon d’une des roues.
Avec son couteau il coupa les fils de son infibulation.
Il regarda de plus près le médaillon et le jeta au loin comme s'il n'avait aucune valeur.
    - Bon ! à genoux ! face contre terre ! il est temps de s’y mettre.
Moins d’une heure plus tard aucun de ses orifices n’avait été épargné.
Il l'avait utilisée comme si elle n'avait était qu'un ustensile un objet sans âme sans volonté ; pour un animal il aurait eu plus d’égards, il l'avait retourné dans tous les sens utilisant son pénis et ses mains comme des outils avec lesquels il devait dégrossir une pièce brute, s'il avait pris du plaisir cela ne s'était pas vu sur son visage.
Quant à la fille elle était trop abasourdie pour broncher.
Avait elle été violée ? Nul n'eut pu le dire... car baiser une esclave même sans son consentement n'était pas un viol surtout si elle lui appartenait.
Pour toute récompense, il lui retourna une paire de baffe bien sonore, bien appuyée.
    - Te voilà putain, les gifles c'est pour que tu redescendes sur terre, et parce que tu ne dois pas t'attendre à autre chose de la part d'un client... même s'il à pris son pieds.
Les joues cramoisies, un filet de sang au coin des lèvres de son sexe et de sa bouche trahissaient sa condition de misérable femme.     
    - Si cela peut te rassurer dit-il en remontant ses braies, je ne sais pas ce que Res Garm t’a promis mais crois moi il est de parole. Mon rôle n’est pas de faire de toi une simple putain, n’importe qui peut y arriver. Mon rôle est de faire de toi une espionne apte au combat, cent cinquante jours ne seront pas suffisant mais sache que bon nombre de tes futures clients sont membres de la meute, ils compléteront ton enseignement, tu apprendras à les reconnaître.
Bon cela dit le plus désagréable reste à venir, comme je te l’ai dit tous les esclaves sont marqués et toi ma pauvre tu auras en prime la deuxième peau de la luxure, les stigmates de ta religion d’adoption et les tatouages secrets de ta nouvelle caste, celle des espions de l'empire. Je pourrai te donner des drogues contre la douleur, mais voilà la douleur fait partie de ta formation, aussi après chaque marquage, je m’assurerai que tu sois consciente avant de passer à la suivante pour les scarifications il en sera de même l’acmé de la douleur sera pour toi la deuxième peau de luxure. Tu m’en voudras pas mais alors je te bâillonnerai, les cris et les supplications m’insupportent. Les marques seront petites. Tu es trop belle pour qu’on abîme pareille marchandise. Mais pour ce qui est de la seconde peau de luxure il faudra que tu fasses avec, c'est autant une malédiction qu'une bénédiction tu comprendras.
Celle que l’on appellerait maintenant Rachel s’était agenouillée. Elle regardait avec une curiosité mêlée de terreur le roulier qui l’avait violé préparer la suite de son calvaire.
Il se dirigea vers le feu de camp, il y posa une marmite de bronze, mais il y avait mis aussi des fers de marquage à rougir. Il commença aussi à lui conter par le menu ses souffrances à venir.
    - Tu auras besoin que je te fasse les tatouages secrets d'identité à l'intérieur de tes lèvres et celui de ton matricule d'identité d'esclave au-dessus de ton pubis. Après tout, ajouta t-il gaiement, si tu te perd, ton propriétaire voudra récupérer une telle marchandise et ce matricule est pour lui une preuve de propriété. Ce travail, je l’effectuerai demain ou après demain. Pour l'instant je vais monter la table de travaille.
En fait de table elle ressemblait plus à un grand X avec de nombreux anneaux pour entraver sa future victime.
    - Allonge toi dessus sur le dos pour que je puisse t'attacher le mieux possible. Il fait encore assez jour et les iotas peuvent encore attendre leur pitance.
Il poussa un coffre près d'elle l'ouvrit dedans il y avait de nombreuses boites ainsi que des bouteilles, des pots d’angons. Res Ger prit un plateau avec des instruments baignant dans un liquide stérile.
Regardant sur le coté Rachel vit une rangée d'anneaux qui devaient être plaqués or, des aiguilles, et des outils de bronze.
Quand le froid de l'alcool fut tamponné sur un de ses mamelons, Rachel devina ce qui allait arriver.
Ger perça de façon experte et rapide chaque mamelon puis il se déplaça vers le bas, vers son sexe dénudé.
Elle ne pouvait pas voir, mais elle sentit les grandes lèvres de sa chatte qu'il tirait.
Puis elle sentit une première douleur cuisante suivit de plusieurs autres.
Rachel se demanda ce qui prenait tant de temps. Puis, une piqûre finale la fit pleurer de douleur.
Res Ger lui expliqua que les lèvres de son sexe avait maintenant six anneaux, trois sur chacune des grandes lèvres.
Et en plus, il ajouta :
    - j’ai ajouté un anneau d'or sur ton clito. Il sera très-sensible dorénavant, beaucoup plus facile à stimuler, car l'anneau est plus grand que ton clitoris. Res Ger se pencha sur le visage de Rachel et dit doucement,
    - Tire la langue esclave. Alors avec une voix plus forte, il ajouta,
« Maintenant j'ai dit ! »
Rachel pleurnicha de crainte mais elle s'exécuta à contre cœur.
Quelque chose soudainement saisit sa langue dans une sorte de pince et Rachel pensa qu'on allait la lui arracher d'un coup sec.
Res Ger aimait ce qu'il regardait, il se pencha plus près sur elle.
Son visage était seulement à quelques centimètres de sa victime et la petite esclave était manifestement effrayée.
Res Ger tira d'un coup sec sur le forceps, et le visage de Rachel se contorsionna de douleur.
    - Ohhh, tu te demandes ce qui va t'arriver, c'est vrai que je ne t'ai pas tout dit chuchota t-il à l'oreille de sa proie. « C'est pour ton anneau de langue. Quand nous voulons tenir le bétail comme toi en place, nous employons l'anneau de nez. Mais pour te rappeler qui est le maître, l'anneau de langue est bien mieux, particulièrement pour le lit. J'aime comment il tire la langue d'une petite pute. Ummm, par tous les Dieux, comme ça m’excite ! »
La perforation de sa langue la blessa terriblement, un emporte pièces venait d'enlever un cylindre minuscule de chaire de sa langue et elle sentait l'anneau inséré nouvelle sensation étrange ; vaguement trop grand pour sa petite bouche.
Elle résistait à la douleur plus qu'elle s'y attendait, elle reprenait ses esprits, elle saurait faire face une fois de plus.
Elle observait Res Ger qui choisissait un canon isolant en acier doré pour son nez ainsi que les anneaux pour ses seins.
En dépit de la douleur et de l'horreur de sa conversion obligatoire (car chez les gens des lintres il est impie de toucher au corps humain hormis bien-sur de l’infibulation qui est pratiqué sur les filles promises au fleuve.), Rachel était étonnée de la facilité qu'avaient eu les anneaux à glisser dans les incisions, elle poussa un soupir de soulagement, elle pensait avoir plus mal, elle redressa la tête afin de voir l'effet qu'ils faisaient sur sa poitrine, nul doute qu'ils la mettait en valeur.
    - Petite coquette je vois que tu les aimes déjà.
Elle rougit.
En revanche, le canon isolant du nez causa un jaillissement de sang épais pendant de longues minutes avant que Res Ger cautérise la blessure.
    - Fais- moi confiance, tu seras une esclave de grande classe. Plus tard, quand tu regarderas en arrière tu te souviendras tendrement de la façon dont je t'ai formée, ton succès tu me le devras. Bon maintenant on va passer aux prémisses de la seconde peau de luxure. On va commencer par la voie interne, il est bon que tu saches et comprennes chaque étape, avec une seringue, avec cette longue aiguille que tu vois là, je vais te piquer la plus grande partie de tes zones érogènes. Dans la seringue il y a une sorte de poison qui a plusieurs fonctions, la première je te la laisse deviner, j'injecte cela dans les replis de ta chatte de tes labiales intérieurs et externes, et autour de l'anneau de ton anus. Les résultats sont presque instantanés et s'aggraveront durablement avec le temps pour au moins une bonne semaine, ma chère, il est important de ne pas injecter trop de solution. Hmmm, juste assez tu vois, c'est un mélange de plusieurs venins dilués et d'extrait d’hormones. bientôt cela te démangera d'une façon intolérable. Tes bras attachés rendront tes mains inutiles. Tu seras incapable de te gratter, tu espéreras un manche de pioche, un pied de tabouret, si je te laissais faire tu pourrais t'empaler sur une feuille d'agave rien que pour te soulager. Imagine le soulagement que tu obtiendras si quelqu'un te branlait, ou mieux encore, léchait tes démangeaisons. Je suis désolé, mais quelque soit le soulagement que tu obtiendrais il sera seulement provisoire. une heure après, tu serais prête à baiser un chien dans un temple où sur une place publique pour échapper à la démangeaison de ton anus et de ta chatte. Et ce n'est rien par rapport à ce qui t'attends avec la peau de luxure.   
Elle fléchit de désespoir pendant que les piqûres minuscules de l'aiguille commençaient à être appliquées profondément sur ses parois vaginales. Incapable de résister, elle recherchait dans la prière et dans la maîtrise de sa re    spiration un soulagement qui ne venait pas.
Alors elle observait le roulier qui soigneusement pénétrait sa chatte pour la piquer à maintes reprises. Mais il était plus facile de voir les piqûres appliquées à ses lèvres.
Quand l'aiguille était retirée, elle laissait une petite bosse semblable à la morsure d'un moustique.
Comme coup-de grâce, il fit jaillir le clitoris de Rachel et il enfonça l'aiguille directement à l'intérieur du petit bourgeon.
Il sourit quand Rachel les yeux écarquillés sembla le supplier d’arrêter.
Le roulier regarda sa seringue et dit,
    - Ohhhpmh, nous avons de la marge, la seringue est loin d’être vide. Je me demande si,… il fit une pause et  regarda le corps de Rachel avec un œil critique. « Oui, » dit-il avec un certain détachement « il est temps de se concentrer sur tes mamelons ornés de leurs nouveaux anneaux brillants. » Il saisit un sein et injecta sur l'aréole et dans le téton.
Il en fit de même pour l'autre.
Comme si elle était déjà en transe, elle entendit encore Res Ger chuchoter à son oreille :
    - J'ai fini le devant, je vais te détacher pour que tu te retournes, je vais faire vite, c'est presque fini. Tu as été courageuse. Je ne te marquerai que demain. Mais après cela tu iras à quatre pattes te placer derrière le chariot.
Elle était maintenant attachée les bras et les jambes écartés ; comme il lui avait ordonné elle s'était traînée là où il avait demandé.
Il l'avait rejointe un peu plus tard avec un pinceau et un seau rempli d'une sorte de pâte rouge.   
    - Vois tu petite esclave, je t'apporte l'enfer dans ce seau. Cette pâte est la suite du traitement la seconde peau de luxure. Je vais en badigeonner tout ton corps, en introduire dans tous tes orifices avec des éponges. Après je te laisserai attachée pour que tu ne puisses pas te gratter. L'effet ne viendra que dans une petite heure, à ce moment là je te garantis que tu préféreras être morte. À ce que l'on dit la douleur est proche du bûcher du moins c'est ce que moi j'ai ressenti la première fois qu'on me l'a fait. Après demain ta peau commencera a partir en lambeaux. Tu te demande pourquoi tout ça ? Je te l'expliquerai.
Alors il commença à la badigeonner.
Puis elle s'était retrouvée attachée en croix à l'arrière de chariot avec dans la bouche cette éponge promise qui avait eu d'abord un goût amer avant de devenir du feu.
Il semblait admirer sont travail.
    - Je vais donc te laisser attacher pour la nuit. N'ai crainte, même nue tu n'auras pas froid. Tu n'obtiendras aucune satisfaction ce soir. Au matin, nous reparlerons de ce que tu pourras faire pour obtenir du soulagement. Oui,… je pense que tu devras insister sur ce que tu pourras m'offrir, la nuit porte conseil. Oui. Demain tu devras me convaincre de te soulager ; tu n'es pas dénuée d'imagination après tout tu dois devenir pour un temps une reine parmi les putains. Dans notre ordre il y a plusieurs chapitres aucun n'est plus important ou plus glorieux que d'autres toi tu appartiendras à celui des courtisanes et sans nul doute tu en seras une pépite.
Bâillonnée Rachel se tortillait mais retombait à chaque fois sèchement retenue par ses liens, sensations atroces, les cordes rêches mordaient ses membres.
Elle hurlait mais on ne l'entendait à peine à travers tout ce qui bourrait sa bouche, tout ce qui empêchait une respiration normale.
Les démangeaisons devenaient plus intenses et plus insupportables avec les minutes qui passaient.
« Oh, putain ! Oh dieu du fleuve ! » pensa-t-elle « Res Ger a raison, je ferai n'importe quoi pour me soulager. » Elle pleurnicha quand elle pensa au nombre d'heures jusqu'à l'attente de l'aube.
Rachel aurait toute la nuit pour décider comment plaire au roulier.
Tout son passé remontait à la surface, des souvenir qu'elle croyait perdus. La Valdhorienne se souvenait de ses jeunes années, elle avait été tentée, un jour, il a bien des longtemps, par les perles et les verroteries que lui montrait la vieille Muili, car elle ne se rappelait pas avoir vu la matriarche moins vieille ni moins ridée qu'au jour de sa mort.
Chaque jour, au temps où elle vivait à Valdhore, elle s'en allait s'amuser, sur le sable d'or semé des noires paillettes de mica des grèves du Teck.
Avec d'autres enfants, elle apprenait comme tous les siens la pratique des langues et des mystères pendant que son père sculptait de la vaisselle en bois et qu’il dessinait sur les amphores des danseuses et des déesses.
Ils vivaient chichement, sans doute heureux, car dans ses souvenirs des voyageurs s'arrêtaient souvent devant l’étal de son père, des marchands venus de la capital et des lointains méandres du fleuve qui disaient de son travail : « C'est très bien, ça ! C’est un artiste. »
La Valdhorienne, orpheline car sa mère Malvira était morte en la mettant au monde et l'unique esclave chargée de cultiver le jardin et des soins intérieurs du foyer, vivaient de l’artisanat de son père.
De quel chagrin souffrait-il ?
Il lui arrivait de murmurer des phrases mélancoliques en utilisant ses gouges, ou de pleurer en mélangeant ses pigments, ou tandis qu'il avivait de carmin les pointes des seins ou les lèvres, et que, de la pointe de son stylet, il fixait aux orbites le blanc de céruse dont on fait les yeux.
Parfois il faisait pauser l'enfant, bougonnant contre elle.
Il la mettait nue sous le soleil, lui défendant de bouger, lui disant qu'elle était aussi jolie que sa mère et qu'il faisait à sa ressemblance une mince naïade, une nymphe, une vénus.
La Valdhorienne ne comprenait pas tout ce que marmonnait son père, elle obéissait de crainte d'être battue, et puis aussi à cause de la satisfaction toute enfantine de s'entendre dire qu’elle était belle et gentille.
A vendre des gobelets, des plats sculptés et peints, des statuettes, l'on gagne quelques has.
Et on les troc contre des amphores vernies ou des outres de cuir qui pour ne point être belles n'en sont pas moins remplies de vin, de cervoise, ou de bière.
Et c'est l'ivresse, c'est la joie mélancolique, l'oubli d'avoir aimer !
Alors il rentrait tard, de plus en plus tard, de plus en plus ivre, et, de sa paillasse, elle entendait tomber lourdement, sur le sol l’amphore vide qui roulait sous le lit.
De tout cela la jeune fille qu'on appelait maintenant Rachel ne gardait que des souvenirs brouillons.
Seul demeurait inscrit la solitude.
Son père avait vendu la veille esclave pour quelques has, et dans la masure souvent il n'y avait rien à manger, alors elle dérobait aux basses branches des mangues orangées, ou des œufs blancs, ou encore des figues violettes.  Un homme à barbe blanche le pédagogue sans doute un jour la chassa du cours car depuis bien longtemps son père ne le payait plus.
Alors seule sur la grève, elle s'en allait jouer.
Un soir, elle s'était attardée une fois de plus sur la rive du Teck à la recherche de moules d'eau douce ou de quelques gardons égarés. Depuis longtemps personne ne la rejoignait pour la ramener et la nuit s'était avançait en catimini.
Hors une flottille du Clan des lintres était amarrée non loin du porterau de Valdhore, ils y avaient établi leur campement.
L'enfant, oublieuse de l'heure et du crépuscule s'y était aventurée.
Les femmes étaient vêtues de sarongs multicolores et, de beaux colliers de verroterie qui brillaient sur leurs poitrines à demi nues.
Des enfants jouaient, d'autres mangeaient.
Ils l'avaient entourée ; ils lui donnèrent des galettes de sarrasin et des gâteaux au miel odorant, et aussi du Moggave Tequila mélangé à du lait de dattes.
Ils parlaient avec des mots très doux, qu'elle ne comprenait pas bien, elle acceptait les friandises, avec la gratitude timide des jeunes enfants.
Et comme ils embarquaient leurs affaires sur les lintres sous des auvents de nattes de rotin de l'on appelle diactas, et qu'ils étouffaient leurs feux.
La petite, un peu ivre craignant de rester seule dans la nuit et d'être battue une fois rentrée, désolée de Voir s'éloigner les lintres, s'était mise à pleurer.
Elle avait tendu ses bras menus vers ses nouveaux amis sur le départ.
Une vieille, la matriarche, l'avait prise dans ses bras ; l'enfant but encore du Moggave Tequila mélangé à un peu d'opium et s'endormit.
Enroulée dans de chaudes fourrures, à la poupe de la barcasse, elle était bercée par le léger roulis de la grosse barque qui lentement s’en allait voguer entre les berges vers d'autres lieux. 
Et tandis-que la vieille, au visage pareil à un pruneau, psalmodiait un chant mystérieux elle rêvait de gâteaux de câlins de mots tendres de ces choses qu'elle n'avait jamais connue.
Parmi la flottille des lintres elle grandit choyée par la vieille, elle menait leur vie de nomades, de saltimbanques fluvial ; elle ne regrettait rien.
Heureuse, on ne lui commandait nul corvée désagréable, elle avait des parures, des étoffes chatoyantes, elle mangeait à sa faim et on ne la battait presque pas.
On lui apprit à danser pieds nus en jouant avec un tambourin, avec des petites cymbales à doigts, à faire rythmiquement onduler ses hanches, à prendre des poses d'idole, mais ça elle savait déjà.
La taille cambrée, les cheveux libres dans le vent, elle se drapait dans des écharpes de soie brillantes pour danser sous le soleil ou à la lumière des feux de camps.
Elle dansait le long du cours moyen du fleuve, dans les diverses contrées de l'Empire, sur les places des villages, elle dansait, conduite par la Matriarche.
Le plus souvent, c'était sur les berges ou sur les quais où passe nombreuse la populace.
On s'arrêtait pour la regarder, les has pleuvaient autour d'elle.
Et son nom voltigeait de bouche en bouche La Valdhorienne.
A quinze ans, elle sentit germer en elle des désirs qu'elle ne connaissait point, la nuit, dès qu'elle était seule, elle regardait avec désespoir son sexe cousu, alors elle recherchait les câlineries de la vieille qui la traitait comme une poupée précieuse.
Un soir qu'elle sanglotait sans doute d'être si seule avec ses pensées, elle s'était cachée à la proue du lintre de Muili, elle vit un homme qu'elle ne connaissait pas entrer sous l'auvent de la vieille, alors en catimini elle s'approcha ravalant ses sanglots.
    - Bonsoir Matriarche tu m'as fait appeler.
    - Oui Res Garm je t'attendais, il était tant que tu viennes. Mon temps est passé. Les autres ne comprendraient pas que je te vois, ici tout le monde te respecte mais personne n'aime te rencontrer.
    - Je sais le respect marche toujours de paire avec la peur que l'on inspire. Quel age cela te fait-il ?
    - Presque 400, je n’irais pas plus loin, ma fin est proche je le sent, je suis fatiguée de tout cela, bientôt j'irais vers le grand néant. Mais ce n'est pas pour ça que je t'ai appelé.
    - Parle Grande Mère t'entendre c'est t’obéir.
    - Je veux que tu t'occupe de la petite, de ma protégée, tu sais qu’après ma mort le clan fera un sacrifice c'est une coutume sur laquelle je ne puis rien. Le patriarche me hait et son pouvoir n'aura plus aucun frein.
    - Je sais cela. Je te promets qu'elle aura le choix, je te promets aussi qu'elle pourra si elle le veut être une des nôtres, mais je pense que le mieux est de lui demander, tu ne penses pas ?
    - Oui tu as raison ce choix lui appartient. Mais ne lui cache rien de notre nature ni de ce qui l'attend.
    - Entre petite je sais que tu es cachée derrière le rotin de la diacta. (tente, ou abri placé sur le pont d'un navire.)
Tremblante elle pénétra sous l'abri.
    - Sais tu qui je suis ? Non bien-sûr, et bien pour beaucoup je suis la mort qui marche, le Hors La Loi Suprême. Alors écoute bien. Ta misérable vie dépend du choix que tu feras ce soir.   

Une semaine s'écoula et...
La vieille expira vers le milieu de la nuit.
Cette mort produisit !a plus pénible impression parmi le Clan et sur Rachel.
Depuis son arrivée, c'était la première personne qu'elle aimait, qu'elle voyait mourir.
Elle n'avaient jamais pensé à cela ; il fallait y songer cependant.
C'est une loi de la nature ceux qui s'en vont sont vite oubliés, parce que la vie comble les vides de la mort, les générations se renouvellent sans cesse et l'enfant succède au vieillard.
La douleur de ces souvenirs raviva celle bien présente qu'elle endurait attachée en croix à l'arrière du chariot.
Demain pensa t-elle, et pour tout le cours de ma vie. Malgré la douleur, les épreuves qui m'attendent, je prendrai mon destin en main.
Je ne baisserai plus la tête, ni la tournerai en arrière !
Mais, cette nuit, ce dernier jour.
Je me retrouve petite fille, comme du temps heureux où la Matriarche vivait ! Petite fille !... Tout voir par la lunette des rêves !...
Ne rien faire à par danser, un bonheur. Et, aussi, pleurer de rien, délicieusement !
Mais dieux je pleure, des milles souffrances que m'inflige mon maître, puisse les dieux faire que ce ne soit pas en vain !
Elle retomba dans son étrange et douloureuse torpeur.

    - Patriarche, fit tout-à-coup l'étranger, arrivé presque-en face de Ricalmir, je viens demander une place à ta tablée et un coin dans ton grand lintre sous ta diacta.
Le ton de cette voix franche et cordiale toucha le Patriarche qui sans répondre, saisit sur la table son gobelet de bambou, le remplit jusqu'à raz bord et le présenta à l'étranger.
    - Je bois à ta prospérité, à ton bonheur. Que le Dieu du Fleuve à jamais écartent le mauvais œil de ton bateau et de ton Clan, que tous tes enfants, auprès de toi, jusqu'à ta dernière heure, la plus éloignée possible, te tiennent en estime et en félicité.
Il s'inclina avec distinction et vida, selon l'usage, la coupe d'un seul trait et la rendit à Ricalmir .
    - Sois le bienvenu parmi nous. Désormais, ta personne est sacrée pour moi et mon Clan. Celui qui toucherait à un cheveu de ta tète serait maudit par le dieu du fleuve et noyé sur-le-champ. Prends place à celle table, et souviens-toi qu-ici tout t'appartient.
Sur l'ordre du Patriarche, les femmes coururent chercher dans le paillot qui n'est qu'une fausse cale une amphore soigneusement enveloppée dans une peau de kurt.
Ricalmir procéda avec un soin méticuleux à l'ouverture de l'amphore, la débarrassant de son gros bouchon de liège ciré.
Il remplit de nouveau son gobelet et l'offrit à l'étranger.
    - La cervoise, dit-il en présentant son godet, ne réjouit pas aussi bien le cœur ! Voici une boisson pour les hommes. Du Moggave Tequila Triple X un breuvage que le soleil des haut plateau, plus chaud que le celui des gorges du grand Fleuve a brûlé de ses rayons de feu ! Accepte ce souvenir de l'hospitalité de notre Clan ; c'est une des dernières amphores, presque-aussi vieille que moi.
    - Patriarche, tu te trompes, répondit l'étranger : tu es dans la force de l'âge, et les deux lunes de nombreuses fois encore éclaireront la couche où tu honores tes compagnes.
    - Faites circuler l’amphore ! Prononça gravement le vieillard.
Des vivats chaleureux acclamèrent cette libéralité.
Le Moggave Tequila Triple X, rare dans les vallées du divin fleuve, jouissait auprès des Dominiens d'une renommée remarquable.
Se tournant vers son hôte, le Patriarche secoua la tête murmurant !
    - Étranger, tu flattes celui qui cherche déjà un méandre du Divin Fleuve où reposeront ses restes, en attendant les voluptés de l'eau dessous. Par le Grand Fleuve ! Je suis vieux, plus vieux même que tu ne saurais le concevoir !... Avant le triomphe du Maître de Cavalerie, mon nom servait d'épouvantail à la Capitale entière.
    - La voici !
Le calme se rétablit.
Chacun des convives se figea.
L'étranger, accoudé nonchalamment, observait, un peu ironique, la scène.
Alors s'avança le cortège dans la lumière du grand feu de camp.
Une procession de musiciennes, de jeunes filles jetant des fleurs bleues.
Puis deux autres jeunes filles, l'une portant la couronne, l'autre, le lacet.
Puis, la Valdhorienne, toute voilée, suivie de deux autres jeunes filles murmurant des paroles consacrées.
On lui tendit la couronne et le lacet.
Puis, s'emparant de ceux-ci, elle s'avança, tandis qu'on lui soulevait le voile qui recouvrait son visage.
    - Bénédiction sur toi, Valdhorienne, fille de Valdhore, sur les époux qu'on t'a choisi, ou sur la mort qui t'attend.
    - Puisque j'appartiens au fleuve, et que je ne puis me reprendre. je vous obéirai donc ; mon destin est par vous tracé. C'est la mort qui m'attend. Je ne veux aucun d'entre vous, car rien ne m'est plus cher que l'art des beaux gestes, des danses voluptueuses et des mimes. Je ne veux pas vivre comme l'épouse transitoire, avoir de nombreux enfants, servir mes maris comme la dernière des putains, être à jamais enchaînée au mat du lintre public pour vivre comme une chienne . Puisque que je ne puis être libre, puisque je ne puis vous quitter, je préfère mourir. Mais oui, il est bientôt l'heure de m'unir au Grand Fleuve, quand pourtant se lèverait pour moi une aube radieuse. Seulement, écoutez, je veux, en échange de ma soumission à votre coutume, vous faire une prière avant de quitter les lintres, laissez passer cette nuit et demain encore, jusqu'au crépuscule. Je veux embraser mon amie la Matriarche. Porter mes soies, mes bracelets et mes anneaux, afin que la Valdhorienne, si elle ne dansera plus, du moins puisse se parer pour le fleuve. Afin que, pour ces dernières heures parmi vous qui admirez l'artiste que je ne serai plus, j'emplisse vos yeux à jamais de mon souvenir.
Ainsi elle suivait le plan de Res Garm.
    - Grand dieux vous avez de bien étranges coutumes ! Si je puis me permettre. Cette fille est bien trop jeune et trop jolie pour être ainsi sacrifiée, mais bon c'est son choix, mais n'y a t-il pas une autre solution ? Mais, qui suis-je ! Moi Res Ger pour me permettre de donner un quelconque avis, oui qui suis-je. Un humble marchand roulier. Mais j'aimerai comprendre cette étrange coutume.
    - C'est la loi du Clan, et elle ne souffre d'aucune exception, il y a bien longtemps que la Valdhorienne aurait du être au mat, mais elle était sous la protection de la Matriarche. Celle-ci est morte il y a peu et la Valdhorienne doit maintenant choisir son destin, les maris quelle honorera à tour de rôle afin qu'aucun homme ne soit célibataire ou la mort. Telle est la coutume. Car vois tu Res Ger puisque c'est ton nom, il y a bien longtemps lorsque nous avons été bannis de la capitale il y avait plus d'homme que de femmes, et seul le Patriarche avait droit de prendre plusieurs épouses. Par ordonnance impériale il nous était même interdit d'acheter des esclaves, aucune villageoise n'avait le droit de s'unir à un homme des lintres alors que l'inverse n'était pas interdit. Ce n'était que rixes viols assassinats à bord des bateaux, mais un jour le dieu fleuve répondit à nos prières. À l'entrée des rapides de Carlit une embarcation était en perdition celle d'un riche marchand ou d'un négociant d'esclaves, quoi qu'il en soit nous arrivâmes à amarrer le bateau à la rive, à son bord il n'y avait qu'une jeune fille d'une grande beauté enchaînée au mat. En fait c'était une offrande au fleuve des Valdhoriens car la peste sévissait sur leur territoire Avait répondu Ricalmir,
    - Et vous avez donc récupéré cette offrande ?
    - Bien sûr, car ce qui est donné au fleuve nous appartient c'est la loi du fleuve. La jeune fille avait perdu la raison, elle ne voulait à aucun prix marcher sur la terre ferme elle ne cessait de répéter j'appartiens au fleuve, j'appartiens au fleuve laissez moi je suis une noutre. (Les noutres de rivières sont une mutation des loutres devenus encore plus adaptés à une vie aquatique ils forment une niche similaire aux crocodiliens dans des environnements trop froids pour les reptiles. Leurs corps est plus long que celui de la loutre, avec des postérieurs courts et palmés mais avec des anterieurs plus longs dont les extremités ressemblent à des mains à quatre doigts, leur queue ressemble à celle du castor. La tête est assez longue et large, la machoire est puissante avec des crocs pouvant meusurer quatre centimètres. Les oreilles sont petites et mobiles elles peuvent être complètement fermées, les narines sont dirigées vers l'arrière (ce qui empêche l'eau d'entrer lorsque l'animal nage). La queue est recouvertes d'une peau épaisse et écailleuse, alors que le reste du corps est recouvert d'une fourrure semblable à celle de la loutre. Les mâles sont environ 20% plus grands que les femelles, ils peuvent peuser jusqu'à quarante kgs. Ce sont des animaux intéligents et gréguerent qui vivent en clan. Ils ne craignent pas l'homme et ne l'attaquent que pour ce défendre.) Alors nous l'avons laissée enchaînée et elle est devenue notre première prostituée sacrée celle que l'on a appelé l'épouse transitoire.     
puis il poursuivit : quand bien même tu me proposerais de lui demander sa main ou même si tu me proposerais son poids en or cela ne changerait rien c'est la loi qui fait ce que nous sommes, sans son strict respect nous aurions disparu.
    - je comprends et je respecte vos traditions. Vous qui m'avez si bien reçu en remerciement puis-je vous offrir des herbes à fumer elles sont douces et j'en fait commerce...

Toute seule, elle s'était rivée au col une lourde chaîne et, ses regrets, il fallait qu'elle les étouffe, maintenant il était trop tard pour accepter les 500 has.
Elle aurait du demander qu'il la laisse dans un quelconque village, elle était assez grande pour se débrouiller toute seule, mais maintenant il était trop tard.
Et tout ça à cause de son stupide orgueil et des promesses de Res Garm.
Voilà elle appartenait à Res Ger et aux Hors la Loi, puisqu'ils tenaient le dernier anneau de sa chaîne dans leurs mains.
Ce silence du plateau du Moggave, cette immobilité abominable et cette insomnie, qui rend si vif le sentiment de la souffrance, lui devenait insupportable.
Elle s'agita une fois de plus dans ses entraves, leva la tête vers les deux lunes qui luisaient de tout leurs feux.
Pas un nuage argenté si léger qu'il pût être ne voyageait dans le bleu profond du firmament.
Respirer l'air frais de cette nuit, et pour se soulager de ses tourments regarder encore le ciel parsemé d'étoiles, et promener sur l'horizon ses yeux fatigués de veilles et de pleurs.
Elle n'était qu'une plaie ouverte aux feux de l'enfer.
Au matin il la détacha, elle tomba, se recroquevilla comme une crevette de la mer de silex.
Les yeux exorbités, elle était agitée de convulsions, de spasmes.
    - Ne ferais tu pas tous ce que je désire pour que je t’atténue ton supplice ?
    - Oui mon maître ! oui mon maître ! Ayez pitié d'une pauvre esclave.
    - Va à la marre et vautre toi dans la boue comme une truie, évite de te branler cela ne ferait que réveiller des douleurs inimaginables. Je vais me servir du ragoût en attendant que les fers soient assez chaud. Tu vois je vais te marquer de telle sorte que la cicatrice de la brûlure s’efface. Dans deux ans tout au plus il n’y aura plus de trace. Tu devrais me remercier pour cette attention. Il fit une pause puis reprit :
    - Connaissant les gens des lintres comme je les connais je pense qu’en matière de vol et de boniments tu dois être au point. Je t’autorise à répondre et à poser des questions. Tu peux m'adresser la parole normalement, tant que je ne te dis pas silence.
    - Mon maître est trop bon, mais il ne sera pas nécessaire de me bâillonner, la souffrance ne me fait plus peur après cette nuit en enfer je crois que je puis tout supporter. Oui je sais voler et mentir je sais même danser, chanter, et je connais plusieurs instruments, j’ai des dispositions pour apprendre les langues, et pour finir je mémorise tout ce que je lis. À j’oubliais le plus important, j’ai bien aimé la façon dont tu m’as baisée, quand est-ce que tu recommences maître ?
    - Petite effronté. On va voir si tu fais toujours la fière. dit-il en se servant du ragoût, il s’approcha d’elle, posa son assiette sur une des caisses, baissa ses braies, son sexe s’était roidi :   
    - Maintenant je vais manger. J'en profiterai pour me faire sucer la pine et pisser dans ton gosier accueillant. Tu as intérêt à être douce et docile.
    - Comme le veut mon maître. J’ai hâte de faire jouir mon maître et de le boire jusqu’à la dernière goutte.
Décidément cette fille n’était pas banale pensa-t-il alors qu’elle commençait son ouvrage.
    - On va bien voire si tu fais toujours la fière après ton épilation.
Avant la fin de la matinée le fer de son ardant baiser lui avait imprimé son nom sur les fesses. Et la pince à épiler ainsi que la flamme avaient fait disparaître le moindre poil de son pubis. C’était bien assez pour son deuxième jour.
    - Il est temps que tu apprennes les positions de l’esclave pour ce soir nous allons commencer par celle de la tour, simple tu te mets à genoux mains à plats sur les cuisses, c’est une position que tu adoptes pour attendre mes ordres et c’est aussi une position de repos. Maintenant je vais commencer un autre enseignement celui de la meute, celui des hors la loi, c’est un savoir secret c’est la vraie histoire de notre terre ainsi que sa géographie, c’est un savoir ancien et la première marche de ton initiation. Tu peux me poser toutes les questions que tu veux j’essaierai d’y répondre.
    - Pourquoi maître ?
    - Pourquoi quoi ?
    - Oui pourquoi tout ça maître… Res Garm pouvait me prendre, ou m’acheter au clan des lintres avant la mort de la Matriarche.
    - Tu oublies trois choses, la première c’est que tu étais promise au fleuve, la deuxième c’est que nous ne voulons pas avoir de querelle avec le clan des lintres, vous êtes pour nous une source de renseignements importante, et la troisième c’est que si nous étions arrivé à t’acheter cela aurait laissé des traces, tu dois te douter que pour nous l’or n’est pas un problème, par contre les contrats la publicité faite autour cela nous pose un problème, tu aurais été une fille de la plèbe ou une esclave, ou même une citoyenne cela aurait été plus facile pour nous et pour toi, mais une fille des lintres c’est autre chose. Vous êtes une caste à part.
    - D’accord maître, je comprends, mais pourquoi tu as été si brutal pour me dépuceler, tu m’as traité comme si j’étais un animal.
    - Tu n’es pas même un animal, tu n’es qu’une esclave, juste sous toi il n’y a que les iotas. Ne l’oublie jamais.
    - Merci, maître de me rappeler ma place. Tu parles des iotas, mais c’est quoi ? Ou est la différence entre moi qui suis moins qu’un animal et un iota ?
    - C’est vrai vous les gens des lintres vous ne quittez jamais vos barques, vous ne connaissez rien de la vie sur les plateaux ni de celle des grandes villes. Les iotas tu en as peut-être entendu parler, mais tu n’en as jamais vu n’est-ce pas ?
    - C’est vrai maître.
    - Bien, ne bouge pas je vais t’en chercher deux pour que tu puisses comprendre.
Il se dirigea vers l’attelage. Quelques minutes plus tard il revenait avec deux iotas tenues par la bride.
    - Attente ! Les iotas ! Maintenant Rachel lève-toi et décrits ce que tu vois, tu peux les toucher.
    - Comme le veut mon maître. On dirait des jumelles, mais qu’est-ce qu’elles sont belles ! Est-ce normale qu’elles soient chauves sous leur cagoule ? Et est-ce normal le mors qu’elles ont dans la bouche, je sais que nous sommes des esclaves mais vous les traitez vraiment comme des animaux et quand mon maître dit attente est-ce aussi une position ?
    - Oui attente et une position que tu devras toi aussi prendre quand je t’en donnerai l’ordre. Comme elles tu devras te tenir debout jambes écartés bras croisés dans le dos. Les iotas sont à l'origine des femmes qui par diverses mutations ont évoluées différemment du genre humain, par exemple elles peuvent se reproduire par parthénogenèse, je t'expliquerai. Tout mon attelage est issue de la même mère et de la même mère, si je ne les contrôle pas elles peuvent devenir cannibales, leurs airs placides cachent de véritables fauves. À l'état sauvage elles vivent en meutes dans bon nombre de contrées inhospitalières. Maintenant je vais te conter l'histoire de notre terre, c'est une histoire ancienne, une histoire que ceux de ta religion d'emprunt connaissent :
Tout commença par un affront !
Le fils de Zeus et de Léto courroucé contre les Rois des Titans. Suscita dans cet univers ci un piège funeste. Ainsi les peuples des nefs étranges dériveraient dans une lointaine galaxie sans pouvoir revenir en leur patrie, parce qu’à l’origine l'Astréide avait couvert d'opprobre Khrysès le sacrificateur suprême.
Pourtant magnanime celui-ci était apparu dans la constellation des Gémeaux, auprès des nefs rapides des guerriers Astréides pour racheter son unique fille chérie.
Il apportait le prix incommensurable de son affranchissement, car, dans ses nobles mains brillaient la boule des distorsions et l’une des cordes temporelles de l'Archer Apollon suspendue à l’arc d'or d’Artémis.
Il conjura les nobles Astréides, et surtout les deux Dioskourois princes du plus puissant des peuples Astréides aux puissantes nefs, le ravageur des mondes.
    - Que les Dieux qui habitent le sein des étoiles vous donnent la suprématie à vous et aux Voyageurs des Limbes et que votre expansion stellaire soit heureuse, mais rendez-moi ma fille chérie et recevez le prix de son affranchissement, car bien que vous ayez pillé les systèmes d’Apollonia, car bien que vous y ayez ravi les vierges sacrées.
Si vous révérez le fils de Zeus, l'Archer Apollon et si vous acceptez la rançon vous serez quoi qu’il m’en coûte absous pour vos forfaits sacrilèges.
Et tous les Astréides ainsi que tous les autres représentants des Titans par des rumeurs favorables, voulaient qu'on respectât le sacrificateur suprême et qu'on en reçût la mirifique rançon.
Mais les négociations furent vaines, car cela ne plut point à l'âme fière du Dioskouroi Pollux, et il chassa outrageusement la délégation présidée par Khrysès, et il lui dit ces paroles violentes :
    - Prends garde !
Vieillard sénile, que je te rencontre encore à quelques parsecs de mes nefs orgueilleuses.
Soit que tu t'y attardes, soit que tu t’en rapproches, je n’ai point peur qu’Apollon te protège, car si tu es le sacrificateur suprême, sache que par ma lignée je suis l’un des descendants des fils de Zeus et de Léda !
Sache que je ne te crains point !
Sache que je n'affranchirai point ta fille unique !
La lointaine vieillesse l'atteindra, en mon gynécée d’Argos, loin de sa planète, dansant toujours pour moi la toile du temps, chantant pour moi la mélodie sidérale et partageant quand je le voudrai ma royale couche.
Mais, efface-toi et ne m'irrite point, afin de t'en retourner encore sauf.
Il parla ainsi, et le noble vieillard trembla de rage froide mais obéit après lui avoir répondu :
    - Où que tu ailles quoi que tu fasses ce qui t’appartient, t’appartient toujours. Ce que tu dérobes te sera toujours dérobé. Car tel sera la volonté des Dieux.
Et il s’en alla dans son char lumineux, silencieux, les dents serrées, le regard sombre et il passa le long du grand vortex.
Et, se voyant ainsi éloigné, entre les planètes de Jacobson, il conjura le Dieu Apollon que Léto à la belle chevelure enfanta.
    - Entends mon cri, écoute ma prière, vois mes pleurs Porteur de l'arc d'or !
Toi qui protèges Khrysè et Killa la sainte, et commandes fortement sur Ténédos la vénérable, Smintheus la respectable, toi dont le système béni d’Apollonia a été pillé, toi dont les vierges sacrées ont été outragées !
Si j'ai toujours orné tes beaux temples !
Si j’ai toujours porté tes saints mystères !
Si j'ai brûlé pour toi mille soleils, exauce mon vœu !
Que les Astréides expient mes larmes sous tes flèches d’or car par moi c’est toi qu’on insulte et rabaisse !
Il cria ainsi en priant à la face du ciel immense, et Apollon l'entendit et, du cœur de l’univers Olympien, il se précipita en une nuée d’étoiles, irrité en son cœur, ainsi il s’éveilla à la divine vengeance.
À l'écart de la constellation des Gémeaux, loin des nefs, il tira une flèche, et un son extraordinaire jaillit de l'arc d'or, un bruit qui dans le sourd univers chavira des mondes.
Le dard frappa la flotte invincible des Astréides l’empêchant de quitter la pléiade maudite du cygne noir, l’obligeant à voguer à jamais parmi cette constellation moribonde.
Alors Akhilleus le preux émissaire des Voyageurs des Limbes convoqua les délégués des peuples dans le vaisseau monde agora.
Hèrè sa mère à la blanche peau de cristaux le lui avait inspiré, anxieuse des Danaens et des Astréides car elle les voyait s’éteindre en de fratricides combats.
Et quand ils furent tous réunis dans le vaisseau démesuré, dans la grandiose salle des actes dont les murs liquides suintant de gloire accueillaient tous les plénipotentiaires de toutes les tribus stellaires.
Alors Akhilleus le sublime, l'étincelant, se levant au milieu d'eux, Akhilleus aux nefs rapides parla ainsi :
    - Astréides, dévastateurs des mondes, je pense qu'il vous faut vous poser les bonnes questions si vous voulez mettre un terme à vos courses errantes dans ce coin ci de l’espace, ici rien de bon ne vous attend, si toutefois nous tous évitons la mort, car les réserves s’épuisent et jusqu'ici nous ne parvenons pas à trouver issue à ce repli de l’univers.
Je vous le dis-nous sommes maudits.
Hâtons-nous d'interroger un divinateur stellaire ou un sacrificateur, ou encore un interprète des songes limbiques, car la vision de ma mère vient du foudroyant Zeus.
Qu'il nous dise pourquoi Apollon est irrité, soit qu'il nous reproche des vœux négligés ou qu'il demande des hécatombes promises. Sachons si, il écartera de nous cette malédiction et s’il nous ouvrira la route, car malgré toutes nos demandes même Hermès nous ignore.
Ayant ainsi parlé, il s'assit. Et le Thestoride Kalkhas, l'excellent divinateur stellaire, se leva. Il savait l’art des probabilités car il était le maître du nombre (i), car il pouvait mettre en équation les choses présentes, futures et passées. Car il avait conduit à travers les nœuds temporels et le néant stellaire à Ilios les nefs Akhaiennes, grâce à l'aide de sa science sacrée dont l'avait investi jadis Apollon.
Très sage parmi les sages il dit dans la salle des Actes :
    - O Akhilleus, cher à Zeus et à nous tous, tu m'ordonnes d'expliquer la colère du divin Archer.
Je t’obéirai, mais promets d'abord et jure que tu me défendras moi et mon clan de ta parole et de ta force ; car, sans nul doute, je vais irriter l'homme qui commande à tous les Astréides et à qui tous les Akhaiens obéissent, l’allié des Voyageurs des Limbes sans qui aucun voyage ne serait possible. Ce roi serait bien trop puissant à l’encontre d'un sujet qui l'irrite ! Jure donc que tu me protégeras. Bien que, dans l'instant présent, il taise son courroux, je le connais assez pour savoir qu’il assouvira toujours sa vindicte après l'avoir longtemps couvée dans son cœur tel le feu d’Héphaïstos. Alors je dirai tout haut ce que tous nous savons déjà.
Et Akhilleus aux nefs rapides, lui répondant, et parla ainsi :
    - Raconte sans crainte ce que tu sais !
    - Non par Apollon, et Zeus dont je découvre à tous les calculs sacrés, non ! Car je crains l’un d’entre vous !
    - Nul d'entre nous, Kalkhas, moi vivant et les yeux ouverts, ne portera sur toi des mains violentes. Quand bien même tu nommerais Pollux, qui se glorifie d'être le plus puissant des Astréides.
Et le calculateur irréprochable reprit courage et dit :
    - Apollon ne vous reproche ni vœux ni sacrifices omis. Il venge son sacrificateur suprême, que Pollux a couvert d'ignominie, car il n'a point délivrer sa fille, dont il a refusé le prix de rançon. Et c'est pour cela que le divin Apollon nous accable de maux. Et il nous en accablera encore et encore. Et il n'écartera point pour nous les lourds rideaux des replis de l’espace, que nous n'ayons rendu à son père bien-aimé la jeune fille aux danses sacrées. Et qu'enfin un temple glorieux n'ait été construit sur une planète identique à Apollonia qui sera à jamais la demeure de la belle Khrysèis et la prison de Pollux. Alors nous apaiserons Apollon.
Ayant ainsi parlé, il s'assit. Et le héros Astréide Pollux, qui commande à tous, se leva promptement, plein de la fureur d’Héraclès et une noire colère emplissait sa poitrine, ses yeux étaient pareils à des soleils ardant et sa voix était pareil aux grondements des volcans d'Erra.
Furieux contre Kalkhas, il parla ainsi :
    - Oracle pitoyable misérable Cassandre, jamais tu n'as rien dit d'agréable à mes oreilles. Les maux seuls te sont doux à prédire même s'ils sont sans fondement. Tu n'as jamais ni bien parlé ni bien agi à mon égard ; et voici maintenant qu'au milieu de nous tous, dans l'agora aux murs liquides tu prophétises que l'Archer Apollon nous accable de maux parce que je n'ai point voulu recevoir le prix mirifique de la vierge Khrysèis. Et je crie bien fort à la face de tous et des Dieux s'ils entendent ! C’est vrai ! J’aime mieux la retenir sur mon vaisseau amiral, en en faisant une femme vraie. Je la préfère à Klytaimnestrè aux seins froids, au cœur dur, sœur de d’Akhilleus que j'ai épousée en première noce. Mais vous tous savaient que c'était l'aboutissement d'un contrat, le prix de notre passage pour d'autres galaxies.
Khrysèis la belle ne lui est inférieure en rien, ni par la beauté, ni par la grâce, ni par l'intelligence, et surtout pas par l'habileté aux arts amoureux que je croyais jusqu’à présent réservés aux saintes putains stellaires. Mais pour la paix et faire taire toutes critiques, si effectivement Kalkhas au discourt haineux dit vrai, je la veux bien rendre. Je préfère le salut des nations à leur destruction. Mais avant il nous faut trouver où bâtir ce temple, après quoi j’y laisserai en son sein la belle Khrysèis.
Et Akhilleus, aux nefs rapides, lui répondit :
    - Voilà qui est sage noble roi Pollux. Je pense que nous pouvons en rester là à cette heure. Mais je ne vous tiens point quitte quant à l'honneur bafoué de ma sœur bien aimée.   
Donc, chacun regagna sa flotte.
Chacun se dispersa à la recherche de cette planète semblable à la Terre, semblable à Apollonia. Nul doute que cette quête serait longue. Nul doute qu’elle serait périlleuse car la nébuleuse du cygne noir était vaste et dangereuse.
Mais Pollux le roué désirait gagner du temps car il ne souhaitait en aucun cas se départir de la belle Khrysèis à la peau d’ivoire au sourire de nacre, ni finir ses jours comme Prométhée enchaîné sur un quelconque rocher.
Une de ses nefs, la plus rapide, la mieux armée, la plus furtive aussi, avait réussi à percer le blocus divin, à son bord était le plus rusé, le plus retord de tous ses capitaines, Odysseus le protégé d’Athéna le commandant de l’Argos ainsi que Orphée le transfuge à la voix d'or.
Et ils revenaient avec de bonnes nouvelles.
Des nouvelles pour les seules oreilles de Pollux.
    - O Roi, héros Dioskouroi, nourrisson de Zeus, je t’apporte les échos d’un autre univers où une race pareillement humaine à nous mais pourtant si différente c’est affranchi du pouvoir des Dieux, ils vivent au sein d'une fédération qu'ils nomment Muspelhem.
Ils les ignorent ils se nomment entre eux Nietzschéens, ils sont puissants, ils sont les maîtres des nanostructures et règnent sur les clones ; cette science interdite par nos Dieux depuis l’aube des guerres du méta-gluon. Leur chef n'est pas un homme ni une femme mais un enfant né d'une machine qui a pour nom Surtur.
    - Quel son prix ?
    - Il est hors de prix. 
    - Mais encore ?
    - Un présent ; grand Roi pour avoir leur aide. La Boule de Distorsion.
    - Ce n'est rien s'il n'y a que cela je l'obtiendrai.
Et la possibilité de se mesurer à nos Dieux.
    - Comment cela ?
    - Oui la Boule de Distorsion que vous avez laissée à Khrysès. Et la guerre contre les Dieux car ils proclament partout la supériorité des humains sur toutes les races de l'espace sur toutes les forces sidérales.
    - Comment faire rusé Odysseus ? Comment faire pour obtenir leur aide sans craindre la vengeance de nos Dieux ?
    - Qu’Athéna la divine nous éclaire de ses lumières. Que les grands calculateurs du vaisseau mère interrogent les nombres. Mais il faut à tout prix que ce soit nous qui trouvions la planète. Mes Argonautes ont quadrillé les marches du grand amas et ils n’ont rien trouvé.
    - La délégation des Nietzschéens qui m’a suivi peut nous y aider.
    - Qu’attends-tu brave Odysseus pour les introduire par devers moi.
Alors le Lion Bergelmer car tel était le nom de l’ambassadeur des Nietzschéens s’adressa au Roi dans la langue stellaire, la langue sinapisée :
    - Chez nous Dieu est mort. C’est une citation bien connue de notre Sage insensé :
Les Dieux sont morts !
Les Dieux resteront morts !
Et c'est notre raison qui les a tués !
Comment nous consoler à présent, nous les meurtriers de l'absolu ?
Ce que notre univers a possédé jusqu'à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous la lame de la raison de nos pères. 
Qui nous lavera de ce sang ?
Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ?
Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d'inventer ?
La grandeur de cet acte n'est-elle pas trop grande pour nous ?
Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux simplement ne fût-ce que pour paraître dignes d'eux ?
Et dans ce cas ne devons-nous pas nous supprimer si nous sommes nous-même devenus des Dieux ?
Nous avons besoin de réponses !
Et nous voulons encore nous mesurer contre le divin car après avoir tué nos Dieux nous avons découvert quelque chose de plus dangereux que la mort, nous avons découvert l’ennui poison de la sagesse.
Oui nous avons trouvé une planète rocheuse encore jeune que nous l'avons façonnée avec la technologie Ymer.
    - Comment se fait-il qu'aucune de nos nefs ne l'ai découverte avant ?
    - Elle est protégée par le rempart de nos armes Midgôrd. Mais nous sommes prêts à te l’of­frir. Alors ô grand roi écoute mon idée.
Ainsi avait parlé le Lion Bergelmer l’ambassadeur des athées.
Le temps passa et la planète fut pourvue d'un pont stellaire le Baefroest on y érigea aussi un grand temple qui s'appela Gladshem puis un autre le Vingolf pour la belle Khrysèis dont les super structures prirent l'apparence d'un temple d’Apollon.
La terraformation était un succès. Et au sein de cette terre, dans des forteresses mystérieuses étaient confinées en champ de stase les armes étranges en vue du piège à venir.
Le temps passa encore et encore, et enfin, sur cette nouvelle terre on put enfin tous se rassembler.
Pollux parla ainsi à toutes les délégations :
    - Préparez-moi maintenant une compensation, afin que moi seul d'entre nous tous, je ne sois point dépouiller. Cela ne conviendrait point à moi qui suis un grand Roi, car vous le voyez, ma part m'est re­tirée si je laisse ici la belle Khrysèis parée de tous les joyaux des lunes de Cadise.
Et le divin Akhilleus, aux nefs rapides, lui répondit :
    - Très-orgueilleux Astréide, le plus avare des hommes, comment les magna­nimes Voya­geurs Des Limbes te donneraient-ils un autre prix ? Avons-nous du butin à mettre en com­mun, nous qui n’avons point participer à tes sacri­lèges razzias ? Celui que tu as enlevé du sys­tème d’Apollonia a été partagé avec tes tribus, et il ne convient point que nous tous refas­sions un nouveau partage sur le néant dont tu nous as paré. Mais toi, remets Khrysèis à son père, et nous, Voyageurs Des Limbes, nous te ren­drons le triple et le quadruple, si jamais Zeus nous donne de découvrir d’autres systèmes riches de bu­tin.
Et le roi Pollux, lui répondant, parla ainsi :
    - Soit ! Qu'il ne soit pas dit que moi je sois la pomme de discorde... Aussi je me contenterai que d’une faible partie de la rançon promise par le prêtre d’Apol­lon alors je laisserai la belle Khrysèis. Je saurai me montrer conciliant, je ne veux que de la boule de distors­ion vous voyez tous que je ne suis point aussi avar ni aussi mal accommodant que le crie Akhilleus dans toute cette partie de l’univers.
    - Non contant de nous mettre tous dans l’embarras, de nous placer en délica­tesse avec les Dieux tu m’insultes moi et ma Sœur que tu as de façon si éhonté outragée aux yeux et aux sus de tous. Prends garde Pollux que ma haine qui grandit avec le temps ne se déverse comme une tempête cosmique je suis las de tes insultes, prends garde que les routes de l’espace ne te soient fermées pour les éternités à venir.
    - En ce jour de grâce je m’en veux clore toutes querelles aussi après avoir trouvé cette heu­reuse planète, après y avoir bâti des temples et des villes à l’image de l’antique terre berceau des nos illustres aïeux je m’en vais exaucer la demande de Kalkhas et y dé­poser la belle Khrysèis entre les murs du temple d’Apollon aussi séant je convoque Khrysès afin qu’il me cède l’unique prix demandé.
J’exhorte aussi les Dieux pour qu'ils en soient témoins ainsi que mes nouveaux alliés les Nietz­schéens qui m’ont cédé cette planète afin que nous puissions enfin mettre un terme à cette divine querelle.
Et les Dieux entendirent et de leur présence ils honorèrent cette illustre assem­blée et ce fut à la fois un début et une fin.
Et cette terre qui devait être un sanctuaire fut le théâtre d’un conflit inimaginable.
Un théâtre et un piège pour les Dieux ; car pour les Nietzschéens un bon Dieu était un Dieu mort.
Aussi s’attaquèrent-ils à l’essence même des Dieux, leur énergie cosmique.


Et 100 000 années s’écoulèrent comme un battement d'aile de papillon.
Puis sur ces premières cendres froides… reste du conflit entre la multitude des Titans, des pseudo-hu­mains et des Dieux.
Après que le néant eut englouti tous ces fiers com­battants.
Après que cette terre ci fut près de disparaître seulement protégée par l'es­sence même des Dieux et les restes d'une antique technologie Nietzschéenne.
Alors, seulement alors naquirent des civilisations et d’autres civilisations, et encore d’autres toujours semblables mais toujours un peu différentes, copies de copies d'un programme. Éternel re­tour d’un jeu qui devait tromper l’ennui des quelques survi­vants du conflit débuté 100 000 ans plus tôt, puis les ennemis primordiaux c'étaient de lassitude éteint un à un.
Orphée en eut sa part et non des moindre mais je te conterai cela une autre fois. Car tu dois apprendre à te servir des aiguilles de mort et des griffes de la tigresse qui sont les armes des courtisanes chez nous les hors la loi.
    - Bien maître, c'est une belle histoire mais je n'ai pas compris grand chose. Tant de mots m'échappent... 
    - je sais mais je tacherai de tout t'expliquer, va te rouler encore une fois dans la boue sinon les démangeaisons te deviendront intolérables.
    - Merci maître.



Chapitre.6.     La conjuration.

    - Pour l’amour du messager du Dieu unique nous devons châtier. Il faut que désormais toute superstition populaire soit condamnée. Il faut que cela soit plus qu'une loi, que cela devienne un saint dogme. Même s’il faut l’imposer par le sang et le feu. Désormais on ne prêchera plus au peuple que les sorciers sont des charlatans, mais au contraire des suppôts de l’enfer, qu’ils sont des apostats justiciables des supplices de l’hérésie.
Ainsi parlait le grand inquisiteur Nicohélas Sacrésis à ses frères mineurs assemblés dans la chapelle des saintes béatitudes. «Quant à la *patrologie *(Étude de la littérature de l’Antiquité messienne, qui comprend l’histoire des doc­trines du temps des Pères de l’Église) il s’agit de mieux l’interpréter. Pourquoi mettre sur un pied des stalles l’Évangile de Salamandrine ? Alors que plusieurs apôtres et non des moindres ont une autre version des actes de Messi. Pourquoi faut-il la croire plutôt qu’eux ? En vérité je vous le dis mes frères il faut réfléchir et méditer sur les écritures saintes, Messi et ses apôtres sauront nous guider. Mais pour l'heure allez en paix et songez à ce que je vous ai dit. Maintenant laissez-moi seul. Je dois me recueillir et prier pour les âmes égarées.
Une trentaine de moines sans âge au visage invisible sous leurs lourds capuchons noir sortirent en silence, ombres malfaisantes parmi les ombres du corridor.
Qui les aurait croisés en aurait eu la chair de poule.
Nicohélas était un savant théologien infatué de ses idées délirantes au point de soutenir envers et contre tous la réalité terrestre de Satan, des succubes, des incubes et autres billevesées.
D’ailleurs ne parlait-on pas d’un être plus démon que monstre vivant ou plutôt régnant sur les terres brûlées du sud ?
L'inquisiteur prônait une lutte radicale contre l’hérésie.
Il n’admettait aucuns doutes sur la réalité des prodiges de la magie et envisageait contre elle une lutte impitoyable de tous les instants.
Dans ses bouffées délirantes il affirmait qu’il était nécessaire d’exterminer toute personne soupçonnée d’idées impies.
Certains le disaient atteint d’une sorte de folie de la persécution. Lui se voyait entouré d’ennemis, de diables qui voulaient le détourner de la vraie foi.
Il haïssait les femmes qui le lui rendaient bien. De mauvais messiens prétendaient que dans sa jeunesse à la cour de Salamandragor où il avait été écuyer, les dames se moquaient de ses prouesses nocturnes.
On disait aussi que son glaive était tout aussi inefficace sur le pré que dans un lit.
Et que même sa langue n’était bonne qu’à débiter des âneries superstitieuses, sa crédule méchanceté était sans borne.
Son père chose rare dut inverser les charges, son cadet suivrait la voie des armes alors que lui revêtirait la bure.
Pusillanime en chambre, couard en champ clos, flattant les puissants, impitoyable avec les faibles il ne pouvait que prospérer sous la prêtrise.
Il était d’autant plus dangereux que c’était un être obtus, pervers quoi-qu’impuissant, obséquieux jusqu’à la caricature, et malheureusement pour ses contradicteurs il était secondé d’une mémoire phénoménale, d’une ruse et d'une patience reptilienne.
Composant avec sa morale pour laquelle toute idée pouvait devenir un dogme et s’imprimer dans le sang.
Capable de réciter des pages entières des saints livres, et ce bien qu’il fût souvent incapable d’en comprendre la substantifique moelle.
Ses lectures pieuses au mieux il les prenait au pied de la lettre, au pire il les interprétait de façon délirante.
C’était comme on disait dans son pays l’homme d’un seul livre.
Il progressa vite, beaucoup pensaient l’utiliser comme un pion le jugeant malléable, terne, niais et borné.
On le surnommait le serpent à cause de son léger zézaiement de ses poignées de mains moites et molles et surtout de son regard perçant d’une fixité reptilienne.
Et c’est vrai que c’était un serpent avec cette même intelligence viscérale de la survie, avec cette même dangerosité. Et comme le serpent de la bible messienne beaucoup de grands malheurs advinrent par son fait. Et dans le nœud de vipère qu’était l’Inquisition Nicohélas Sacrésis avait sa place, une place de choix.
Présentement il convoitait les flèches du saint martyre et pour ce faire toutes les compromissions étaient envisageables.
S’appropriant la juridiction pontificale dans des choses qui n’étaient point auparavant hérétiques, il commença à sévir très cruellement envers de pauvres femmes de la campagne.
Il les accusait de maléfices et de sortilèges.
Beaucoup pour s’attirer ses faveurs lui dénonçaient comme sorcières un grand nombre de pauvrettes qui subissaient son courroux.
C’est là durant ces interrogatoires qu’il connut ses premiers émois qu’il considéra comme une manifestation divine, comme l’approbation des tortures qu’il infligeait.
Les malheureuses parfois avaient la chance de pouvoir racheter leur vie, ce qui lui créa d’abondants revenus car à ses nombreux défauts le moindre n’était pas la cupidité.
Il vint se placer devant le saint poteau des martyres de la foi pour prier à voix basse comme c’était la coutume.
    - Ô doux Messi !
Donne-moi la force.
Donne-moi la volonté de tes saints messagers.
Que n’ai-je leur mâle et lumineuse éloquence ?
Ta détermination qui inspira l'effroi aux Dominiens.
Mon âme délicate s’effraie à l’avance de la tache terrible que tu m’as infligée.
Des cadavres, des autodafés par milliers, des victimes sacrifiées à ta vraie foi, l’horrible carnages qu’en ton nom je prépare ...
Qu'importe puisque c'est le prix.
Et le royaume sera lavé dans ce bain de sang.
Qu’importe les trahisons, les complots ... 
J’en serai le maître.
De tout ce chaos je sortirai seul et unique vainqueur pour ta plus grande gloire !
Dieu saura pardonner à son humble serviteur ses plus exécrables perfidies, la perte totale de toute une dynastie qui a failli.
Car voilà ce que j’entreprends et je crains de faiblir et qu’une quelconque pitié m’égare !
Mais il est temps que je parte et aille au souper de cette princesse décadente.
Nicohélas sortit de la chapelle où il priait. Il traversa plusieurs couloirs comme l’ombre fantomatique qu’il était.
On lui ouvrit une petite porte et sa longue et maigre silhouette à petits pas comptés pénétra dans la pièce qui paraissait d’autant plus petite que son plafond était très bas.
Il glissa vers Salamandine et lui tendit le dos de sa main droite qu’elle baisa avec dévotion.
    - Eh bien ma fille soyez bénie et relevez-vous maintenant. Comment allez-vous ?
    - Fort bien éminence, comment vont nos affaires ?
    - Elles sont bien engagées altesse. Votre majesté connaît mon ardeur à la servir. Notre partie croit aussi vite qu’herbe après ondée de printemps. Encore quelques semaines et nos prières seront comblées. Le Messi par ma voix l’ordonne la bible ne dit-elle pas :
« Ton Dieu a ordonné ta force.
Montre-toi fort, ô Dieu, qui agis pour nous,
De ton temple qui est sur Salamandragor :
Les rois t’apporteront des présents ! »
    - Le ciel vous entende grand inquisiteur, si même nos ennemis s’unissent pour aider nos dessins, et si vous aussi êtes des nôtres qu’avons-nous à craindre ?
    - Rien en effet mon enfant ; mais nous devons nous assurer durablement de la neutralité de ce païen de Subarnipal !
    - Mais comment allez-vous procéder ? Comment cet impitoyable adversaire pourrait-il se prêter à nos projets ? J’ai toujours redouté son intrusion dans nos affaires.
    - Heureusement son entourage est facile à corrompre et ce n’est pas l’or qui nous fait défaut. Cette neutralité nous la gagnerons sur le dos des Cimmériens vous verrez. Il convient d’occuper ailleurs Subarnipal, depuis le temps qu’il convoite la libre route de la passe de Roc-taillade.
    - Et pour Honorius ? Et pour Ser ? Que tous les diables les emportent ces deux-là !
    - Princesse vous blasphémez. Cela fait maintenant deux ans que la religion et le conseil de l’Ecclésiaste nous ont prêté leur concoure pour bannir ce triste individu, cela fait deux ans que le Dominien a quitté notre royaume. Son attachement pour Salamandra me le rendait odieux, son départ et le plus sûr garant de notre réussite. Mais sa mort et celle de son frère servirait bien mieux nos intérêts, aussi avec le concours d’un prêtre de sa religion, un prêtre qui a quelques vengeances à tirer je saurai écarter la menace qu’il représente et puis n’oublions pas que nous posséderons un otage de choix, le fils de Ser. Le monde est décidément bien fait pour les enfants de Messi ; il nous fournit un bien grand nombre de zélateurs. N’est-ce pas un signe de la volonté de Dieu ?
    - Peut-être mais cet empereur a su s’accaparer l’amour d’un peuple imbécile, il ne faudrait pas que l’on sache d’où vient la mort, le sang laisse toujours des traces sur la lame. N’oublions pas que jusqu’à présent l’on parle d’un allié.
    - Un païen rien de plus !
    - Le duc du Fillon ne saurait tarder. Il est nécessaire à nos plans ; même si je dois pour cela consentir à des étreintes dont je vous demande de m’absoudre.
    - Je vous recevrai plus tard en confession mon enfant mais pour votre consolation n’oubliez pas que Salamandrine est devenue une sainte. Car le seigneur connaît et approuve la voie des justes. Mais il hait et condamne la voie des impies. Une seule chose compte, vaincre et notre foi régnera sur ce monde. Le seigneur a dit vous les gouvernerez avec une verge de fer, et, s’ils vous résistent, vous les briserez comme un vase d’argile. Or ces promesses d’un dieu tout-puissant ne manqueront pas de s’accomplir. Un seul Dieu, un seul royaume, une seule église telle est notre devise ! Ne l’oublions jamais. La fin justifie tous les moyens. Dieu nous jugera sur nos résultats. L’ordre règne, les caisses sont pleines, c’est même la paix avec ce fou de Subarnipal.
    - Ah comme vous parlez bien. Comme je hais ces peuples impies, avec quelle volupté je me baignerai dans leur sang ! Quand je serai Papesse je ferai de Salamandragor un royaume combattant, un royaume de combattants de la vraie foi et notre étendard flottera sur la terre entière.
Ils entendirent une clochette tinter.
    - Je pense que votre soupirant s’annonce.
    - Acceptez mes hommages princesse vous êtes toute en beauté en ce soir béni de votre seule présence. Éminence recevez le salut d’un fidèle parmi les fidèles.
    - Vos compliments me font rougir beau Duc.
    - Mes enfants ! Occupons-nous d’ouvrages plus importants. Où en sont nos projets ? Sur qui pouvons-nous compter ?
    - Sur les provinces du Sud et de l’Est à coup sûr, les satrapes d’Ophir nous sont acquis. Pour ce qui est de la Capitale nous soudoyons les chefs de milices et les provéditeurs. Mais il va falloir presser le pas, la conjuration commence à percer, le secret sera dur à garder.
    - Sans doute mais nous devons d’abord brouiller les Cimmériens avec Salamandra et pour cela j’ai un plan, mais comme tout plan il a sa part d’incertitude et de danger, aussi j’ai décidé de partir pour le palais de Subarnipal le plus tôt possible.     
    - Et les autres pères de la sainte inquisition ?
    - Ils nous sont entièrement acquis, et si je puis dire leurs âmes est entre nos mains. Au nom de la Papesse ils inspirent la terreur et la consternation auprès des chevaliers de la sainte ligue des flèches de feu l’un des derniers soutiens de Salamandra. Quant à la populace je sais comment la calmer, beaucoup de messes, autant d’exécutions publiques, et quelques poignées d’or et eux aussi nous mangeront dans la main. Comment ne pas soumettre la masse lorsque celle-ci est terrorisée.
    - Dieu vous entende car nous faisons cela pour le bien de tous n’est-ce pas ?
Et tous se mirent à rire.
    - Et la papesse ?
    - Oh ! Pour elle toujours la même chose elle pouponne, je suis certaine qu’elle ne voit rien venir. C’est plutôt de certains de ses ministres qu’il faut se méfier surtout de ceux qui ont combattu avec Ser.
    - Je me suis permis d’appeler une des nonces gagnée à notre cause, elle nous est toute dévouée. Elle attend dans une antichambre. Elle fait partie du plan qui défera l’alliance des Cimmériens et de la Papesse. De toutes les façons sont-ils véritablement humains ? J’ai toujours pensé que ces barbares des montagnes qui étaient aussi blafards que s’ils sortaient des limbes n’avaient point d’âmes.
    - Je pense comme vous Duc, il faudra bien crever l’abcès un jour où l’autre.
    - Eh bien, faites-la entrer. Que l’on puisse admirer cette arme secrète.
    - Oui c’est le mot. Et il convient que l’arme d’un crime ne serve qu’une fois.
    - C'est-à-dire ?
    - Que vous importe ! Si l’omelette est bonne. Il aura bien fallu casser des œufs !
    - Sait-elle ce qui l’attend ?
    - Que nenni. Le cheval d’un attelage n’a point besoin de connaître sa destination pour galoper. Et il ajouta plus bas presque en grimaçant : «Surtout s’il coure à l’abattoir. De toutes les façons il faut faire fi de nos scrupules, il faut être capable de sacrifier les meilleurs des nôtres pour le bien de tous.»
Nicohélas traversa la pièce et ouvrit une petite porte à l’intérieur capitonnée. La nonce entra à sa demande. Et ce fut une surprise, c’était une belle jeune femme, du moins du peu que l’on pouvait en juger car sa robe et son capuchon noir ne laissaient qu’entrapercevoir son visage et sa silhouette.
    - Je vous présente la nonce Saavati de la très sainte inquisition greffière de premier rang auprès des tourmenteurs de Salamandrapour. C’est elle qui portera en personne nos propositions à Subarnipal n’est-ce pas Saavati ?
    - Je ferai de mon mieux pour être digne de votre confiance noble princesse et noble duc.
    - Nous n’en doutons guère Petite Sœur Saavati. Il convient de vous rappeler que Ba-Marcon ne doit pas revenir de votre ambassade. Mais ne vous inquiétez de rien toutes les dispositions sont prises à ce sujet, il sera moins difficile à détruire qu’une coquille de noix. Nonce vous pouvez vous retirer et prier pour le parfait aboutissement de notre projet.
La jeune ecclésiastique se retira par la même petite porte.
    - Tout est bien calculer, absolument tout est prévu. Dans un mois la messe sera dite. Et pour certains ce sera un requiem.
    - Pour les fidèles de Salamandra ?
    - Mes troupes sont en manœuvres dans la province de Mandalay. Parmi elles j’ai un grand nombre de mercenaires. Sur un mot de moi elles entreront dans la Capitale. Elles n’auront qu’un mot d’ordre le palais et le massacre général de tous ceux qui s’y trouvent.



Chapitre.7.     Le palais de Domina, Honorius et Honorata.

À Domina dans les jardins du vieux palais d’Honorius après l’heure de vénus sur le mont Lavantinus, la nuit embaumait, elle était tiède, sans lunes, propice aux confidences.
Et tout là-haut sur le noir promontoire rocheux dominant la ville, dans la plus grosse des tours polygonales de la citadelle impériale, une conversation entre une sœur et son frère était sur le point de s’achever.
    - Chère sœur laisse-moi rire. Pour un peu tu semblerais penser comme ces fous de messiens.
La guerre est éternelle en ce bas monde. Nous tous sommes soumis à sa dure loi, même tes Dieux, s’ils existent encore en sont les jouets. Jette un œil autour de toi, cela suffira de te convaincre, les animaux se mangent entre eux du fond des océans jusque dans les nuées. Chaque espèce projette l’extinction de l’autre. La lutte est acharnée, vitale, sans issue pour l’un ou l’autre, et comme on dit si bien dans notre vaste empire, malheur au vaincu. Rien d’étonnant alors que cette règle générale s’applique à nous. Aussi en dignes fils de Dieux fantasques en avons-nous fait un art, car ne sommes-nous pas leur création la plus aboutie ? Nous demeurons sous le règne de la force, l’état de guerre ou de trêve armée, telle est notre alternative, et par tous les dieux, il faut la subir, car je n’en connais point d’autre, toi-même n’en tires tu pas profit ?
    - Comment ça ?
    - La religion n’est-elle pas cause de conflits et alibi opportun. Ne nous fournit elle pas des bataillons d’exaltés prêts à s’entre déchirer pour peu que l’on sache les mener.
    - Tu as peut-être raison, pourtant au-delà de ton cynisme, je sais que tu es bon, et que tu as un cœur.
    - Je ne vois pas ce que cela à voir avec notre discutions. Il est vrai que je suis bon puisque tu le dis, mais je suis surtout lucide, si tu me passes ainsi du baume c’est pour une raison. Qu’elle est la demande que tu voudrais que j’exhausse ?
    - Si fait mon frère, j’en rage que tu me devines, pour toi je serai toujours la petite sœur transparente comme l’eau claire.
    - Tu l’as dit ! L’eau claire, et non pas pure.
    - Allons droit au but, Genivira voudrait rentrer à la Capitale.
    - Tu sais que je l’ai banni aux confins de la Livonie elle et son mari.
    - Je sais cela, et cesse de jouer les surpris, tu es au courant de tout ce qui la concerne, ne me prends pas pour plus idiote que je ne suis, et retire se sourire narquois qui m’exaspère.
    - Et pourquoi je te ferai cette grâce ?
    - D’abord pour me faire plaisir, parce que c’est une amie, et tu sais que son mari est mort.
    - Et alors, ce n’est pas moi qui l’ai banni mais le sénat.
    - Tu te moques encore. En vérité tu ne lui as jamais pardonné de s’être éprise de Plotu.
    - C’est vrai, il est mort en paix celui-là ! J’ai été bien bon. Il est mort dans les bras de celle qu’il aimait, elle l’a veillé, et pleure encore sur lui. Elle lui a souri, et l’a consolé, c’est comme ça que je voudrai mourir. Et j’ai été bien bon de le laisser en vie, surtout après sa trahison. J’aurai dû l’envoyer aux Gémonies, (escalier qui gravissait le flanc nord-ouest du Capitole, reliant les prisons à la cita­delle, où l’on exposait les cadavres des suppliciés) il le méritait bien.
    - C’est vrai tu aurais pu, mais tu es trop intelligent, trop froid pour l’avoir fait. Je te vois encore jubiler en lui accordant sa grâce. Je te vois relever sa femme qui t’implorait à genoux, comme tu as dû jouir de cet instant.Ton premier acte d’empereur empreint d’une générosité feinte.
    - Comment oses-tu !
    - Oui parfaitement, ne disais-tu pas à Ser que Plotu te servirait ? Qu’il était dangereux d’être entouré de gens stupides et imbéciles ? Que le plus grand service qu’il pouvait te faire, était de servir tes ennemis ? Tu t’es servi de lui comme de nous tous. De quoi as-tu peur ? De rencontrer Genivira ? Ou de croiser le fantôme de Plotu ?
    - C’est bien on verra. J’en parlerai avec Ser. Et dit à ton gros chat d’arrêter de ronger mes fauteuils.
    - D’abord ce n’est pas un gros chat comme tu dis, mais une panthère sacrée, et elle ne ronge point ton mobilier, elle se fait simplement les griffes. Et puisque tu parles de Ser, sait-il qu’il te doit sa disgrâce auprès de sa bien-aimée ? Tu vois je n’abuse pas de mes renseignements, et bien qu’il m’en coûte, je ne te trahirai pas, mais tu n’as pas de quoi être fier. 
    - Allons ma sœur, je ne suis pas fier de ce que j’ai fait, tu le sais et s’est à contre cœur que j’ai dû mis résoudre.
    - Puisse ton frère ne jamais savoir.
    - Mais je pense que tu n’as pas quitté la fraîcheur des portiques de ton temple pour prendre des nouvelles de Ser, et m’entretenir d’une de tes veilles amies ? Que veux-tu savoir d'autre ?
S’appuyant aux parements de cuir de buffle, il se leva d’un de ces larges fauteuils de rotin que l’on fabrique dans le sud du grand Delta, tout près des grands marrais de papyrus mauves.
Il se dirigea nonchalamment vers une des grandes fenêtres ouvertes du palais. La brise légère agitait les voiles vaporeux des rideaux de mousseline d’un bleu de Mytilène, ils ondulaient en longues vaguelettes sensuelles odorantes, car on les trempait chaque matin dans du parfum.
Songeur, il les écarta du bras et se pencha. Il respira profondément l’air frais de cette nuit de printemps.
De la haute tour palatiale qui dominait la ville basse, il écoutait la citée, sa citée. Et malgré l’heure tardive, ce n’était que bruits et clameurs étouffées.
Son regard se porta vers le port encore tout fatigué du combat perpétuel, de la rencontre de la houle marine et de la nonchalance divine du puissant courant fluvial.
Avec un peu d’attention, il reconnaissait le ronflement à peine audible des pompes manuelles qui poussaient, qui attisaient la circulation de l’huile de naphte, combustible vitale de la vorace flamme sacrée du grand phare, qui là-bas, au bout de la jetée, trouait la nuit de son doigt incandescent.
Il percevait le tintement des cloches de quarts des nombreux navires à quai.
Le cognement des coques contre les pontons, le claquement des vergues et des gréements.
Des bribes de chants, et de rires de marins en bordées s’élevaient dans les airs, comme autant de bouffées sonores, comme autant de rumeurs à peine étouffées que la brise lui amenait. Tous ces sons lui appartenaient, ils se mélangeaient en une folle complainte, s’envolaient dans l’obscurité pareille à une prière profane et bienfaisante.
    - Non ma sœur, je ne suis pas fier, nul autre que lui ne devrait mériter autan ma gratitude, et c’est vrai je le remercie en le trahissant. Mais Je ne pouvais pas lui permettre de me quitter. Je suis de ceux qui savent tirer parti des autres, même de leur famille, et je n’en ai point honte. L’empire a besoin de lui, j’ai besoin de lui. Sais-tu que tôt ou tard nous lutterons contre le Royaume Messien de Salamandragor et ses chevaliers de la foi ? Quand cela arrivera, et si cela devait arriver, je préférerai que Ser soit dans nos rangs.
    - À dire vrai, je reconnais bien là ton peut de principes.
    - Encore une fois, tu as raison ma sœur. Les principes sont pour les sots, et je me méfie des idées qui ressemblent à des dogmes, les principes sont des règles qu’on prescrit à d’autres qu’à soit même.
Il leva les yeux vers les lointaines étoiles et repris. Et au peuple pour avoir la paix et le tenir en laisse.
Il agita une dernière fois le rideau comme pour chasser de mauvaises pensées, puis il se retourna faisant face à sa sœur.
Elle s’était rapprochée, toujours aussi belle, toute vêtue d’une stola (robe des dames libres) soigneusement plissée, d’un lin aussi blanc que neige, léger comme la caresse de cette nuit.
Quelques boucles brunes s’échappaient de son bonnet, elle n’avait ni teinture, ni perruque, elle était au-dessus des modes. Elle tenait d’une main son thyrse doré, (attribut de Dionysus et de sa suite, constitué par une tige souple sur­montée d’une pomme de pin, d’un bouquet de feuilles de vigne et d’une touffe de lierre.) Ino sa panthère noire aux yeux étincelants se frottait langoureusement contre sa jambe.
    - Sans scrupules, mais toujours aussi lucide mon frère, ou plutôt mon bien-aimé et très puissant frère. J’ai ouï dire bien des choses cet an si. Je sais que vous avez des nouvelles de l’abomination.
    - Nous y voilà enfin ! Il est vrai... Tout se paie, même un secret honteux et sacrilège. Quelquefois même aussi cher que le prix de la gloire, un jour ton dieu devra s’acquitter de cette dette. Et comme on dit, secret de deux, secret des dieux, secret de trois, secret de tous. N’oublie pas que nous étions trois. Mais comment sais-tu que j’ai de telles informations ? Comment le sais-tu, puisque je suis sûr du silence de mes hommes ?
    - J’ai eu des visions, n’oublie pas qui je suis.
    - Laisse-moi rire, les visions ont toujours l’heureuse idée d’apparaître à celles qui y croient le plus. Mais n’ai craintes, l’abomination a disparu avec sa nourrice. Si du ciel s’en fut le désir, le fleuve fut son sépulcre.
Elle s’appuya au dos d’un des fauteuils.
    - Honorius, je ne sais…
Des larmes roulèrent sur ses joues.
Il la coupa, il ne pouvait résister à l’envie de lui envoyer une remarque blessante, et à dessin il lui parla à la troisième personne, comme lors des audiences publiques :
    - Je ne sais Madame, si vous pleurez de joie ou de douleur, mais ne séchez pas ces sanglots, dans tous les cas vous les volez à la honte.
Elle baissa la tête, se servit de son voile pour s’essuyer les yeux.
Elle aurait voulu se justifier, mais elle ne le pouvait pas.
Elle n’en avait pas le droit.
Elle avait fait cela pour son frère.
Il avait tant changé, peut-être le pouvoir, les responsabilités.
Pourtant pour d’autres que lui, elle était la grande prêtresse de Dionysus, presque l’égale d’une divinité.
    - Honorius, Je ne peux pas tout expliquer, pas maintenant, les dessins des dieux sont impénétrables, mais je te remercie de ton aide. Mais si tu ne me respectes plus, respectes au moins mon ministère.
    - Ah, ma sœur, ce n’est vraiment pas bien quand on n’est plus une vestale,(prêtresse de Vesta, qui entretenait le feu sacré et était astreinte à la chasteté, ici litté­raire femme d’une grande chasteté) d’en adopter le maintien. Pour les leçons de morale vous repasserez, gardez les pour vos ouailles. Vous savez très bien ce que je pense des dieux, si les roues s’en créaient un il serait rond et il roulerait.
Il la regarda pâlir, il aimait bien la taquiner avec ses remarques sacrilèges.
La conversation bifurqua heureusement sur des sujets plus légers.
Comme la préparation des prochaines Dionysies. (Le rituel dionysiaque était caractérisé par des processions très animées, où chan­teurs et danseurs interprétaient un hymne dit dithyrambe. Beau­coup des partici­pants, peut-être sous l’effet du vin, et de l'alcool du Moggave entraient dans un dé­lire mystique. Dans les cités, et no­tamment à Domina, les dionysies re­présentaient dans l’année six pé­riodes de fêtes, les plus importantes étaient les grandes Dionysies, célébrées au printemps pendant six journées. Les trois dernières étaient consacrées à des re­présentations de la vie du dieu.)
Il la réconforta quand même, et ce faisant ils quittèrent le grand bureau des audiences privées, toujours accompagnés d’Ino la câline, qui cherchait les caresses de sa maîtresse.
Courtisans, sénateurs, députés, nobles patriciens et ambassadeurs les attendaient trois étages plus bas dans la grande salle des banquets de Traijan le second.
En descendant lentement l’escalier monumental de marbre vert aux balustres de cristal de roche, Honorius songea à Ser.
Que faisait-il maintenant loin de la capitale, loin de lui, nul doute qu’il œuvrait pour le bien de l’Empire.
Il avait voulu lui octroyer la charge de Très Grand Préfet du Prétoire (général en chef des prétoriens et ministre des légions) ou mieux d’Augustule, (sert à qualifier les princes ou les rois, ici second de l’empereur)  mais il avait refusé, tout refusé, il voulait simplement partir à l’ouest chez les barbares des steppes.
Heureusement Honorata avait par on ne sait quel miracle réussi à le fléchir, il avait encore cédé à sa demie sœur, celle-ci savait le prendre par les sentiments et ses prédictions.
En transe, elle leur avait dit par un matin glacial, alors qu’ils étaient tous trois dans le naos (Partie intérieure du temple où se trouvait placée la statue de la divinité ; sanctuaire) de son temple désert :
    - Ser, la chienne du septentrion.
Feu sang au levant.
Prêtres félons destruction.
La clef du temps.
Et c’est quand tout semblera perdu que tout sera sauvé.
Dans ses visions elle voulait qu’il aille dans le nord.
Et contrairement à lui qui ne croyait à rien, septique parmi les sceptiques, Ser lui qui était tout au contraire ouvert aux cultes anciens avait écouté et obéi. Aussi avait-il accepté les titres et les fonctions d'Augustule de (Fonctionnaire chargé d’une administration pour le compte de l’État. ) Procurateur membre du consortium des 12 et même d’Imperatores des marches du nord et des territoires de l’est.
Perplexe l’empereur descendit plus lentement encore, presque avec hésitation les dernières marches.
Il avait sa sœur à son bras, car une fois encore Igfride boudait cette cérémonie.
Avant la dernière marche il souffla à l’oreille de sa sœur :
    - Au fait tu diras à notre mère que mes mouches sont sur la trace de votre protégé, priez les dieux que je le trouve avant certain de ses détracteurs, sans quoi on risque de le retrouver flottant dans la Cloaca Maxima. (Égout principal de la ville).
Ino qui balançait dédaigneusement sa queue les précédait, majestueuse et dangereuse, comme il convient à la messagère de Dionysus (dieu du vin), elle ouvrait le passage au couple impérial.
Il pensait toujours à sa belle et sauvage concubine qu’il était pressé de rejoindre dans ses appartements de la tour des Kazars.
Les banquets protocolaires lui pesaient, mais ils faisaient partie intégrante de sa charge.
Il faudrait bien changer cela aussi un jour, et il préparait de grandes modifications dans l’étiquette de la cour.
Devant eux comme par magie les portes s’ouvrirent, la grande salle toute illuminée d’une multitude de lampes les accueillit dans un silence respectueux.
Ino feula de satisfaction, les nombreux invités les saluèrent chaleureusement et respectueusement, le banquet pouvait commencer somptueux comme il se devait.

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#3 25-02-2018 17:33:44

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.8.     Subarnipal au palais.

Le palais impérial avoisinait la grande ziggourat de la pureté céleste ; il n’en était séparé que par les quatre esplanades circulaires du marché central qui avaient la forme d’un immense trèfle dont les feuilles étaient bordées de portiques à colonnes en chapiteaux de lotus polychromes.
Au centre, Subarnipal avait fait hisser sa statue équestre en bronze doré sur une colonne de marbre veinée de grenat.
Elle remplaçait celle du quadrige de son père qu’il avait fait jeter à bas et fondre.
C’était à la fois la marque de son pouvoir et le point de départ du *milliaire (qui marque la distance d’un mille = 1500m) qui signalait l’origine de toutes les voies qui sillonnaient l’empire.
Son empire plus vaste que celui d’Honorius son rival de toujours.
Le palais ou pour tout dire les palais impériaux, couvraient un espace gigantesque, et il fallait bien deux bonnes heure à marche rapide pour en faire le tour.
C’était une citadelle, aussi bien qu’une résidence majestueuse flanquée de murailles émaillées de lapis lazulite.
Ses hautes et épaisses courtines avaient des créneaux de pierres taillées scellées au plomb.
Ses nombreuses tours carrées peintes de carmin étaient érigées tous les cent pas.
Ses monumentales portes de bronzes dorées bardées de fer étaient sévèrement gardées, elles protégeaient le mystère des lieux l’interdisant au commun des mortels.
Le grand lac de Taciphrène la terminait, la bordait, l’épousait.
Ce lac aux eaux froides en était le somptueux miroir dans lequel la métropole aux cent palais aux douze ziggourats se mirait de toute sa magnificence hautaine.
Le maître des lieux avait réuni en ce lieu, à portée de sa main, tout ce qu’exigeait son incommensurable puissance, sa dignité quasi divine, ses mégalomaniaques fantaisies, sa sûreté paranoïaque :
Vastes parcs ombragés, peuplés de plantes rares et d’animaux sauvages. Harems aux grilles entrelacées de fleurs jalousement gardés.
Profondes salles aux trésors où étaient conservées des monceaux d’or et de pierres précieuses.
Casernes de sa garde d’élite, arsenal et port militaire.
Cette citée pouvait se suffire à elle-même et se garder de tous ses ennemis.
Dans ce palais aux centaines de salles toutes plus grandes, plus richement décorées les unes que les autres, dans ce palais tous attendaient que raisonne son pas, un pas qui servait de mesure à tout un empire, le pas du Cakravartin. (empereur presque dieu)
A ses pieds, toujours ses deux belles esclaves nues, ces beautés des tribus sauvages de l’Hyperborée capables de satisfaire toutes les envies de leur maître.
Elles étaient seulement parées de quelques somptueux bijoux et d’une dentelle d’or et d’argent mêlés qui ne cachait rien de leurs charmes.
Toutes deux étaient en laisse et leurs chaînes dorées étaient aux mains de Subarnipal.
Elles étaient à genoux têtes basses, les bras croisés sur les épaules.
Dressées comme des chiennes à l’affût de ses moindres désirs elles attendaient le bon vouloir de leur divin maître.
Mais l’heure était venue de sortir et se montrer à la foule tumultueuse qui déjà envahissait la grande place du trèfle de l’harmonie suprême.
Tout était parfait dans ce hall vermeil, le temps semblait suspendu le monde semblait prendre la pose pour un invisible peintre.
L’amphitryon un homme obèse et fardé, les conseillers, les courtisans richement vêtus, la garde noire, et les lanciers immortels, tous attendaient.     
Le grand chambellan avait requis les esclaves domestiques, qui aussitôt avaient apporté la chlamyde pourpre, et respectueusement, sans un mot, en retenant leur respiration, ils l’en avaient drapé dissimulant ainsi l’armure ciselée d’or qui toujours protégeait le Cakravartin.
Si son père allait tête nue. Subarnipal lui portait une lourde couronne presque un casque constellé de perles et de pierres précieuses qui comme les nattes d’une longue chevelure descendaient sur ses larges épaules.
Le Cakravartin était alors une divinité étincelante, impassible, insensible, il voyait sans regarder, il ne marchait pas, il semblait glisser vers un grand balcon ou plutôt une loge ouverte au-dessus de la multitude que l’on appelait le Kathisma.
Ses deux femelles l’accompagnaient et quand il s’arrêta à trois pas en retrait du surplomb, elles se couchèrent à ses pieds.
La loge était grande et s’élevait à plus de quarante pieds au-dessus de la place.
Portée par de hautes colonnes elle était à son image incroyablement surchargée, et inaccessible.
Sous lui était un autre balcon plus étroit, mais aussi long que la muraille, il était occupé par une compagnie d’archers d’élites.
Les patriarches, les grands prêtres, et les hauts dignitaires attendaient dans le Kathisma devant la balustrade.
Les trompes sonnèrent et leur musique nappa l’espace, tout en bas, tous se prosternèrent face contre terre et gare à celui qui resterait debout car il serait déjà mort criblé de traits.
Subarnipal s’avança suivi des femelles, les deux mains sur le balustre ses yeux aussi noirs que son âme parcoururent vaguement l’espace, il soupesait la foule de ses sujets avec le même mépris amusé qu’il aurait à fixer une fourmilière.
    - Je vous donne la bénédiction du protégé des Dieux.
En ce jour bénit, les cieux qui nous contemplent nous sont propices. Relevez-vous peuple dans le soutien bienveillant de ma volonté.
Les trompes sonnèrent, alors la multitude se redressa en un geste pieux, puis les acclamations montèrent.
Et on entendit la prière de la masse :
    - Joie et prospérité, long jours de félicité *Cakravartin !
Conduis ton peuple soumis !
En toi tout est divin !
Tu es héraut fils du ciel !
Les puissances infernales suivront tes invincibles légions !
Tes lois sont des décrets divins, tes pieds sont des autels !
La prière s’acheva et un silence pesant renaissait.
Le Cakravartin jouait avec, il se délecta de cette foule tétanisée, soumise, il savait que pour beaucoup le simple fait de l’apercevoir suffirait à justifier leur misérable existence.
Enfin il se décida :     
    - Les prêtres, les astrologues ont lus les signes !
Mon cher frère Astural-Bala doit être vengé !
Les Dieux veulent un holocauste !
Les Dieux pour nous honorer de leur bienveillance, veulent les dépouilles de nos ennemis ces infâmes Dominiens !
Déjà les prêtres du haut des ziggourats scrutent le ciel, la grande fête de la mort s’annonce.
Je veux la guerre, la guerre, la guerre !
Et le peuple en bas de crier, de s’époumoner :
    - Victoire ! Victoire ! Victoire !
    - Nous avons pleuré sur les morts, nous les avons honorés.
Tout est consommé, laissons le passé qui n’est plus, et ne pensons qu’à l’avenir et aux conquêtes.
Déjà nos armées sont aux frontières.
Des héros les commandent, mais ce n’est point assez, car je veux être à la tête de mes myriades vengeresses !     
Le Cakravartin satisfait tourna des talons un rideau de velours se baissa sur la loge, c’était fini.
Il avait amadoué le vulgaire.
Maintenant il fallait qu’il passe aux choses sérieuses.
Tout son état-major l’attendait dans la salle des batailles.
Il s'y dirigea lentement encadré de ses deux esclaves, le connétable des provinces du sud marcha au-devant de Subarnipal s’inclina devant lui.
    - Couchez mes chiennes. Les filles s’allongèrent.
    - Que me veux-tu Pilocarpes ?
    - Ô Grand Cakravartin où recevrez-vous l’ambassade des Salamandrins ?
    - Sur mon palais flottant, mais tu n’es pas mon ministre des audiences pour te quérir de pareille détails et nous avons encore le temps.
Pour l’instant je reçois comme déléguer un autre coquin de Salamandrin qui m’a prédit que la papesse serait tuée et qu’il serait le nouveau régent il prétend qu’il me donnera de grandes gratifications en échange de mon soutien.
Qu’en penses-tu ?
    - Mais seigneur, quel besoin de me consulter ? Je suis à vos ordres et je ne dois mon titre qu’à votre bienveillance.
Sabirr un nain vêtu d’un manteau à capuchon traînant par terre intervint sans aucune hésitation.
    - C’est vrai mon roi qu’avez-vous à demander conseil à Pilocarpes alors que je suis là. Alors que je peux voir avant lui ce qui vous éclairera et qui pour lui est encore dans la nuit.
    - Suffit nabot laisse parler notre bon Pilocarpes. Qui est un grand général.
    - Peut-être par la taille, mais la valeur ne se mesure pas en pieds.
Le Cakravartin en riant, car il lui arrivait de rire commanda.
    - Sodo, Phéla occupez-vous de ce drôle !
    - Pitié maître pas vos chiennes.
Et il commença à courir de son pas titubant.
Subarnipal libéra ses esclaves qui bien qu’à quatre pattes n’eurent aucun mal à rattraper le bouffon.
Tous regardaient la scène qui se voulait amusante.
Un nain qui serait presque dénudé sous les griffes de deux Hyperboréennes naguère filles de roi et désormais esclaves obéissantes, dévouées corps et âme au bourreau de leur père.
Pilocarpes n’avait pas dit mot pas même fait une remarque blessante vis-à-vis du nain dont il connaissait le pouvoir.
Il le détaillait du coin de l’œil.
Il avait une tête anormalement grosse, un cou épais, un long torse sur de trop petites jambes arquées, des sourcils broussailleuses et son nez rouge veiné de bleu rendait sa physionomie des plus grotesque.
Petit parmi les grands, l’apparence était trompeuse, en réalité véritable conseiller et fin diplomate, il avait l’oreille attentive du Cakravartin.
Certaines mauvaises langues murmuraient qu’il était son premier ministre. Qu'une étrange amitié était née entre ces deux-là.
Le nain avait beau être son fou et son souffre-douleur il n'en était moins l'un des personnages le plus puissant de l'empire.
On disait même que c’était une prédiction de la pythie (oracle féminin)qui les avait faits ce rencontrer.
Et c’est vrai, il y a près de dix ans de là, avant que son père l'ait envoyé prêter main forte à son frère, le préféré, il s’était transporté au temple du Mont de Helphes et après quelques dons et diverses offrandes on lui avait transmis cette réponse :
« Sagesse de petites gens.
Vaut mieux que charge de géants.
Et d’un retard funeste en ce siècle de fer.
Couronne pour deux nouveaux empereurs saura faire. »
Dubitatif il en était reparti rangeant cette prédiction dans un coin de sa mémoire.
Puis lorsqu'il avait pris la tête d'une armée pour à marche forcée se joindre à celle de son frère et aux hordes alliées pour combattre aux Champs de
lys là où devait converger toutes les forces coalisées là où il se devait d’être.
Hors donc, avec sa garde personnelle était-il aux avants postes de ses myriades.
Il traversait ses provinces quand il rencontra une bande de villageois qui voulaient pendre ce qu’il croyait être un enfant.
Il s’approcha de l’attroupement par curiosité, vit qu’il s’agissait d’un nain.
    - Holà gueusaille quel tour pendable allez-vous faire là ?
    - C’est que votre grandeur, c’est un rusé fourbe qui mérite à peine l'aune de corde qui le pendra.
    - Oui je vois quand on est petit, et qu’on a trop d’esprit on ne vit point long­temps ! s’excla­ma le nain. Et le nain qu’on n’avait pas bâillonné de crier encore :
    - De tout temps les petits ont pâti de la bêtise des grands. Justice messire écoutez ma supplique avant de me laisser pendre !
    - Si fait. Avant que de le pendre il faut que je l’entende ! Car je vois que le nabot a de l’esprit.
De quoi l’accuse-t-on ?
    - D’être un nain, de porter malheur, de faire tourner le lait des vaches, d’avoir la langue perfide et d’avoir engrossé plusieurs de nos femmes.
    - Mensonge, le malheur ne s’acharne que sur la bêtise ! Et moins on pense plus on médit ! Je ne suis qu’un comédien simple bouffon, Beau sire je ne suis qu’un fou qui suis plus utile au sage, qu’un sage m’est utile. Et si vous me laissez pendre c’est que vous êtes né pour obéir et que vous obéirez jusqu’au trône si un jour vous vous en approchez !
    - Que dis-tu là maraud ?
    - Qu’à me faire pendre je préférerais que cela fut devant un roi ou mieux devant un empereur. Plutôt que devant des paysans et un général. C’est vrai que je suis petit mais ne dit-on pas qu’on a toujours besoin d’un plus petit que soi.
Pendant un instant Subarnipal réfléchit, hésita ; il pensait à l’oracle.
De quoi, de qui s’agissait-il ?
Des paysans ou de ce nain à la langue trop bien pendue ou d’autre chose ?
Il préféra penser qu’il y aurait toujours quelques amusements à retirer de la présence de ce petit impertinent.
Aussi avait-il eu la vie sauve.
Et à mots couverts on disait même que si l’armée de Subarnipal était arrivée avec six jours de retard pour la bataille du plateau de la lune c’était sur les conseils de Sabirr, ainsi c’était résolu en grande partie le problème de la succession au trône.
Subarnipal parvenu au pouvoir suprême avait conçu le dessin d’organiser l’autocratie en détruisant tout ce qui pouvait encore rester des souvenirs de l’ancien royaume et d’introduire à sa cour et dans son gouvernement sa volonté suprême comme unique loi.
Et par-dessus tout il devait trouver le chemin d’Avalon le chemin de l’éternité et cela passait par l’écrasement de l’empire Dominien.                         
Mais pour l’heure le nain était malmené par deux femelles qui après l’avoir presque dénudé l’avait jeté sur le dos l’une était à califourchon sur son visage pendant que l’autre s’amusait de son sexe déjà raide.
    - Tu sais ce qui t’arrivera si ton souriceau crache avant que je t’y autorise ? Avait lancé le Cakravartin.
Le nain ce dégagea momentanément et difficilement des cuisses qui lui enserraient le visage pour faire signe que oui.
Alors Sabirr se tortilla et grimpa à une lourde tenture de velours poursuivi par les deux femelles.
    - Divin maître rappelez vos chiennes que je puisse descendre.
    - C’est vrai il n’est pas digne qu’un nabot domine un roi. Qu’on abatte la tenture.
    - Non pitié. Gémit le nain en s’écrasant sur les dalles de marbre avant d’être instantanément la proie des deux femelles.
    - Suffit qu’on mande mon premier fils je veux qu’il soit présent au conseil de guerre.
Le nain qui avait réussi à échapper aux deux femelles avait repris une certaine contenance.
Encore haletant il s’adressa au Roi des Rois.
    - Majesté, ne trouvez-vous pas étrange qu’un empereur tel Honorius qui à ce qu’on dit est tant aimé de son peuple s’attire tant de haine ?
    - Et que crois-tu que pense mes sujets ?
    - Ils vous haïssent Grand Roi. Mais ils vous craignent plus qu'ils ne vous haïssent.
    - Je sais ; je sais ; je me souviens aussi de la prédiction des astrologues :   
Le fils deviendra le meurtrier de son père ; les cousins briseront les liens du sang. Il fera mauvais, bien mauvais dans ce monde ; il y aura avant la destruction de l'univers un âge de hache, un âge de glaive, où les boucliers seront brisés, un âge de tempête, un âge de meurtre, et pas un homme n'épargnera son semblable.
    - Allons mon seigneur vous n’êtes pas le premier fils à hâter sa prise de pouvoir et à avoir de vive force pris ce qui vous était dut. Et qui sont ces astrologues qui puisent leurs sentences dans le cantique de Pollux.
    - Sabirr, tu es un drôle bien singulier, dit Subarnipal en riant ; tu as des moyens curieux de te faire entendre, et, sur mon honneur, pour un fou de profession, tu montres plus d'esprit que beaucoup de gens qui jouissent d'une réputation plus grande. Même si bien souvent tu m'irrites avec tes vanteries et tes bêtises... mais je dois dire que tu m'es plus fidèle qu'un chien.   
    - C'est que je suis comme l'humble feuille du chêne... je n'existe que par la volonté de l'arbre sans lui je dépéri sans moi il n'en n'est pas moins vigoureux. Je sais aussi que chaque feuille est remplaçable.   





Chapitre.9.     Le bouge.

Cela faisait plusieurs jours que Garm et sa troupe avaient quitté Aquilata, il avait reçu le papillon coloré de Res Ger, le plan se déroulait comme prévu et c’était une bonne chose.
À une dizaine de lieux de là, il avait dû faire une halte inattendue.
Il s'était éloigné de son escorte, son cheval ayant perdu un fer, et plutôt que d'échanger sa monture, il l'avait conduite à l'entrée d'un hameau chez l'unique maréchal-ferrant.
Ce fut donc à pieds qu'il remonta le chemin de grosses planches goudronnées qu'on avait jetées sur l'unique rue boueuse parallèle au fleuve. De chaque coté sur des pilotis de quatre pieds de haut étaient plantées une vingtaine de masures, l'auberge un bâtiment de colombages et de pisé, avec son étage unique fait de troncs mal équarris, était mieux construite que les autres maisons du hameau, plus neuve et plus vaste, c'était le centre d'une attraction fébrile.
Des interstices des claies d'osier et de roseaux qui bouchaient les fenêtres, des planches disjointes de la porte à deux battants grossièrement peintes, filtraient des sons braillards, de la musique, et des lueurs dansantes.
Les curieux était nombreux pour pareil hameau, l'ambiance était chaude.
Et tous allongeaient avidement leur cou, tendaient l'oreille, se pressaient les uns contre les autres, jouaient des coudes, afin de ne rien perdre du spectacle.
C'était surtout des hommes, des pécheurs, des mariniers, et des bûcherons.
Ce qui excitait à ce point leur curiosité était une femme. Non c'était une enfant, une malheureuse petite esclave de douze ou quatorze ans, vêtue de chiffons, à son cou brillait un collier de bronze, les jambes nues, elle montrait pour l'instant l'ombre légère de sa poitrine juvénile, son front était caché derrière une couronne d'aubépine et de jasmin mêlé, elle avait des yeux d'un vert émeraude, déjà mutins.
Dans son dos, sur sa poitrine, et tombant de sa taille, elle exhibait de bizarres ornements, de petites clochettes à montures de bronze.
Juchée sur une petite estrade, devant trois musiciens en tailleurs, et un grand gaillard bedonnant, un Gerc ou plutôt un Dominien qui n'était certainement pas son père, mais plus sûrement son leno, elle chantait, elle dansait, dévoilait ses charmes, allant et venant, à l'aise sur les planches comme une déjà vieille brème, arrondissant les bras malgré les chaînes qu'elle avait aux poignets, elle balançait des hanches de façon de plus en plus rapide sur un rythme qui devenait si furieux, que les musiciens avaient du mal à suivre, puis soudainement, elle se figeait, prenait des poses provocantes, avec des attitudes obscènes, mimait le coït, se léchait le bout des seins, déclenchant de gros rires gras, elle chantait avec un étrange accent, des chansons grivoises en Dominien, et même en Norique.
C'était une esclave, juste une petite putain, un petit animal bien dressé.
L'auberge était bondée, pleine d'hommes l'eau à la bouche, aux yeux avides, hypnotisés par la vue de la danseuse déjà ruisselante de sueur.
Et Garm murmura en posant son gobelet de mauvais vin : « Pauvre fille ! Dommage pour toi, je n'ai pas le temps. Pourtant c'est bien Vénus, une petite Vénus pas encore gâtée par la débauche que je vois là. Je t'aurai bien acheté et offerte à la mère de Res Ser. » Il se leva prit dans son écuelle le pilon d'une oie rôtie qu'il entendait finir en quittant les lieux, il bouscula un peu les spectateurs qui lui barraient la sortie, il avait hâte de quitter ce bouge, son cheval devait l'attendre ferrer chez le forgeron.
Mais un fâcheux prit la mouche, un colosse qui lui rendit en plus fort sa poussée, Garm bon prince s'excusa et continua son chemin, le dépassa, l'autre visiblement ivre lui tapa sur l'épaule, Garm sentant venir les problèmes se retourna et sans attendre décocha deux coups de poing un dans le ventre suivi d'un autre sur le nez, le sang gicla et l'homme s'affala de tout son poids sur une table qui craqua sous le choc.
Autour de lui on avait fait le vide.
Il aurait pu en rester là, mais il jugea plus prudent de vider sa bourse sur le ventre du colosse estourbi, il devait y en avoir pour 300 has.
    - Vous avez eu le spectacle …  J’offre ma tournée, vous en garderez pour ce gaillard ... quand il reviendra à lui.
Il ne put quitter aussi vite la taverne qu'il l'aurait voulu, la danseuse fut poussée hors l'estrade, les barriques furent percées, les amphores, débouchées.
Il dut boire deux ou trois tournées pour accompagner ses nouveaux amis à la santé de l'empereur et comble de l'ironie à celle de Garm l'invisible le maître des hors la loi, c’est vrai que d’une certaine façon il était une légende, un ogre dont on menaçait les enfants turbulents.
Il est vrai que dans son accoutrement il ressemblait plus à un mercenaire barbare qu'à un prince des assassins.
Ce fut sous les hourras qu'il les quitta enfin, il dut même leur promettre de repasser un de ces quatre.
Il sauta les quelques marches du perron, fouillant dans sa besace à la recherche de la cuisse d'oie rôtie.
Il commença à la mordre quand il entendit pleurnicher, cela venait de dessous l'auberge plus exactement des pilotis extérieurs, Malgré la noirceur, il reconnut la petite esclave demie nue enchaînée par le cou à un des madriers, la nuit était fraîche, elle grelottait.
    - Je parie que t’as froid et que tu dois être affamée ?
Le petit animal doué de raison acquiesça de la tête.
Lui, un des personnages le plus puissant de l'empire, eut pitié, il se souvint de l'histoire d'un saint Messien, qui partagea son manteau, à les entendre cela tenait lieu du prodige, alors avec un sourire ironique il lui jeta son manteau de laine à capuchon et ce qu'il restait de sa volaille, il n'entendit pas les remerciements, déjà il s'était éloigné à grands pas.
Il put reprendre son cheval, il avait encore du chemin avant de rejoindre son escorte.
Le maréchal ferrant malgré l'heure tardive avait fait du bon travail, sans doute lui était il difficile de refuser son art à un cavalier lui agitant sous le nez une pièce d'or.
Sa troupe l'attendait non loin de là, et alors qu'ils galopaient sur la voie Servienne qui longeait le chantier du nouveau canal, une pensée suscita sa réflexion, il avait le sentiment d'être passé à côté de quelque chose, là-bas dans la taverne, quelque chose de fugace s'était imprimé dans son esprit, la petite avait attiré son attention, mais pour quelle raison ? D'accord elle était jolie mais cela était insuffisant, elle avait la tête rasée, mais ce n'était pas suffisant pour qu'il s'en émeuve autant, peut être son regard ? Ou peut-être une ressemblance mais avec qui ?






Chapitre.10.     Sur le rempart.

Le vent soufflait en rafale, la mer démontée se ruait en une incroyable furie à l'assaut du rivage et du rempart de la digue.
De lourds nuages noirs mâtinés d'indigo venant du sud, galopaient en une sombre chevauchée hurlante. C'était un continuel jaillissement d’écumes, la sourde détonation, des roulements de galets culbutés.
Protégé par les larges merlons de la digue, insensible aux violentes rafales, un homme de haute taille, enveloppé d'un grand manteau de cavalerie de drap rouge, contemplait la mer dont la rage folle augmentait à chaque instant.
Au loin sur la mer échevelée, à l'horizon il distinguait les grains se succéder, ils approchaient irrésistiblement de la côte.
A trois pas, un matelot, solidement planté sur ses jambes fortes regardait aussi la mer, tout en fumant une longue pipe noire taillée dans un bloc de bruyère. C'était un vieux bonhomme, mais solide encore, et l'œil était bon qui clignait sous la touffe broussailleuse d’épais sourcils gris. Sa pogne large comme un battoir empoigna le culot de sa pipe.
    - Neptune ! Quel temps ! murmura l'homme au manteau.
    - Bien sûr que ça n'est pas un temps de fillette, ni de rampant. Répondit dans un brouillard grisâtre le marin qui paraissait désireux de lier conversation, « Mais j'ai vu plus mauvais. »
    - Je pense qu’il est impossible de sortir ? demanda son interlocuteur, qui en se retournant, laissa voir au marin son visage.
C'était un homme d'une bonne trentaine d'années, aux traits réguliers et durs. Une estafilade souvenir d’anciens combats marquait sa joue gauche. Ces yeux étaient d'un noir profond, aigu comme des dagues. Les cheveux, qu'il portait courts, étaient noirs aussi, et son teint avait la patine d’un chevaucheur d’horizon.
Quoiqu'il parlât la langue commune, il conservait un accent de noblesse dont il n'était pas facile tout d'abord de démêler l'origine. A la question, le vieux matelot d'abord se mit à rire.
    - Si vous voulez faire une petite promenade en rade, dit-il enfin, « je vais bien vous emmener pour pas moins de 5 has, ou même, si vous voulez pousser jusqu'à l’île aux crânes, qui est aux prêtres de Vulcain, nous irons tout de même, mais le prix sera plus cher. »
    - Pourquoi l’île aux crânes ?
    - Vas savoir une idée. Peut-être parce que c'est au mitan du goulet.
    - Non, non, se hâta de répondre l'homme, « je suis très bien à Droma, et j'y reste.
    - Et vous avez raison, car Droma, c'est la plus belle ville du monde.
L'homme regardait le marin. Le vieux se mit à rire.
    - Je sais ce qui vous étonne ! Le fait que je vous propose une balade en mer un pareil jour.
Un sourire glissa sur les lèvres de l'étranger.
    - Neptune m’est témoin ! Vous êtes un fameux original, et vous auriez beaucoup de succès où j’habite. Je crois savoir qu’il y a longtemps, un marin comme vous, par un temps encore plus détestable repêcha au large de l’île aux crânes trois naufragés.
    - Vas savoir. De quel pays êtes-vous donc ? demanda le marin.
Sans répondre, l'étranger étendit la main, et du doigt désigna un point de l'autre côté de la rade.
Le marin devint tout rouge.
Il vociféra :
    - Vous êtes du palais ! Qu'est-ce que vous venez foutre ici ?
Au lieu de répondre, l'homme du palais interrogea :
    - Connaissez-vous la mer au-delà du récif des dents de Crom ?
    - Oui, da, j'ai bourlingué là-bas, il n'y a pas encore bien longtemps.
    - Eh bien, alors, vous devez savoir combien de jours il faut à une flottille pour parcourir cette distance.
    - Pour sûr ! Pas moins de deux jours, pas plus de trois.
    - C’est bien ce que je pensais.
A l’autre bout du rempart une silhouette grossissait rapidement.
    - Nous avons de la visite semble-t-il ? Êtes-vous content, capitaine, vous sembliez vous ennuyer sur cette digue ?
Le vieux scruta de ses yeux délavés le bout de la jetée.
    - Vas savoir. Y’a pas à dire, un autre habit rouge, un ami ?
    - Et non, plus qu’un ami, un frère.
    - Comment que vous vous appelez ?
    - Comment cela ? je ne te l’ai dit ? Toi tu es bien Posca, Posca des Bancs d’Is ?
    - A la bonne heure, voilà un nom qui sonne bien à mes oreilles, et c’est bien le mien, Poséidon m’est témoin que je n’ai pas à en rougir ! Mais si c’est pour en découdre, sache que je peux me défendre encore. Sa main gauche caressait toujours la pipe fumante tandis que l’autre cherchait quelque chose dans son dos.
    - Ts, tss, pas de ça l’ami ! L’homme dégagea les pans de son long manteau rouge qu’il rabattît dans son dos. Il portait une cote de maille à écaille, à son large ceinturon pendait une spatha.
Le troisième homme était arrivé.
Il était plus jeune, ses gestes étaient rapides, vifs.
Il parla de suite, le temps pour lui semblait compter, on sentait qu’il aimait aller à l’essentiel.
    - Eh bien frère tu ne nous présente pas ?
    - Laisse-moi un peu savourer ! vingt ans pour mettre la main sur ce marin.
Le vieil homme recula d’un pas.
    - Les mains bien en évidence ! Ou je vais me fâcher ! N’ai crainte Posca si je t’avais voulu du mal, tu serais déjà mort. Posca sache que dans notre famille on paie toujours nos dettes. Il y a vingt ans, par une pareille tempête, tu es sorti en mer pour secourir trois fugitifs. Deux d’entre eux tiennent à te remercier.
Toujours méfiant le vieil homme restait sur la défensive.
Le jeune homme rabattît la capuche de son manteau découvrant son visage.
    - Ainsi donc tu t’appelles Posca, tu sais que tu as été dur à débusquer. Quoiqu’il en soit, c’est ton jour de chance. Il lui jeta une bourse pleine de zas, te voilà riche Posca, plus riche que tu ne le penses.
Le marin venait de reconnaître le jeune homme qui n’était autre que Honorius l’empereur de Domina. Aussitôt il mit un genou à terre pour saluer.
    - Bien, lève-toi ! Passe demain à l'amirauté. Tu n’auras qu’à dire ton nom. Ser mon frère qui t’a retrouvé a de l’emploi pour un homme tel que toi, un homme qui sait garder sa langue. Bien maintenant part j’ai à parler avec mon frère, à parler loin des oreilles indiscrètes.
Le marin se releva, soupesa la bourse, la fit sauter dans ses mains, sourit et sans plus prendre garde s’éloigna en sifflotant.
    - C’est un drôle comme tu les aimes mon cher frère.
    - Oui, mais je crois que c’est la seule bonne nouvelle de la journée Honorius. Le convoi de blé aurait dû entrer au port depuis déjà deux bons jours, et rien, la tempête je ne pense pas, les pirates cela semble bien plus certain.
    - Oui c’est fâcheux, nous n’allons tout de même pas devoir escorter chaque convoi. Il me vient une idée, tu penses comme moi que ces pirates ont soit beaucoup de chance, soit quelques agents au sein du conseil.
    - Au sein du conseil non, parmi les sénateurs cela semble certain. Marchons, allons comme au temps de notre jeunesse dans une auberge du port, je t’exposerai mon plan, ici nous allons attraper la mort.
Une pluie battante les enveloppa soudain, alors que de loin ils suivaient la silhouette du marin qui s’estompait dans la brume, ils l'entendirent soudain crier de joie.
    - Notre ami Posca à l'air heureux ! Tu n’as pas d’escorte ? Par les temps qui courent c’est imprudent.
    - Et toi ?
    - Moi je ne suis pas empereur, et de toute façon je n’en ai pas besoin.
    - T’inquiète j’ai quatre arcanis qui veillent sur moi. Et pour Posca en plus des zas, j'y ai ajouté quelques xars.
    - Alors… Si votre majesté veut bien me suivre, je l’invite à la taverne du rempart, dit-il amusé.
Ils quittèrent la digue, descendirent des marches ruisselantes rendues  glissantes par la pluie pour se retrouver dans la rue des sardines, les boutiques n'étaient pas encore fermées. Les tavernes à matelots, étaient remplies d'oisifs que l'ennui et la rigueur de la tempête appelaient.
Dans l'atmosphère des vapeurs d'herbes à fumer, ils trinquaient à des pêches miraculeuses, et aux culs des filles. Ils étaient autour d'un pot de vin de Savernus, ou buvaient de la bière des hautes plaines, certains jouaient aux dés, d’autres pelotaient les filles de salle ou les faisaient danser nues sur des tables encombrées de gobelets et d'assiette.
La taverne du rempart était un bel établissement, grand comme un pâté de maisons, une de ses façades était adossée à une des annexes de l'arsenal, un énorme corps de bâtiments où l'on stockait les rames et les mats de rechange des galères.
Haute de trois étages, l'auberge avait plusieurs terrasses, ses murs étaient de pierres taillées et de colombages, plusieurs portes et de hautes et étroites fenêtres donnaient sur la rue, un grand porche débouchait dans une vaste cour pavée, les arcanis vêtus de leurs houppelandes brunes les avaient rejoints, Honorius donna des ordres et l'un d'eux s'en retourna au palais, les autres les suivirent.
Ser désigna l'une des portes de la cour.
    - Mon luxe, une entrée particulière.
    - Quand même tu pourrais loger au palais.
    - Je préfère une bonne taverne, une caserne, ou un camp militaire. Et puis tu sais, j'ai tout le confort et qui chercherait ici le maréchal d'empire responsable du renseignement.
    - Je te suis, ainsi c'est l'une de tes nombreuses adresses secrètes.
    - Oui, et tu devrais être agréablement surpris.
Ils entrèrent dans un étroit couloir éclairé de lampes à huiles qui débouchait dans une petite pièce éclairée vivement d’un lustre à huit becs, au mur il y avait une grande penderie et même dans un des coins de la pièce une psyché, accessoire surprenant en pareil endroit.
    - Tu comprends Hono si on rentre dans l’auberge avec nos habits de chevaliers tous les regards se porteront sur nous. Aussi il vaut mieux nous changer. Choisi un costume dans la penderie.
    - Toujours aussi prévoyant cher frère.
    - Au lieu de te moquer, tu devrais mettre ce manteau de rouliers des hautes terres du Moggave, ce vert sombre t'ira très bien, et personne ne viendra te chercher noise, surtout avec cette fausse barbe que tu vas t'empresser de porter.
    - Et toi ?
    - Pareille que toi mais sans la barbe.
Ser sortit de sa bourse une clef dont une des extrémités ressemblait à une étoile.
    - Et oui une clef pour ouvrir toutes les portes, un cadeau de Ger ce n'est pas pour rien qu'il est le Chef instructeur des Hors la loi.
Une autre porte et ils étaient dans la grande salle de l'auberge.
Les arcanis se fondirent dans la foule.
Dans l’auberge, une immense cheminée rougeoyante s'élevait contre un des murs de la salle, ils étaient environnés d’une foule bigarrée occupait à s'entretenir des troubles qui agitaient les confins, et le sénat à cause des élections à venir. La plupart se contentaient d'approuver tacitement les invectives lançaient contre les barbares ou les pirates.
Les deux frères, assis dans un coin ombreux à une table réservée faite à partir d’un tonneau, écoutaient avec intérêt les conversations qui animaient si vivement l'auditoire, Ser suivait des yeux les mouvements d'un individu qui semblait attendre quelqu'un impatiemment.
C'était un vieillard de petite taille, vêtu d'une tunique brune, à la tête couverte d'une capuche à larges bords cachant ses yeux. Son visage leur apparut fugacement, il conservait sous les rides de l’âge, des couleurs que les jeûnes et les macérations avaient rendu ternes. Ce personnage, que n'avaient pas remarqué les clients assidus à discuter les intérêts de l'empire jetait sans cesse des regards rapides sur la porte principale.
Attablé lui aussi dans un coin de la salle enfumée, il prêtait l'oreille, murmurait entre ses dents, il s'était fait apporter une cruche de cervoise et quatre gobelets.
Enfin, las d'attendre inutilement, il s'approcha de la cheminée, au grand déplaisir du maître de la taverne qui semblait le connaître.
Il prit part à la conversation qui s'était animé par degrés, car en matières politiques ou de sports on ne sait jamais où s’arrête et où commence l'exagération, on peut toujours enchérir sur l'opinion des autres et toujours la raison touche à l'extravagance.
    - Le sénat, disait l'un, est pire qu’une meute de chacals, tous pourris et incapable de nous défendre j’vous dis. Les tribuns de la plèbe sont trop mous, et la guilde des marchands se vend au plus offrant.
Le vieil homme en tunique brune prit la parole et sur un ton péremptoire affirma,
    - Moi j’vous dis que seul les Dieux peuvent nous aider, les prêtres sont là pour nous guider, il faudrait revenir à la république des ecclésiastes. C’était l’âge d’or.
    - l’Age d’or tu parles ! monsieur ne se souvient pas de la dîme qu’on nous prélevait pour les sacrifices, et pour quel résultat ? à ce que je sais c’est pas les dieux qui nous ont protégé des myriades de l’empire de l’est.   
Une des esclaves de la taverne aborda les deux frères.
Comme toutes les filles de son état, elle était pratiquement nue hormis son collier de bronze, sa large ceinture de cuir à laquelle était riveté une sorte de tirelire en cuir bouilli qui cachait en partie son sexe glabre, à ses poignets et ses chevilles étaient fixés des bracelets de servitude en bronze. Elle chaussait de fines sandales dont les lanières se nouaient sous le genou. Elle se pencha, ses seins effleurant le nez de Ser.
    - Et pour mes maîtres qu'est-ce que se sera ?
    - Une petite amphore de Migondas rouge, deux bols de soupe et du fromage.
    - Soupe de poisson ou bouillon de poule ?
    - Deux bouillons de poule, le fromage sans asticots, et le vin pas coupé.
    - Ce sera 8 has, 12 has si je danse pour vous, 20 si vous me baisez.
    - Et bien ce sera 8 has.
L'esclave se fendit d'une moue désabusée.
    - Si c’est pas dommage deux beaux mâles comme vous. Mais, dois-je rappeler à mes maîtres qu'on paie d'avance.   
Ser sortit de sa bourse quatre pièces de 2 has et une médaille d'argent frappée d'un loup à deux têtes, il les glissa lentement dans la fente de la tirelire, il en profita pour lui caresser furtivement les fesses. Sans s’offusquer outre mesure, elle sourit, fit demi-tour pour regagner le comptoir avec la légèreté d’une danseuse. 
Ce fut l'aubergiste rougeaud et suant d’anxiété qui rapidement vint apporter la commande.
    - Vous ici, maître ? dit-il en s'adressant à Ser. Quel honneur.
    - Surtout ne l’ébruite pas aubergiste. Est-ce que quelqu’un d’autre me connaît ici ?
    - Non seigneur, l’alcôve est trop sombre et personne n’aime à se mélanger avec des rouliers, surtout avec ceux des hautes terres.
Puis Ser demanda.
    - Ma chambre, celle d'où l'on peut voir la rade est-elle toujours libre ? Hâte-toi de répondre. As-tu la chambre en question ?
    - Certainement, maître. Votre appartement est toujours à votre disposition. Tenez, je vous rends votre médaille.
    - Garde la mais hâte-toi de nous donner la clef. Tu nous y mèneras quand je te ferai signe. Pour l'instant serres nous dans l'alcôve. J’attends encore quelqu’un. C'est bien !
Les bols étaient fumant.
    - Allez bois ta soupe. C’est meilleur quand c’est chaud et c’est la recette de Clodius.
    - Me diras-tu enfin, demanda Honorius, pourquoi nous sommes ici ? Puis il poursuivit. Tu as un bien bel établissement mon frère. Car je suppose qu'il t'appartient.
    - Oui un cadeau de ta mère. Pour mon retour de Salamandragor. Elle connaît mes goûts en matière de logis. Ger et Garm m’ont fourni le personnel.
    - J'ai beau être l'empereur de ce fichu pays, mais je dois dire que nos mères sont restées de fieffées maquerelles.
    - Tu ne devrais pas parler ainsi de nos mères, ce n'est pas juste.
    - Pas juste ? La moitié des bordels de la capitale sont à elles. Notre sœur est prêtresse de Dionysus, j'ai dû étouffer un scandale alors qu'elle était novice chez les vestales. Les coffres de la solde de notre toute première légion ne seraient pas assez profonds pour contenir tout le foutre de leurs clients.
    - Oui, mais sans elles, que serions-nous devenus après notre évasion de l'île aux crânes. 
    - Tu as raison. Elles ont dû survivre après la mort de père, ta mère a sauvé la mienne durant cette période troublée, jamais je ne l'oublierai. Nos légions n’ont elles pas été soldées par leurs lupanars.
    - Et moi qui t'ai sauvé tant de fois, tu m'as remercié d'une bien étrange manière.
    - Que veux tu dire ?
    - Ne me force pas à développer, je sais pour Salamandra. De toute façon. Là n'est pas la question. Je t'ai fait venir pour d'autres raisons, des raisons bien plus importantes que des histoires de cœur. Tu ne peux pas deviner tout ce qu'on peut surprendre de cet endroit, cette taverne est le lieu de rendez-vous de tous les truands de la côte et de la capitale.
    - Et tu ne fais rien pour y mettre un terme ?
    - Surtout pas. Ce n’est pas à toi que je vais apprendre que le renard ne chasse pas autour de sa tanière. Hono, si tu étais arrivé à être le dieu de Domina, et que tu visses un autre dieu élever autel contre autel, tu te préoccuperais un peu, n'est-ce pas, de cette nouvelle concurrence ?
    - Viens en aux faits.
    - Du temps où j'étais à Salamandragor, j'ai pu apprendre pas mal de choses, et si je suis rentré à Domina ce n'est pas qu'à cause de tes manœuvres que je qualifierai d’enfantines. Bon ceci dit l'Empire de l'Est relève la tête, il pousse ses pions un peu partout, même au sein de notre capitale, la guerre n'est pas loin. Je sais que des fauteurs de troubles sont payés pour dénigrer notre politique, et préparer le terrain pour un coup d’état.
    - Tu ne m’apprends rien, et j’ai commencé à prendre des mesures radicales.
    - Je pense qu’il faut faire plus que de faire tomber quelques têtes fussent-elles nobles.
    - Et tu proposes quoi ?
    - Une véritable purge avant l’orage. Il faut être sûr de nos alliés. Écoute mon idée. Tu te souviens de la bataille du plateau de la lune ?
    - Bien sûr.
    - Qu’a ton fait pour gagner ?
    - J’ai fait en sorte que ce crétin d’Astural-Bala attaque nos lignes avant l’arrivée de son frère et de sa cavalerie lourde. Oui j’ai appelé cela la déception, il croyait nous manger tout cru. Par Ares nous l’avons complètement défait. Il a été plus que déçu. Alors que veux-tu dire ? En quoi la déception sur le champ de bataille peut-elle nous aider ?
    - C’est simple, le plus simple n’est-il pas de créer notre conjuration de la nourrir, avant de la détruire. De donner toutes les armes à nos ennemis avant de les leurs reprendre. On pourra ainsi tester tout notre entourage, la cour ainsi que toute la classe politique.
    - J’y ai bien pensé, mais qui mettre à la tête de pareille entreprise ?
    - J’ai mon idée là-dessus ?
    - Les traîtres ne nous ont pas attendus.
    - Peut-être, peut-être, mais j’ai un pion qui sans le savoir ne demande qu’à rentrer dans ce jeu de dupes.
    - Et qui serait ce pion qui pourrait nous servir sans éveiller les soupçons.
    - Regarde dans la fosse, attend toi à une surprise. 
D’un geste Ser tira sur un cordon. Un rideau qui courait sur un des côtés de l'alcôve dévoila un moucharabieh qui permettait de voir la totalité de la salle principale de l’auberge. L'immense cheminée avec son foyer où cuisaient d’énormes quartiers de bœufs qui y étaient embrochés, et au centre de la salle, il y avait une fosse profonde de cinq coudées et de six pas de diamètre, c'était une sorte d'arène, le lieu d'incomparables délices, d’innombrables délires, et d’infinies souffrances, cette enceinte de sable jaune recouvert de sciure chaude avait de ci de là des flaques de sang humain qui fumaient encore. Des combats y allumaient les enthousiasmes.
De nombreuses tables la surplombaient, et des gradins de bois couraient sur un bon quart de sa circonférence, ils étaient toujours bondés d'une foule turbulente qui assistait à de sanglants pugilats ou à d’autres divertissements.
Les paris, les injures, les encouragements allaient bon train.
    - Tu vois l’architecture de cette alcôve est-elle que je peux tout entendre, et c’est encore mieux de ma chambre. On peut tout voir, sans que personne ne puisse se douter de quoi que ce soit.
    - Pour en revenir à notre affaire. Je n’ai pas peur d’une quelconque concurrence. J’ai assez de pouvoir, assez de troupes et assez d’or pour déjouer un complot, et ce même si des sénateurs y sont mêlés.
    - Patience, regarde bien dans l’arène, tu ne reconnais personne ?
    - Putain de bordel ! mais c’est Scipio !
    - Un ton plus bas s’il te plaît, n’oublie pas que je ne veux pas attirer l’attention.
    - Qu’est-ce qu’il fout là ?
    - Tu devrais savoir qu’il est toujours désargenté, et qu’il est un combattant hors pair. D’ailleurs le colosse qui combattait contre lui est allongé pour le compte.
    - Si c’est pas du gâchis, un sénateur qui se bat comme un gladiateur.
    - Tu oublies que c’est ton ennemi intime. Et que s’il est là c’est un peu à cause de toi.
    - Et comment tu comptes faire pour l’amener à travailler pour nous ? 
Un homme grand dissimulé par la même houppelande des rouliers approcha de l'alcôve, sans un salut il s'assit en face des deux frères.
    - Salut les avortons. J’ai trouvé celle qui nous faut.
Sans plus de formalité il prit le verre de l’empereur et le vida d’un trait.
    - Garm, je savais que je pouvais compter sur toi, n’es-tu pas mon bras droit mon meilleur leno et notre chef à tous ? Mais il n’y a bien que toi qui puisse nous traiter ainsi, alors dis m’en plus, Honorius n’est pas au courant de nos recherches.
    - Voilà, c’est la seule parmi la tribu des lintres qui peut nous être utile. Il est d’usage de l'appeler du nom de sa ville natale, la Valdhorienne, pour la distinguer des filles de la pure caste des lintres, ainsi elle se distingue d'entre eux, car elle est du peuple de l’anneau de feu, dispersés depuis des siècles de par le monde. D'ailleurs, elle se différencie des filles des canyons du Moggave par le miel de son teint qui n’est pas dû à la patine du soleil. Ses lèvres ne saillent pas en cette moue gloutonne si singulière aux filles des lintres, mais, elles fusent aux commissures en fossettes, elles ressemblent aux lames fines des poignards courbes des Orientaux du koushite.
    - Je vois bien là l’œil du professionnel, mais nous allons poursuivre notre conversation dans ma chambre.
Il fit signe à l'aubergiste.
Le tavernier fit monter ses clients sur une des terrasses et les introduisit dans un grand appartement de quatre pièces construit en belvédère.
    - Voilà ! dit-il, c’est la suite des amiraux, la meilleure vous ne serez pas dérangés. Je vous fais monter de quoi boire et manger, une esclave viendra vous servir et allumer le feu dans la cheminée. Respectueusement il se retira.
    - Bien maintenant parle nous de ta merveille.
    - Comme je vous l'ai dit elle est du peuple de l’anneau de feu c'est-à-dire qu'elle peut subjuguer par sa beauté n'importe quel homme, n'importe quelle femme, elle maîtrise un nombre de langues et de dialectes considérable, les codes n’ont aucun secret pour elle.
    - Que veut elle pour ses services ?
    - Ce que toute femme veut, honorabilité, citoyenneté, terres et titres.
    - Les risques ? connaît-elle les risque ?
    - Par tous les dieux évidemment, mais elle sait que le jeu en vaut la chandelle.
    - Dans ce cas si mon frère est d’accord je n’ai aucune objection.
    - Comment s’appelle cette merveille.
    - Pour cette mission elle sera Rachel, un joli prénom pour un bel appât.
    - La victime ? mais je suppose que c’est Scipio ?
    - Tu as vu juste, Scipio, bon soldat, piètre sénateur, joueur impénitent, duelliste à ses heures comme tu as pu le constater, désargenté comme c’est pas permis. Et il te voue une haine des plus tenace. Mais je pense que tu sais déjà cela n’est-ce pas ? il est donc insoupçonnable.
    - Alors… Comment penses-tu procéder ? 
    - Disons qu’il va hériter des hauts jardins du belvédère cela risque fort d’intéresser toutes personnes voulant pénétrer le trésor et le vieux palais. Et on va se débrouiller pour lui mettre Rachel dans les pattes. Et je te garantis que l’on saura tout sur tous.
    - Tu sais qu’il est capable de jouer les jardins ou de les revendre.
    - À toi de faire en sorte que cela n’arrive pas.
    - Tu sais que quoi qu’il arrive je ne veux pas le tuer. J’ai une dette envers lui, une dette de sang.
    - Je sais, je sais, mais je fais confiance à l'intelligence de Rachel.
    - Et toi Garm qu’en penses-tu ?
Garm se leva s’étira s’approcha de la baie faite d’innombrables petits vitraux que la pluie battante éclaboussait, il répondit enfin.
    - Moi je pense que j’ai eu beaucoup à faire pour préparer Rachel à son rôle d’appât… et cela n’a pas été facile mais elle a le meilleur des professeur, notre cher ami Ger.
    - Comment cela une pute reste une pute.
    - Justement tu devrais savoir que les filles des lintres n’en sont pas. Alors il a fallu la dresser rapidement et surtout lui inculquer la religion d'Orphée, vue que c’est la seule qui n’a aucun lien avec l’état. Ni avec vos maquerelles de mères. Ni avec votre sœur la grande prêtresse. 
On frappa à la porte, la même esclave qui avait pris leur commande entra avec un plateau chargé de victuailles.
    - Petite ! pose ça là sur la mensa.
L’esclave s’exécuta, puis elle s’agenouilla devant l’âtre afin de l’allumer, enfin elle revint s’agenouiller devant la mensa.
    - Va chercher deux autres filles, mes amis et moi nous voulons passer un bon moment. Et fait vite. Avait ordonner Ser.
    - Tu ne crains pas les oreilles indiscrètes ? s’enquit Honorius.
    - Non puisque nous allons parler dans la langue des Hors la loi. Si mes renseignements sont bons, et je pense qu’ils le sont. D’ici deux heures, il va y avoir en bas de l’animation. Un des chefs pirates va pointer le bout de son museau, et par Jupiter cela risque d’être très instructif. Au fond, je ne serais pas fâché de savoir qui de moi ou de ce pirate est le plus audacieux.
Ils eurent simplement le temps de s’allonger sur les banquettes que de nouveau on frappa à la porte, elles étaient trois maintenant à se glisser dans la pièce. Les esclaves se mirent à genoux aux pieds de la mensa chargée des victuailles et des boissons prêtes à être servir.
Garm s’adressa aux esclaves en Dominien.
    - Hé ! Les filles ! c’est quoi vos petits noms ?
La grande blonde aux seins généreux qui les avait servies dans la grande salle répondit la première.
    - On m’appelle Fisis la suceuse. La petite brune c’est Pacalle branlette, la grande noire c’est Anaïs anus d’or.
Toutes les trois étaient maquillées sans exagération, du kohol sur les cils, un peu de fard, du rouge à lèvres, les deux blanches avaient une queue de cheval maintenue par des bandes de soie rouge, Anaïs qui avait les cheveux crépus n’y avait déposé qu’un peu de parfum.
Ser avec des gestes de grand seigneur montrant la table basse dit :
    - Mangeons et buvons mes amis, sacrifions à la coutume du festin, qui veut que nous fassions honneur à ce repas et à ces dames.
Ce faisant ils renversèrent quelques gouttes de vin sur le sol.
    - A nos morts, aux absents de notre meute où qu’ils soient !
Et il jeta un masque à Honorius.
    - Met ce masque avant de retirer ton capuchon je ne voudrai pas que les filles te reconnaissent, cela m’embêterait de devoir les supprimer.
    - Si fait grand frère, je comprends.
Garm pris le menton de Fisis.
    - Petite avec un pareil nom je suppose que tu sais utiliser ta bouche et ta langue de la meilleure des façons. Enfin nous verrons cela plus tard.
    - Et ta charmante Rachel où se trouve t-elle ?
    - En ce moment elle doit être en route pour un marché aux esclaves dans une bourgade des hauts plateaux. Il faut bien brouiller les pistes.
    - Et tu n’as pas peur de la perdre ?
    - Je ne pense pas tout est prévu et j’ai des larrons qui la surveille de près. Ils sont aussi invisibles qu’efficaces, je n’ai aucune crainte. Dans moins de deux mois elle sera à Aquilata dans un bordel d’abattage tenu par Lucius un des concurrents de votre famille et bien évidemment de là elle sera vendue à une infâme crapule qui la mettra au turbin dans notre bonne ville de Domina plus exactement sous les arcades de l’insulae de Scipio alors elle pourra donner toute la mesure de son tallent.
Les esclaves dévêtirent les trois amis Honorius garda son masque.
    - Les filles si notre compère garde un masque c’est pour ne pas vous effrayer il est tellement laid… vous savez que mêmes les dieux ne pourraient pas le regarder en face.
Puis elles virent les tatouages que tous trois avaient sur le cœur, deux têtes de loups nuque contre nuque, babines retroussées, la marque des chefs hors la loi, alors elles se mirent à trembler ravalant leurs sanglots, car tous connaissaient leur implacable férocité.
Ils étaient au-dessus de toutes les lois ils pouvaient tuer, voler, martyriser, sans que quiconque ne puisse intervenir.
On disait qu’ils étaient plus dangereux que les arcanis, plus terrible que les tigres des montagnes, on disait aussi qu’il fallait avoir tué plus de cent hommes en combat, qu’il fallait s’être évadé des prisons les mieux gardées pour espérer faire partie de leur meute. Alors après une ultime épreuve secrète on pouvait espérer être tatoué.
    - Tout doux les filles on ne va pas vous manger… pas tout de suite, et si on vous mange, je pense que vous en redemanderez encore. Mais vous avez intérêt à garder votre langue sinon on vous la fera manger avant de vous jeter dans les cages du Styx.(prison secrète des hors la loi)
Elles le crurent volontiers car on disait aussi qu’ils avaient fait un jour bouillir dans un chaudron un de leur ennemi pour en faire boire le bouillon à sa famille avant de les égorger tous.
Durant le festin une des filles osa questionner.
    - Votre ami au masque semble bien jeune pour porter le tatouage ?
    - C’est qu’il a commencé bien jeune, à sept ans il avait déjà tué dix hommes. Et oui les donzelles chez nous la férocité n’attend pas le nombre des années. Avec tout ça j’ai failli oublier notre ami. Les bavardes allez nous attendre dans l’autre chambre.
Comme des petites souries apeurées elles s’exécutèrent.
Ser fit jouer un des pans du mur qui dissimulait un ensemble de miroirs.
On y voyait la salle, il ajusta un des miroirs et ils virent le vieillard en tunique brune attablé avec l’un des chefs des pirates.
Un homme trapu, massif, avec un cou de terreau. Un troisième homme s’était joint à eux. Grand maigre vêtu de soie bleu, maniéré voir efféminé.
    - Celui-là je ne le connais pas, il faudra se renseigner. Dommage à cause de tout le raffut des combats on ne peut rien comprendre à ce qu’ils se disent, de toute façon je vais mettre mes loups sur le coup. En tout cas voilà nos ennemis, je veux dire l’un des bras armés. Et si on rappelait les filles, rien de tel qu’un complot pour vous donner la trique.





Chapitre.11.     Samaël, le discourt.

C’était l’heure où le soleil envoie à la terre ses baisers les plus ardents, où tous ceux qu’une absolue nécessité ne chasse point dehors, cherchent un peu de fraîcheur et de repos sous les tentes en poil de chameau ou à l’ombre maigre d’un bouquet d’arbre rabougris.
Pourtant à cette heure-là, à cette heure, ou même les vipères cornues s’enterrent, ou les scorpions jaunes cherchent l’ombre défaillante d’une pierre écrasée des feux ardents d’un astre immobile…
Sous ce ciel de feu, debout sur un monolithe dominant une plaine rocailleuse peuplée d’une foule innombrable, Samaël s’adressa à ses troupes, ses adeptes, son peuple choisi.
Depuis les quelques mois qui avait succédé à sa prise du pouvoir au sein d’une petite tribu isolée, sa renommée avait considérablement grandie, d’innombrables clans de pillards s’étaient joints à lui attirés par sa force surhumaine, par sa persuasion, par sa connaissance quasi divine du Grand Désert, et surtout par ses promesses tenues de butin.     
    - Cette terre où nous dressons nos tentes est notre territoire.
Cette terre est loin du regard des dieux, cette terre est loin des rois, et je dis tant mieux.
Nos collines qui ondulent au gré des vents sont loin des lacs et des rivières, et je dis tant mieux.
Que ceux qui vivent dans les villes de pierres et de briques, qui respirent un air que d’autres ont déjà souillé, qui semblables à des huîtres ne quittent jamais leurs maisons.
Que cela nous craignent, et nous envient, et je dis encore tant mieux.
Nos villages de tentes sortent du sable comme les seins durs de vos femmes de leurs corsages.
Nos grandes tentes groupées en cercles dans le désert sentent le musc, l’encens, et la cannelle.
Elles sont fraîches le jour.
Elles sont chaudes la nuit.
Et je dis tant mieux.
Nous savons chanter, prier le Néant et combattre.
Et je dis tant mieux.
Que nos ennemis prennent garde aux enfants nés du désert.
Nos épées sont effilées, nos flèches ne tombent jamais à terre, nos chameaux sont des aigles montés par des lions.
Nous sommes les rois du pays de la soif, où les caravanes passent sans jamais laisser de traces.
Comme le nuage sur l’océan, nous ne voulons ni maître, ni esclaves. 
Je vous apprendrai la voie de l’intériorité, elle est remplie de détours et d’illusions, comme autant de mirages dans le profond désert.
Pour cela je serai un temps votre guide.
Ce que j’enseigne doit être vécu avant d’être compris, sinon ce n’est que cris dans le vent.
C’est la lucidité qui doit être de mise, car en vérité, je vous le dis, faire le mal en toute conscience n’est pas faire le mal, mais prouver que vous êtes des hommes, l’animal quand il tue ne sait pas ce qu’il fait, nous si !
Seul l’Homme Libre sait ce qu’il fait en toute conscience, et moi je dis que je sais ce qui est bon pour vous tous.
Et de vous esclaves qui faites ce que je dis de faire, je ferais des lions qui feront ce qu’ils voudront faire ! 
Sachez que nous sommes les saigneurs du désert, et que ce que nous saisissons nous appartient, et je dis que c’est bien ainsi !
Si certains ont la paix dans le cœur, qu’ils passent leur chemin en toute confiance.
Si certains viennent se joindre à nous, et non prendre ils seront accueillis, car en vérité, je vous le dis notre liberté n'a point de limite.     
Je viens vous dire ce que les puissances ont voulu taire, je me suis choisi et me suis élevé par moi-même, et me suis choisi un nom, moi Samaël moi que vous nommez à voix basse l’abomination. 
Si aujourd’hui vous m’appartenez, ce n’est pas encore comme les membres de mon corps, car mon bras droit reste à venir, car mon cœur et par-delà la mer. Mais si vous voulez communier en moi !
Sachez que je ne vous épargnerai pas !
Comme je ne ménage pas mon corps, je ne ménagerai pas mes guerriers !
Car si non... comment pourriez-vous être brave et courageux ?
Et si vous êtes ici, en plein midi, sous cette chaleur accablante, c’est pour que vous compreniez bien que nous sommes en enfer, et que ceux qui pensent que s’en est assez pour eux s’en aillent.
Il ne leur sera fait aucun mal, car ils gâteraient toutes les victoires à venir. 
Je prendrai femme qui ne sera pas femme, prendre reine et celle que j’attends sera fille du feu, et de l’eau, et ses yeux auront la couleur de la braise, et son corps sera le livre dans lequel je lirai, et avec elle je serai dans l’anéantissement.
Ô mon peuple, réjouissez-vous, car bientôt la loi sera gravés dans les falaises du désert, car bientôt nul ne nous ignorera.
Demain nous serons sur la piste de la bouche de Baal, notre forteresse, notre paradis, l’oasis oubliée.
Qu’il en soit ainsi !
Car ainsi parle le Saigneur !           
Alors la multitude d’une voix unique et forte à faire chavirer les montagnes cria :
    - Samaël, Samaël, Samaël. Ainsi a parlé Samaël notre Saigneur.
Et les chants succédèrent aux cris, et les danses succédèrent aux chants, et l’exaltation voluptueuse des débordements extatique aux chants.
Seul sur son rocher Samaël n’en finissait pas de contempler ses sujets, et il murmurait à voix basse :
    - Je vous envie autant que je vous aime, humains.
Vous dont la vie a une fin.
Que je sois libre ainsi que le vent qui passe sur les dunes.
Que mon domaine soit le règne du désert.
Mais mon destin, ô mon destin.
Mais pourtant !
Mais pourtant !
Ô mes ailes brisées…
Il écarta les bras comme pour prendre son envol, et sauta dans le vide avec la majesté de l’aigle quittant son aire.
Sa cape se déploya et claqua comme une aile, il atterrît accroupis quatre toises ( Ancienne mesure de longueur, valant 1,949 m) plus bas, ses poings s’étaient enfoncés dans le sol rocheux, une source en jaillit limpide et fraîche comme la rosée du matin, plus tard on l’appellerait la fontaine du titan.
Bientôt il devrait combattre son ennemi intime, son sauveur.
Malgré la chaleur il avait froid, car son âme était glacée comme l’abîme d’où on l’avait tiré, comme l’infanticide qu’on lui avait promis.
Il foula à grand pas le sable vermeil, il regagna sa tente devant laquelle de nombreux guerriers vêtus de blanc et aux rondaches blanches aussi l’attendaient.
L’un d’eux, celui qui devait être leur chef prit la parole.
C’était un homme du désert, maigre et sec, il était élancé, presque coulé dans un bonze, son port était facile, élégant, et son geste comme sa parole étaient nobles.
    - Ô chef illustre et généreux j’entre chez toi. Moi Al-Garci chef de clan des Garcidis, et je demande ta généreuse protection.
    - Ce sera pour ton bien, et pour la justice, s’il me plaît. Moi Samaël prophète du désert je t’accorde ma bienveillance, et suis heureux de compter parmi nous les fiers guerriers de ta tribu.
    - En gage de notre loyauté permet-nous de t’offrir ce présent.
Il leva la main et six hommes portant difficilement un coffre s’avancèrent et sans attendre le posèrent devant Samaël.
    - Aux confins de nos terres nous avons trouvé une larme de la grande lune, nos forgerons ont réussi à forger cela.
Il ouvrit le coffre.
Sur un coussin était posé un marteau, ou plutôt une masse à la lourde tête noire et luisante.
    - Nul homme ne peut le manier, mais il est vrai que tu n’es pas un homme ? reprit-il avec un léger sourire.
Samaël sourit également.
    - Je n’attendais de toi que le merir (Cordon en poil de chameau ou en laine qui retient le kefieh sur la tête) qui signifierait que tu te décharge sur moi du soin de ton honneur. Me mettrais-tu à l’épreuve Al-Garci ?
    - Je n’oserai pas prophète.
    - Mais tu penses… D’ailleurs à quoi penses-tu ?
Et ce disant il saisit l’arme d’une main comme s’il s’agissait d’un jouet.
    - À oui tu voulais une preuve. Et si moi j’en voulais une de ta loyauté.
    - Ce présent n’en est-il pas une.
    - Il est vrai que c’est un présent digne de moi, mais pourtant... je ne suis pas satisfait, peut-être à cause de ce que je sens comme une marque de défiance dans tes silences.
    - Si par hasard, je dis bien par hasard, mon clan et moi avions le moindre doute... tu viens de le lever. À partir de ce jour nous te serons fidèles et dévoués jusqu’à la mort.
    - Si cela est vrai... donne-moi ta vie.
Mais à ces mots son escorte mit la main au fourreau.
Al-Garci blêmit, il savait qu’on ne pouvait rien refuser à Samaël.
Il fit un geste pour calmer ses hommes et dit :
    - Comment veux-tu que je procède ?
    - Tranche-toi les veines ! Le désert a soif du sang des braves, si tu es un brave, que ton sang nourrice mon désert !
    - Que ta volonté soit faite. Car ainsi parle le Saigneur !
Il prit son poignard à la lame courbe et se trancha les veines.
Dans un surcroît d’orgueil et de fierté il lui dit :
    - Tiens prends aussi ma lame en cadeau, ainsi tu te souviendras que les Al-Garci n’ont qu’une parole quoi qu’il leur en coûte.
L’homme était resté debout et le sang de ses poignets coulait formant deux flaques boueuses à ses pieds.
Samaël s’approcha se pencha et posa sa main droite à plat dans le sang, il se releva et croisa le regard résolu et fier de celui qui attendait la mort.
    - Tu es courageux et intelligent. Qu’on lui bande les poignets. Désormais tu seras mon bras droit, et que pour que tous le sache …
Il appliqua sa main écarlate aux doigts écartés sur la cape et la rondache d’Al-Garci.
Ainsi naquit l’ordre mystérieux des hommes de mains.         





Chapitre.12.     Sous le temple.

Plutocrus contourna la statue de Cybèle.
Cette partie du temple était toujours déserte, les sandales de l’archigalle résonnaient sur les dalles de marbre sombre, baisers de cuir sur pierre froide, claquements sonores qui se perdaient dans le vaste naos.
Enfin il arriva devant une alcôve aux montants de porphyre où se dressait un bétyle d’un noir aussi profond que le gouffre de Cerbèrus, il servait de piédestal à un reliquaire de cristal, dans lequel on pouvait apercevoir sur un coussin de velours grenat ce qui pouvait ressembler à deux petits pruneaux bruns et racornis.
« C’est l’écrin de ma virilité, et je me souviens encore du fer qui ronge les chaires, et de la douleur sans fin. Mais bientôt la vengeance sera mienne. » Pensa Plutocrus.
Il passa derrière la pierre de jais qui dissimulait une trappe. Bientôt un escalier en colimaçon aussi roide que profond l’enveloppa d’une fraîcheur humide.
Il commença à descendre dans ce puits ténébreux à peine éclairé par de toutes petites flammes. Ces flammèches sortaient de cranes dont la calotte ouverte servait de réservoir à huile à ces morbides lampes, qui plaçaient de part et d’autre des marches lui indiquaient le chemin.
Plutocrus n’eut pas même une pensée pour toutes ces victimes qui par-delà la mort servait encore leur bourreau. Ce macabre escalier le conduisit à un long couloir dont les hampes des flambeaux étaient faites de fémurs humains, puis à d’autres portes, d’autres escaliers où s’entassait des ossements humains. Les murs étaient maculés d’un rouge brun, ils transpiraient l’angoisse et la détresse.
Pour qui était étranger à ce lieu glacial, l’endroit aurait été insupportable. Des odeurs acres, fades ou trop suaves. Des cris, des gémissements, des râles, montaient des entrailles de ce séjour infernal et crépusculaire.
Et toujours l’archigalle avançait d’un pas sûr, jouant machinalement avec ses trois colliers d’amulettes.
Sublime de laideur, ses yeux sous un sourcil broussailleux lançaient un regard ténébreux, un nez petit aquilin au milieu d'une figure adipeuse lui donnait l'air farouche d'un vieil hibou, et telle une plaie à peine cicatrisée, on voyait sa toute petite bouche aux lèvres minces presque blanches, se fendre pourtant d’un rictus atroce.
Le chef des Galles, flamine de Cybèle et d'Isis, était un homme d'une soixantaine année, avec un embonpoint vénérable. Point de barbe, de rares cheveux argent, le regard mobile, louche et faux mais parfois capable de garder une fixité extrême, la voix plaintive câline pouvant s'élever haut dans les aiguës, un teint florissant, des joues grassouillettes, un menton en terrasses, la main fine potelée encombrée de bagues, la jambe leste et bien rattachée à des petits pieds ramassés et dodus, tel était l'aspect que présentait dans son ensemble cet intéressant Personnage.
Il avait déposé sa tiare et sa tunique de lin fin avant d'entamer la descente des marches pour ne conserver qu'une tunique sans signification mais plus commode.
Comme prêtre consacré à Cybèle, il était simplement Flamine, c'est-à-dire dans les rangs secondaires du sacerdoce Dominien, mais ce n'était pour lui qu'une façade, car en réalité il était le représentant du culte interdit de Lilith.
Encore quelques pas et il déboucha dans une crypte dont la porte était surmonté de kéroubs grimaçants, amoncellement de minuscules cages peuplées chacune d’esclaves plus morts que vifs, qui bien que n’ayant rien à attendre du prêtre lui tendaient désespérément leurs bras charbonneux hors des barreaux, implorant un peu d’eau et de nourriture.
Il y avait un siège curule plié contre le mur.
Il le déploya avec difficulté. Les montants de bois à cause de l’humidité avaient gonflé, néanmoins il parvint à ses fins.
Il en secoua l’assise un peu moisie sur laquelle avec précaution et presque répugnance il s’assit.
Il y avait aussi pendant au plafond, au bout d’une chaîne, une petite cloche de bronze presque verte qu’il fit sonner nerveusement.
De jeunes galles ne furent pas longs à apparaître, tous transpirants l’obséquiosité et la servilité non feintes.
Ils se prosternèrent devant leur archigalle qui avec un léger mépris daigna leurs donner ses ordres et ses remontrances.
    - Combien de fois ai-je demandé que la crypte fût mieux éclairée ? Combien de fois ai-je demandé que l’on change ce putain de fauteuil ? Si vous m’avez appelé, c’est que la parturiente est prête à mettre bas.
    - Oui grand prêtre. C’est une question d’heure.
    - La pièce des sacrifices est-elle prête à nous accueillir ?
    - Oui grand prêtre.
    - Et faites un effort sur la propreté, ce n’est pas les esclaves qui manquent, j’ai failli m’étaler sur des viscères. Combien de fois vous ai-je dit que le sang c’est le vin d’amour des dieux ? C’est sacrilège de le gaspiller, regardez les dalles au sol, le sang en a rempli tous les joints !
    - Bien Grand prêtre, il en sera fait selon tes vœux.
    - C’est la dernière fois que je vous donne ces ordres, la prochaine fois vous rejoindrez les esclaves dans les cages ! Avez-vous au moins pensé qu’il fallait nourrir les esclaves abandonnés à la déesse ?
    - Oui Grand prêtre, mais comme nous savons que vous aimez nourrir vos esclaves, trois officiants attendent vos ordres pour vous présenter les corbeilles.
    - Eh bien, enfin une bonne nouvelle. Qu’attendent-ils pour me présenter la pitance des esclaves ?
Il frappa dans les mains.
En effet, trois jeunes serviteurs aux tuniques vertes entrèrent chargés chacun d’une corbeille de joncs tressés tapissée de foin.
Elles débordaient de quartiers de chiens, de morceaux de rats mal cuits, de têtes de poissons, ou de pattes de poulets, et si l’on regardait bien, on aurait pu découvrir des lambeaux de chair humaine.
En connaisseur Plutocrus huma l’odeur infecte des corbeilles sanieuses, elle semblait à peine l’incommoder.
Il agita quand même devant son nez un fin tissu parfumé d’héliotrope.
Un des serviteurs lui tendit une pique dorée longue d’une coudée, négligemment il remua à l’intérieur des corbeilles, il semblait rechercher quelque chose.
    - Et les yeux ! Où sont les yeux ?
    - Dans un pot sous la viande grand prêtre.
    - C’est bien, je vais pouvoir me distraire un peu avant de passer à des choses sérieuses.
Alors suivi des trois serviteurs portant les corbeilles il fit le tour des cages et du bout de sa pique dorée qui valait bien plus que la vie de tous ses esclaves faméliques, il leur distribua les lambeaux de chair.
« On dit que ventre affamé n’a point d’oreilles, mais il n’a aussi point d’yeux » pensa t-il en jetant un œil à un captif qui le goba sans faire le difficile.
    - Ils ne sont pas suffisamment affaiblis pour la suite de la conversion, il va falloir encore les assouplir. Murmura-t-il.
Puis il poursuivit plus fort pour que les galles entendent.
    - Je veux que vous soyez une demi-douzaine à vous relayer, ils ne doivent plus dormir, je veux que vous leurs frottiez les yeux la bouche et le sexe avec du poivre rouge, je veux qu’ils hurlent à s’en faire péter les cordes vocales.
    - Bien archigalle. 
    - Bien passons à plus sérieux, où en sommes-nous avec les jumelles ?
    - Elles vous attendent au pilier de l’oubli maître, votre nain Minus dit qu’elles sont fins prêtes.
    - Allons voir cela. Après j’ai encore à vérifier l’avancement du tunnel. Et bien qu’attendez-vous ! Je vous suis.
Plus tard dans la journée alors qu’il avait sacrifié la vie d’une mère et de son nourrisson, alors qu’il avait jugé convenable l’avancée du tunnel, et qu’il avait fait enchaîner les deux jeunes jumelles dans les cales de son bateau sous la garde de Minus, alors que l'oneraria quittait le port d’Aquilata, alors seulement il put estimer que son voyage débutait sous les meilleurs hospices.
Il contempla avec ravissement un objet qui ressemblait à une carafe rempli d’un liquide rouge presque visqueux dans lequel nageait une espèce de grosse larve qui souvent changeait de couleur.
Dans moins de vingt jours il serait au palais de Subarnipal, il pourrait alors sans crainte faire étalage de sa puissance, et par sa voix parlerait Lilith la déesse oubliée, celle qu’il vénérait sous le temple de Cybèle.

Hors ligne

#4 25-02-2018 22:48:13

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.13.      Les souterrains du palais de Domina.

Honorius descendait solitaire dans les souterrains du palais car pour une fois il n’était pas accompagné de son garde du corps.
En bas de l’escalier sonore deux légionnaires attendaient avec des flambeaux.
    - Dans quelle cellule est-il ?
    - Ave Kazar. La où vous avez demandez qu’il soit. Dans la troisième l’une des plus confortable Kazar.
    - L’arrestation s’est faite sans difficulté avec tous les égards dus à un personnage important comme vous nous l’avez demandé tous ses papiers, ses ostraca (ostracon, ostraca ou ostracons ou ostrakon, ostraka ou ostrakons nom masculin (grec ostrakon) Coquille ou tesson de poterie qui servait de support d’écriture ou de dessin (vote, esquisse, plan)) et ses tablettes de cire ont été saisies et vous attendent dans une caisse à coté de sa porte. Ajouta avec empressement le deuxième légionnaire.
    - C’est bien, c’est bien, et c’est bien sûr aucune violence.
    - Oui Kazar on lui a même laissé son chien.
    - Laissez moi seul vous pouvez remonter à la salle des gardes laissez moi un flambeau et ça ira.
    - Kazar commande.
Il se retrouva seul devant la porte.
Il s’assit à une petite table alluma une lampe à huile et commença à fouiller dans la caisse qui regorgeait de rouleaux en plus ou moins bon états alors méthodiquement il tria sélectionna et commença à lire.
Son flambeau s’était depuis longtemps éteint quand les légionnaires revinrent inquiets.
    - Votre majesté tout va bien ?
    - Oui, oui depuis combien de temps suis-je ici ?
    - Trois heures Kazar.
    - Apportez-moi plus de lumière et ce sera bon.
    - Kazar commande !
Quelques minutes plus tard il avait la lumière demandée, deux candélabres et une dizaine de lampes à huile.
Deux bonnes heures plus tard il pénétrait dans la cellule.
    - Bonsoir Horacius ! Sais-tu pourquoi tu es ici ?
    - Par ta volonté je suppose Kazar. Il est vrai que dans ma jeunesse je portais ce nom, j’étais alors un poète célèbre mais pauvre, et j’ai appris à mes dépends mon peu d’importance, j’étais naïf.
    - Je pense que tu l’es resté, oui naïf et surtout impudent, inconscient, et méchant.
    - Ne vous étonnez donc pas seigneur si la colère devint ma muse. Je ne suis pas né méchant ni railleur, le naît t-on seulement. Moi j'étais fait pour chanter le vin, l'amour, les dieux, être la parure des femmes de Domina, ma mauvaise étoile, la misère a fait de moi un chantre satirique, un cynique, un rimailleur de riens, un délateur sans honte, un diseur qui promène son fiel sur les grandes maisons Dominiennes. J'ai pénétré comme une ombre dans toutes ces domus qui m'étaient fermées, j'ai su à force de patiente et de fourberie les histoires les plus secrètes des hommes et des femmes, et je les ai mises en vers afin d'être le fléau de ceux qui n'avaient pas voulu de moi pour être leur flatteur. J'ai écrit ainsi, des pamphlets au jour le jour, de la scandaleuse et belle société.
    - Ne crains tu pas que je te fasse brûler au milieu de tes libelles ?
    - Ce serait un bien grand honneur votre honneur, au moins je partirai dans la lumière moi qui n’ai connu que l’ombre.
    - C’est vrai que de toi l’on ne connaît plus que des écrits sur de mauvais papyrus et des graffitis sur quelques monuments.
    - Rien de durable je vous l’accorde, et je n’ai aucun courage. Je ne puis vous prier de vous ôter de mon soleil vous qui m’avez fait jeter dans un cul de basse fosse.
    - Comme tu y vas poète, je t’accorde que c’est une geôle, mais n’est elle pas plus confortable que le grenier d’où l’on t’a tiré toi et ton seul ami ?
    - Si fait et je vous remercie de m’avoir laissé mon petit chien, mais pourquoi tant de prévenance ? Est ce pour mieux me torturer ?
    - Je ne sais encore ; mais je voulais voir à quoi tu ressemblais, car je dois dire que bien souvent tu m’as fais rire et plus souvent encore agacé. Alors tu comprendras que j’hésite sur ton sort. Il est vrai que les temps ont toujours été durs pour les grammairiens et les gens de ton acabit. Aussi je serai enclin à une certaine clémence.
L’homme d’âge mûr à l’allure famélique dans sa tunique mitée, débordait de lassitude, fatigué il avait de la peine à rester debout, son petit chien assis le regardait avec tant d’amour que cela toucha Honorius.
    - Prend donc un tabouret tu fais pitié à voir.
    - Merci pour le tabouret il est vrai que je suis un peu chez moi après tout. 
    - Je disais donc que je suis enclin à une certaine clémence, en souvenir de tes œuvres passées. Mais quel emmerdeur tu fais, je te plains mais je t’aime bien. Je me suis dit qui si personne ne te venait en aide tu serais perdu pour la littérature et pour ma gloire, oui, oui, pour ma gloire, ta jeunesse tu l’as perdu en vaines flatteries, ta vieillesse se perd en futiles méchancetés, tu gaspilles ta poésie. Je me suis toujours demandé pourquoi tu n’avais jamais paru à ma cour, pourquoi l’auteur des plus belles tragédies, des plus désopilantes plaisanteries, des épigrammes les plus mordantes avait disparu, il est vrai que l’on t’a donné pour mort rossé par quelques maris jaloux peut être ?
    - On peut dire cela en quelques sortes.
    - Je m’en doutais. Je me suis permis de lire quelques un de tes rouleaux, tu n’as pas tout publié. En lisant tes lignes j’ai plus appris sur mes concitoyens, tu vois je ne dis pas mes sujets... Qu’en lisant les rapports de mes espions. Tous ces adultères cachés ; tu les as si bien décrits, il n'est pas un vice dans toute la ville de Domina dont tu ne saches rien et dont tu n’as fait tes choux gras. Tu es un écho bien bruyant de la conversation quotidienne des bains des portiques et des forums. Tu as su en retirer des passages piquants. C'est ainsi que pas un nom de quelques patriciens notoires ne manque dans tes vers. Tu n'épargnes personne ! A si Dame Lupus tu sembles la porter dans ton cœur. Mais de Moi, et de tous mes favoris par Jupiter…
Toutes ces petites histoires de la haute société Dominienne tu les as rendues aussi immortelles que les hauts faits du premier Kazar racontés par lui-même. J’ai découvert avec amusement qu’en public, Gémellions-Hus ce sénateur très conservateur pleurait son père mais seulement en public.  Que Daucus, avant d'être juge, avait volé sa famille, que jamais sa coquette Monilia ne fermait sa porte sinon à son mari. Que quand elle le pouvait Névia trompait en riant son cher mari Rufus avec sa sœur. Qu’Ëgïé n'avait plus de dents mais un dentier fait avec celles de ses esclaves, Lycras plus de cheveux. Que Corabia avait mélangé sa farine à du son et avait rendu malade presque toute la plèbe. Que Lafissius avait coupé son vin. Et qu’Ablatas avait vendu au prix de l’or du mauvais alliage aux forges de l’Empire. Heureux homme dont j’ai pris les épigrammes à temps, sans moi à l’heure qu’il est tu serais mort.
    - Dois-je vous remercier pour cette cage.
    - Pas encore mais cela viendra, je vais te faire une proposition que tu pourras refuser, mais fait attention la liberté de choix est un empire gouvernée par la fantaisie, ce n’est pas à toi que je vais apprendre cela.
    - La liberté n’est pas un marché c’est la liberté.
    - Je ne vais pas me battre avec toi à coups de traits d’esprit je perdrai à coup sûr, alors allons droit au but. Je te libère je te donne les moyens d’écrire ce que tu veux, je te protège contre tous même de moi. Mais j’y mets une condition tous les ans je veux une pièce, tragédie, comédie, je m’en moque mais je veux une pièce.
    - C’est tout ?
    - Oui ta méchanceté vient de ta faiblesse, et comme tu l’as si joliment écrit les tyrans et les imbéciles ne voient que par leur humeur, alors soit je l’ai fort bonne soit je ne suis pas un tyran.
    - Pourtant la disparition de Tigilus, de Carminus tout le monde s’accorde à vous l’attribuer.
    - Je pourrai dire qu’on ne prête qu’aux riches, mais c’est vrai je te l’accorde. Il eut un petit rire presque sardonique.
    - Que vous avez t-ils fait ? Tigilus était un musicien aussi délicat que ses notes, Carminus un savant perdu dans ses livres et ses comptes.
    - Tu oublies Maginus, Olive, Agaton, Magnus, Tallens et bien d’autres. Voyons, il y a trente deux cellules à ce niveau vingt sept sont occupées.
    - Vous êtes pire que je croyais, moi qui commençais à espérer, mais il est vrai que l’espérance est le pain des malheureux de mon espèce.
    - L’espérance anime aussi le sage mais leurre le fat et l’amorphe, qui se reposent imprudemment sur des promesses. Es tu un sage Horacius ?
    - La raison fait les philosophes, la gloire les héros, la vertu fait les sages. Moi je ne suis rien de tout cela Kazar.
    - Quand j’aurai quitté ta cellule fait moi plaisir tu vois l’anneau dans le mur, tire dessus et attends. Au fait ta prison n’a jamais été fermée. Attends-toi à la plus grande surprise de ta vie. À bientôt Horacius.
Le jeune empereur quitta l’écrivain sans lui laisser le temps de répondre.
Horacius resta seul avec son chien il méditait assis sur son tabouret, son petit chien lui sauta sur les genoux et commença à lécher le visage ami.
Par curiosité il se dirigea vers la porte et en effet elle n’était pas verrouillée, il sortit dans le couloir désert encore éclairé des nombreuses lampes, il alla voir les autres cellules certaines étaient ouvertes d’autre fermées et chose étrange elles étaient closes de l’intérieur son chien sur les talons, perplexe il retourna dans sa cellule et tira sur l’anneau de bronze. En disant ces paroles :
    - Emmène moi, Jupiter, et toi destinée, là où vous avez arrêté que je dois aller. Je vous suivrai sans hésiter ; et quand même j’aurais la folie de ne pas le vouloir, je ne vous suivrai pas moins.
Le mur pivota et derrière il y avait une autre pièce plus grande richement décorée.
Quatre femmes l’attendaient, Honorata, Dame Lupus et deux servantes deux bacchantes.
    - Bien venu Horacius laisse toi faire ces deux jeunes filles vont s’occuper de toi et quand tu seras plus présentable nous reviendrons te chercher. C’était Dame Lupus qui avait parlé.
Elle sortit par une autre porte métallique accompagnée de la grande prêtresse Honorata.
Et c’est vrai elles revinrent après qu’il soit lavé, rasé et habillé de neuf.
Les deux bacchantes c’étaient éclipsées sans qu’il n’y prenne garde.
    - Ce que tu vas voir Horacius peut d’hommes l’ont vu c’est un cadeau que te fait Honorius à toi de t’en montrer digne. Suis-nous si tu l’oses. Ainsi avait parlé Honorata.
La porte s’ouvrit, devant lui un corridor aux murs lumineux, une lumière intense qu’il ne connaissait pas, au bout un miroir.
    - Va avance et traverse le miroir. Avaient-elles dit en cœur.
Et plein d’appréhensions son petit chien dans les bras il franchit le miroir qui ne se brisa pas, tout juste sentit il un léger froid.
Il se retrouva dans une salle immense où l’air semblait lumineux ; en et son centre, un cube gigantesque semblait absorber la lumière.
De nombreux amis qu’ils croyaient disparus déambulaient dans ce hall démesuré dont l’architecture lui était tout à fait étrangère.
Certains le remarquèrent et venaient à sa rencontre tous avaient le même sourire aux lèvres que des enfants devant des confiseries.
Tigilus fut le premier à venir le saluer.
Puis tous les autres vinrent les rejoindre dans un brouhaha et une bonne humeur qu’Horacius ne s’attendait pas à trouver.
On le fit s’approcher du sombre cube qui semblait fait d’air solide en tout cas si c’était une matière elle lui était inconnue. 





Chapitre.14.     Fabrication d'une iota (attention chapitre gore)

le souverain généralissime maître des vastes plaines de l’est et des plateaux arides de Naburr attendait ses ambassades.
Il siégeait dans la salle des audiences sur un trône de bois précieux plaqué d’or et serti de nacre, des coussins de soie étaient savamment disposés pour que son attente soit confortable.
La salle était grande et haute, construite de panneaux d’ébène d’un noir profond, et de palissandre d’un brun violacé. Le plancher de teck clair contrastait avec le plafond et les nombreuses colonnes de cèdre rouge odorant, les nombreuses tentures de brocard aux broderies de fils d’or masquaient les baies ouvertes sur le lac.       
A ses pieds, deux belles esclaves nues, de ces beautés comme on en trouve dans les tributs sauvages de l’Hyperborée. Elles étaient seulement parées de somptueux bijoux, et elles étaient couvertes de nombreux tatouages colorés. Toutes deux étaient en laisse, et leurs chaînes dorées étaient fixées aux accoudoirs. Elles étaient allongées lascivement sur des peaux de tigres blancs des montagnes du Kouff.
Dressées comme des chiennes, elles attendaient le bon vouloir de leur divin maître.
De chaque côté du trône, un énorme molosse aux dents acérées, au poil ras et luisant, ainsi que deux colosses aux lourdes armures d’écailles brunies, aux longues épées en pal, immobiles comme des statues, montaient une garde vigilante.
    - Distraits moi Sabirr, y a-t-il longtemps à attendre avant l’arrivée de ces ambassadeurs ?
    - Si fait vénéré maître, fils du ciel et de la terre. Les vigies n’ont pas encore entendus les trompes, ni vu les signaux de feu qui annoncent leur arrivée.
    - Ha ! Que d’ennui, et mes petites esclaves qui ont sucé tout mon foutre, je suis las Sabirr… J’aurai bien torturé un prisonnier ou deux, mais j’ai peur de ne pas avoir le temps, et tu sais que j’aime que cela dure longtemps, je ne jouis qu’à cette condition. As-tu des nouvelles de nos espions auprès d’Honorius ? Que fait ce sale petit rat ? Quel coup tordu monte t-il encore contre moi. Et dire que je lui dois presque mon trône.
    - Presque, vous avez dit presque grand roi, et là est toute la différence. Votre frère aurait du vous attendre à la bataille du Plateau de La Lune, et ce jour là, il a perdu l’espoir de la couronne et la vie. Vous avez su traiter avec Honorius. Il est des batailles que l’on gagne en ne les livrant pas avez-vous dit, et vous aviez raison votre altesse.
    - A boire, j’ai soif ! Du vin blanc de Turinge.
Aussitôt une esclave en pagne de lin transparent sortit de derrière une des tentures de taffetas, elle portait sur un plateau précieux, une carafe, et une corne à boire en cristal ciselées de motifs floraux incrustés de lapis lazulite.
Une des deux esclaves nues se leva et remplit la corne, elle en but une gorgée, et comme il n’était pas empoisonné, elle tendit avec respect la boisson fraîche à son maître qui la vida d’un trait.
    - Grand roi le prêtre de Cybèle Ishtar (Déesse, apparentée à Astarté dont il est fait mention dans la Bible des Salamandrins. La prostitution sacrée était pratiquée dans les sanctuaires de cette déesse de la Fécondité) est arrivé. Intervint un héraut d’arme.
    - Introduisez le immédiatement, j’attends cet oiseau là depuis trop longtemps, et il m’a promis un spectacle dont il a le secret. Et si mes espions ont biens fait leur travail, il m’apporte une pièce essentielle à l’élaboration de mon plan. Regarde et écoute bien vilain Sabirr.
Les grandes portes de la salle s’ouvrirent largement et une silhouette enveloppée dans une vaste toge brune s’avança, derrière lui deux esclaves nues sous un léger voile de tulle de soie le suivaient.
Il s’inclina à trois pas du trône tandis que ses esclaves restaient immobiles.
    - Salut, ô roi. Tu es béni entre tous les souverains de l’univers, toi qui es la lumière des steppes, la source des déserts, le sel de la terre. Ma Déesse par ma bouche t’apporte d’agréables nouvelles. J’ai les plans de la ville d’Aquilata. Quel mortel peut échapper aux dessins d’une divinité quand elle veut sa perte. En vérité, je te le dis maître du levant, mon infernale déesse veut la fin de cet homme que l’on nomme Honorius, et à défaut d’une armée je t’offre l’allégeance de mes disciples qui est totale, c’est là un de mes présents, regarde. Voici deux sœurs, deux jumelles.
    - Ont elles des noms ?
    - Des noms ? Grands dieux non, elles ne sont que la nourriture de ma divinité. Mes chevaux, mes chiens, ont des noms, mais ça non ! Donnes-tu un nom au poulet que tu manges ?
Il retira les voiles qui couvraient les jeunes filles.
Il dit à l’une :
    - Toi, étrangles ta sœur, et toi, laisses toi faire.
Ce qui fut fait en silence, la victime tomba à terre inconsciente mais toujours vivante.
Il retira de sa manche un stylet.
Deux gardes se placèrent devant leur roi pour le protéger, deux autres firent un pas en avant la main sur la poignée de leurs glaives et commençaient à les dégainer.
Subarnipal fit signe à ses soldats de laisser faire.
Le prêtre tendit le poignard à la jeune esclave :
    - Maintenant ouvre lui le ventre et mange lui le foie et le cœur, après tu te couperas la langue et tu t’égorgeras.
Elle s’agenouilla à califourchon au dessus du corps qui respirait faiblement, elle planta la lame à une profondeur d’un doigt à partir du pubis pour remonter.
Sa victime ouvrit des yeux écarquillés de douleur et hurla.
    - Ne nous importune plus par tes cris déchet ! Souffres en silence, et gardes les yeux ouverts, vois comme ta sœur te découpe avec amour. Dit sèchement le prêtre.
Alors la sacrifiée se tut, et seules quelques larmes, et ses poings serrés manifestaient encore le dernier reste d’une conscience perdue, son regard se perdait dans celui de son double.
    - Et toi, moins que rien, éventre la jusqu’au plexus, applique toi, très, très lentement, et ne plante pas la lame profondément, tu ne dois pas encore tuer cette chose. Bien maintenant, tu n’as plus besoin du couteau lèche le, et rends le moi, tu finiras ta besogne avec tes mains et tes dents.
Elle le lui rendit avec respect, il le rangea dans sa manche.
La victime immobile était toujours vivante. Sa poitrine se soulevait par saccades. À chaque fois les lèvres de la longue plaie rectiligne baillaient, libérant des flots de sang qui coulaient le long de ses flancs et sur les cuisses de sa bouchère.
    - Maintenant continue !
    - Attends ! Intervint le roi. rends lui le stylet et demande lui de découper les seins de sa sœur, mes chiens ont faim.
Il lui rendit l’arme, et elle commença l’ablation, tailladant les chaires.
Voyant que le stylet n’était pas l’outil idéal, Subarnipal intervint de nouveau.
    - Qu’on apporte des cuisines des coutelas un hachoir et une planche à découper, je ne veux pas qu’on abîme le plancher avec de la nourriture pour chien.
    - Tu as entendu rebut, Arrête ! Ordonna le prêtre.
    - Dis-moi grand prêtre, ressentent-elles la douleur ?
    - Oui, mais beaucoup plus amoindrie, et je crois que je peux agir dessus en l’atténuant, ou en l’exacerbant.
    - Sont-elles lucides ? Savent-elles ce qui les attend ?
    - Oui, mais elles ne peuvent que m’obéir. Tout en elles m’appartient, et c’est le cas de tous mes esclaves, et de tous mes disciples, et ils sont des milliers que j’ai placés partout.
    - Et si je leur donne un ordre, peuvent elles l’exécuter ?
    - Uniquement si je vous les cède.
    - Faits le je veux essayer.
    - Faites ce que votre nouveau maître demande.
    - Et s’est tout ?
    - Oui, commande et tu jugeras.
Les instruments de cuisine arrivèrent.
    - On va bien voir, qu’on donne un couteau à l’étripée. Puis regardant la suppliciée.
    - Bien, à genoux, et tranche toi les seins.
Le roi se leva de son trône, il portait une grande robe de soie bleu foncée, il s’approcha de la fille qui s’était déjà coupé un mamelon.
    - Peuvent-elles parler ?
    - Oui uniquement si tu leur en donnes l’ordre, mais elles ne peuvent que répéter ce que tu leur dits de dire.
    - Je comprends.
Il s’adressa à la fille qui avait encore son sein dans une main
    - Appelle Achille, et donne-lui ta mamelle. Après tu te couperas l’autre, et tu appelleras Hector, et tu feras de même.
    - Achille ! dit elle.
Un des deux chiens arriva, elle lui présenta la viande qu’il goba, il aurait bien dévoré l’esclave, mais son maître lui intima l’ordre de ce coucher.
    - Tu la mangeras plus tard !
Elle se découpa l’autre mamelon.
    - Hector !
Elle recommença. L’autre chien fut tout aussi prompt.
Le roi renvoya les deux molosses à leurs places près du trône.
Couverte de sang, elle attendait toujours à genoux.
    - Cette petite démonstration me fait bander, je ne sais pas pourquoi, mais la douleur des autres me met en joie. Tu vas me sucer et mon foutre sera la dernière chose que tu avaleras !
Il releva sa robe et en recouvrit l’esclave qui entreprit de le satisfaire.
Il était debout, jambes légèrement écartés, et on ne voyait plus la petite chose qui usait de sa bouche et de sa langue, s’était un colosse, et son vêtement qui était ample la dissimulait entièrement.
Pendant quelle lui donnait du plaisir il s’adressa au prêtre
    - Et avec les hommes cela marche ?
    - Oui, comme avec les femmes, mais dans les deux cas il faut des ordres simples, mais il ne faut s’attendre à aucune initiative, donc pas de bons soldats, juste quelques tueurs bornés, c’est pour cela que j’ai dressé essentiellement des esclaves de plaisirs, ils peuvent plus facilement exécuter mes ordres car ils vivent prés de leurs cibles, et durant l’acte sexuel, leurs victimes sont sans défenses, tout comme toi maintenant, mais n’ai crainte tu ne risques rien.
    - Je n’en doute pas. Répondit il, esquissant une légère moue, signe qu’il venait de jouir.
    - Sorts de là-dessous. reprit-il.
    - Esclaves, venez me nettoyer et me changer, je suis couvert de sang. Ça va j’ai compris la démonstration. Arrache toi le cœur, et donne le à ta sœur, et fait vite, on ne va pas y passer la nuit.
L’esclave à genoux au milieu d’une large flaque de sang, de ses mains nues s’écarta les côtes, et saisit son cœur avant de le sortir palpitant hors de sa poitrine, elle s’écroula enfin morte. Son cœur dans ses mains crispées. Subarnipal la repoussa du pied avec dédain.
    - Ta démonstration a le mérite d’être claire quoique salissante. Donne moi la survivante, je saurais m’en amuser en temps utile.
    - Il en sera fait selon ta volonté grand roi. Toi, tu appartiens maintenant à cet homme, fait toujours ce qu’il te commande.
    - Prends le hachoir, et découpe ta sœur en morceaux, tu les donneras aux chiens, ils aiment la chaire d’esclave. Il se tourna vers le prêtre et poursuivit ses questions. Combien dure cet état chez tes victimes ? Est ce qu’elles se souviennent ? Tu commences à m’intéresser grand prêtre, je ne regrette ni la montagne d’or que je t’ai donné, ni les promesses que je t’ai faites.
    - Votre altesse est trop bonne. Cet état, comme tu l’as deviné, ne dure qu’une journée, et ne peut se répéter que trois fois, après l’esprit s’évade, et l’individu n’est plus qu’une coquille vide, mais par divers traitements on peut leur assigner des taches simples et répétitives…
    - Comme ramer par exemple ?
    - Oui votre grandeur, ou on peut les utiliser pour porter ou tirer des charges, il faut les entraver, sinon ils déambulent sans but. Ce ne sont plus que des bêtes de somme. Pour en revenir à ta question, elles se souviennent si tu le désir, elles oublient de même, et dans ce cas, même sous la pire des tortures elles ne peuvent rien dire.
    - Et je suppose que ta présence n’est pas indispensable au déclenchement de la métamorphose.
    - C’est un plaisir de traiter avec toi grand roi, ta présence d’esprit et ton intelligence illumine ton royaume, en effet ma présence n’est pas nécessaire au déclenchement de la soumission. Quant tu prendras la ville d’Aquilata, ne détruits pas mon temple, il est essentiel au processus de dressage. La déesse dont je suis l’humble serviteur ne supporterait pas de gestes sacrilèges, son courroux serait incommensurable.
Des servantes s’affairaient autour du roi, elles l’avaient dénudé et l’épongeaient à grandes eaux, deux d’entre elles frottaient le parquet et dans un coin, l’esclave qui avait éventré sa sœur s’appliquait consciencieusement. Elle finissait d’arracher le foie, et d’éviscérer le cadavre, elle avait fait un tas des organes qu’elle avait posé sur un des plateaux d’argent qu’on lui avait donné.
Maintenant, à grand coup de hachoir, elle démembrait le corps de sa sœur, d’abord les mains, puis les pieds, les coups tombaient sur les articulations, elle tenait la poignée à deux mains pour frapper avec plus de force. Subarnipal regardait la soumise et dit :
    - Au fait, tu ne m’as pas dit quand son conditionnement s’achève, ni comment la dominer à nouveau.
    - Le charme a commencé quand nous sommes entrés au palais, il prendra donc fin demain après-midi. Pour redevenir maître de son esprit il suffit de réciter une prière que je t’apprendrai.
    - Une dernière chose prêtre, combien de temps pour soumettre un millier d'hommes ?
    - Cela dépend de leur volonté, en général il faut une quinzaine de jours, mais le passage par le temple est obligatoire.
    - Tu peux te retirer, un serviteur va te conduire à tes appartements, tu verras ta chambre est somptueuse.
Il jeta un regard à l’esclave qui finissait de découper sa sœur. Reprends ton cadeau, et fait la laver, elle poisse le sang et pue la mort. Je te garde comme hôte, nous avons encore biens des choses à voir. À plus tard prêtre.
L'ecclésiastique après un dernier salut se retira précédé d'un serviteur et suivi de son esclave nue et sanguinolente.
Les portes se refermèrent sur eux presque en silence.
    - Eh bien, qu'en penses-tu mon bon Sabirr ?
    - Je pense que cet oiseau de mauvais augure me fait peur, et qu’il serait mieux en cage.
    - Tu es bien sage mon fou, un roi peut il revenir sur sa parole ?
    - On promet selon ses espérances, et l’on tient selon ses craintes, tu es roi et ne crains personne…
    - Ce qu’il y a de bien avec toi cher Sabirr, c’est que tu dis si bien ce que je pense. Peut être et tu trop sage pour être fou. Ne veux tu pas devenir un de mes ministres ?
    - Pour finir embroché comme votre grand chambellan ? Non sire, je ne suis qu’un fou, et serai bien plus fol encore si je changeais de ministère. Et vous m’avez déjà tant gratifié, qu’être auprès de votre majesté est le plus grand des privilèges.
    - Votre altesse, les chiens sont prêt pour la chasse. Intervint un héraut d’armes.
Maintenant nettoyé et rhabillé le roi demanda les auspices pour la vénerie .
Subarnipal voulait partir à la chasse, alors il avait réuni les courtisans qui l'accompagneraient, mais pour le succès de l'expédition, il fallait du sang avant de sortir. On fit venir un enfant de dix ou douze ans, et on lui scia la gorge, son sang gicla sur le sol, alors les auspices se penchèrent, examinèrent les flaques, oui la chasse serait bonne.
« Il faudrait que je fasse poser du carrelage » pensa Subarnipal. 






Chapitre.15.     Une chienne dans un bateau.

Loin entre l'aval et l'amont, loin sur le grand fleuve, celui qui baigne les remparts immémoriaux de Domina, le Saumon Rouge un vieux knarr, qui jadis avait été construit en Hyperborée, remontait le fleuve à force de rames, heureusement la bienveillance d’Évole le dieu des vents des grands canyons soulageait, gonflait l’unique voile carrée, faite d’un mélange de laine et de lin tissé très serré. Nul n'en aurait pu dire la couleur tant elle avait été de fois rapiécée.
Lucius, capitaine du Saumon Rouge, avait le regard cruel des vieux pirates d’eau douce pour qui l’or est la seule maîtresse.
Il pensait à sa trahison à venir, au pactole qu’il se ferait sur le dos de ses complices, et de ces lourdauds de légionnaires.
    - Chienne t’as fini salope ?
    - Oui maître, moi avoir écrasé champignons.
    - Alors putain, qu’attends-tu pour les mélanger au vin, tu veux du bâton ?
    - Si maître veut, c’est comme maître veut. 
    - Con de Vénus, il faut tout te dire p’tite pute ! Et vous autres marins d’eau douce ne touchez pas à cette gourde, ou vous finirez votre voyage dans la barque de Charon ! Et toi p’tite garce tu as intérêt à filer droit, sinon tu iras à Suburre au lupanar, ou mieux je te vends comme iota.
Masquite à la musculature puissante était le pilote et le gubernator, (celui qui tient les rames du gouvernail) toujours vigilant il scrutait loin devant lui.
Son regard bleu délavé était toujours à l’affût de ces troncs flottants entre deux eaux qui n’étaient pas rares en cette saison.   
Les rameurs assis sur leurs coffres s’étaient remis à chanter se donnant de l’allant et gardaient la cadence.
Lucius c’était dirigé vers la proue, il aimait voir l’étrave de son navire fendre l’eau, il aimait par-dessus tout entendre l’écume des vaguelettes cogner contre la coque.
Droit presque cambré il se prenait pour le grand commandant qu’il n’était pas.
Mais la lumière était belle, la matinée radieuse et dans le ciel quelques rares nuages couraient vers des horizons lointains, et cela lui donna soif.
Chienne la petite esclave à la silhouette androgyne, au torse presque plat, aux hanches fuyantes, aux petits seins hardis et ronds, toute nue, toute menue avec son collier de bronze s’éreintait à écoper.
Travail de servile Sisyphe, (aux enfers il fut condamné à pousser éternellement sur la pente d’une montagne un énorme rocher qui toujours retombait)monotone corvée d’une presque enfant qui chantait tout bas l’esprit du fleuve.
La barque nordique voguait paisiblement sur le divin fleuve couleur de plomb.
Elle remontait lentement au milieu du courant.
Les berges sauvages n’étaient qu’une étroite bande de forêts, de saules blancs et de tilleuls en fleurs s’ébrouant dans la brise parfumée.
Le knarr traversa ainsi un épais tapis de fleurs blanches qui comme un linceul descendait le flot.
Qui aurait su interpréter les signes aurait fait un sacrifice au Tibre, car tel était son nom, le même nom qu’un autre fleuve quelque part dans un autre univers, quelque part dans un autre temps.
Dans moins de deux semaines ils remonteraient une cataracte dans un profond défilé aux hautes falaises grises, un lieu maudit toujours embrumé d’une vapeur glacée.
La gorge s’annoncerait à eux par son chant criard et ses remous puissants, alors ils accosteraient sur une rive étroite où creusée dans l’escarpement rocheux il y aurait un étroit chemin glissant patiné par une multitude de générations de haleurs.
Ils remorqueraient l’embarcation et sur une bonne lieue tout l’équipage devrait jouer de la gaffe et traîner l’embarcation.
Il leur faudrait une autre bonne journée pour passer cette première difficulté.
Déjà en prévision de cela les baculs (pièce de harnachement des bêtes et des hommes pour le halage à la­quelle s’at­tache la corde de traction) et les filins avaient été alignés sur le pont.
Durant se lent périple, l'impétuosité du courant n'était point l'unique cause du retard qu’avait accumulé le Saumon Rouge.
D'abord il y avait eu sa querelle avec le principal leno d'Aquilata son ancien patron. Lucius accompagné de sa bande avait dû de vive force reprendre son bien c'est-à-dire Chienne à ce proxénète indélicat.
Puis il y avait eu ce grand remue-ménage à l'auberge du canal où un inconnu après avoir joué des poings avez arrosé l'assemblée des spectateurs d'has, cela avait débouché sur une beuverie homérique.
Lui et ses marins avaient mis trois jours à s'en remettre.
Et la remise à l'eau du bateau avait été des plus chaotique.   
Enfin le knarr se présenta devant les gorges.
Il fallut souvent s’amarrer aux rochers de la rive rendus lisses par des générations de cordages qui s’y étaient frottés.
Puis attendre plusieurs heures aux approches des rapides que l’attroupement occasionné par les llaguts, les barges et les autres bateaux de charge qui les précédaient se résorbent.
L’achat de passe-droit pour abréger l’attente coûtait trop cher pour Lucius, aussi devaient ils tous prendre leur mal en patience.
On devait faire la queue, comme à l’entrée du circus Maximus, et l’on était trop heureux si l'on en était quitte pour une journée d'attente.
Un étroit sentier de hallage avec une ligne de vie scellée dans une roche ruisselante et grise retenait prisonniers une bonne cohorte de iotas qui par groupe tiraient du matin au soir les embarcations devant remonter le fleuve.
C’était un dur labeur où l’on mourrait à la tâche.
Quand cela arrivait et ce plusieurs fois par semaine on déferrait le cadavre et on le poussait dans le courant où il était vite happé, enfin libre tourbillonnant sur lui-même il s’en allait vers le néant.
L’espérance de vie pour un iota y était bien plus faible que dans les champs ou aux galères, seules les mines pouvaient s’enorgueillir d’être aussi vorace en vies humaines.
Lucius, Masquite et le vieux Aponius étaient descendus à terre ils voulaient choisir le nombre de haleuses ainsi que le chef d’équipe.
Lucius qui était pingre voulait un minimum de haleuses car en plus du tarif par tête, du droit de passage, il devait prendre à sa charge la nourriture des esclaves et du chef d’équipe car telle était la règle.
Nue sous sa courte tunique Chienne les suivait, elle était sous la surveillance d’Aponius.
Elle savait ce qui l’attendait elle serait attachée sous un des vélums appuyés à un des murs de la cour de la commanderie.
Là, c'est l’abattage qui l'attendait pour le temps que prendrait le halage du Saumon Rouge jusqu’au bout de la passe.   
Chienne fut donc attachée par le cou à une des chaînes du mur des putains, elle attendrait parmi d'autres esclaves des deux sexes de recevoir la file de ses prétendants d'un moment.
Lucius et Masquite avaient choisi les esclaves et sans attendre ceux-ci furent attelés à leur tâche. Et comme si ce n’était pas assez difficile de tirer le Knarr à contre-courant…     
Il convenait de compter encore avec les bourrasques aussi violentes que soudaines.
Et c'est tout au plus s’ils avaient, en une journée, avancé d’une demi-lieue.
Force était de toucher terre et de demeurer, sous une averse de vapeur pulvérulente amarré tout au long des heures nocturnes.
Alors Lucius et presque tout l’équipage reprenaient le chemin de halage avec des flambeaux pour passer la nuit à l'auberge de la commanderie de Cluse.
Sitôt que les dieux eurent fait se lever le soleil et que le jour eut pris vie ils retournèrent au knarr.
Ils franchirent sans accident le rapide, puis le défilé des mille tonnerres que dominaient des falaises de plus de 3 000 coudées que l’on nomme les gorges hurlantes.
La nuit les surpris en face des rapides des eaux blanches, dont on entendait les mugissements répercutés au loin par les échos des gorges.
À cet endroit le fleuve à peine remis de sa course échevelée, avait des soubresauts terribles, des tourbillons gloutons, des soulèvements brusques, houleux aux franges écumantes.
Durant toute la nuit, les bateaux seraient au mouillage au fond d'une anse abritée et très encombrée, ceux-ci conserveraient une gîte continuelle.
Les navires tirant sur leurs amarres donneraient à entendre des sons sinistres, les courants leurs imprimant les mêmes balancement qu’un navire pris dans la houle du grand large, cela fatiguerait les cordages et rendrait les équipages inquiets.
Ils avaient fait, hier, moins d'une lieue.
Mais que d'émotions dans ces trois kilomètres si péniblement conquis !
La montée des deux rapides situés en aval du pittoresque village de Cluse-Haute avait exigé six heures pleines et les efforts de trente iotas.
On dut remettre au lendemain l'attaque du troisième rapide, de beaucoup le plus violent.
Les haleuses avaient bien droit au repos.
Le chenal, au surplus, était obstrué par une dizaine de grosses barques qui peinaient depuis l'aube.
Ils durent doubler les amarres accoter aux rochers sur la rive droite à quelques mètres de la tumultueuse coulée blanche.
Le bruit des eaux était presque assourdissant et ils étaient secoués aussi rudement que sur une mer en furie.
Au matin, un peu après l’heure de tierce, le passage fut libéré ; un demi stade à franchir, pas davantage, et cela leur prit trois heures et demie qui parut un siècle.
Ils avançaient de façon imperceptible, pouce par pouce.
Les trente iotas tiraient en désespérés, rampaient cramponnés des mains et des pieds aux aspérités du sol.
Le Tibre, à l'entrée des gorges Hurlantes, se heurtait contre un barrage formé de débris d'avalanches.
De chaque rive, d'énormes escarpements rocheux avaient glissé dans le fleuve, déterminant moins un rapide qu'une véritable chute ; la dénivellation était au moins d'un mètre.
Il existait deux passages : le chenal de montée qui longeait la rive droite, et serpentait parmi les rochers qui permettaient de s'aider de la perche et de la gaffe.
Le chenal de descente était au milieu du fleuve, un glissoir entre deux rochers peints d'écarlate où l'eau se précipitait en vagues gigantesques.
Les grands lintres manœuvrés par cinquante rameurs, leur mât abattu, y défilaient avec la rapidité d'un char de course.
Et c'était un spectacle impressionnant de les voir s'engager dans ce passage où la rencontre du moindre écueil les réduirait en miettes.
Les accidents étaient fréquents.
Le matin même une lourde barge avait fait naufrage.
Elle avait réussi cependant à s’échouer un stade plus bas sur les galets où elle gisait couchée sur le flanc, la coque rompue les bouts pendants, les rames cassées.
Ce qu'on avait pu sauver de la cargaison était entassé pêle-mêle sous une tente ; l'équipage très philosophe, avait formé un cercle, se réchauffant au soleil, faisant sécher leurs hardes et pansaient leurs plaies.
Des barques de sauvetage, peintes en rouge et battant pavillon impérial, croisaient en amont et en aval des rapides.
On les rencontrait aux approches de toutes les passes dangereuses du Tibre.
Cette flottille avait été organisée, il y a quelques années, par les soins de l'amiral Hométatus Britanus Salvatori.
Ce même soir, entre six et sept, ils abordèrent la passe des rocailles, terrible seulement aux hautes eaux, bien qu'en ce moment la vitesse du courant y était encore en moyenne de six à huit nœuds à l'heure.
Ils la franchirent sans accroc grâce à l'entrain des esclaves et au fouet du chef d’équipe qui, pendant cette rude journée, avaient fait preuve d'une vigueur rare.
Le soir ils fêtaient leur sortie des gorges, Chienne avait aussi bien travaillé enchaînant les passes, Aponius ne lui accordant que de rares pauses.
Quand la petite se plaignait il lui répondait :
    - T'as qu'à tremper l'cul dans l'eau froide, on t'demande d'ouvrir les cuisses et de sucer des pines, c'est pas compliqué ...
Le fleuve avait été clément, peut être auraient ils du sacrifier au dieu fleuve, oui peut être ...

Hors ligne

#5 28-02-2018 00:02:25

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.16.     Les déserteurs.

Cinq cavaliers aux chevaux écumants, harassés de fatigue avaient rejoint le grand fleuve silencieux aux eaux grises, aux eaux couleur de plomb. 
Un long détour à galoper nuitamment à travers les forêts profondes dans l’espoir de brouiller leurs pistes les avait amenés à l’aurore froides qui commençait à poindre.
La forêt de roseaux s’étendait là, immense devant eux, comme une mer d’un vert cru, ondulante dans la lumière de ce jour naissant qui hésitait pour quelque temps encore entre le rose et le violet.
Ils remontèrent la rive les pieds dans l’eau pour masquer leurs traces, bientôt ils pénétreraient cette masse ondoyante et chantante pour y camper, mais au par avant il leur faudrait s’aventurer dans un marécage qui ceignait l’immense roselière.
Ils pataugèrent durant deux bonnes heures dans ce milieu vaseux, mal odorant, environnés d’un brouillard stagnant, épais presque visqueux.
À leur approche les bruits du marais s’éteignaient pour reprendre longtemps après leur passage.
C’est avec les jambes crottées d’une boue noire et puante qu’ils entrèrent dans la phragmitaie, le craquement sec des roseaux et leurs jurons se perdaient dans l’immensité sauvage, personne en dehors d’eux même et de quelques animaux apeurés ne pouvait les entendre.
Encore une bonne heure harassante de cette marche à tenir les chevaux par la bride et ils pourraient enfin se reposer.
Ils trouvèrent une petite butte hors d’eau.
Talla grand noir musculeux avec sa spatha (épée dominienne longue) dégagea un vaste espace circulaire pendant que Titus rassemblait les chevaux.
Démétrius déchargeait deux coffres bardés de fer, il les posa au milieu de l’aire défrichée.
Détérius quant à lui taillait des roseaux en pointe, il voulait piéger les abords du camp.
Mitélius organisait le bivouac car ils devaient rester cachés deux bonnes semaines, le temps qu’on les oublie le temps aussi d’attendre leur rendez-vous avec le knarr de Lucius. *(Knarr (pluriel : knarrer) or knaar ou knörr était le nom générique pour les bateaux de transport et de commerce des peuples d'Hyperborée. Généralement fait de chêne, bordé à clin, le knarr était un navire de transport de marchan­dises très répandu dans ces régions nordiques. Il mesurait de 15 à 21 mètres de long sur 5 à 6 mètres de large, et possé­dait un unique mât orné d'une voile carrée. Conçu pour contenir une cargaison importante, il était plus lourd, plus large, avec une carène plus profonde que les navires utilisés pour Piller, les langskips)
    - Je pense Titus, par les mamelles de Junon que t’as eu raison d’avancer notre affaire. Dit dans un souffle Détérius.
    - J’ai suivi mais pourquoi tant de hâte ? Intervint Mitélius qui finissait de monter la tente de cuir.
    - Tu voulais peut-être voler la solde de la garnison lors de la visite du procurateur. Répliqua Titus en crachant par terre.  Moi pas ! D’autant que ce n’est pas n’importe qui, qui venait nous inspecter.
    - Par les couilles d’Hercule tu as fait fort en abandonnant Procus. De toute façon j’pouvais pas blairer ce crétin, ça fra une part de plus pour nous.
    - Oui d’autant que s’ils le cuisine, il pourra pas donner notre véritable destination. Et ils rirent du mauvais tour qu’ils avaient joué à leur complice.
    - En attendant ouvre les coffres on veut tous voir à quoi ressemble la fortune. Je propose qu’on débouche une amphore pour fêter ça ! 
À l’exception de Démétrius dont c’était le premier tour de garde ils s’étendirent sur le petit îlot, ils étaient fourbus et ils avaient du sommeil en retard.
Le soleil était encore haut dans le ciel, le temps était calme et l’on n’entendait plus que le vent et le souffle des chevaux qui broutaient du cresson sauvage.
De toute façon ils n’avaient rien d’autre à faire qu’à tuer le temps, en rêvant à leur part de butin, aux femmes et aux orgies à venir sans doute fuiraient ils l’empire, les contrées qui pourraient les accueillir ne manquaient pas et puis ils avaient bien le temps de penser à cela.






Chapitre.17.     Sur le lac, Ba-Marcon, Saavati.

Ba-Marcon s'assit dans la barque aux cotés de Saavati en lui murmurant à l’oreille quelques paroles rassurantes, elle haussa des épaules se drapant dans sa longue cape.
    - Au lieu de dire des sottises Ba-Marcon, vous devriez vérifier nos saufs conduits et les accréditations.
    - C’est déjà fait elles sont là dans ma besace sur l‘épaule, les seaux n’ont pas été touchés les rouleaux sont intacts, mais je ne goûte guère l’idée de monter à bord de cette galère après tous les combats que nous avons dû mener contre cet engeance du mal, cet hérétique païen. Pourquoi demander notre venue ? Le seul lieu qui vaille avec lui et ceux de son espèce c’est le champ clos.
    - Tiens ta langue tu oublies où tu es et que les rameurs ont des oreilles. Et puis cesse de me faire du pied, ou par les saintes écritures je te jette par-dessus bord tout Duc et chevalier de la sainte trinité que tu es !
    - Comme vous le désirez nonce apostolique. Mais vous me tutoyez et c’est déjà un début. Vous le savez bien, j’ai toujours eu un faible pour les gens de robe. La réputation de cruauté de ce roi n’est plus à faire, je pensais qu’un peu de soutien… Enfin vous voyez ce que je voulais dire. Dit-il en ce raclant la gorge.
    - Non je ne vois pas et laissez-moi prier. L’angélus est passé depuis longtemps déjà et je n’ai pu réciter mes grâces.
Ba-Marcon se renfrogna et s’écarta ostensiblement du nonce.
Tant de semaines à chevaucher avec cette femme aussi froide que le marbre d'une église et qui se plaisait à demeurer lointaine, elle l’ignorait. Aucun sentiment d’amitié ne les unissait.
Il pensait aussi que le monde était décidément bien mal fait.
Car enfin, la création avait été fort généreuse avec Saavati, peut être beaucoup trop.
Mais elle lui avait donné en retour des pudeurs exagérées.
Ce sentiment aurait été normal, voire salutaire chez un laideron, d’ailleurs dame nature aurait dû en fournir à satiété à ces dernières afin qu’il n’en reste miettes aux belles femmes.
Il songeait à l’enchantement pour ses yeux si elle avait bien voulu se découvrir un tant soit peu.
Mais ses robes étaient si longues, si lourdes, que même un vent libertin n’eut pu les soulever, que mêmes le soleil qui comme on le sait est de nature indiscrète n’eut pu sur la moindre parcelle de sa peau d’ivoire y laisser la marque de son baiser de bronze.
C’est à peine si elle laissait voir une partie de son visage, car souvent elle avait une écharpe qui cachait sa bouche gourmande, sensuelle et son long cou d’albâtre.
Pour finir elle portait presque toujours des gants de soie.
Peut-être craignait elle la caresse sacrilège de la lumière, peut être le soleil cet astre symbole de divinités impies lui était-il odieux.   
Être le chef d’escorte de cette mission diplomatique montée dans l’urgence hasardeuse d’un conseil restreint ; avoir des objectifs si flous qu’ils permettaient une grande latitude de décisions aurait dû être un privilège un honneur.
Être reçu en audience privée par la Papesse, recevoir de sa bouche une tâche secrète…
Mais il pensait que cette hâte, que cette impossibilité à ne pouvoir choisir le diplomate qui l’accompagnerait rendrait encore plus difficile, plus délicat, voir aléatoire le résultat de cette ambassade.
Il aurait préféré et de loin être envoyé à Domina. 
Et comment s’entendre avec un serpent qui ne songe qu’à vous mordre ?
Lui avoir adjoint Saavati cette jeune nonce hypocrite, bigote, principale adjointe de la branche ultra Christique des Ecclésiastes, membre important de la sainte inquisition le mettait mal à l’aise.   
À qu’il était loin le temps des grandes chevauchées avec Res Ser à la tête des armées.
C’était un païen comme l’était encore son père soit, mais quel homme, quel chef et puis il était de ceux pour qui le fait qu’il soit une sorte d'albinos n’était pas source de peur ou d’aversion.
Avec lui, ils avaient repris les provinces du nord, libéré l’île sainte de Salamac, réorganisé les armées des soldats de dieu, pourquoi était-il parti ?
Pourtant tout avait été prévu pour sa conversion et son union avec Salamandra.
Nul doute qu’il y avait de l’Ecclésiaste là dessous.
S’il n’avait pas été Duc, s’il n’avait pas fait partie de la chambre basse, il serait parti pour Domina.
D’accord c’était des idolâtres, mais au moins ils n’étaient pas bornés comme les grenouilles de bénitier qui occupaient maintenant les plus hautes fonctions du Royaume Christique de Salamandragor.
Depuis la naissance du fils de la papesse, tout allez de travers.
Pourtant il avait les stigmates, tous les stigmates.
Mais le haut conseil et Nicohélas Sacrésis en tête avait dit que s’était sacrilège, que jamais il était né d’aîné mâle de la lignée des Papesses.
La religion interdisait l’infanticide et c’était aussi le fils de Ser Lupus le demi-frère de l’Empereur Dominien, sinon…
Et puis la Papesse était sacrée intouchable après tout c’était peut-être la volonté du très haut ?
Par contre il aurait bien culbuté Saavati toute religieuse, tout Nonce qu’elle était. (Prélat chargé de représenter, de façon permanente, la papesse auprès d’un gouver­nement étranger. (On dit aussi nonce apostolique) Nonce extraor­dinaire, nonce chargé de fonctions temporaires Nonce ordinaire, nonce résidant, comme ambas­sadeur, à titre permanent)
Si l’essence divine était amour, il faudrait bien le démontrer, le prouver, tous ces gens du clergé qui n’avaient que ce mot à la bouche, mais qui pour une parole de travers vous déférez devant la Sainte Inquisition.
Là on ne parlait plus de caresses, mais des ardents baisés du fouet et du fer rouge.
Plus le temps passait, plus l’intolérance comme un nuage lugubre et sombre s’étendait sur son royaume.
Même lui devait afficher une piété de façade, il devait songer à protéger les siens ainsi que ses biens.
Déjà il avait député quelques bons amis auprès d’Honorius, il pensait à terme se dégager de la tutelle Salamandrine pour demander la protection de l’empire.
Cruelle époque songe a-t-il, en levant les yeux.
Puis il sourit en pensant à cette matinée où un hasard heureux avait voulu qu’il surprit Saavati au bain.
Il était sorti du lac à quelques brasses d'elle sans qu'elle s’aperçût de sa présence et comme il était nu, ne voulant pas effrayer la pucelle, il s’était tapi derrière un buisson ; il resta là attendant de pouvoir reprendre ses vêtements.
Qu'elle ne fut pas sa surprise quand il la vit se dévêtir.
Alors il profita sans vergogne du ravissant spectacle.
Elle s'était entièrement déshabillée et s'approchait de la rive d'un pas hésitant.
L'image réfléchie était celle d'une grande et belle femme au printemps de sa splendeur, une demoiselle dont chaque mouvement, chaque geste trahissaient charme et beauté.
Son long cou blanc pourtant robuste donnait de la grâce et de la dignité à son port.
Sa large poitrine ses seins sublimes, majestueusement sublimes, enfin libérés de leur carcan semblaient recouvrer la vie.
Et ses tétons ha ses tétons...
Ses épaules rondes avaient plus de la majesté de Junon que de la grâce légère de Juventas.
Ses formes sensuelles, sa taille mince, étaient des témoignages de son épanouissement.
Ses mains blanches, ses pieds admirables, ses chevilles fines eussent fait honneur à Diane.
La pâleur de sa peau, la douce langueur émanant de sa personne tranchaient pourtant avec une volonté farouche qu'elle laissait paraître sous le verni policé de son éducation.
Sans nul doute ils n'eussent pas déparé la vierge déesse de la chasse.
Par Crom dieu de ses ancêtres, à chaque fois qu'il voulait comparer la beauté de Saavati il ne pouvait s’empêcher de ce rapporter à des images impies, nul doute que sa religion d'adoption n'était pas réellement ancrée en son âme. 
Ba-Marcon qui était un critique difficile en matière de femme aurait pu trouver que les formes de Saavati exprimaient plus la force physique que la parfaite beauté féminine, que ses muscles étaient trop saillants, et que sa personne, en dépit de ses lignes voluptueuses, avait quelque chose de viril et du trop de sève de la combattante.
Son nez petit et fin, aux narines vibrantes semblait à l’affût d'une quelconque proie. Le trop d'assurance de son regard perçant avait l’acuité d'un oiseau de proie.
Sa bouche bien dessinée aux dents égales et blanches que ne parvenaient pas à cacher des lèvres sensuelles au carmin le plus exquis n'étaient que le fard d'un sourire carnassier. Son front volontaire, n'était à peine adouci par l'arcade admirablement dessinée de ses sourcils et de ses longs cils soyeux qui frangeaient ses grands yeux céruléens.
Sa peau diaphane respirait pourtant la santé, ses joues roses avaient la fraîcheur de la rosée quand ses traits graves, dédaigneux, presque durs, reprenaient cette expression qui leur était familière.
Et, la masse de ses longs cheveux noirs de jais inondait le cou, les épaules, les reins formant un cadre ensorcelant à cette image si aimable, si dangereuse et si séduisante que l'onde réfléchissait.
Ba-Marcon lui-même, si accoutumé aux chambres des dames qu'il fût, regardait hypnotisé de derrière le buisson d'où il était tapi.
Enfin elle entra dans l'eau et sa chevelure s'étala autour d'elle comme un nénuphar, il vit aussi à la base de son cou le tatouage en forme de glaive qui révélait sa condition d'inquisitrice.
Il sortit de sa rêverie. Au loin de nombreuses petites lumières tremblotaient sans doute la galère.
Il trempa sa main d’un blanc laiteux dans l’eau sombre du lac et se rafraîchit la nuque.
Les rames en cadence s’enfonçaient dans le noir silence, seul le grincement des lacets de cuir qui maintenaient les avirons en place serraient le cœur de Ba-Marcon comme un mauvais présage, il faisait si sombre qu’un autre que lui n'aurait pas pu distinguer les visages des rameurs il eut l’impression que la mort ramait à ses côtés, que Loki le légendaire fondateur de sa dynastie se riait de lui.
De nouveau il reprit le chemin des songes.
Il se souvenait il y a longtemps sur les bords du fleuve Salamandre, il avait discuté à bâtons rompus avec Honorius, juste avant qu’ils ne reprennent pour la deuxième fois l’île sainte de Salam.
Honorius bien que déifié était le plus total athée qu’il connaissait.
Alors qu’ils étaient autour d’un feu de camp ils avaient parlé religion.
    - Quoi ton dieu est le vrai dieu, l’unique la perfection ?
    - Oui.
    - Alors explique-moi.
S’il est si parfait, ce qu’il fait doit être parfait ?
    - Hé oui, en principe oui.
    - Trouve tu notre monde parfait ?
    - Non.
    - Alors que penser d’un être parfait qui créait un monde imparfait ?
Explique-moi.
    - C’est qu’il veut comment dire... nous tenter, oui c'est cela il veut nous tenter. Dans un sens il nous laisse notre libre arbitre, ce n'est pas sa création qui est mauvaise, c'est nous qui la flétrissons. C'est l'homme et la femme qui ensembles ont quitté le paradis primordial pour s'émanciper de notre créateur. C'est ce qui est écrit en tout cas dans nos saints manuscrits. C'est nous qui avons quitter un monde parfait.
    - Donc ton Dieu si bon est injuste car enfin, il a puni tous les descendants de l’espèce humaine. Moi qui suis Maître de Justice quand je punis un criminel, je ne punis ni ses ascendants ni ses descendants. Ton Dieux vicieux créait le mal, car les animaux et les plantes n’avaient en rien fait le choix de l'espèce humaine, pourtant ils ont été plus durement punis, imagine la vie d’un poulet, donc ton dieu est démoniaque.
    - Mais non mon dieu est charité… 
    - Ba-Marcon, parler de charité c’est parler de vanité, ton dieu est démoniaque et vaniteux.
    - Et les prodiges les miracles ?
    - Mes magiciens font mieux pour me divertir, les tours de ton dieu sont juste bons pour une foire de province.
    - Et la grande transmigration comment l’expliquer hormis par la volonté divine.
    - Là tu touches un prodige dont je pense connaître une partie de la solution c’est une équation à plusieurs inconnues mais tu ne pourrais pas comprendre même Ser n’a pu assimiler qu’une petite partie du secret et crois-moi c’est un lourd secret.
Je ne te demande pas de me croire mais sache que d’une certaine façon tu as raison celui que tu appelles ton dieu nous a bien fait à son image.
Et il avait ri, un rire presque sardonique.
    - Sinon celui auquel tu crois doit être un poisson.
    - Un poisson ?
    - Oui réfléchis le déluge c’était bien pour punir l’homme ?
    - Oui.
    - Comment peut-on noyer un poisson ? S’il avait voulu punir l’homme il avait d’autres solutions :
Soit le rendre stérile en moins de cent ans plus d’humains ou alors une bonne épidémie et le tour était joué.
Ton Dieu est stupide et inconstant je n’en voudrais pour rien au monde, je préfère et de loin l’absence divine.

    - Sortez de vos rêves on arrive au navire.
    - Ah oui je pensais à notre mission.
Saavati haussa les épaules pourquoi diable le grand inquisiteur lui avait-il assigné cette mission ?
Cette mission Trompeuse ce double jeu qu'on lui avait assigné... Duc était pourtant des plus insignifiants, quelques assassins et le tour était joué.
Elle, elle était là pour négocier une paix séparée, quitte à l’acheter avec certaines trahisons.
Elle ne voulait pas être entraînée dans le grand conflit qui s’annonçait.
Si son ambassade réussissait, qui sait, elle serait peut être grande ministresse du culte, à son âge ce serait du jamais vu.
Que ces deux grands empires se fassent la guerre était heureuse chose car après tout n’étaient-ils pas tous deux impies ?
Ne croyaient-ils pas en des dieux multiples et infernaux, ne disait on pas que certains d’entre eux adoraient des pierres.
Pourvu qu’ils s’épuisent l’un l’autre, alors l’Ecclésiaste raflerait la mise et la parole des Papesses vérité des vérités remplacerait les faux dieux de Laurasie.
Saavati aimait elle dieu ?
En tout cas elle voulait faire beaucoup pour lui et elle ne doutait pas de la suprématie de sa foi, et à ses yeux tous devaient se plier devant le dogme.
Devant l’ordre de son ordre.
Qu’importe si cette harmonie se payait au prix du sang, puisque dieu le voulait il en serait fait selon sa volonté.   
Près du château arrière un escalier de coupée était descendu, ils le gravirent rapidement; sur le pont une haie d’honneur les attendait.
Un officier chef du protocole s’avança:
    - Vos armes seigneur Duc, elles vous seront rendues à votre départ.
    - Prenez en soin j’y tiens beaucoup elles m’ont étaient donnée par Honorius grand pourfendeur de ceux de votre espèce.
Il reçut un coup de coude de Saavati.
    - Quoi encore ! C’est la vérité elles ont été bénies par Salamandra après la bataille du pont de Salam-Al-Hec.
Il évita le second coup de coude en souriant pour un peu il aurait bien claqué la croupe du Nonce mais elle n’avait aucun humour.
Quelques minutes plus tard ils étaient introduits auprès du roi Subarnipal. Après les salutations d’usage et les remises des accréditations ils en vinrent aux faits.
    - Et bien que pensez-vous de ma proposition ?
    - Je pense roi que nous n’avons plus rien à nous dire, même si nos alliés Dominiens n’ont pas les mêmes valeurs ni les mêmes croyances, jamais nous ne reviendrons sur notre parole ! ce sont nos frères de toute éternité ils ont toujours été à nos côtés. Quant à l’île sainte de Salam elle nous appartient de plein droit par le sang versé. Nous vous l’avons repris par les armes et vous, vous nous proposez de nous donner un bien que nous possédons déjà. Il est beau votre marché, marché de dupes voilà ce que la Papesse par ma bouche vous déclare et jamais sur les saintes écritures jamais nous ne serons parjures. Partons Nonce je crois que nous n’avons que trop importuné notre hôte. Majesté voulez-vous bien nous laisser nous retirer.
    - Je vois que vous ne me laissez pas le choix. Gardes saisissez les !
    - Saavati ! derrière moi et tachez de vous faire petite on se barre.
De ses bottes il retira deux pugios (poignard) et commença à reculer vers la porte. Je savais qu’il ne fallait pas faire confiance à ces chiens.
    - Vivants, il me les faut vivants. Cria Subarnipal.
Quatre gardes se ruèrent sur le couple, Ba-Marcon lança un de ses poignards qui se planta dans le front du premier arrivant, il lui prit son glaive et commença à ferrailler durement.
    - Saavati prenez mon pugio et fuyez je les retiens le plus possible.
Par les couilles de dieu ! bordel de merde tirez-vous ! Allez à la porte elle n’est pas gardée et attendez moi !
    - Que dieu vous garde comte.
    - C’est ça ! c’est ça ! Dit-il en repoussant les assauts furieux des gardes.
Ils étaient arrivés à l’entrée Ba-Marcon dos à la sortie protégeait la jeune femme.
Saavati réussit à l'entrebâiller, elle se faufila et elle referma les doubles battants sur Ba-Marcon qui dos à ceux-ci se défendait comme un lion.
Elle les bloqua avec le poignard.
    - Bonne chance Duc que Dieu vous prenne en pitié. Cria-t-elle en abandonnant lâchement son compagnon. 
C’est vraiment une salope pensa le Duc qui tout en se battant cherchait une échappatoire à cette souricière.
S'il arrivait à une fenêtre il pourrait plonger.
Cette nuit sans lunes serait son salut, il se dirigea vers les grands candélabres qu’il renversa provoquant un début d’incendie, il bondit sur sa gauche avant de courir et de faire un roulé boulet sur sa droite qui l’amena devant une grande fenêtre.
Il s'empêtra dans les rideaux de soierie mais réussit à plonger au moment ou un garde lui enfonçait une dague dans le dos juste entre les deux omoplates.
Il tomba à pic dans le lac et s’enfonça dans les abysses.
Le poids de son costume et de ses armes l’entraînait inexorablement vers le fond vaseux.
Il eut la chance de pouvoir saisir une des chaînes d’ancrage.
Il remonta grâce à cette aide providentielle, les poumons en feu il se souvint avoir remercié dieu au moment où il reprenait sa respiration à la surface.
Il vit un garde tomber à l’eau juste devant, à deux brasses tout au plus, un garde qui n’eut pas sa chance.
Il s'accrocha d'une main à un gros maillon de la chaîne.
La coque était au-dessus de lui elle le cachait des regards pour un instant.
Sa lourde cotte de maille et la boucle dorsale de cuir de son baudrier lui avaient sauvé la vie.
Il se dévêtit et il eut toutes les peines du monde à retirer son haubert (a) et son gambison (b). ( a )=(Longue cotte de mailles des hommes d’armes au Moyen Âge (Le haubert fut))  ( b )=( Pourpoint d’étoffe rembourrée et piquée, servant de défense (Moyen Âge))
La rive était bien loin mais c'était un bon nageur libre de ses mouvements et plus légers, il n’avait gardé qu’une tunique et l’épée qu’il avait pu s’attacher dans le dos, il entreprit de regagner la berge.
Il espérait malgré tout que Saavati ait eu assez de temps pour regagner la chaloupe, maintenant il entendait du vacarme sur la galère.
Toutes les lumières avaient été allumés et de nombreuses embarcations avaient été mises à l'eau.
Il nageait doucement pour ne pas faire d'écume pour ne pas être repéré.
Saavati avait réussi à regagner une embarcation, prétextant l'oubli de documents importants, elle avait demandé à ce qu'on la raccompagne aux chevaux.
La barque s'était éloignée d'une cinquantaine de mètres quand l'alerte avait été donnée, mais elle avait réussi avec une rame à assommer un des deux rameurs et pousser l'autre à l'eau, malheureusement bien vite elle avait été rejointe par plusieurs embarcations qui l’abordèrent et la firent prisonnière.
À moitié assommée et sous bonne garde elle fut ramenée dans la vaste cabine qui servait de salle du trône, là les serviteurs s'affairaient à remettre de l'ordre.
    - Par tous les dieux ! Bande d'incapables, je vous ferai tous écorchés vifs ! 
Vous avez été ridiculisés par une nonne et un nobliau ! Je vous demande de les prendre vivants et un sombre crétin plante un couteau dans le dos d’un de mes … Invités, et on n’est même pas sûr qu’il soit mort ! Que des cavaliers fouillent les berges s’il est vivant il ne faut pas qu'il s’échappe !
Par le sang des dieux qu'on attache cette salope, qu’on la fouille, qu’on la déloque ! J’ai dit ! Qu’on aille aussi me chercher le prêtre je le veux de suite séant devant moi !
Les deux gardes qui la maintenaient lui attachèrent les mains dans le dos avec son étole de soie écarlate. (Insigne liturgique formé d’une large bande d’étoffe, et porté par l’évêque, le prêtre et le diacre. (Insigne de fonction, l’étole était devenue sym­bole de la charge pastorale.) Large écharpe de four­rure portée sur les épaules)
Quand cela fut fait, il détacha et envoya auprès de la prisonnière ses deux esclaves femelles qui avec leurs ongles diablement effilés s’acharnèrent sur ses vêtements.
D’abord elles la décoiffèrent lui ôtant sa barrette pourpre, l’une d’elles prit le bonnet carré aux quatre cornes de l’ecclésiastique et se le mit.
(Bonnet carré ecclésiastique à trois ou quatre cornes, qui se porte avec l’habit de chœur (La barrette est noire pour les prêtres, violette pour les évêques, pourpre pour les cardinaux))
Elles la couchèrent sur le ventre et tailladèrent en riant la riche aumusse, sa cape de fourrure à capuchon ne fut bientôt qu’un amas de charpie semblable à une dépouille d’animal qu’on aurait abandonné à coté d’elle.
(Cape ou pèlerine de fourrure, à capuchon, adoptée par les cha­noines et les chantres. Bande de fourrure portée sur le bras gauche par certains dignitaires ecclésiastiques)
La soutanelle subit le même sort. (Redingote à collet droit et sans revers, remplaçant la soutane comme costume de ville ou de voyage.)
Et comme elle criait, qu’elle hurlait, le roi ordonna qu’on la fasse taire.
On prit un des lambeaux de ses vêtements on la bâillonna.
Avec les longues lanières de tissu on lui attacha aussi ses pieds qui battaient l’air.
Elle pleurait de rage et de honte, s’était la première fois que son jeune corps était ainsi dénudé, c’est à peine si quand elle se lavait elle osait se regarder dans un miroir, à vingt ans elle était toujours vierge comme le voulait la règle de son sacerdoce et elle était atteinte d’une pudibonderie maladive.
C’était aussi la première fois de toute sa vie qu’elle était ainsi humiliée et devant tant de monde tant d’étrangers, ses pommettes étaient devenues rouge pivoine, la honte d’être ainsi dénudée la frappait de stupeur.
Elle qui était si prude était exhibée comme la dernière des putains.
Elle aurait préféré mourir sur le champ.
Qu’on la tue et vite qu’on en finisse.
Prise de syncope elle s’évanouit.
    - Qu’on la ranime !
On lui jeta un seau d’eau.   
Maintenant presque nue seulement vêtue de son scapulaire qui lui collait à la peau elle se tortillait dans tous les sens comme une anguille jeté sur la rive et qui désespérément recherche la rivière. (Pièce d’étoffe passée sur les épaules, descendant sur le dos et sur la poitrine, caractéristique de l’habit de certains ordres religieux et qui, sous sa forme simplifiée, est portée sous les vêtements par les laïcs pieux)
Elle se recroquevilla abasourdie.
Le monarque surpris des réactions hystériques de cette grande jeune femme dont les seins énormes avaient été libérés de leurs bandes demanda qu’on apporte des chaînes.
On la fit mettre à genoux.
Encadrait par deux gardes, ses yeux violets remplis d’éclairs et de larmes auraient foudroyé le roi si cela avait été en son pouvoir.
On lui retira le bâillon.
    - Pourquoi ? C’est un acte de guerre. Un casus belli ! Vous êtes fou ! Vous vous êtes attaqué à des diplomates en mission. Quand on saura ça nos armées franchiront les frontières pour venger notre honneur. On vous savait dément ; mais vous venez de nous fournir la preuve que si le crime n’a pas de patrie il a au moins une couronne. Vous êtes un tyran stupide. Dieu me rendra raison.
    - Rabaisse ton caquet salope. Votre ambassade n’est qu’un leurre pour me faire assassiner mais j’ai mis à jour vos sombres dessins. Vous avouerez vous me donnerez le nom de vos complices, il n’y a pas que chez vous que l’on sache donner la question vous verrez vous allez être intarissable.

Hors ligne

#6 28-02-2018 00:13:02

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

(suite du chapitre 17)

    - Sur ma vie et ma foi vous divaguez ! Quel conte me chantez-vous là ? Si nous devions vous tuer, nous n’aurions pas demandé à vous quitter immédiatement après notre entrevue. Ce n’est que folie et billevesée.
Vous vous êtes laissé abuser je représentais la sainte inquisition et je ne devais vous livrer que le seigneur Ba-Marcon, seigneur des forteresses de Cimmérie. Nous voulions normaliser nos rapports et vous allez réveiller une guerre sans âge.
Subarnipal ne répondit pas, avait-il agit trop vite comme souvent à son habitude ?
Ne le surnommait ont pas le taureau furieux des steppes ?       
Dans le tas de vêtements en guenilles rien pas la moindre note, aucune arme, aucun poison, rien. 
Dans la grande cabine on remettait de l’ordre, le mort et les blessés avaient été évacués, le début d’incendie éteint.
Le Nonce toujours à genou était maintenant entravé par de lourdes chaînes et un large collier de fer.
On lui avait mis une cagoule de cuir épaisse qui n’était ouverte que pour son nez.
Les deux femelles qui avaient fini de la dénuder la taquinaient en lui pinçant tout le corps, le prêtre entra.   
    - Tu m’as fait mander, seigneur
    - Oui prêtre, j’ai un travail pour toi une femme à soumettre, combien de jours te faut-il pour en arriver à ce que tu m’as montré ?
    - Ô grand roi je te l’ai déjà dit cela dépend et on ne compte pas en jours mais en semaines et cela dépend aussi de sa force de caractère. Répondit-il embarrassé.
    - Combien de semaines ?
    - Oui disons un mois, à partir du moment où sa volonté est cassée.
    - Bien, je suis sûr que tu vas adorer, je vais te donner un Nonce apostolique, mais peux-tu le faire parler rapidement et sans trop l’abîmer ?
Vous tous dehors laissez-moi seul avec le prêtre et toi Sabirr as-tu des nouvelles du garde que j’ai envoyé à l’eau ?
    - À l’heure qu’il est-il doit dîner chez Neptune sire.
    - Dommage je ne pourrai pas l’écorcher. Allez tous dehors ! Mes deux petites chiennes vous vous restez là à coté de la prisonnière.
Vois ! Prêtre j’ai moi aussi des espions très efficaces quoique trop biens payés et que me disent-ils ? Lit ! Il lui tendit une des lettres d’accréditation des Salamandrins.
    - Grand roi, effectivement tu as des maîtres espions avoir subtilisé les lettres d’accréditation, les avoir remplacées par tes messages c’est du grand art. Qu’attends-tu de moi ?
    - Elle me maintient qu’elle n’en voulait pas à ma vie.
Elle l’a juré sur sa foi, je pense que son acolyte devait être l’exécuteur, elle devait sans doute être une sorte de cheval de Troie.
    - Et bien fait parler son complice.
    - Très drôle ! Mais un de mes gardes l’a poignardé et il est tombé dans le lac !
    - Et bien tu as ta réponse. Si tu es sûr de tes espions toutes tes questions sont dans le lac avec son compagnon. Et il va falloir qu’elle avoue, maintenant il faut qu’elle endosse votre…
Il allait poursuivre mais il se tut prenant conscience de ce qu’il allait dire et à qui il s’adressait.
    - Sabirr ! Hurla-t-il. Entre ! je sais que tu écoutes derrière la porte. Entre et donne-moi ton avis.
    - Par les dieux je vais vous dire le fond de ma pensée. Il n’est pas bon que celui qui fait tort se lamente et s’avise à se repentir. Il mérite grand blâme et eût certes mieux fait d’agir avec circonspection ou de ne rien faire.
    - Voilà qui est fort bien dit, et qui a le mérite d’être lumineux et sans détour cela ressemble fort à critique sévère. Plus je t’écoute plus je me dis que de nous deux le plus fous n’est pas celui qu’on croit, tu commences à m’alarmer mon bon Sabirr.
    - Vous savez bien mon roi qu’un fou, peut, parmi la folie des hommes avoir des éclaires de lucidité.
    - Et bien notre bouc émissaire sera agneau, ou plutôt brebis.
Il regardait la prisonnière et repris sur un ton badin :
    - Dans sa religion ne dit-on pas le seigneur est mon berger ?
Et bien je serai son boucher. Et il rit. 
    - Et toi prêtre n’as-tu pas quelques drogues ou charmes pour qu’elle chante ce psaume que je veux ouïr et même lire ?
    - Cela sera plaisir d’instruire son interrogatoire et me vengera bien des temples qu’ils m’ont brûlés au nom de leur dieu unique. Quand dois-je œuvrer et où ?
    - Séance tenante, plus vite nous aurons ses aveux, plus promptement nous pourrons mander excuses et compensations aux Salamandrins. Que cette fatale erreur soit prémices à mes victoires futures. Que les gardes la saisissent. Qu’on la descende en cale.
On la prit par les aisselles on la souleva les chaînes de ses chevilles traînaient sur le parquet, elle fut ainsi tirée le long des courtines et descendue dans la cale et jeté sur un plancher mal dégrossit.
Un argousin attendait près de divers outils de torture, il se prosterna aux pieds de son roi.
On apporta des fauteuils pour le roi et le grand prêtre, on alluma de nombreuses lampes et un brasero.
Le prêtre demanda qu’on lui apporte un de ses bagages qui contenait un grand nombre de fioles.
Saavati s'était recroquevillée, elle sentait confusément que son destin se jouait dans cette cale humide et sombre, qu’il lui échappait, elle avait quitté les ors et la lumière des cathédrales pour les fers et l’obscurité des geôles.
Qui viendrait la secourir ?
La prédiction du tard venu se réalisait elle ?
Le roi assis dans un fauteuil tendu de brocard vert prit la parole et d’une voix forte s’exclama : 
    - Qu’on lui retire sa cagoule qu’on la suspende à la poulie ! Mais où est Jésus mon bourreau ?
    - Il forme un apprenti, grand roi. Répondit avec obséquiosité un argousin.
    - Sais-tu où il est ?
    - Non votre grandeur. Dit-il en baissant la tête.
Il mentait, il savait qu’il n’était pas loin, quelque part sur l’île de l’effroi, mais il n’en dit mot voulant se réserver le privilège de torturer, lui qui depuis tant d’années n’était bon qu’à appliquer les ordres du maître bourreau, pour une fois il pourrait faire ses preuves et devant son roi, une pareille chance il ne devait pas la laisser passer.
    - Bien j’espère que tu sais t’y prendre, alors commence ton office.
Alors avec tout le sérieux et la pompe qui convenait à un exécuteur des basses et hautes œuvres... il retira la cagoule de la prisonnière sans qu’elle ne proteste ni ne se débatte.
Elle était encore abasourdie subjuguée par la tournure des événements. Peut être pensait elle que s’était un mauvais rêve dont elle se réveillerait bientôt. On fit passer un des maillons de la chaîne de ses poignets au travers d’un croc attaché à la poulie d’une potence.
On la hissa.
De fait elle pendait la pointe de ses pieds effleurant presque le plancher. Elle avait les bras tendus au-dessus de la tête et les fers meurtrissaient ses poignets. Elle dodelinait de la tête et se mordait les lèvres.
    - Et bien chère enfant il est temps de te confesser, je ne vais pas te faire l’affront de t’expliquer le maniement des différents instruments de torture en qualité de Nonce je pense que tu en connais les tenants et surtout les aboutissants, alors comment deviez-vous me tuer et quand ?
Répond avant que le bourreau ne commence !
    - Puisque je vous jure sur nos saintes écritures que c’est faux. Nous voulions simplement signer des accords de paix et rouvrir les anciennes routes commerciales, c’est indigne que de penser que je puisse souiller ma charge avec un parjure, c’est indigne de vous de déshonorer mes fonctions et mes titres, vous pouvez me torturer, cela ne changera rien à la vérité.
    - On verra, mais tu étais prête à sacrifier un des tiens, ta robe n’est pas à une souillure prés. Bourreau tu peux commencer ton office.
Le bourreau armé de gros ciseaux à tondre les moutons qu’on appelle des forces s’apprêtait à lui couper grossièrement ses cheveux. (Grands ciseaux utilisés autrefois pour tondre les moutons, les draps, couper les métaux, etc.)
Mais le roi fit signe d’épargner son abondante chevelure. Le tourmenteur alors lui fit une espèce de chignon puis lui jeta de l'alcool dans le dos et y mit le feu pour la brûler, tous les poils de son corps roussirent et se racornirent. Saavati hurla de douleur et de terreur, l’alcool qui lui avait coulé jusqu’en bas des reins s’était aussi enflammée et une forte odeur de corne brûlés envahie la cabine des supplices.
Il allait lui placer des morceaux de soufre sous les bras et autour du cou, pour les enflammer quand le prêtre intervint s’adressant en aparté auprès du roi :
    - Vous ne vouliez pas trop la gâter ? 
    - Tu as raison disons que nous n’allons pas trop l’abîmer. Comme tu vois prêtre ça sent la cochonne. Regardez cette salope se pisse dessus, je la croyais plus courageuse.
    - Oui grand roi la nonne a la même odeur qu’une truie et ce n’est pas ses croyances qui pourront lui venir en aide, ce n’est pas son faible dieu qui va la sortir de là. Je me demande quel effet cela lui fait d’être à cette place, ne fit-elle pas partie de l’inquisition ?
    - Dis-moi ton élixir de soumission puisque que l’on peut l’appeler ainsi ne fait-elle pas partie des vieux secrets des Empereurs du ciel ?
    - En partie oui, mais je n’ai percé qu’une petite partie de leurs mystérieuses formules. Mais regarde si tu m’en donne l’autorisation regarde la puissance de leurs anciens savoir.
    - Fait donc je suis friand de tes tours. Je te laisse faire, instruit l’interrogatoire à ta guise.   
    - Ce ne sont pas des ruses ni des astuces grand roi. Tu vas voir elle va tout nous révéler.
Il fit signe au bourreau de suspendre, puis d’une voix douce heureuse il interpella la jeune femme. 
    - Alors toujours rien à dire.
De la tête elle fit signe que non pendant que ses épaules et son dos se couvraient de phlyctènes et de vésicules, elle marmonnait pour elle des prières demandant à son dieu de la soutenir dans cette terrible et injuste épreuve.
    - Bourreau elle est encore vierge c’est un Nonce... comme une vestale alors rien de sexuel tu comprends, pour être tranquille tu vas lui coudre le sexe !
Son tourmenteur grogna, on venait de le priver d’une des privautés dont il pensait jouir durant leurs longs tête à tête à venir ; à pas lourds il se dirigea dans un coin et prit sur une sorte d’établi cinq longues aiguilles et une pelote de crin.
Elle croisa les jambes, serra les fesses, commença à tourner sur elle-même.
Elle fronça les sourcils, se mordit les lèvres jusqu’au sang son regard violet fixait le souverain maître des terres de l’est le grand Cakravartin.
Se souvenait elle de toutes les fois ou assise à la droite du grand inquisiteur elle avait été sa greffière.
Se souvenait elle du nombre de fois ou ses victimes l’avaient suppliée puis maudite entre deux râles ? 
Se souvenait elle de ces cris ces pleures.
Elle se souvenait qu’elle y était indifférente, indifférente à toute cette douleur, à la douleur des autres.
Tout ce qu’elle se souvenait c’est que presque personne ne résistait à pareil traitement.
Maintenant elle avait passé le seuil de la douleur et de la peur, franchi les portes de l’angoisse pour un voyage qui lui paressait sans retour sans espoir.
Le bourreau alla chercher un chevron garni d’un grand nombre d’anneaux et de manilles, il lui attacha les chevilles le plus écartées possibles.
Elle sentit une vive douleur aux adducteurs suivit du pincement de ses grandes lèvres, il pressait, serrait sa vulve de sa main de boucher, cet endroit consacré à dieu que nul n’avait jamais vu ou touché avant ce jour était martyrisé.
La douleur aiguë de la première aiguille lui transperçant la peau la fit hurler.
Elle éprouva la sensation du fil épais et un peu gras qui glissait à travers ses chaires, les cinq aiguilles furent une à une ainsi plantées parallèles, elle s’évanouit quand il serra les liens pour les nouer.
Elle fut réanimée à grands seaux d’eau glacée.
Le bourreau lui attacha de lourds poids au corps et il l’éleva jusqu’au plafond.
Il lui frappa les bras et les jambes avec des verges jusqu’à ce que ses membres virent au rouge et même au violet, comme elle glapissait un peu trop fort au goût de tous il la descendit et sur l'ordre du prêtre on lui cousit la bouche avec le même crin de cheval.
Après cela, le bourreau l'adossa à une planche hérissée de pointes acérées, il la remonta une fois de plus jusqu'au plafond, les cloques dans son dos déjà emplies de pue éclatèrent, sa bouche se mit à mousser, à écumer, ses dents à claquer comme le bec d’une cigogne amoureuse malgré ses lèvres tremblantes et ses soupirs.
On la laissa suspendue pendant un quart d'heure jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse à nouveau.
Il la fouetta avec un fouet aux lanières tranchantes pour qu'elle saigne.
On l'abandonna ainsi pendu pour aller souper.
Quand ils revinrent le prêtre lui dit:
    - Avoue, avoue, avoue à temps pour éviter d’horribles tourments. Tu dois avoir bien soif, nous allons t’abreuver. Bourreau je pense qu’il est temps prépare la.
L’homme coupa les fils de sa bouche.
    - O Messi ayez pitié de moi !
    - C’est tout ce que tu as à dire ? 
Elle ne répondit pas, fit signe que non de la tête, des fils sanguinolents lui pendaient encore aux lèvres.
    - Soit tu l’auras voulu, cela m’amuse de te voir souffrir, je suis curieux de savoir combien de temps tu vas résister au traitement qui t’est réservé.
Le bourreau la décrocha l’allongea sur une table dont une des extrémités était plus haute, il prit un pot plein d’eau et une corne servant d’entonnoir qu’il lui enfonça dans la gorge, il commença à la faire boire.
Au début, elle l’accepta avec joie, car elle souffrait d’une soif écorchante, elle n’avait rien bu depuis le milieu de la journée.
Mais lorsqu’elle vit qu’il essayait de la forcer à boire encore et encore, elle remua la tête, recracha la corne.
Il lui écarta les dents avec une paire de pinces de fer et on recommença à l’abreuver.
Bientôt son ventre commença à gronder terriblement à la manière d’une baudruche trop gonflée, sont ventre enflé gargouillait tel une outre qu’on aurait secouée dans tous les sens.
Elle éprouva une migraine lancinante, une peine suffocante mêlée de larmes, sa tête penchait vers le sol, l’eau regorgeait de sa bouche, l’étranglait et arrêtait sa respiration.
Cela dura une bonne heure.
Sous-elle une grande flaque de pisse et d’eau s’était formée, son bourreau y pataugeait, quand on lui retira l’entonnoir l’eau jaillit de sa gorge à gros bouillon durant presque une minute.
Elle reprenait bruyamment sa respiration entre deux hoquets.
Le prêtre s’approcha, lui fit respirer une poudre et pour elle tout se brouilla, elle entendit juste avant de sombrer l’archigalle dire qu’elle était prête.
Quand elle se réveilla sous des trombes d’eau glacées on lui avait recousu la bouche et elle était seule avec son bourreau.         
    - J’ai pas le droit de te baiser alors tu vas déguster ma salope… 
Il lui appliqua des aiguilles sur les parties de son corps qu’elle avait encore tendres, après quelques minutes sa peau se couvrit d’une centaine de marques rouges, son sang en fines lignes dégoulina lentement tout le long de son corps gouttant à ses pieds.
Après quoi il la jeta dans une sorte de casier de métal où elle dû rester à genoux jusqu’au lendemain sans boire bouche cousue.
Elle avait de nouveau grande soif, tout son corps lui faisait mal, elle n’était que plaies, plaies qui ne pouvaient pas hurler, dans cet état presque comateux des pensées vrillaient son esprit fiévreux comme un triste refrain :
Comment puis-je souffrir autant alors que je suis une si faible femme, je n’ai d’autres ennemis que la peur et l’affliction, ma géhenne est un hommage à notre seigneur Jésus et à Marie Madeleine première Papesse.
Mais cette offrande était bien trop lourde pour ses épaules.
Au matin il reprit mais sans pousser les choses aussi loin que la veille...
Elle était prête à tout signer pourvu qu’on cesse de la tourmenter, pourvu qu’on lui découse les lèvres et qu’on lui donne à boire et à manger.
Elle s’humilia devant le bourreau, devant l’archigalle, devant le Cakravartin.
Le grand prêtre fut déçu de n’avoir pas à utiliser la totalité de son art de la persuasion et des potions qui était grand, il était déçu de la lâcheté de Saavati, néanmoins il obtint d’en prendre possession pour son élevage de victimes.
Il avait un holocauste à préparer en l’honneur de sa divinité quelque chose qui se voulait exceptionnel.
Pour finir de se moquer d’elle et lui ôter tout espoir on lui révéla une partie de ce qui l’attendait et comment il avait été dit à son escorte Salamandrine qu’elle et Ba-Marcon s’étaient noyés quand leur barque s’était retournée.
Cette triste nouvelle avait été reçu sans l’ombre d’un soupçon par les siens qui s’en étaient retournés dans leur royaume.








Chapitre.18.     Honorius et Igfride le soir dans leur intimité.

Le soir arrivait, et comme souvent à son habitude, Honorius montait rapidement l’escalier dérobé qui le menait au dernier étage de ses appartements.
Il déboucha dans un étroit corridor éclairé de nombreuses lampes à huile qui donnaient à son ombre un aspect inquiétant.
Il marchait vite, et le claquement de ses semelles de cuire ce répandait en écho infini.
Le long couloir qui s’achevait sur une lourde porte de chêne massif clouté de nombreux renforts de métal bruni.
Il s’en approcha, et quand il fut devant le seuil il actionna le marteau selon un code bien précis.
La porte grinça sur ses gonds et s’ouvrit sur la salle de garde enfumée une vingtaine de prétoriens presque des arcanis, tous en armes le saluèrent spatha au clair il leurs rendit leurs salut et s’attarda un peu il aimait parler avec ses hommes qu’il préférait aux courtisans.
Il regrettait les camps de toile et les bivouacs, tout ce que Ser lui avait appris à aimer.
De grand stratège, il avait l’impression d’être devenu un besogneux gestionnaire.
Au fond de la pièce une autre porte de fer à double battant fut ouverte par deux gardes.
Enfin ses appartements.
Un dernier vestibule une dernière porte avec un judas.
Souvent il restait de longues minutes à épier sa belle captive, à chaque fois il avait l’impression d’être devant la cage trop petite d’un grand fauve.
Il tira le verrou.
Il entra dans un vaste séjour lumineux et confortable.
Les nombreuses fenêtres n’avaient pas de barreaux un escalier intérieur montait à une terrasse agrémenté d’un jardin luxuriant et d’un large bassin.
D’autres portes d’essences rares donnaient sur ce séjour confortable.
Il s’avança un peu et tapa dans ses mains, deux demoiselles de compagnie nues sous un voile de soie blanche s’écartèrent d’une jeune femme à la longue natte rousse, elles s’inclinèrent et sortirent à reculons.
Refermant doucement la porte derrière elles.
Honorius s’assit dans un fauteuil tendu de maroquinerie de crocodiles albinos, leurs regards se croisèrent.
Elle était debout devant lui, elle portait une longue jupe faite de deux pans de mousseline rouge fendue jusqu'à une ceinture large et dorée. À ses ourlets brodés d’or pendait une multitude de petites pièces qui tintaient à chacun de ces mouvements.
Son ventre qu’elle avait nue était souligné d’un diamant qui dans son nombril brillait de 1000 feux, un caraco largement échancré avait du mal à dissimuler sa belle poitrine.
Elle était couverte de bijoux de bracelets de collier et un diadème achevait de la parer.
    - Vous êtes fort belle, et toujours rebelle, mais n’oubliez pas que bientôt c’est l’anniversaire de mon triomphe, et des fêtes du printemps. Vous devrez remplir votre part du marché comme tous les ans.
    - L’empereur me punit en me laissant vivre, il me faut souffrir de vous, et souffrir de ma parole. Je me hais car asservie je vous respecte mon cher bourreau, et quel pénible fardeau, que de n’avoir rien à faire hormis d’attendre que vous veniez me tourmenter, et pire encore que d’espérer votre venue seigneur.
Je suis votre captive, votre otage dévouée.
    - N’exercez vous pas envers moi contrainte d’amour ? Et qui est le captif de qui ?
Vous commencez à m’estimer Madame, faites attention l’amour risque de suivre, demain vous aurez le devoir de remplir cet honneur, pour moi ce sera plaisir, et de grâce après l’acte point n’est besoin de vous repentir, car enfin cette étrange coutume n’est point de mon fait.
    - Croyez bien seigneur que j’en suis fort marie, en me capturant, en tuant mon époux vous avez conquit ma nation, possession vaut titre dites-vous.
Et je me dois à mes divinités et à mon peuple, j’aurais préféré mourir, vous auriez du m’exécuter, lors d’une de vos parades, mais votre esprit retors a su par ce marché étrange me tenir plus étroitement que si j’étais en geôle.
    - Alors Madame, pourquoi m’obligez-vous encore à vous tenir serrer en cette tours ?
    - Sur mon honneur de reine, mon peuple peut mourir, ma race peut-être anéantie, mais ma parole sera respectée. J’ai promis d’être votre otage, et de vous prendre pour maître et amant. Vous auriez dû m’exécuter vous dis-je. À défaut faire de moi votre esclave au moins me tenir enchaînée ma dignité en aurait moins souffert.
    - Vous jouez sur les mots. Vous êtes encore pleine de haine et de fiel et ce n’est pas ainsi que je vous aime.
    - C’est mon devoir de m’évader.
    - Vous avez toutes ce mot à la bouche, ce mot qu’on donne en pâture à la populace, le devoir c’est m’obéir, en tout et sur tout. 
    - Et mon honneur ?
    - Votre honneur c’est le respect de votre parole, c’est d’être ma concubine et si vous le voulez impératrice.
    - Vous voulez dire d’être votre catin, votre monnaie d’échange pour garantir la paix aux marches de l’Est.
    - Vous vous racontez des histoires Madame je vous propose la pourpre et vous me parlez d’une petite province, de quelques arpents de terre inculte. Votre peuple a été décimé comme champ de blé après moisson d’été.
Votre mémorable défaite était la bataille de trop.
Beaucoup de vos veuves ont dû épouser mes légionnaires, vous savez que sur mes deniers j’ai racheté tous les captifs et toutes les prisonnières, que je les ai affranchis.
D’ailleurs si vous consentiez à me suivre dans vos provinces, à ne pas vous sauver, vous vous rendriez compte que votre nation est devenue plus romaine encore que mes sujets.
Mais vous le savez déjà n’est ce pas puisque vous lisez mes dossiers, puisque je vous demande souvent conseil.
    - Alors pourquoi ? Pourquoi tout cela ?
    - C’est plutôt à moi de vous poser la question. À quel fantôme devez vous encore allégeance, ne croyez vous pas qu’il est temps de laisser les morts en paix. Pour moi vous le savez, cela fait 10 ans que je vous le répète. Avant même d’être empereur, quand je vous ai vu face aux Salamandrins et à mes légions, je vous ai désiré plus encore que les lauriers de la victoire.
Quand je vous ai vu charger. Vous défendre comme une lionne. J’ai tout fait pour vous capturer, et sans mon demi-frère vous m’auriez tué.
Mais je sais, j’ai commis l’irréparable, le soir même ivre de vin et de gloire alors que vous étiez enchaînée je suis arrivé trop tard, je vous ai laissé être violenter sur le cadavre de votre mari. Je n’ai rien pu faire pour sauvegarder votre honneur ni rendre tout le respect du a feu votre époux, ni retrouver votre enfant disparu.
    - Comme vous dites seigneur. Vous pouvez jouer à dieu me couvrir d’or et de bijoux mais vous ne pouvez me faire oublier ce qui m’a été fait.
    - C’est vérité que sans cesse vous me lancez, et vous aimeriez que vos mots soient autant de traits, mais ils ne font qu’attiser la passion que j’ai de vous.
    - Finissons là.  Je suis apprêtée mon seigneur, disposée à vous recevoir, qu’attendez-vous pour assouvir votre désir ? Que je vous le demande ?
    - Si fait, si fait, savez-vous qu’entre vos mains je me sens plus en sécurité qu’au sein du Sénat ? Passons à la salle d’eau j’ai envie que vous me donniez le bain avant que nous mangions, peut-être céderai vous enfin à mes débordements amoureux ?
    - Mon maître a commandé, j’obéis enfin presque. Dit-elle avec un léger sourire.
Ils traversèrent la pièce elle donnait sur une autre plus petite couverte de marbre bleu et de miroirs.
Au centre un bassin de jade fumait d’une eau très chaude et odorante.
Elle déshabilla Honorius et par la main elle le conduisit au bain. Elle se dévêtit aussitôt et le rejoignit.
Il aimait être là.
Se reposer yeux mi-clos.
Se sentir porté par cette eau presque bouillante et parfumée, en fait il aimait les plaisirs simples.
Il aimait aussi jouer avec le feu.
Il savait que bientôt sa prisonnière prendrait le plus affûté des rasoirs et elle s’appliquerait à couper sa barbe naissante, elle lui passerait la lame sur les joues et le cou sans savon comme c’était l’habitude parmi les romains, d’ailleurs beaucoup préféraient se faire épiler pour éviter les nombreuses coupures qui souvent gâchaient les visites chez le barbier.
Maintenant il jouissait du plaisir d’être à la merci de celle qui peut-être le haïssait le plus au monde.
Il aimait à sentir l’hésitation de la main qui sous sa gorge passait le rasoir.
Cet instant de délectation quand souvent il lui entendait dire : 
    - Un jour…
    - Oui un jour peut être, mais pour l’instant c’est de la glu toute pure que vos douces caresses et je m’y laisse prendre comme un petit oiseau.
    - Que nenni monsieur je vous vois plutôt comme Loki le corbeau.
Alors il offrait plus encore son cou comme une victime consentante, mais toujours la lame glissait avec la douceur d’un baiser de papillon.
    - Maintenant chère ange contez moi la suite de la Grande Histoire.
    - Où en étais-je ? À oui …Père Zeus qui tiens la foudre éclatante, je t'annoncerai ceci l'homme illustre est né qui commandera sur les Argiens. C'est Pollux, fils de Léda ton fils !
Il est de ta race, et il n'est pas digne de commander sur les Argiens.
Elle parla ainsi, et une douleur aiguë et profonde blessa le cœur de Zeus.
Et, saisissant Klytaimnestrè par ses tresses brillantes, il jura, par un inviolable serment, qu'elle ne reviendrait plus jamais dans l'Olympos et dans l'Ouranos étoile, Klytaimnestrè, qui égare tous les esprits.
Il parla ainsi, et, la faisant tournoyer, il la jeta, de l'Ouranos étoilé, au milieu des voyageurs des limbes.
Et c'est par elle qui gémissait, quand elle voyait son frère bien-aimé accablé de travaux sous le joug violent de Pollux.
Mais divin Empereur je vous conterai la suite demain car je sais que vous n’êtes pas en avance sur vos dossiers. 
Ils étaient maintenant nus sur un grand lit de cotonnades.
À genoux il se dirigea vers un tuyau de laiton fixé au mur.
Il le déboucha et cria des ordres.
Il se recoucha sur le dos.
Sa royale captive se leva et revêtit une longue tunique de lin aussi vaporeuse que la rosée d’un matin de printemps.
Elle lui tendit une tunique qu’il enfila.
Puis elle alla ouvrir la porte de bois précieux où déjà plusieurs jeunes filles nues attendaient.
    - Seigneur je nous ai fait préparer un repas. Vous ne craignez pas de me tenir compagnie ?
    - Je ne crains point ton repas, il me fait moins peur que vos tendres appas.
    - N’ayez crainte, je serais la première à vous empêcher de faire des folies. Si par hasard il vous en prenait l’envie. N’oubliez pas que je suis une combattante.
    - Ah ! Que vous êtes farouche ! Et je sais bien qu’il y a loin de votre bouche à la mienne aussi loin que de l'Hyperborée à votre couche.
    - Cela me regarde et c’est bien comme cela, et je sais ce que je fais.
À petits pas comme de petites souris elles entrèrent. Quatre d’entre elles allèrent vers un coffre richement décoré en sortirent des instruments de musique, trois autres portaient des plateaux couverts de mets, trois autres encore se placèrent au pied du lit.
Honorius pour son service n’utilisait que de jeunes nubiles le plus souvent possible elles devaient être nues.
Il avait peur des poignards et des poisons que l’on pouvait cacher parmi les plis d’un vêtement, beaucoup de ses prédécesseurs en avaient fait les frais.
On posa les plateaux sur des trépieds de bronze près du lit.
Igfride s’allongea aux côtés d’Honorius appuyé sur les coudes.
    - Près de moi cher cœur rebelle. Ne voyez vous pas que nous faisons un couple divin. Quand vous voudrez m’accorder vos faveurs, vous n’aurez qu’à le dire, je vous garantis que le contentement jamais ne manquera et seras commun.
    - Ce ne sera pas pour ce soir.   
    - Que craignez-vous madame ? De ne plus avoir assez d’amour à me dispenser pour demain ? Vous préférez avoir les prêtres pour témoins.     
Elle picorait des grains de raisins secs, les musiciennes jouaient les airs légers aux notes aigres, Honorius passant une main sous la tunique de sa femme il entreprit de s’insinuer entre ses cuisses, il sentait qu’elle les maintenait le plus serré possible. Il visait la vulve, mais c’était un âpre combat silencieux fait d’hésitations ; sur ses dieux et son honneur elle avait juré de ne jamais porter la main sur lui, de ne jamais lui faire du mal, aussi ne pouvait-t-elle d’un geste la lui retirer.
Il le savait, il savait aussi qu’il obtiendrait avec le temps ce qu’il voudrait  Ils étaient encore jeunes après tout.
    - Venez à moi mes souffrent désire, ce soir toutes trois vous allez me donner du plaisir chantez moi donc de belles chansons.
    - Vous voyez Madame je vous respecte autant que faire se peut et puisque vous me refusez votre intimité, souffrez que je me distraie avec vos sujettes, apprécié le geste, toutes trois sont rousses à votre image.
Il avait réussi à toucher d’un doigt la fente unique objet de son désir. Elle roula de côté s’éloignant de son geôlier.
Il ne minauda que timidement avec les jeunes filles car en vérité il aimait Igfride et ne faisait que fleurter distraitement devant les yeux indifférents d’Igfride.
Assis contre le mur il regardait sa concubine endormie, les jeunes filles maintenant s’amusaient, éparpillées sur les nombreux sofas elles ne partiraient qu’au matin avec lui, laissant Igfride entre les mains de ses caméristes et de ses coiffeuses.
Il était temps pour lui de travailler il déposa un baiser sur l’épaule de sa compagne toujours endormie ou feignant de l’être et se leva, un petit bureau l’attendait chargé de dossiers et de missives.
Il décacheta les rouleaux urgents et confidentiels ; il lut celui venant de Salamandragor et il rit heureux du résultat du tour qu’il avait joué à ce royaume hautain et à ce coquin de Subarnipal.
Puis il entama la lecture non moins sérieuse du dernier rapport de Ser sur les légions sous ses ordres. Ainsi que des réformes qu’il préconisait pour moderniser l’armée. Elles étaient nombreuses et pour certaines révolutionnaires.
Une chose était certaine s’il pouvait se targuer d’être un fin stratège, il savait que son demi frère était meilleur tacticien et que pour les légions il était l’âme même des armées.
Il ne doutait pas un seul instant du bien fondé de ses idées, n’avait il pas réformé avec succès les armées de Salamandra.
N’avait il pas en quelques mois réorganiser tout le système du limes des frontières du Nord et de l’Est.
Il commença donc à lire un des nombreux rouleaux, d’abord celui qui traitait des désertions.
Ainsi donc il avait presque mis un terme à ce mal endémique avec quelques mesures simples.
  « Salut à toi frère.
Salut à toi qui m’es inférieur en âge, mais supérieur pour les qualités de l’esprit.
Salut à toi mon frère qui par l’affection est presque mon fils.
Cela fait un an et six mois que sur ton ordre j’ai repris le commandement des marches du nord et de l’est.
La faim, a dit le sage, ramène les animaux féroces où ils ont une fois trouvé pâture. 
Aussi j’ai du à plusieurs reprises repousser des hordes de barbares venus du fin fond de l'Hyperborée chercher du butin dans nos provinces.
Tritonienne qui préside aux batailles m’a en sa sainte garde depuis tout ce temps, grâce à elle je suis resté maître du limes.
Comme tu le sais j'ai du réorganiser les 15 légions sous mon commandement et rétablir la discipline.
J’ai aussi et tu m’excuseras commandé de grands travaux sans prendre ton Auguste avis.
Je pense que tu avais d’autres taches plus importantes à accomplir.
Ce mois je pense relever de leurs fonctions les gouverneur Téobulus et Périantos ( à ce sujet il convient de les muter à des postes où leur incompétence ne puisse nuire à l’Empire. Je les vois bien faire partie de la conjuration. Il conviendra aussi de faire un audit sur leur fortune, pardonne ma vulgarité je pense qu'ils se sont gavés sur notre dos et ce qui est pire sur le dos de leurs administrés.)
Comme le disait si bien le comique Térence il faut méditer dans tous les cas sur les chances heureuses ou contraires car on a moins d’ardeur au début de l’entreprise si le projet n’a pas été mûri par la réflexion.
Aussi j’ai d’abord fait la chasse aux déserteurs, j’ai réussi à en rattraper plus de mille cinq cent ce qui équivaut tout de même à trois cohortes.
Mais au lieu de les exécuter pour l’exemple je les ai interrogés en essayant de comprendre leur désertion.
Ainsi je me suis rendu compte d’une chose, quand une légion reste trop longtemps en un même lieu des liens se créaient avec la population, alors lors des changements d’affectation bien des légionnaires qui ont charge de famille ( bien que cela leur soient interdit, mais un légionnaire reste avant tout un homme) se sauvent espérant ainsi être oubliés de leur hiérarchie.
Puis après un certain temps ils s’en retournent auprès des leurs.
De plus tous les soldats que j’ai interrogés trouvent les 25 ans de service bien trop long.
Pour les déserteurs j’ai remplacé la peine capitale par des corvées et des dégradations, puis je les ai cantonnés dans des nouvelles unités que j’ai nommé les limitanei j’y ai placé tous les soldats qui voulaient rester sur place.
J’ai cantonné les limitanei le long du limes dans des fortins aux pieds desquels j’ai autorisé la création de vicus.
La construction de ce type de fortification a l’effet positif escompté.
Cela sécurise la région, ce qui favorisa l’installation durable d’une population rurale.
La forteresse deviendra ainsi le cœur d’une « seigneurie » où l’on pourra nommer un commandant tout dévoué à notre cause et nous devant tout.
Ce type de cantonnement jouera à la fois un rôle défensif, tout en assumant aussi d’autres fonctions :
Centre administratif et économique, centre de stockage, centre de collecte des impôts et taxes, centre de contrôle des populations alentours et de recherche d’information des tribus nomades, des brigands, etc.
L'armée Dominienes est divisée maintenant en deux parties : le comitatus et les limitanei.
Le Comitatus est une armée de campagne constituée par les vétérans et les meilleurs des fantassins et des auxiliaires des troupes Dominienes.
Il est renforcé d'une puissante cavalerie qui aura pour but de supplanter au niveau tactique le corps des troupiers.
J’ai mis l’accent sur une cavalerie lourde équipée de longues lances appuyée par une cavalerie légère faite d’archers, de sabreurs, et de lanciers.
Ils convient donc de créer de nombreux haras.
Les fantassins sont avant tout des hommes surarmés et polyvalents. Je peux ajouter aussi qu'il s'agit d'une infanterie montée.
Ce corps d’armée est capable maintenant d'opérer les mouvements nécessaires pour repousser l'avance ou pour couper la retraite des armées barbares.
Son moral est bon et ils sont sur entraînés, du côté des limitanei les désertions ont quasiment disparues.
Les limitanei ont pour rôle de prévenir l’état major, de fixer l’ennemi, et de créer des poches de résistance.
Et même s’ils sont moins efficaces que le comitatus ils compensent cet handicape par la connaissance du terrain et la volonté de défendre leurs familles.
De-plus il convient d'étoffer la flotte fluviale 
Parmi les grands travaux que j’ai ordonnés il y a la création d’une véritable ville de garnison à Caestrum-Heltary, dans les semaines à venir j’irai inspecter l’avancement des dits travaux.
J’ai aussi commandé le creusement d’un canal afin d’éviter les gorges hurlantes qui sont préjudiciables au commerce et au développement des provinces du Nord et de l’Est.
J’ai comme je te l’ai écrit revu tout le système des limes.
Tu trouveras en annexe tous les plans des dits travaux ainsi que leurs coûts.
Saches que j’en ai payé les deux tiers avec une partie de ma fortune.
Je n’avais pas le temps d’attendre ton avis ou celui du sénat.
Je te demanderai aussi de recruter cent médecins de première classe, deux cents médecins de deuxième classe, cent apothicaires et deux cent chirurgiens. 
Il convient de doubler leurs soldes et de leur donner des grades honorifiques, des soldats biens portants c’est plus de soldats au combat.
Garm m'accompagne il a tant de choses à m'apprendre.     
Je te quitte ici car je prends la route de la garnison de la troisième légion où mon devoir m’appelle ainsi que la mise en place de mes dernières réformes.

Je me fais un plaisir d’accomplir mon devoir.

Hors ligne

#7 04-03-2018 19:55:29

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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.19.    Uglylegibier Jésus Ba-Marcon lac de Taciphrène.

« Cette nuit il faut que je m’évade ou que je me tue, servir de gibier, être écorché vif s’en est top pour moi. » pensait Uglylegibier.
Il était attaché pieds et poings liés la tête dans un sac, animal destiné à l’instruction des guerriers et des bourreaux finir comme trophée tel était sa destinée il faisait partie de la caste des gibiers de la sous classe des gladiateurs et du groupe des vélites.
Sur l’île de l’effroi où on l’avait lâché avec deux autres compagnons d’infortune pour les exercices du maître traqueur Jésus maître bourreau des hautes terres et son nouveau disciple.
Il avait été le dernier capturé pris dans le piège d’un filet alors qu’il tentait d’escalader le mur qui clôturait l’île.
Il n’avait aucune arme et il avait était savamment drogué, sinon il aurait vendu sa peau bien plus cher, mais tous n’était pas encore joué, il espérait bien mordre avant hallali, il ne serait pas dit qu’Uglylegibier serait un agneau.
    - Et le premier que vous avez pris qu’allez vous en faire maître ?
    - Il faut bien nourrir nos iotas et nous avons une commande du temple de Baal Amon les prêtres ont besoin de peau humaine pour la rédaction de leurs rouleaux sacrés. On a attrapé toute nos proies, par contre tu as trop abîmé la première il va falloir l’achever rapidement. Heureusement tu n’as pas touché à sa tête, cela fait partie des trophées. Quand tu en auras trente tu auras fini ton noviciat et tu seras alors apprenti de première classe, soixante de plus et tu seras aspirant bourreau. Tu sais cela peut être très rapide une petite révolte, une guerre ou une grosse commande pour un temple et tu as vite fait de monter les échelons et d’arrondir tes émoluments. tu vois tout et bon dans le bonhomme, on va le saigner comme cela on aura de quoi boire et faire la cérémonie. Je vais te montrer tu as encore beaucoup a apprendre regarde bien. D’abord tu vas leur retirer le sac qu’ils ont sur la tête, il faut qu’ils voient et qu’ils entendent, cela fait partie du rituel je préfère les écorcher quand ils ont la chaire de poule, la terreur a ceci de bon qu’elle raffermie la peau, et je trouve que cela fait un bon cuir ou plutôt un bon parchemin. Et j’aime faire mal c’est pour moi un plaisir ineffable, tu verras c’est presque aussi bon que baiser, dommage j’aurai du commander quelques femelles ça aurait été très amusant quelle joie voir leurs yeux affolés entendre leurs suppliques et leurs cris. Guetter cet instant ou la vie les quitte mais ce sera pour une autre fois.
    - C’est fais maître et maintenant, que dois je faire ?
    - Bien tu vois nous sommes au centre du cercle des mégalithes de pierres rouges, sur chaque pierre levée il y a des anneaux scellés alors tu les attaches entre chaque monolithe bras et jambes bien écartés fait attention ils sont encore dangereux. Attends je vais t’aider nous ne serons pas trop de deux.
    - Pourquoi ne pas demander de faire cela à nos esclaves ?
    - Ne jamais faire confiance à ces êtres de basse extraction tu devrais le savoir apprenti. Tu dois considérer que nous sommes des artistes, tuer c’est très facile, vraiment très facile, nous devons tuer en temps voulu quitte à prolonger l’agonie et ça c’est tout un art. Le musicien joue de son instrument, nous c’est la chaire humaine que l’on fait chanter     
    - Pourquoi m’avez-vous fait traquer Paponus maître, s’était un bon porteur.
    - Sang de Baal ! Pour deux raisons, d’abord il commençait à être vieux et surtout je l’ai surpris entrain de faire du feu, et tu sais que les esclaves n’ont pas le droit de faire cela. Quant aux iotas je ne t'en parle même pas.
Ne perd jamais de vue que dans nos régions les esclaves sont plus bas que les animaux. En plus il est de père et de mère serviles. Ce sont des bêtes de somme et seuls les hommes libres maîtrisent le feu. À la rigueur nos ilotes ont la permission de le conserver. Pour les iotas c'est pire ce sont des chiennes à qui nous limons les dents en pointes et que nous utilisons vraiment comme des bêtes.       
Une fois leurs captifs solidement enchaînés ils s’arrêtèrent et contemplèrent leur œuvre avec satisfaction.
Ils fir    ent un feu prés du tophet (Sanctuaire où l’on pratiquait des sacrifices humains) central à l’endroit où ils avaient monté leur campement.

Ba-Marcon avait nagé longuement au jugé dans la direction qui pour lui était celle de la berge.
Bien que Cimmérien il grelottait, l’eau du lac de Taciphrène était vraiment très froide surtout en cette saison de la débâcle des glaces du nord.
Au bout de ce qui lui sembla une éternité, il atteignit la rive.
Il resta là à nager, longeant la plage, cherchant un marécage, une forêt de joncs, un amas de troncs morts, un lieu où il pourrait se cacher.
Car quand le jour pointerait il serait visible et donc vulnérable.
Il trouva sa chance, une berge glaiseuse effondrée encombrée de troncs de bois morts, alors patiemment, avec son glaive il entreprit de se creuser une petite niche à fleure d’eau ou il pourrait se dissimuler.
À tâtons il accumula un grand nombre de débris autour de lui.
Pour l’instant juste survivre, se camoufler attendre et récupérer des forces.
Mais il pensait qu’il n’était pas qu’une âme chétive portant un cadavre, comme le disait si bien un philosophe fataliste.
Ba-Marcon n’était pas homme à rester à grelotter de froid ou de peur.
Aussi comme un ver blanc il sortit de sa gangue de glaise, il était avant tout un prédateur et la nuit était pour lui comme pour tous ses congénères la meilleur des alliées, l’épée au poing il allait reconnaître les environs.
Couvert de boue et à demi nu, avec seulement le blanc des yeux pour éclairer ce visage ordinairement laiteux, il avait des airs de Golem ( sorte d’automate à forme humaine que de saints rabbins avaient le pouvoir d’animer) sa longue silhouette nerveuse se déplaçait par bonds silencieux.
Il arriva sur une sente, il se maudit d’avoir abandonné ses bottes dans le lac, il n’avait plus l’habitude de marcher nus pieds et cela l’irritait de s’être à ce point civilisé, cette révélation le mit plus en rogne que d’être seul en territoire hostile.
Il se cogna contre un haut mur.
« Que faire ? L’escalader ? Le longer ? S’en éloigner ? D’abord quel type de mur était ce ? Était-il là pour empêcher d’entrer ou de sortir ? »
À priori il était là pour empêcher de sortir, car de son coté point de fossé, point de stimuli, point de chausse-trappes, point non plus de cervi et les arbres poussaient trop prés de la muraille.
Il la longea durant dix bonnes minutes, enfin il trouva ce qu’il cherchait... Un bel arbre dont les branches hautes passaient au-dessus de l’enceinte.
Il s’écorcha en l’escaladant, faillit tomber, se rattrapa de justesse, maudit tous les saints qu’il connaissait et enfin rampa sur une maîtresse branche.
Accroupi dos contre le tronc il commença vraiment à récupérer.
Il entrait en méditation se laissant pénétrer de l’esprit des lieux, tous ses sens en alerte n’étaient que le prolongement des ramures, il pouvait observer les alentours avec la même acuité que l’harfang des neiges, et même par cette nuit noire c’était pour lui chose aisée, là sur sa droite à un stade la lueur d’un feu de camps.
Et cette odeur, une odeur de viande grillée qui lui rappela sa faim.
Tant pis il se promit de jouer le tout pour le tout, il irait vers cette lueur qui l’appelait comme la flamme de la chandelle convie le papillon à la danse macabre.

    - Bien regarde bien comment on égorge une victime. Tu vois je pourrai prendre un couteau ou une lame fine, mais vois tu j’ai une autre technique plus propre mais beaucoup plus douloureuse et tu peux faire durer le plaisir. Je prends ce fil en soie d'araignée du Moggave que j’ai attaché à deux poignées, tu fais un seul tour autour du cou de ta proie et tu écartes les bras en tirant fort sans à coup et de façon continue.
Il s’interrompit et à l’oreille de sa victime il murmura :
    - Que tous les malheurs tombes sur toi, que nous allons manger, je te couperai la tête, je ferai rôtir ta chair, ainsi une dernière fois tu me contenteras.
Disant cela il mettait en application le geste à la parole.
Seul un filet de sang goutta le long du fil tendu. Il s’arrêta.
    - Tu vois il est mort et il ne sait même pas.
    - Mais Saigneur Jésus il vit encore, je le vois bien. Seul quelques gouttes de sang sont tombées !
    - À jeunot, par les couilles du Minotaure, regarde et prends-en de la graine.
Il saisit les cheveux du supplicier et tira la tête en arrière, alors au niveau du cou cela bailla comme une bouche que l’on aurait grande ouverte et à gros bouillon des flots de sang en jaillirent.
Le prisonnier tressaillit, s’agita, et s’affaissa mort retenu par ses liens tout ceci sans un cri peut être un grognement peut être parce qu’on lui avait coupé la langue.
    - Tu vois si j’avais voulu faire durer le supplice je n’aurai pas tiré sur ses cheveux. Alors il serait mort plus lentement son sang aurait rempli ses poumons et il serait mort étouffé noyé tout doucement. Regarde bien apprenti, sa tête ne tient plus que par les vertèbres que mon fil a largement entaillé. Tu peux t’amuser à lui faire faire un tour complet, pense que tu seras un maître bourreau quant tu pourras faire cela tout en le maintenant en vie. Bon maintenant il fait faim. Tu l’écorcheras je verrai si tu as bien retenu mes leçons.
Il se tut et siffla aussitôt une iota sortit de la pénombre.
Le bourreau fit un signe et elle alla prendre dans les bagages une petite hache pour finir de couper la tête.
Deux coups suffirent pour quelle tombe à ses pieds.
Il la ramassa, il fallait qu’il la prépare, qu’il la momifie pour son trophée, une de plus, une parmi les centaines qu’il possédait déjà, il voulait en faire comme c’est la coutume dans son clan une pyramide que l’on érigerait sur le tertre de son tombeau, cela assoirait sa gloire posthume.
Cela lui garantirait un bonheur éternel, la possibilité d’être un grand tourmenteur au sein des enfers.
Mais tout d’abord il devait s’occuper du cadavre.
L’apprenti avec un fin couteau incisa la peau sur le profil et des deux cotés.
Il changea pour un fort coutelas, lequel lui servit à pratiquer une large et profonde coupure aux talons d’Achille. À cet endroit il passa sous la peau deux doigts de chacune de ses mains et dans un mouvement rapide sans hésitation remonta, retournant et décollant la peau du dos.
    - C’est bien, tu peux arrêter, de toute façon c’est une peau d’esclave les prêtres n’en voudront pas, je voulais simplement vérifier tes capacités, les deux autres prisonniers sont des gladiateurs leurs peaux sont plus dignes à être utilisés par les prêtres.
    - Bien maître, que dois-je faire de cette peau ?
    - Ce que tu veux, pour les deux autres, c’est à vif qu’il faudra opérer, et ce sera demain au lever du soleil. Puis après une pause il reprit : Vous autres venez vous occuper de votre bouffe !
À ces mots quatre femelles s’approchèrent du corps.
Elles coupèrent les liens qui retenaient le supplicié, s’en emparèrent, le traînèrent auprès du feu, l’y jetèrent un instant puis elles lui grattèrent ce qui lui restait de peau, l’une d’elles lui enfonça un bâton dans le cul pour que rien ne s’en échappe.
L’apprenti prit une hache et coupa les quatre membres que l’on mit de coté pour plus tard les fumer.
On ouvrit par le ventre ce qui avait était un homme et les quatre femmes prirent les entrailles, les mirent à cuire pour en préparer une espèce de bouillon qu’elles se partagèrent bruyamment.
    - Tu vois je ne donne à mes iotas que de la chair humaine, c’est pour moi une économie non négligeable. Comme moi tu seras fonctionnaire et au lieu que ta solde passe à les nourrir pense que tu as à ta disposition quantité de corps et en plus pas de fosses à creuser.
    - Mais maître elles acceptent facilement d’être cannibales ?
    - Bien sûr je les prends petites ; elles ne connaissent que cette viande et je suis certain qu’ils n’en veulent point d’autre. Je crois même que c'est dans leur nature. Regarde comme elles ont l’air contentes, dommage, elles ne peuvent rien te dire, je les ai fait piquer, tu sais on leur enfonce une aiguille dans le crane et dans ce trou on vers une potion cela leur ôte la parole et cela les rend plus dociles. C’est assez que nos femmes jacassent, je ne vais pas en plus me faire cassé les oreilles par des riens du tout, de toute façon elles n’ont rien à dire juste à exécuter mes ordres. Imagine le temps gagné, pas de bavardage pas de sédition. Je te conseille d’en faire autant, en même temps cela te forme. Le nombre de langues médisantes que j’ai dut tranchées parce qu’elles avaient manquées de respect à notre grand roi, que les dieux le protègent en leurs saintes gardes ; je ne les compte plus. Tu vois nous formons une caste à part nous ne pouvons pas permettre que des bruits courent dans notre dos. La au moins pas de risque.
    - Vos paroles sont sages, j’en ferais mon miel. Quand les piquez-vous ?
    - Vers dix ans. Trop tôt ça les rend crétins. En cela je suis les très saints préceptes de notre divin Subarnipal grand Cakravartin. D’ailleurs tous les esclaves des mines n’ont-ils pas la langue tranchée ainsi que tous ses galériens qui en plus ont les yeux crevés. Depuis il y a beaucoup moins de révoltes serviles.
Leurs entretient prit fin quand Ba-Marcon surgissant de nul part comme le diable marmoréen qu’il était hurlant à la nuit, l’épée à la main fit voler deux têtes dans l’obscurité.
Personne ne prit la peine de les chercher.
Elles allèrent rouler près d’une fourmilière pour laquelle se fut un don du ciel, bientôt il ne resterait rien de ces macabres collectionneurs de têtes.
Pas même leurs corps qui seraient dévorés par les iotas.
Quand quelques jours plus tard des soldats abordèrent l’îlot ils ne trouvèrent rien hormis quelques esclaves atteints d’indigestion et sans maître.
Et comment faire parler ces être muets et à moitié débiles, n’avaient-ils pas les serviteurs qu’ils méritaient.   
Ba-Marcon ne s’était pas éternisé et avec ses nouveaux compagnons ils avaient fui bien vite prenant la horeia (barque) des bourreaux, ramant tout le restant de la nuit et se cachant tout le jour à couvert de berges touffues.
Ils avaient laissés les cannibales à leur festin.
Nicéphore qui était l’autre survivant connaissait bien la région il leur servirait de guide et d’un commun d’accord ils prirent la direction de l'Hyperborée, là où on ne les chercherait pas.
Et de là ils pourraient espérer gagner l’empire allié de Domina.





Chapitre.20.     Ser et Garm arrivent à la troisième légion.

L'aube rosissait l'orient lorsqu'ils arrivèrent en vue d'une citadelle battit voici des siècles sur les bord d'un des nombreux lacs des marches du Nord, à cheval Ser et Garm devisaient côte à côte, ils passaient l'arche principale de la porta principalis dextra de la troisième légions il faudrait bien donner un vrai nom à ce fort qui accueillez une grande partie des légions du nord.
Ils prirent donc la via Quintana parallèle à la via principalis.
Ils traversèrent avec leurs montures le forum qui jouxtait le praetorium, cette grande bâtisse forte en pierres taillées avait des airs de donjon.
Haute de six étages, elle était flanquée à chaque coin d'une grosse tour carré.
La place d'armes était cernée des quartiers des quatre cohortes des troupes d'élite.
C'était jour de la distribution de la paille de couchage, dans un coin un immense brasier brûlait la paille usagée, alors qu'à l'autre bout une longue queue de légionnaires remplaçaient leurs paillasses avec du foin sec est propre.
Ils durent se baisser pour passer sous le porche du praetorium car la herse était à demi baissée, dans la cour pavée ils démontèrent.
Là Nestorius Labrulbergen les attendait avec quelques légionnaires.
    - Alors Nestorius ! Quel effet cela te fait il d'être le nouveau préfet de légions tu as réfléchi à ma proposition ?
    - Votre confiance m'honore Res Ser. Mais naguère j'étais votre ennemi, je suis le premier surpris de ce retour en grâce surtout pour un poste aussi important.
    - Tu as été un ennemi brave, honorable et compétent, il faut savoir tirer un trait sur le passé, j'espère seulement que seras aussi loyal avec nous que tu l'as été jadis avec nos ennemis.
    - Merci Res Ser. J'ai des informations en ce qui concerne le vol de la solde. Allons au poste de commandement.
    - Nous te suivons.
C'est dans une grande salle du premier étage aux embrasures, étroites, hautes et profondes qu’ils entrèrent accueillis par la chaleur du feu de la grande cheminée.
Les murs étaient tendus de tapisseries de laine épaisse, sur les tapis d'un sombre jaune, des aigles rouges aux ailes déployées dardaient leurs langues ainsi que des flammes.
Le plafond coloré de bleu, était semé d'étoiles d'or comme un firmament hyperboréen.
Tout autour, le long des murs, s'adossait un banc recouvert d'une lourde draperie de velours pourpre.
À la voûte en corbeille pendait un lustre de bronze à plusieurs dizaines de becs.
Dans la haute cheminée néo Bactrienne flambaient d'énormes bûches.
Devant le feu, on avait poussé une large bancelle à dossier couverte de coussins.
Au milieu de cette pièce une mensae delphicae, (une table à trois pieds) recouverte d’un plateau de marbre était surchargée de rouleaux.
Le préfet Nestorius était un homme mûr unique rejeton d'un prince d'Hyperborée et d'une riche patricienne.
Il devait à son père barbare sa haute stature, sa ferme musculature. À sa mère il devait son profil Dominien.
Son teint était mâtiné par ses nombreuses campagnes sur les hauts plateaux.
Ses yeux, d'un bleu un peu voilés presque délavés, se révélaient par de soudains éclairs.
Ses cheveux rasés de près lui faisaient comme une calotte grise.
Il semblait être né pour être chef de clan, d'une tribu barbare, ou d'une armée de ravageurs ce qu'il avait jadis été.
Mais les origines de sa naissance avait donné de la noblesse à ses gestes, à ses dires.
Ser sans hésitation, bien des années plus-tôt malgré les haut cris du sénat l'avait sorti d'un cul de basse fosse ou il moisissait, il l'avait depuis peu choisi pour remplacer le préfet des légions Téobulus et le gouverneur Périantos le vol de la solde des légionnaires n'avait fait qu'accélérer cette nomination, il l'avait choisi pour le rang de sa famille qui était élevé, pour sa science militaire dont il avait fait les frais, pour sa rudesse qui plaisait aux soldats, pour la franchise de sa parole, la droiture de son esprit et parce qu'il avait été un vaillant adversaire admiré et obéi par une grande partie des populations des marches du Nord.
Nestorius avait le cœur vif et la fougue de son sang l'inquiétait parfois ; la furia hyperboréenne sans doute, aussi se surveillait-il car il se connaissait bien.
Il leva la tête et sa voix emplit à nouveau tout l’espace.
    - Nous avons pris un complice de cette bande de renégats, j'ai du prendre sur moi pour ne pas l'écorcher tout vif séance tenante. De plus il a beaucoup de choses à vous conter, des faits graves et concordants avec d'autres sources.
    - C'est bien, je me chargerai de le faire chanter. Il n'est peut-être pas trop tard pour prendre la bande au collet. Après on le mettra en cage avant de l'envoyer à ton frère qui décidera de son sort. Avait dit Garm.
    -Tu as raison Garm fait comme il te semble bon. Nestorius tu m'as parlé d'un fort abandonné de l'autre côté du lac d’après ce que tu mas dit, il pourrait servir de verrou à l'une des principale gorge qui débouche sur les steppes du nord-est.
    - C'est exact j'ai fait faire un relevé sur site ainsi que des plans des ruines. De l'autre côté du lac il y a un hameau qui ne nous est pas hostile, mais par précaution j'ai fait construire une tour à signaux j'y ai laissé en cantonnement deux décuries.
    - C'est très bien, oui tu as bien fait, je pense que je vais y aller dans la semaine histoire de me rendre compte par moi même. Tu me donneras un guide.
    - Tu ne veux pas une escorte ?
Garm et Ser se regardèrent et se mirent à rire d'un rire fort et franc.
    - Cher Nestorius tu ne nous connais pas encore assez bien, mais tu apprendras. Sache que Garm a aussi pour nom la mort qui marche et que dans certaines parties du monde on me nomme la griffe.
    - Ainsi donc, j'ai devant moi deux des plus féroces hors la loi de l'empire. Comment est-ce possible ?
    - Et toi tu te retrouves Préfet de légions et gouverneur des marches du Nord. Cela ne te semble-t-il pas plus étrange ?
    - Si fait nous vivons des temps bien étranges, ma reine vit avec ton frère, qui l'aurait cru ? J'ai bien réfléchi à ta proposition je l'accepte en partie, la moitié de ma tribu quittera l'Hyperborée et viendra ici prés du fort. À ce sujet je voudrai que le fort porte le nom de ma mère et les alentours celui de mon père.
    - je n'y vois aucune objection, ainsi donc nous sommes au fort de Belledame dans le province de Gunterland. Que cela soit gravé dans le marbre.
    - C'est bien joli tout ça mais j'ai à tirer les vers du nez de ton prisonnier fais moi conduire à sa cellule. Demanda Garm.
Sur un geste un légionnaire s'avança et précéda Garm pour le guider.
Quand il quitta la pièce Nestorius demanda.
    - Ainsi c'est lui Garm le Hors la loi... est-ce vrai tout ce que l'on dit de lui ?
    - En vérité la légende est au dessous, bien au dessous de la réalité.
    - Mais on dit qu'il a plus de cinq cents ans...
    - Je sais, pour ma part je pense qu'il est encore plus vieux, qu'il n'est pas même de notre terre. Parfois il me parle de choses étranges d'hommes volants, de machines aux cerveaux plus puissants que celui de l'homme. Tiens par exemple connais tu la circonférence de notre terre ? Connais tu la distance entre nous et notre soleil ?
    - Ma foi non, je n'y ai même jamais songé. On dit aussi qu'il est immensément riche, qu'il pourrait acheter l'Empire s'il le voulait...
    - C'est exacte, une fois quand j'étais plus jeune il m'a conduit à l'une de ses caches, c'était plutôt un palais souterrain et bien j'y ai vu des montagnes d'or et de joyaux, des machines étranges. Te dire pourquoi il nous a pris sous sa protection mon frère et moi... je ne puis te le dire. Tout ce que je sais, c'est qu'il s'ennuyait, et qu'il a des projets, et qu'il ne vaut mieux pas le contrarier, seul notre maître d'armes peu soutenir un de ses assauts. Il semble comme exilé sur notre terre, je sais aussi qu'il n'est pas le seul de son espèce.
    - C'est bien étrange, cinq cents ans tout de même... il a du en voir des choses... chez nous on l'appelle Garmr le Hurleur et comme tu le dit il vit dans une caverne où il garde les morts.
    - Je sais tout cela, et c'est vrai dans cette immense caverne j'y ai vu des milliers de cocons dans lesquels il semblait y avoir des humains, ils semblaient comme endormis.
    - Et tu lui a posé des questions à ce sujet ?
    - Bien évidemment, mais il m'a simplement dit que je n'étais pas encore prêt à savoir. Et on ne tient pas tête à un presque Dieu. Même si les prédictions parlent de fin du monde.   
    - Oui de lui et de les siens je sais ce que disent les prédictions... Ils prennent la vie des mourants et se nourrissent de la chair des cadavres. À la fin des temps, ils avaleront les lunes et le soleil, et aspergeront le ciel et le trône des dieux de sang... ils dévoreront les astres, se gorgeront de la chair des hommes promis à la mort, et disperseront leur sang dans tout l'univers. Alors dans les étés qui suivront, le soleil sera voilé de noir et les vents se déchaîneront en affreuses tempêtes. Répéta t-il  Et bien ce n'est pas tout ça, je vais te faire conduire à tes appartements. Votre route à du être longue.
    - Merci Préfet, nous nous retrouvons pour le souper ?
    - Oui je vais organiser un banquet avec tout les officiers. Un banquet qui vous fera honneur à toi et à ton ami.

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#8 05-03-2018 12:02:15

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.21.     Salamandra.

Dans la citadelle qui tenait lieu de palais Salamandra faisait les cents pas, elle avait quitté ses longues robes de soie pour le camail et le haubert, elle venait de poser son casque sur l’assise de son trône.
Et le mégaron résonnait encore de son pas ferme. 
L’homme entre deux âges immobile, en armure et un genou à terre attendait les ordres de sa reine qu’il connaissait si bien.
Elle était orgueilleuse et elle n’était pas offensée des hommages adressés à ses charmes et l’on ne comptait plus le nombre des amants qu’on lui supposait ; l’arrogante suffisance des Papesses était passée dans son cœur.
Son gouvernement était absolu mais son amour du royaume était sincère, c’était une grande reine, une grande papesse infatigable qui savait pourtant bien s’entourer.
Elle était généreuse pour ceux qui méritaient sa confiance terrible pour les autres.
Excellente combattante cavalière émérite elle était à la fois farouche et réfléchie durant ses campagnes.
Pourtant son peu de diplomatie et l’assurance qu’elle avait en son pouvoir avait froissé tant de monde qu’une opposition commençait de naître à son encontre.   
Elle se croyait d’essence presque divine et avait toutes les susceptibilité d’une femme née sur un trône et dont le nom se mêlait avec celui du royaume.                                                                                                                                                                                                                                                               
    - Les Venasques ont pris les armes votre sainteté, ils marchent sur la province de Salamandine. Ils ont franchi l’Oronthe. Ces chiens ont refusé les propositions de l’Ecclésiaste. Dit Clodomir d’une voix ferme.
    - C’est tout ce que tu as à m’annoncer ? J’en suis contente, presque contente, nous allons pouvoir les exterminer une fois pour toute, et nous allons ainsi assainir nos rangs. Clodomir tu feras un escadron avec tous les chevaliers et barons dont nous ne sommes pas sûrs. Tu les enverras en première ligne afin qu’ils ralentissent les Venasques. Par sainte Sarah s’il pouvait se détruire l’un l’autre !
    - Il en sera fait selon votre volonté. C’est dieu qui parle par votre bouche altesse.
    - On dit qu’ils ont un général qui peut nous embarrasser.
On dit aussi que Subarnipal y est pour quelque chose dans cette guerre.
Il leur a dépêché deux myriades de mercenaires.
C’est peut-être symbolique mais c’est quand même de la cavalerie lourde. Malheureusement pour nous depuis la disparition de Ba-Marcon les cimmériens sont plus que distants déjà qu’ils sont de mauvais croyants… J’ai eu toutes les peines du monde à calmer son père il m’accusait presque de l’avoir envoyé dans un traquenard.
    - Nous avions pourtant la promesse de Subarnipal… C’est bien le vrai fils de son père. 
    - C‘est vrai que les Venasques sont riches, leur déclaration de guerre est peut-être une aubaine après tout. Retire-toi j’ai besoin de réfléchir. Elle pensa : « Ser pourquoi t’ai-je banni ? J’ai tant besoin de toi en ce jour. » Elle attendit un peu et décida de quitter la salle du trône.
Elle franchit les lourdes portes, dans le couloir Clodomir gisait dans une flaque de sang. 
    - Qu’est-ce ? S’écria-t-elle. A l’assassin au meurtre !
Mais point de gardes pour venir la secourir ; personne.
Elle redit :
    - Qu’est-ce ceci par la première Papesse ?
Elle entendit de l’autre bout du couloir :
    - Un coup d’état madame et vous êtes notre prisonnière.
Elle dégaina son épée.
    - Pas de cela Papesse nous tenons votre enfant.
    - Vous ma sœur !
    - Oui et j’ai trop attendu ce moment vous n’êtes pas, vous n’êtes plus digne de nous gouverner. La grande inquisition suppléera vos manques.
Salamandra blanchit, blêmit et laissa tomber son épée qui résonna sinistrement sur les dalles en un écho sans fin.
Des chevaliers rouges de la sainte ligue de la croix de feu étaient sortis de l’ombre et encadraient Salamandine l’escortant et la protégeant.
    - Madame si vous voulez bien nous suivre nous vous conduisons à vos appartements.
Salamandra les suivit et au grès des couloirs et des vestibules elle vit les nombreux cadavres de ses gardes qui tantôt avaient la gorge tranchée tantôt un couteau planté.
La traîtrise avait payé.
Salamandra en rageait de s'être fait prendre de vitesse, elle avait trop attendu, elle n’avait pas voulu écouter Ser et maintenant elle en payait le prix fort.
On l’enferma elle réclama son fils qu’on lui donna.
Heureusement ils n’avaient pas encore visité sa chambre elle s’y précipita et s’y enferma elle écrivit de minuscules missives qu’elle attacha aux pattes des pigeons qui dans une cage d’osier espéraient la liberté qu’elle venait de perdre.
Pour ne pas attirer l’attention elle les libéra l’un après l’autre, le soir qui s’avançait serait pour eux la meilleur des protections.
Quand elle eut fini elle alla à son prie-Dieu et se recueillit, son fils dormait, et nul n’aurait pu croire que son destin était suspendu aux vols hâtifs de quelques pigeons amoureux.

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#9 07-03-2018 21:11:52

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.22.     Ba-Marcon, Ugly, Nicéphore, la traversée du désert.

Ils venaient de quitter l’abri des futaies aux bouleaux argentés, leurs feuilles tremblantes s’agitaient comme des milliers de papillons.
Leurs chevaux marchaient de front, et le vent frais de la steppe les saisit par surprise, bourrasques de givre crachées à leurs visages.
Devant eux, s’étendait à perte de vue une prairie d’herbe verte, presque bleue, qu’un vent teigneux couchait puis redressait. Il peignait et repeignait le paysage jusqu’au lointain horizon légèrement vallonné.
Après leur lente chevauchée à travers les forêts aux troncs étroits, frileusement serrés les uns contre les autres, après le temps perdu à contourner les maints obstacles, les chablis qui parsemaient les layons bourbeux qu’ils suivaient difficilement depuis plusieurs jours. Un horizon dégagé s’ouvrait devant eux, c'était comme une délivrance, il n'y avait que quelques collines, et de loin en loin, des bouquets d’arbustes rabougris pour limiter la vue sur l'infini.
Ils firent galoper leurs chevaux, leurs sabots soulevèrent quantité de mottes de terre qui retombaient dans un bruit mate, ainsi ils entrèrent dans cette contrée sauvage, presque déserte, et vallonné, dans ce territoire venteux, où ils caracolèrent toute la journée, toute la nuit sous deux froides lunes d’argent, toujours ils se dirigeaient vers Hérate-La-Rouge.
Ils recherchaient l’ancienne route des Colchis, ou le fleuve Amiriu-Dahya qui marque la frontière entre la Siggdiane et le Naburrestan.
Quand ils trouvèrent la piste, ils y relevèrent les nombreuses traces fraîches de sabots ferrés.
La crainte des patrouilles les fit quitter le grand chemin, pour se diriger alors vers les cairns de Belikh, et de là, ils obliquèrent vers Kaileof, autre lieu, où l’on passe ordinairement le fleuve en bac, pour reprendre la route vers Hérate-La-Rouge.
Ils durent se cacher à l’abri d’un bouquet d’arbres, plus bas près du bac, ils reconnurent un escadrons de cavalerie de Subarnipal qui semblait monter la garde.
Ils firent donc un long détour à la recherche d’un gué.
Ils voyagèrent toujours à l'ouest, longeant le fleuve, désespérant de trouver un passage.
Enfin au milieu de la troisième journée, ils trouvèrent alors qu’ils remontaient le cours de l’Amiriu-Dahya un lieu où passer.
Le fleuve très large à cet endroit approchait les deux lieux, si bien que jusqu'à l'horizon ce n'était qu'une abondance de bancs de sable, de graviers, de galets ou de bras d'eau argentés à la course rapide, ils étaient peu profonds mais glacials. Avec beaucoup de précautions, ils franchirent les multiples bras du fleuve. De l’autre coté, la steppe était à nue, c'était un désert à la végétation rase.
Ils trottèrent sur une vaste étendue argilo-sablonneuse, ils la foulèrent durant plusieurs lieux, puis celle-ci fit place à une couche lisse d'argile jaune rougeâtre plantée de petites fleurs bleues, ils avaient l’impression de traverser le fond d'une mare ancienne toute craquelée de grandes dalles hexagonales.
Au point du jour ils firent halte, ils virent qu’ils avaient encore à attendre, là bas, à l’orée du grand désert du Naburrestan, là bas, au loin, s’élevait une colonne de poussière, ce pouvait être soit une caravane soit une bande armée.
Dans le doute, ils attendirent d’être renseignés. Les chevaux au repos, ils s'étaient emmitouflés dans des peaux, cachés derrière un des nombreux tumulus oubliés, ils patientaient dans le froid sec de cette contrée qui donnait à leur habits des airs de cartons.
La plaine immense d’herbe rase, pareille à un océan houleux, les entourait de toutes parts.
Derrière eux, les montagnes de la Scie des Géants avaient entièrement disparues au-dessous de l'horizon dans un halo d’abord bleuté, puis rosé.
On apercevait au loin, ça et là, quelques khirgahs qui sont des tentes rondes, demeures des nomades Naburmans.
Ils se remirent en marche, firent halte près d'une de ces yourtes, et Nicéphore qui connaissait un peu la région ainsi que la langue servit d’interprète, il demanda l’hospitalité des voyageurs.
Les habitants étaient en petit nombre, au premier aspect, un étranger leur aurait trouvé l'air farouche et terrible, un second regard aurait confirmé le premier. Ils étaient tous coiffés de grands bonnets de peau de mouton, de vestes en peau retournées, les Naburmans se promenaient fièrement autour d’eux, mais ils ne les inquiétèrent pas.
Alors ils dressèrent leur camp, montèrent leur petite tente en cuir de yak huilée et autour d’un feu fait de briques de bouse qui fumait beaucoup, ils virent au loin une colonne de poussière.
Nicéphore expliqua à ses deux compagnons que pour traverser cette vaste étendue, le voyage, selon qu'on se hâte plus ou moins, durerait quatre ou cinq semaines. Un abominable voyage en perspective. Ils devraient traverser de part en part le Gouressou-Gadzir (contrée des fauves). Nicéphore disait que les charrettes usitées dans le nord du Naburrestan pour de tel voyages, ainsi qu’à l'intérieur de cette vaste steppe, étaient grandes, sans ressorts, ni lames sur les essieux, qu'elles étaient semblables à de gros fûts qu’on aurait mit sur des berceaux pourvus de six, quatre, ou deux grandes roues ferrées de clous à tètes plates. La forme des chariots permettait de mieux résister au vent et aux intempéries, en outre un plancher à presque mi-hauteur permettait de stocker toutes sortes de choses dans cette soute bien protégée.
Que les routes du Cairns de Belikh au gué de Kaileof, puis celles allant vers Hérate-La-Rouge, étaient peu, ou point frayées, ouvertes au gré des passages des charretiers, des troupeaux, ou des caravanes, elles étaient pleines d'ornières, de fondrières, et de pièges de toutes sortes.
Les chariots étaient traînées par des mulets, des chevaux des steppes, ou plus souvent par des kurts, ils n’allaient dans de tels chemins que de cahots en cahots, de soubresauts en secousses.
Dedans, on était tout le temps jeté de droite et de gauche contre les parois de la charrette, soulevé d'en bas, poussé en avant, tiré en arrière, de telle sorte que s’il y eut coulé dans vos veines du lait, à la fin de la journée ce serait du beurre !
Et pour peu que l'on roula sur un tronçon caillouteux, alors on se sentait ébranlé jusque dans la moelle des os, claquant des dents, et bégayant comme si l'on eut eu la fièvre, on finissait par avoir tout à l'envers, la tète, le cœur, l'estomac, on vomissait tout ce qu’on avait mangé, et tout ce qu’on aurait pu manger. Être passager était la plus abominable des tortures qui durait tout le long du voyage. Il fallait aussi compter avec les nombreux retards, les caravanes étaient toujours retardées par toutes sortes d'incidents, des essieux rompus, des charrettes renversées, des embuscades de pillards venus souvent de Scythy, ou des attaques de meutes de loups.
Mais parfois on pouvait emprunter une des antiques voies de communications qui étaient très-larges, sans pavés d'aucune sorte, mais d’une sorte de ciment gris, on y trouvait peu d'ornières, on pouvait aussi longer une des lignes abandonnées de la Guilde, dans les deux cas on était sûr de trouver qui un puits, qui un caravansérail en encore bon état.  Lorsqu’on prenait les autre pistes, on était sûr que les ornières, jamais au grand jamais n’étaient comblées, les fondrières de ces routes, avaient la même boue quand il pleuvait, la même poussière quand il faisait sec et que le vent se levait. Aussi les charrettes s'enfonçaient dans la boue ou bien, selon le temps qu'il faisait, soulevaient des nuages de poussière.
Lorsqu’on s’approchait d’un ksar ou d'un caravansérail, on voyait circuler une foule de gens allant à cheval, un grand nombre de chariots, de longues files de chameaux, de kurts, ou de yaks qui portaient toutes sortes de marchandises, les caravanes d'esclaves étaient plus rares.
Dans les auberges des steppes de l’Hyperborée, du Naburrestan ou du Gouressou-Gadzir le voyageur désargenté ne trouvait rien d’autre que le toit d'une des granges et de hauts murs pour s'abriter, aussi fallait-il apporter, le couchage, les vivres, ou de quoi payer.
Là bas, la colonne de poussière se dirigea vers l’est, ils ne surent jamais si c’était une caravane, une troupe armée ou un troupeau.
Traverser cette steppe sans être accompagnés aurait été une folie, il fallait se résoudre à attendre le passage d'une caravane que Nicéphore augurerait comme sure.
Pour patienter, ils se rendirent utiles en accompagnant les Naburmans qui regroupaient leurs troupeaux de moutons, de chevaux et de chameaux qui paissaient en toute liberté.
Un soir, les chiens jaunes, fidèles gardiens du camp, signalèrent furieusement l'approche d’une dizaine de rôdeurs Scythys que les feux du campement avaient sans doute attirés.
La quarantaine d’hommes qui peuplaient les yourtes étaient sortis et les attendaient une main à porté d’arme alors que les femmes étaient restées sous les khirgahs silencieuses mais armées.
Les cavaliers, équipés de kontos, s'arrêtent quelques instants, et sans descendre de leurs montures, demandèrent des nouvelles d'un chameau qui dirent t-ils c’était égaré, et qu'ils avaient perdu dans la journée, après l'avoir acheté à des Naburmans, près du puits de Mizilug-Djabalaga.
Nicéphore, après qu'ils furent partis silencieusement sous les aboiements, opina de la tête, et dit à ses amis que les Scythys n’avaient encore rien acheté, et qu'ils achetaient d'ordinaire leurs chameaux « sans bourses déliées».
Deux jours passèrent, alors qu’ils chevauchaient en compagnie des cavaliers des steppes, ils virent de la fumée qui montait d’une khirgah isolée près d’un arbre fourchu, ils pressèrent leurs chevaux qui furent bien vite au galop, ils arrivèrent à un campement en feu.
Une jeune fille gisait là, dénudée, elle avait été violée, et tuée par une bande de pillard.
Les traces étaient encore fraîches, quelques hommes restèrent prés de la khirgah pour rechercher des survivants.
Ba-Marcon, Ugly et Nicéphore, partirent avec les poursuivants.
Ils rattrapèrent la horde sauvage, la nuit était tombée la petite lune était pleine.
Leurs compagnons pour des raisons de superstition n’attaquaient jamais la nuit de la pleine lune minore. Ce qui ne découragea pas le trio. Ba-Marcon partit en tête et commença le massacre. On entendit des hurlements effroyables, comme seul savent faire les grands loups argentés de Cimmérie.
À la pointe du jour, leurs alliés trouvèrent un monceau de cadavre éviscérés, aux cages thoraciques grandes ouvertes, aux entrailles pendantes.
Ugly et Nicéphore finissaient de vomir, alors que Ba-Marcon maculé de sang finissait de dévorer un cœur.
Ils avaient épargné un homme, celui qui semblait être le chef.
Les cavaliers des steppes qui pouvaient être aussi sauvage que les Cimmériens s’inclinèrent devant Ba-Marcon, ils avaient tous compris.
Le prisonnier fut traîné devant son forfait, et attaché à l’arbre fourchu.
Il y avait en effet des survivants, un vieil homme et son fils, la jeune fille était sa sœur. Le vieil homme était un chaman respecté et craint, il apprit la conduite des étrangers, et surtout le carnage du Cimmérien.
Ce sage connaissait le Dominien, aussi l’invita t-il seul sous ce qu’on avait pu sauver de la khirgah. Il lui expliqua qu’il ne voulait pas que l’âme de sa fille soit condamnée à errer de part la steppe, et il lui demanda d’être son époux.
Seul un époux aimant aurait pu faire acte d’une telle vengeance.
Ba-Marcon répondit qu’il comprenait, et qu’il acceptait cet honneur.
    - Homme au cœur de loup, pourquoi te caches tu sous cette apparence ? Lave tes cheveux qui sous cette teinture, sont je le sais aussi blanc que les neiges de la Scie des Géants. Ici et maintenant, tu n’as plus à craindre personne. Pour l’éternité tu seras mon gendre, tout le monde te respectera.
Je suis fils de Khan, grand chaman des Naburmans. Quel est ton nom Cimmérien ?
    - Tu as raison. Je suis Ba-Marcon fils d’Ar-Marcon du clan des Absalon, Maître des hautes terres, chevalier à la longue épée.
    - Le Scythy que tu as épargné sera tué sur la tombe de ma fille, veux tu l’exécuter ?
    - Non. Cet honneur revient à ton fils. J’ai fait ma part, il ne convient pas à un jeune époux de faire couler le sang. La vengeance est tienne désormais.
Il passa donc trois nuits à coté de la jeune défunte qui reposait, trois jours à jeûner.
Après quoi, on creusa prés de l’arbre une tombe profonde dans laquelle on coucha la malheureuse toute habillée de ses plus beaux atours, ses mains sortaient de ses manches ce qui signifiait que son âme était maintenant en paix. On en creusa une autre beaucoup moins profonde et on y amena le prisonnier. On le fit s’agenouiller devant, ses mains étaient attachées dans son dos. Alors le frère avec un gourdin lui fracassa la mâchoire, dans sa bouche sanguinolente on y introduisit de force un étron. Puis on l’émascula, ses attributs virils furent pendus à la branche qui se tournée vers l’ouest, on attendit qu’il se vide de son sang impur, enfin on le poussa sans ménagement face contre terre dans ce qui serait sa tombe, les guerriers lui pissèrent dessus, et on le recouvrit de terre quoiqu’il fut peut être encore en vie.
Un jour passa. La coutume voulait qu'on fit un grand banquet pour féliciter le veuf.
Des deux côtés du chemin, les femmes venues par dizaines d’on ne savait où, elles s’étaient placées en cercle, et pleuraient à côté de la tente en compagnie du veuf.
Les hommes organisèrent les jeux funèbres, une course à la tête, en l'honneur de la défunte.
Du campement d'où ils étaient, ils ne tardèrent pas à voir accourir au galop, de tous côtés, des cavaliers qui se rassemblaient peu à peu dans un vallon en forme de cirque.
C'était le champ de course qu'ils avaient choisi d’un commun accord sans presque se concerter, on planta une lance à chaque extrémité. Un cavalier passa devant eux à bride abattues, il portait au bout d'une pique la tête d'un ennemi qu'on venait de sacrifier.
Il s'approcha de la troupe des coureurs, on passa la tête dans une sorte de polochon en cuir avec un nœud à chaque extrémité, puis poussant un long cri de défi guttural, la poursuite commença avec un bruit de sabots mêlée aux sifflements, aux cris des participants, et des nombreux spectateurs.
Il se sauvait ventre à terre toujours hurlant, une main sur le pommeau de sa selle, l’autre tenant une des extrémités du polochon sanglant debout dans ses étriers il faisait tournoyer le cruel trophée au-dessus de sa tête. On chercha à lui barrer le chemin, on l'entourait, il s'échappa, s’esquiva encore, son cheval se cabra. Un des cavaliers qui le pressait arriva à le toucher, l’autre de se pencher pour l’esquiver, malgré tout on est sur le point de lui arracher le traversin, il le jette à terre du côté opposé, s'arrête, son cheval pirouette, le ramasse sans quitter les étriers et fuit dans la direction opposée. Un autre groupe de cavaliers le cerne, lui visiblement essoufflé renonce provisoirement à la lutte, lance la tête au milieu d'eux. C'est une mêlée furieuse, un piétinement de sabots, un nuage de poussière, une bousculade sur place, les chevaux flanc contre flanc, croupe à croupe forment un bloc compacte, chacun faisant son possible pour ramasser l'enjeu et gêner les mouvements des autres, coups de poings, de cravaches et même morsures. Tout à coup, il y a une débandade, un galop précipité. L'un d'eux a pu saisir la tête entre les jambes des chevaux, et c'est reparti on donne la chasse au vainqueur de l'instant.
Ugly, qui monte un bon cheval, et ne manque pas de orgueil, trouve l'occasion de se couvrir de gloire, il faut bien éblouir les jeunes filles.
Il se débarrasse de son glaive et de son manteau en fourrure de rennes, qu'il confit à son ami Nicéphore, celui ci n’a pas le temps de le prévenir, ni de le mettre en garde, lui s'avance vers les coureurs, fièrement, au petit trot de sa jument pangarée.
Il se met de la partie, et bientôt, grâce à son agilité, parvient à ramasser la tête, il fuit vers Nicéphore et Ba-Marcon faisant tournoyer son trophée au dessus de sa tête.
    - Cela est contraire aux règles de la course murmura Nicéphore à Ba-Marcon, l'usage veut, qu'on ne soit le vainqueur définitif qu'après avoir fait cinq fois le tour de la piste en conservant l'enjeu, notre ami va passer un sale quart d’heure.
Ugly le jeune héros un peu trop présomptueux, à trop misé sur son coursier, deux cavaliers l'arrêtent en pleine course, le coincent entre eux, les autres fondent sur lui de toute part et le cernent. La mêlée est tellement confuse qu’on ne distingue qu'une masse de gens qui se heurtent et se cravachent. Soudain comme une nuée de passereaux ils se dispersent, et alors on voit très-bien Ugly sur le dos, son cheval qui se sauve au petit trot la queue en l'air, tandis que les Naburmans toujours à leur jeu galopent au loin sans s'occuper le moins du monde de l'importun qu'ils ont jeté à terre sans ménagement. Ils craignent une seconde pour les côtes et le crâne de leur fidèle ami, mais il ne tarde pas à se dresser séant sur ses jambes, se tapant sur les cuisses, s’époussetant le plus dignement possible, à se diriger en boitillant du côté de son cheval, qui maintenant broutait une herbe rase et tendre que son maître eût voulu sans doute beaucoup plus épaisse. À pieds à coté de sa monture Ugly s'en retourne vers ses amis, alors que Nicéphore s'efforce d'expliquer les motifs de sa mésaventure.
    - Ugly, dit-il, n’a pas donné sa part pour la tête. Les Naburmans ne sont pas content, en plus il faut faire cinq fois le tour du vallon, tu as de la chance qu’ils ne t’aient pas assommé.
    - Tu veux dire que les Naburmans se sont cotisés pour acheter le supplicier et se divertir ?
Ugly, qui a pu se hisser sur sa bête, avec un sourire contraint, leurs conte son échec et donne l'explication de la culbute qu'il vient d'exécuter.
Deux cavaliers s’étaient placés à ses côtés, l'un à droite, l'autre à gauche, ils lui saisirent le polochon, le premier par un nœud, le second par l'autre, et, tournant bride brusquement, talonnant leurs chevaux, ils jetèrent Ugly à la renverse par-dessus la croupe de son cheval.
Et voilà pourquoi la sienne de croupe est endolorie et qu'il se penche en avant et se tient au pommeau de sa selle debout dans ses étriers.
Mais son retour piteux fit rire l’assemblée et les jeunes filles n'en pouvaient plus de pouffer derrière leurs larges manches colorées, ou cachées par leurs éventails dont elles sont friandes.
    - Il ne sera pas dit que Ugly, votre serviteur se fasse humilier de la sorte, à qui dois je donner la somme pour participer ?
    - Je ne sais pas si c'est raisonnable, mais si tu veux vraiment. Je ne sais pas si tu as fait attention, au pied du mat planté au levant, il y a une petite corbeille, jette j'y l'équivalent de 20 has, tu peux aussi parier sur toi même, dans ce cas tu inscris ta cote en faisant des nœuds sur une cordelette, tu l'attaches à la garde de ton poignard et tu le plantes sur le poteau. Je suis assez clair ?
    - Oui, j'ai une question, si j'ai compris, tout est permis sauf les armes blanches.
    - Exacte.
    - Si je termine à pieds c'est bon ?
    - Il n'y a aucune règle la dessus, il faut juste faire cinq tours en tout, le premier qui les fait a gagné, c'est tout.
    - Ba-Marcon passe moi ton ceinturon, et si vous voulez être riche pariez sur moi.
    - Pas un has ! On garde l'argent pour payer le chaman qui devra te soigner.
Il haussa des épaules galopa vers la mêlée. On l'entendit partir d'un grand rire, comme si les paries étaient dans sa bourse.
    - Je crois que notre ami est un peu trop présomptueux. Je crois qu'il a vendu les plumes du horchas du Moggave avant de l'avoir tué.
    - Mais cher Nicéphore, à quoi sert de tuer un horchas si tu n'as pas vendu ses plumes ? Je m'en vais de ce pas parier sur sa tête.
Ugly avait de nouveau réussi à s'accaparer de la tête, le diable à ses trousses, il venait de boucler son deuxième tour. Plus que trois pensa-t-il.
Il avait une idée derrière la tête, c'était un coureur des bois, un acrobate, au jeu du taureau, jeu consistant à sauter pas dessus ces monstrueux taureaux du grand delta.
Nombreux étaient les participants à avoir déjà bouclé trois tours, il fallait être concentré, et jouer de malice. De sa ceinture il retira une petite fiole, il en aspergea la croupe des chevaux qui le pressaient de trop près, ce ne fut alors que hennissements, charivari, et cavalcades, les chevaux voulant se monter les uns les autres, cavaliers désarçonnés, ruades, chevaux se cabrant à tout va.
Pourquoi ce chambardement me diriez vous ? La réponse était simple, la fiole contenait de l'urine de jument en chaleur. Tous les chevaux des participants étant des étalons on devine la suite.
Sans plus attendre Ugly finissait son Quatrième tour.
L'odeur s'estompant, et l'habileté des cavaliers, ramenèrent une partie des Naburmans dans le jeu, il manquait une centaine de mètres à Ugly pour conclure le cinquième tour, maintenant le danger venait à sa rencontre, une quinzaine de cavaliers faisaient front, et le chargeaient, un mur infranchissable, potentiellement mortel entre lui et la victoire.
Sans attendre, à la surprise de tous, il sauta à terre, finit de vider la fiole sur la croupe de sa jument, lui donna une claque pour qu'elle galope dans l'autre sens, résultat garanti, la moitié des étalons pressaient de leurs ardeurs la pauvre jument. Sept à lui barrer le passage, Ugly ne semblait pas nerveux outre mesure, il versa une autre fiole sur ses vêtements, de la pisse de loups de Cimmérie mélangée à celles de panthères du Kouch, tout pour terroriser les pauvres étalons, seul deux chevaux restaient en lisse. Avec le ceinturon de Ba-Marcon, il claqua le museau du premier qui se cabra, le cavalier tomba. Pour le second, il passa sous sa bête, en un éclaire il s’accrocha à l'étrier et poussa sur la jambe du joueur, lui aussi vida de sa selle, mais il n'était pas au bout de ses peines, d'autres compétiteurs qui étaient tombés près du poteau c'étaient eux aussi relevés, résolus plus que jamais à faire front commun face à cet étranger, le polochon sous le bras il courut vers les Naburmans dribblant les uns, feintant les autres, car si les hommes des steppes étaient de bons cavaliers, ils étaient de piètres coureur à pieds, pour les jeunes filles qui l'encourageaient il fit un saut périlleux au dessus du dernier empêcheur de tourner en rond. Il avait fait ses cinq tours, sans réfléchir il donna un formidable coup de pied dans la tête, celle ci vola jusqu'au milieu des jeunes filles en délires.
Heureux de ses prouesses, il retourna près de ses amis.
    - Qu'as tu fais malheureux ?
    - Et bien, j'ai gagné, comme je me l'étais promis. J'espère que vous avez parié sur moi ?
    - Je ne parle pas de ça ! Mais tu as lancé la tête parmi toutes ces pucelles, celle qui te ramènera la tête sera en droit de demander ta main.
    - Quoi ?
Oui, tu as bien compris.
Que le grand varan me dévore tout cru dans quoi je me suis encore fourré ?
Elles furent trois à venir chercher leur bien.
Car soit sous le choc soit à la suite d'un partage un peu musclé, la tête ou plutôt une bouillie sanglante s'était divisée en trois.
Bon laisse moi faire dit Nicéphore, mais tu vas en être quitte pour donner pas mal de ta personne et pas mal de tes gains.
Tout ce que tu veux mais sauve moi de ce piège et par tous les dieux de la grande forêt je ferai ce que tu veux.
Cette nuit là Ugly planta son kontos lame en l'air devant sa yourte, trois rondaches y étaient attachaient, car chez les Naburmans l'emblème de la femme est la rondache, tandis que pour l'homme c'est le kontos.
Il devait honorer les trois prétendantes, et bien évidement les doter ou les épouser.
Il fut très généreux, les trois jeunes femmes sortirent de la yourte riches et heureuses, être dépucelées par le vainqueur des jeux était un insigne honneur     



               
     
Le chaman prit une nouvelle fois à part Ba-Marcon et lui fit cadeau d’un mot, un mot secret qui ouvrirait toutes les khirgah de la grande steppe et même au delà.
Quelques jours passèrent et une caravane fut détournée à leur intention.
Ugly et Nicéphore ne dirent jamais ce qui c’était réellement passé la nuit du carnage.
Une chose était sûr c’est qu’au respect qu’ils avaient envers Ba-Marcon ce mêlait maintenant une sorte de crainte superstitieuse.
Ba-Marcon y gagna un surnom : le loup gris de la pleine nuit.
Ils avaient donc commencé par remplir un certain nombre de charrettes de matelas, d'une batterie de cuisine, et de provisions en plus de quelques marchandises afin de ce faire passer pour de simples marchands.
Éclairés par l'expérience de Nicéphore, ils s’étaient bien gardés de monter sur les chariots, et c'est à cheval qu’ils firent le voyage.
En dehors des charretiers qui conduisaient les attelages, il y avait dans la caravane toute une domesticité, tout un tourbillon d'hommes au teint olivâtre de palefreniers, de mercenaires qui louaient leur protection, de marchands de toutes provenances, et plusieurs interprètes volubiles qui n’étaient jamais d’accords entre eux.
Quand, au mitan de la journée, ils s'arrêtaient pour faire manger les bêtes, ou le soir, lorsqu’ils faisaient halte pour passer la nuit, la caravane remplissait toute la cour des auberges qui étaient en générale entourées de hauts murs pas toujours en bon état, les brèches étaient nombreuses, jamais comblées.
Et alors quelle confusion !
Tout le monde criait, s'agitait, se querellait ; mais c'était à qui en ferait le moins possible.
Les charretiers, pour rien au monde, n'auraient aidé à décharger les voitures ni à porter quoi que ce soit ; les marmitons sales aux tabliers graisseux, les palefreniers, les interprètes, étaient chacun renfermés dans leurs étroites spécialités car telle était la loi des castes ; les domestiques de l'auberge qui venaient en addition se mettre à leur service ne paraissent aider à rien hormis à essayer de chaparder.
On ne saurait imaginer le nombre de gens que nécessitait la moindre besogne.
Leur caravane était lente ils ne faisaient en moyenne que cent quinze taranges (mesure Naburman qui vaut 300m ce qui équivaut à la porté d'un grand arc.), par jour, ce qui équivalait à presque trente-cinq kilomètres.
Avec les affreuses voies de communication du pays et les aléas du climat, on ne pouvait aller plus vite.
Les chemins étaient partout plus mauvais que les plus mauvais chemins comtaux de Cimmérie.
Il est vrai qu'aux abords de la ville de Bactres on rencontrait encore des tronçons des routes de l’ancien empire des Parthorums, qui ont dû être autrefois pavées et entretenues ; mais il y à longtemps qu'on en avait perdu le souvenir, mais aujourd'hui les routes impériales étaient abandonnées pour des traverses et des sentes, où l'on se frayait un passage du mieux que l'on pouvait.
Les auberges où ils s’arrêtaient étaient toutes construites sur un même plan, c'était à croire qu'ils ne changeaient point de gîte, qu'ils n’avançaient pas.
A l'entrée de la grande cour, à côté de la porte cochère aux lourds battants de bois gris, se trouvait un petit bâtiment séparé où l'on servait à boire et à manger aux gens qui ne faisaient que passer ; c'était là comme une taverne de l'hôtellerie principale.
Des deux côtés de la cour étaient des hangars avec un étage pour les marchandises et des écuries pour les chevaux et les mulets, les chameaux et les kurts étaient menés dans des enclos car, disait-on leur odeur incommodait les équidés.
Au fond, faisant face à la porte cochère, une série de petites chambres destinées aux voyageurs, ouvrant sur la cour et sans communication entre-elle.
Au milieu des petites chambres, il en était plusieurs généralement double, plus spacieuse avec une porte plus grande et un verrou, et par exception un mobilier plus fourni, c'était là le logement des hôtes d'importance, où l'on les accueillait.
La table et les quatre chaises et les deux coffres constituaient du reste tout le mobilier, car autrement l'appartement n'avait que les quatre murs et le kang.
Le kang, dans cette vaste région, tenait lieu de lits ; c'est sur lui que la nuit ils étendaient les matelas et les couvertures pour dormir.
Il était formé par un des côtés de l'appartement, surélevé de deux pieds environ au-dessus du reste du sol.
Par-dessous cette surélévation il y avait un petit foyer, et le tuyau de céramique du fourneau traversait dans toute sa largeur la partie surélevée.
Le kang, par ce moyen, pouvait être chauffé pendant l'hiver.
Ces auberges du désert étaient affreusement sales, les murs des pièces étaient très souvent noircis, lézardés couverts de graffitis plus ou moins obscènes, le plus souvent plus.
Il ne semblait point qu'il y en ait de nouvellement construites, elles étaient toutes plus ou moins vieilles et délabrées voir presque ruinées.
En arrivant, pour se clore un peu, il fallait presque toujours recoller les parchemins qui tenaient lieu de vitrage, ou bien ajuster les huis détraqués de la porte quand il y en avait une.
Mais durant ce long voyage le confort était le moindre de leurs soucis.
Aussi à peine descendus de cheval ils avalaient un frugal dîner, puis ils allaient s’entraîner au maniement des armes, après ils rejoignaient le grand feu de camp au centre de la cour et là ils sacrifiaient à la cérémonie du thé et du Moggave Tequila tiède.
pour Ugly et Ba-Marcon c’était l'occasion de se familiariser avec les us et coutumes de la région, Nicéphore traduisait.
Parfois les hommes regardaient Ba-Marcon et à voix basse disaient c'est le loup gris de la pleine nuit alors il y avait un silence, un silence pesant c'était le signe qu'il était pour eux d'aller dormir.
Dormir pour eux c'était s'allonger à tour de rôle sur le kang, sans même sentir la morsure de la vermine dont il était peuplé.
Puis ce fut la nuit des deux pleine lunes, la nuit des fauves, nuit où sur la steppe les grands loups se réunissent en de grandes meutes qui pouvaient atteindre les trois cent individus voir plus.
C'est nuits là personne ne pouvait dormir nul n'était à l'abri, les loups comme fous enragés pouvaient saccager tout un relais sans trouver une résistance assez forte.
Heureusement ces nuits étaient rares.
Mais présentement, tous déjà se barricadaient du mieux qu'ils pouvaient, mais à la fébrilité qui régnait on sentait bien que la terreur montait crescendo.
Au milieu de tout ce tohu-bohu Ba-Marcon continuait à manger tranquillement malgré les avertissements pressants de ses amis.
Avec sa cuillère il racla une dernière fois son assiette.
Des collines venaient des hurlements, des aboiements rauques, des jappements, on devinait des centaient de paires d'yeux, de babines retroussées, de crocs acérés.
    - Attendez moi là, j'ai besoin d'aller me dégourdir les jambes.
    - Tu ne vas pas sortir ! Pas maintenant ! S'enquit Nicéphore.
    - Je suis un chasseur, laisse moi t'accompagner. Intervint Ugly.
    - Je ne vais pas te laisser ennuyer ma famille. Pas ce soir avec deux si beaux clairs de lunes.
Il se déshabilla, retira ses bottes, torse nu, ne gardant que son pantalon de peau il se faufila dehors devant les mines ébahies de la foule.
La nuit fut calme, au matin Ba-Marcon était de retour crotté, couvert de sang, d'un sang qui n'était pas le sien.
Il était le point de mire de tous qui dans un silence religieux le virent se diriger lentement vers le puits et se verser un plein seau d'eau froide sur la tête.
    - Les réunions de famille, c'est épuisant. Dit-il simplement.
Nicéphore traduisit, le silence se prolongea puis tous se mirent à rire, à rire de façon étrange.   
   
Au départ de Bactres, il y avait deux grandes voies pour franchir les montagnes qui séparaient le Gouressou-Gadzir de l’Hyperborée : l'une, dans la direction du nord-est, rencontrait la grande muraille à Hérat-la-Rouge : l'autre, dans la direction du nord-ouest, la rencontrait sur deux points différents car de ce côté il y avait une double muraille.
Près de Tangourta d'abord, puis à Kalglan.
Ils avaient combiné leur voyage de façon à sortir du Gouressou-Gadzir par Hérat-la-Rouge et à y rentrer par Kalglan et Tangourta.
En trois jours ils furent à Hérat-la-Rouge.
En arrivant, la grande muraille leur apparut sur une vaste étendue ; ils la virent, en forme de lacets, se dérouler comme un serpent le long des ravins, puis gravir les crêtes et s'y tenir en un équilibre précaire, les tours crénelées érigées tout du long de la muraille dentelaient le profil des montagnes.
C'était d'un effet réellement impressionnant.
Les anciens étaient des bâtisseurs de génie.
On n'entrait à Hérat-la-Rouge, en venant de Bactres, qu'après avoir traversé plusieurs enceintes de forts et de places d'armes destinées à défendre la passe.
Toutes ces fortifications, étaient aujourd'hui ruinées ou percées de larges brèches, cela donnait à réfléchir à ce qu'avait pu être jadis la puissance des antiques empires, ainsi que de la futilité de l’orgueil humain.
Cependant il avait été conservé, dans le dernier mur, une porte en à peu près bon état d'entretien, de telle sorte qu'en la franchissant pour sortir du Gouressou-Gadzir, on avait encore l'illusion de sortir d'un lieu clos.
La garnison y était maigre, hétéroclite, dernier déchet de l'armée de Subarnipal.
Malgré l'heure matinale la foule était dense devant les portes que l'on venait tout juste d'ouvrir. Les rares sentinelles ne leurs prêtèrent pas la moindre attention, d'autant qu'ils étaient plus occupés à compter fleurette à des drôlesses qui les aguichaient de manières éhontés. Alors foule bigarrée, ajouté aux avances dépoitraillées des donzelles n'avaient pour résultante que la baisse de vigilance de la garde, d'autant que Nicéphore avait grassement payé les gourgandines pour qu'elles occupassent la garnison. 
Nicéphore était un froid calculateur, assurément un Valdhorien on ne savait pas grand chose de lui si ce n'est qu'il comptait vite, qu'il parlait un grand nombre de langues ainsi que le juste prix de presque tout ce qui lui tombait sous la main, sans compter sa capacité à se fondre dans la foule à la manière d'un caméléon.
On avait pu le juger lorsqu'il avait fallu troquer la barque et diverses affaires du bourreau et de son aide contre trois chevaux.
Uglylegibier que tous appelaient simplement Ugly n'était pas un gibier mais un traqueur, un chasseur hors paire, mais c'était aussi un drôle qui ne ratait pas une occasion de ce faire remarquer.
C'est lui qui ramenait lapins, oiseaux, et poissons en tout genre, il connaissait toutes les manières de piéger une proie, les traces, les pistes, n'avaient aucun secret pour lui, il y lisait à livre ouvert.
Les deux hommes sans même se concerter avaient accepté l'autorité de Ba-Marcon qui il est vrai les avait sauvé d'une mort affreuse.
Il les avait rallié à sa cause sans même lever le petit doigt, il n'était pas homme à menteries, ni à fausse promesses, il était Duc d'une riche province et saurait à point nommé récompenser ses amis. Et de toutes façon leur intérêt était commun, fuir les territoires sous le regard de Subarnipal.
Durant ce périple Ba-Marcon s'était ensauvageait, je veux dire en cela qu'il avait renié la religion de la Papesse qui ne lui avait apporté que misères.
Ses Dieux lares étaient bien plus protecteurs, leur dernière manifestation n'avait elle pas eu lieu lors de l'assemblée des loups, Crom le protecteur, le loup de Cimmérie avait veillé sur lui. Se basculement avait commencé avec sa sauvage attaque du camp des pillard, ce cœur humain mangé n’était qu'une offrande à Crom, une façon de renouer avec les anciens rites.
Oui il en avait fini avec toutes ces fadaises d'un Dieu mort devant ressusciter. Si les Salamandrins devaient croire en un Messi, ils n'avaient qu'à traverser la mer de silex, on disait que la bas régnait depuis peu un monstre qu'on disait invincible et qui avait l'oreille des Dieux.
Encore un jour et ils atteindraient une station de la Guilde, oui encore un jour.

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#10 08-03-2018 19:47:21

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.23.    Honorius, Metamoto, Gilbreth.

Dans le bureau des audiences privées Honorius présidait un conseil restreint, il en était aux conclusions d’un nouveau décret.
À ses pieds divers rouleaux étaient jetés en vrac, sur l'un d'eux on pouvait lire en titre : ébauche de rapport sur la situation économique de Domina.
De l'affranchi Brunus pour le Kazar Honorius.   
    - Que les citoyens, les affranchis clients de personne, sains de corps et qui n'ont aucuns moyens de subvenir à leurs besoins soient sans retard recensés et adressés aux entreprises de travaux publics, aux chefs des ateliers de manufactures des villes de la grande ceinture en demande, ils seront logés dans des insulae du domaine impériale et du grand mur, ils percevront une solde et seront nourris au frais de l'Empire. S'ils refusent, il faut les interner au Champ du Départ avant de les mener aux convois à destination des nouvelles colonies de peuplement avec interdiction de quitter les dites colonies pour une durée de cinq ans.
Les handicapés, les vieillards seront laissés en paix et entretenus par les temples. Aux autres on demandera ce qu'ils sont venus faire à Domina.
Tous les fauteurs de troubles auront le choix entre les galères ou la légion.
Se calant sur son trône, Honorius tentait encore de résoudre l'un des problèmes les plus aigu de sa capitale. Le surpeuplement, le chômage générateurs de misère, et de désordre.
Il frappa de son seau son ordonnance, et la tendit au préfet du prétoire Lucius de Syrthe.
L’empereur était rempli de bonnes intentions, de projets innovants.
Ce jeune homme était soucieux de l’ordre, et du bien public, il se voulait le bienfaiteur de l'empire, et de l’immense ville grouillante où il résidait.
Dans les rues avoisinantes, au bas du palatin, des masses de gens désœuvrés déambulaient, semant parfois le trouble. (Une des collines de Domina. La tradition y situait l’établissement fondé par les Divins Empereurs du Ciel. Les Kazars y fixèrent leurs résidences, et bientôt les constructions monumentales ont gagné toute la colline)
Il fallait leur donner à tous du travail, de quoi se loger, se nourrir.
Depuis dix ans, depuis qu’il était monté sur le trône, Honorius n’avait guère ménagé ses efforts pour relever son empire, et sa cité, cela avait fini par tourner à l’obsession. Il avait fait édifier des écoles, des bains, des théâtres, des jardins, un nouveau port, des temples et des casernes.
Il fallait occuper la plèbe, si l’ancienne maxime du pain et des jeux était toujours valable, elle ne convenait pas aux vues et aux attentes d’Honorius qui ne voulait pas d’un peuple dolent, maladie qu’il imputait en partie à l'abondance d’esclaves, à l'accaparement des terres cultivables par la noblesse patricienne, et à l'insécurité qui régnaient aux marches de l'empire.
Aussi il avait commencé par créer un nouvel impôt sur l'esclavage, encourageant l’affranchissement. Chaque affranchi, si il n'était pas entretenu par son ancien maître appartenait à l’empire, pour une durée de dix ans avant qu’il ne soit complètement libre.
Les sénateurs, les riches propriétaires, et les prêtres, essayaient par tous les moyens de contre carrer ces lois, ne voyant que leurs propres intérêts.
D’un bout à l’autre de la capitale, et de l’empire, des chantiers s'ouvraient, on restaurait villes, et monuments.
Mais force était de reconnaître, rien n’y faisait.
Le chômage, le manque de monnaie, l'insécurité dans les campagnes, restaient de véritables fléaux, il y avait encore trop de différences entre le coût du travail entre l'esclave et le travailleur libre.
La balance quoiqu'on face penchait toujours pour l'esclavage, résultat des conquêtes, et de l'appauvrissement de la plèbe. Ce mal chronique rongeait l'empire s'avérait pour l’instant incurable.
Honorius n'aboutissait qu'à un constat d'échec, et il devait s'accommoder tant bien que mal de ces marées humaines inoccupées vivant des subsides de l’état et des loisirs gratuits. Il venait d’édicter une de ses dernières idées. Cette population que visait l'ordonnance n'avait cessé de grossir.
On aurait dit un fleuve en crue, impossible à endiguer, les paysans des environs continuaient d'affluer à la capitale, ceux de Lakish, de Koptus, des montagnes de Garamante, ou des plateaux de Syrthe, tous attirés par les lumières de la ville, fascinés par l’opulence de la Capitale, continuaient d'y immigrer dans l'espoir de trouver un emploi lucratif, un toit, et la sécurité.
Ils s'agglutinaient un peu partout, dans des logements de fortune, les bas quartiers, n'étaient plus que des cloaques fangeux, surpeuplés, où le désordre, et l'insécurité régnaient en maître.
Une foule inoccupée continuait de déambuler à longueur de jours le long de la Voie Sacrée, des ports et porteros, des bains publics, ou de la Voie Principalat.
Il fallait bien trouver une solution à ce mal endémique, Honorius pensait que l’oisiveté était la mère de tous les vices. Elle avait été à l’origine de bien des insurrections et de cela il n’en voulait plus, pas plus que des trop nombreux spectacles qui enfiévraient les esprits et provoquaient débordements et agitation.
Il se souvenait enfant avoir vue cette foule troupeau aveugle, sortir ivre de rage du circus Maximus pour tout piller sur son passage. Remontant la Voie Sacrée, bousculant les échoppes, ruinant les commerces, ravageant les riches domus.
La garde civile avait été massacrée sur place par une populace toujours plus nombreuse, animal féroce elle s’était retourné contre le Palatin.
Les Cohortes urbaines aidées d’une légion de Prétoriens avaient tout juste contenu cette multitude. Les nobles, les riches patriciens s’y étaient retranchés à l’abri de ses murailles fortes, et de ses portes de fer aux bandeaux de bronze. L’empereur Salgon terrorisé avait voulu fuir, et Evandre premier pontife (Dans Domina, titre sacerdotal. Grand pontife ou premier pontife, chef du col­lège des pon­tifes de Domina. Le collège des pontifes fut institué par Mime pour organiser la religion civique. Le nombre de ses membres évolua de cinq à 10 (sous Honorius). Le président du collège, le pontifex maximus, hérita des pouvoirs religieux de l'Empereur. Tous les empereurs furent automa­tiquement grands pontifes à partir d'Honorius.) l’avait retrouvé tout tremblant déguisé en femme derrière la statue de Junon (Divinité, fille de Saturne et de Rhéa, femme de Jupi­ter et reine du Ciel, déesse de la Femme et du Mariage. Junon a été assimilée à l’Hé­ra) dans son temple. La plèbe et les esclaves l’en avaient empêché.
Son père Honorius l’Ancien, Maître de la cavalerie avait en pénétrant dans la Cloaca Maxima réussi à sortir de la ville. Deux jours plus tard à la tête de onze légions, il fallait bien cela, le maître de cavalerie avait noyé la révolte dans un bain de sang. Quelques quarante mille cadavres encombraient les rues. Les survivants plusieurs dizaines de milliers avaient été sur le front marqués au fer rouge et bannis de la ville, un grand nombre furent à l'origine du clan des lintres, les esclaves avaient eu moins de chance, la vengeance des patriciens avait été terrible, d’autant plus que leur peur avait été grande. On les avait crucifiés au matin, et à la nuit tombée sous chaque croix on avait mis un fagot que l’on avait embrasé, l’odeur, l’horrible odeur avait stagné sur la capitale toute une semaine et seule les pluies diluviennes qui s’en suivirent avaient nettoyé les rues.
Et tout avait commencé pour une faute d’arbitrage, pour une arrivée volée par l’équipage des bleus.
    - Je veux voir Metamoto j’ai à lui parler.
    - Il attend dans l’antichambre Empereur. Répondit un chef du protocole.
    - Bien faite le entrer et sortez tous ! Qu’on me laisse seul avec lui.
Ils quittèrent le bureau après un bref salut, Honorius détestait qu’on lui fasse des courbettes.
    - Honneur et fierté Honorius, avait salué l'homme en frappant de son poing sa poitrine « Kazar Vous m’avez fait mander sire ? Ce n’est pourtant pas l’heure de votre leçon. Interrogea le maître d’armes, grand maître des arcanis.
C'était un homme grand, sec, aux muscles noueux comme un arbre qui aurait poussé dans les contrées froides et venteuses de l'Hyperborée. Il portait sa longue cape noire à haut col rigide, une armure à longues écailles et un masque hideux fait d’une matière étrange, qui tantôt brillait comme de l’or, tantôt devenait noire comme le fond d’un puits, présentement le masque avait pris la couleur d’un cuir brun clair.
    - Je sais mais je veux t’entretenir d’un projet. Mais auparavant il conviendrait que tu me dises qui tu es réellement.
    - Tekapput Nikkeijin Metamoto sire, vous le savez bien.
    - On m’a dit que tu serais Metamoto no Losheou ou Takapushe frère du Tanndou des archipels du levant ? Mais je n’en crois rien n’est-ce pas ? 
Il y eut un long silence. Que savait-il de sa vie pensa Toila qu’on appelait Metamoto, il resta muet.
    - Tu sais cher ami que je t’aime, et t’admire beaucoup, tu sais que si tu avais le moindre problème, tu pourrais m’en entretenir. Tu n’as toujours rien à me dire ? Sais-tu que des ambassadeurs du Tanndou sont aux palais ? Viens je vais te montrer deux petites choses qui devraient t’intéresser.
Il s’approcha d’une table sur laquelle deux bustes étaient recouverts d’étoffes. Il en dévoila un.
Metamoto reconnut son ancien maître.
    - Et bien te reconnais tu ? Te voilà tel que tu étais il y a… Voyons donc 28 ans quand tu en avais 87. Tu dois donc avoir maintenant si je sais encore compter 115 ans. Je sais ce que tu vas me dire, mais laisse-moi ajouter que des masques comme le tien, un masque des ogres de guerre il n’y en a pas d’autres, et te voilà tel que tu es aujourd’hui.
Il retira le dernier voile. Il reprit :
    - Je vois que tu es toujours aussi jeune, et je trouve ta physionomie moins tourmentée, on dit que les changements d’air ont du bon, mais sur toi c’est une véritable jouvence !
    - Comment ?
    - Comment je connais ton visage, alors que tu as toujours ton masque ?
    - Oui.
    - C’est simple, j’ai tout fait pour que tu tombes sous le charme de dame Gilbreth. Oui elle est bien aveugle, elle ne fait pas semblant, mais c’est aussi un excellent sculpteur comme tu peux le constater. Alors raconte, je suis prêt à tout entendre.
    - C’est une longue histoire.
    - Et bien je t’écoute, j’ai tout mon temps, pour une fois que je te prends en défaut trop parfait Tekapput, pour une fois, tu seras obligé d’être plus loquace qu’à ton habitude.
Alors Toila lui révéla son secret.
Il lui conta son histoire qui commençait bien avant sa naissance, à des milliers de lieux d’ici.
Au pays où le soleil se lève, où les hommes ont la peau cuivrée, et les yeux bridés.
Cela commençait avec deux frères.
Le Tanndou, Hiroshi no Losheou ou Takapushe, et Metamoto no Losheou ou Takapushe son cadet dément et sanguinaire. Cela continuait avec les péripéties de leurs luttes contre le clan des Takkatarrete, et des Kikkensekoy. Leurs nombreux exploits entrèrent dans les annales.
Puis l’aîné assuré du pouvoir entra en campagne contre son trop cruel cadet honni de la population. Après trahison il le captura et le condamna à l’exile, sa punition fut aussi l’obligation du port du masque des ogres de guerre cela en fit une espèce de croque mitaines. Il dut donc quitter la province dont il était le suzerain et porter en permanence ce masque d’horreur.
Devenu grand bretteur, il dut aussi changer de nom pour celui de Tekapput Nikkeijin Metamoto.
Il mena alors une vie faite d’expédients, de joutes et de tournois.
Il prit un jeune orphelin sur le lieu d’un de ses carnages, une vieille vengeance qu’il avait assouvit sur un clan des seigneurs de l'ombre qui lui avait été jadis déloyal. De ce jeune survivant, il en fit son serviteur qu’il nomma Toila, nom qu’il lui donna car il disait toujours et « toi là », fait ceci, « toi là » apporte cela. Son jeune serviteur apprit les arts martiaux et l'Évangile des Astréides à son contact en le regardant, et en lui servant de souffre-douleur.
À la suite d’un sanglant duel, Tekapput se mesura à dix-sept épéistes et bien que vainqueur, il fut grièvement blessé... Ses plaies étaient trop graves... Il mourut quelques jours plus tard dans les bras de Toila. Alors le sômen, comme une coquille vide tomba.
(Masque de guerre)
Il le ramassa et ce le mit, d’abord par amusement et aussi pour échapper à la mort, il faut savoir que dans son pays on sacrifiait le serviteur sur la tombe du maître bretteur pour qu'il le serve par delà la mort.
Il dut prendre aussi malgré lui la personnalité de Tekapput, le masque ne voulait plus quitter son jeune visage, lui provoquant d’atroces douleurs et des visions d’horreur, désormais il partageait les souvenirs et l’expérience de tous les anciens possédés du masque.
Il brûla le corps de son maître, il en recueillit les cendres bien qu’il fut tyrannique et violent, bien qu’il fut un fou de guerre, mais c’était son maître et par-delà la mort, il lui devait encore bien des égards.
Le sômen comme sa renommée, lui collait maintenant à la peau. Très grand était son nom, très grande sa renommée qui inspirait terreur et envie. Détrôner pareil guerrier était devenu le but de tout duelliste désireux de se faire un nom. Aussi savait-il, qu’il serait sans cesse provoqué. Mais à l’inverse de son maître qui sabrait tous ceux qui lui faisaient face, il dut temporiser, il n’était pas Tekapput.
Ses débuts avec cette nouvelle identité, il les passa la peur au ventre, asseyant jour après jour, de se retirer le sômen sans succès.
Il devait découvrir une nouvelle méthode de combat, qui lui permettrait d’impressionner ses adversaires sans les combattre, après s’être retiré plusieurs mois dans une grotte pour méditer, pour s’entraîner, pour observer le grand caméléon des montagnes, il découvrit ce qu’il appela l’attente, ou la voie du fourreau.
Elle consistait avant le duel à déclarer qu’il ne dégainerait pas le premier, qu'il ne porterait pas le premier coup de sabre, mais que s’il mettait la main au fourreau, que s’il touchait le tsuka de son sabre, alors le ha de sa lame trancherait la gorge de son adversaire, presque toujours, ses rivaux après un long face à face, demandaient grâce sans combattre, sa mansuétude, sa simplicité devint légendaire, car vainqueur souvent sa lame ne faisait que faire couler une seule goutte de sang de la gorge de l'adversaire, il ne demandait que le gîte et le couvert.
Bientôt les seigneurs alentour se firent un honneur de le défier, non pas pour le combattre, car sa maîtrise de la lame était totale, mais pour l’avoir sous leur toit.
Il continuait cependant à se perfectionner, fréquentant toutes les salles d'armes. Il combattit pour le petit peuple, pourfendant maints brigands, sa renommée devint immense parmi les paysans, il n’était plus le monstre assoiffé de sang, mais le grand caméléon des montagne, capable d'être invisible, immobile, capable de frapper plus vite que l'éclair, capable de disparaître avant même que la tête de son ennemi ne touche le sol.
Il se savait même supérieur à son ancien maître, car seul il défit la bande des cinquante poignards qui ravageait la province de Konito Katufeamidi.
Devant tant d’exploits, tant de sagesse, il reçut le pardon de son Tanndou, mais il ne pouvait retourner à la capitale, il n’était pas Metamoto, alors il fit le fier, éluda la proposition, chercha une échappatoire.
Son pseudo frère se vexa pensant peut-être à une ruse subtile.
Il lui envoya des paladins pour le ramener manu militari à la capitale, en son palais des milles perfections.
Toila dit Metamoto les défit, mais il dut prendre la fuite, tout un clan de seigneurs de l'ombre à ses trousses, c’était vrai qu’ils avaient quelques comptes à régler avec celui qu’ils prenaient pour Metamoto, mais cela était une autre histoire. Il réussit néanmoins à s’embarquer sur un navire qui fit naufrage sur une terre inconnue de lui.
Les marches de l’empire, là il rencontra Honorius et Ser qui étaient encore jeunes et acculés par des brigands, il les sauva avec l'aide inattendu de Garm, et il entra à leur service, il ne pouvait retirer son masque, les fermetures étaient par on ne sait quel prodige toujours bloquées.
Sa renommée l’avait pourtant précédé jusque dans l’Empire, il y avait ici aussi quelques comptoirs du Levant, mais il était si loin de son Tanndou, les mœurs étaient si différentes, à quoi bon raconter son histoire, il ne pouvait pas prévoir qu’ Honorius deviendrai Empereur, que de nouveau son ancien titre usurpé à contre cœur rejaillirait, l’obligeant à endosser encore, et toujours le rôle de Tekapput.
Après tout ce temps, le masque était devenu une seconde peau, une extension de sa personnalité.
Quelques années passèrent, il rencontra les prêtres de Janus. (L’un des anciens dieux de Domina, représenté avec deux visages opposés. Janus était le dieu des portes et plus généralement des pas­sages, comme le passage d’une année à l’autre. Le premier mois de l’année (januarius) et le pre­mier jour du mois lui étaient consacrés. Les portes de son sanc­tuaire, sur le Forum, étaient ouvertes en temps de guerre et fermées en temps de paix)
Qui mieux que ces prêtres pouvaient lui venir en aide ?
Ils lui débloquèrent les serrures contre d’obscurs services. Enfin il pouvait retirer le sômen, et le remettre à sa guise, ils lui avaient appris à le domestiquer, car ce qu’il prenait pour un masque n’était qu’une sorte de parasite ou plutôt de symbiote.
il rencontra dame Gilbreth qui heureusement était aveugle. Il ne pouvait pas deviner la perfidie de sa femme.
    - N’en veut pas à ta dame, elle a fait son devoir bien à contre cœur, d’ailleurs elle t’a rendu un grand service. C’est une belle âme, tu sais.
    - Je sais votre majesté. Que voulez-vous que je fasse, commandez et j’obéirai.
    - Il est moins glorieux de naître noble, que de le devenir, et pour moi tu es le plus noble de mes citoyens. Tu vas simplement changer de nom, mais tu en as l’habitude, à partir de maintenant tu es Toila Metamoto Tse Lee Thran Doo disciple du regretté Tekapput Nikkeijin Metamoto, et nous recevrons ensemble les ambassadeurs de l’archipel du levant. De plus, je pense que j’ai trop accaparé tes capacités. À partir d’aujourd’hui, je te nomme général des troupes d’élite, connétable de la jeunesse. Je veux que tu continues de leurs inculquer les voies de ton art, et de ta philosophie. Je veux aussi, que tu mettes toutes tes leçons par écrit. Tu as entière liberté pour en faire des combattants Dominiens à la mode du Levant. Tu devras éduquer toute la jeune noblesse, et les meilleurs roturiers, je veux que tu fasses des miracles, je veux créer un ordre guerrier aussi pur que l’acier de ton sabre, aussi instruit que des philosophes, et surtout tout dévoué à ma personne. D’ailleurs ne trouves-tu pas qu’il y a des points communs, entre le stoïcisme de nos philosophes et tes préceptes ? Maintenant que je te connais un peu mieux, mon admiration en est que plus grande. Tu étais caché derrière la charge de maître d’armes, maintenant c’en est fini, en plus de tes nouvelles fonctions, je te nomme mon garde du corps personnel. J’ai tant de questions à te poser. Pourquoi ai-je si longtemps attendu. Peut-être que mon intérêt s’est réveillé avec l’étrange demande des ambassadeurs du levant, ils voulaient ta tête quelle drôle d’idée Toila. Tu ne trouves pas ça amusant, demander la tête de celui qui doit protéger la mienne, je sens que nous allons bien rire. Tu ne peux pas savoir comme je suis heureux mon cher, car tu connais certains de mes secrets, maintenant nous sommes à égalité.
    - Je ne vois pas à quoi vous faîtes allusion seigneur Honorius.
    - Mais à l’exécution de Salamac, le frère de Salamandra voyons.
    - Mais seigneur, c’est moi qui l’ai tué, il voulait vous poignarder, en plus de déserter, la honte était sur lui, ne rien dire sur sa fin, c’est un service que nous avons rendu à sa sœur, dans mon pays pour pareille faute, toute famille de haut lignage de honte, se serait suicidée.
    - Nous ne sommes pas dans ton pays, la politique ne connaît pas l'honneur. Je vais te confier un autre secret, la politique est l’assassin de l’honneur et de la vérité. Mais c’est quand même moi qui ai donné l’ordre, c’est amusant, maintenant que j’y pense, la aussi nous étions trois, ne cherche pas, tu ne peux pas comprendre. Je te ferai mander pour qu’on reçoive ensemble les ambassadeurs Levantins.
    - Bien seigneur. Et Toila s’effaça.
    - Kazar, l’affranchi je veux dire le sénateur Brunus demande à s’entretenir avec toi. Il dit qu’il a terminé ses études. Intervint le grand chambellan.
    - Je sais j'ai déjà parcouru les brouillons de ses notes ! Je pourrai dire qu’il est bien trop rapide pour que cela ne soit pas bâclé, et cela me mettrait de fort méchante humeur. Mais je le sais bon intendant, et bon trésorier, il est bien rapide pour un Vergne, j’espère qu’il a mérité le laticlave dont je l’ai honoré. Qu’il entre !
Un jeune homme avec un peu d’embonpoint, le visage poupin et un je ne sais quoi de narquois dans le regard venait au-devant d’Honorius.
Sa placidité apparente cachait une intelligence vive, une grande puissance de travail, il ressemblait presque à un enfant.
D’une trentaine d’année, il était seulement vêtu de la simple tunique bleue des employés du palais.
    - À quoi cela sert-il que je te fasse sénateur si tu restes habillé comme un valet ?
    - Le bleu me va bien, il est assorti à mes yeux Kazar, et surtout nul ne me remarque, tu sais comme j’aime la discrétion.
    - Ce n’est pas d’un bouffon dont j’ai besoin Brunus, on m’a dit que tu avais fini, alors je suis tout ouï.
    - Comme tu veux Kazar, mais ce que j’ai à dire ne va pas te plaire, quoique je sache que tu as par devers toi mes brouillons. Qui d'autre fouillerait la corbeille d'un affranchi ?
    - Que m’importe je veux la vérité, et si possible des solutions.
    - Vous les Dominiens étiez un peuple de pécheurs, de maraîchers et de soldats. Pour dire la vérité le plus bel éloge qu'on pût faire à un homme de votre nation était de l'appeler bon laboureur. 
    - Je sais tout cela. Abrège.
    - Je poursuis quand même, cela donne plus de crédit à ma démonstration. La sagesse agricole des premiers temps de Domina-Prime se traduisit dans pas mal proverbes. Les Divins Empereurs du Ciel labouraient eux-mêmes avec des machines célestes sous le regard des Dieux, la terre était d'une fertilité extrême. Plus tard à la disparition des Divins Empereurs du Ciel, quand la race des petits propriétaires fut dévorée par les combats et les guerres civiles, le sol devint la propriété de quelques hommes opulents. Ces sénateurs pour la plupart avides et indolents, dont les villas étaient des lieux de délices avant qu'ils ne s'établissent dans les palais de la capitale, rougiraient de se mettre nus, comme l’auraient fait les anciens, pour labourer avec leurs esclaves et leurs bœufs. La culture de ces immenses domaines est maintenant abandonnée à des esclaves enchaînés, et à des malfaiteurs condamnés au travail. Ces grands domaines ont perdu Domina et même ses provinces, en effet, Domina est devenu un vaste jardin d'agrément, vidé d'hommes libres et travailleurs, la campagne environnante est maintenant incapable de subvenir à notre subsistance, et nous tous, nous crierons famine pour peu qu'un pirate interceptât les convois de blés de Salamandragor.
    - Tu abonde dans mon sens Brunus, continue.
    - Dominiens. Vous êtes un peuple qui jadis fut le plus puissant de la Laurasie, vous avez dominé le monde durant des siècles, mais vous n’avez fait que faire péricliter le commerce, appauvrir vos provinces par des taxes injustifiées et des prédations de toutes sortes, vos conquêtes sont plus encore à plaindre. Parmi toutes vos qualités, on chercherait vainement le goût des arts de la paix et de l’industrie. Vous êtes de vaillants soldats, des hommes d'État habiles quant à la destruction des nations qui vous entourent, parmi vous, il y a parfois de sages législateurs, qui on la chance de n’être pas assassinés, des orateurs, et quelques rares savants, vous êtes même d'heureux imitateurs. Mais vous êtes de mauvais commerçants, de mauvais manufacturiers, votre politique est jusqu’à présent exclusivement conquérante, vous ne comprenez rien d'autre que la domination par le glaive, vous avez peur que d'autres peuples s'enrichissent par le commerce, vous n’avez d’autres buts que de dépouiller de leurs gains, ou de leurs richesses tous vos voisins. Vous ne comprenez que la force des armes. Pour vous l'économie politique consiste entièrement dans la consommation, et non dans la production et dans l'échange des richesses. Le développement pacifique de votre puissance et le bien-être des nations n'est pas dans votre nature. Vous méprisez l'industrie et le commerce, vous les abandonnez à vos esclaves et aux affranchis comme moi. Pour vous ce sont des occupations indignes d'un citoyen Dominien. Une de vos antique loi est toujours en vigueur, elle défend aux patriciens de s'adonner au commerce et à l'industrie, c'est tout juste si vous avez droit à l'exploitation minière. Les rares opérations connues par certains de vos citoyens consistent tout juste à de l'agiotage, on est bien loin du commerce, mais bien près de l'usure. Vous êtes au mieux des spéculateurs, et encore... vous jouez sur la valeur des maisons, des terrains, des troupeaux, voir des esclaves. Regardez les Levantins ils ont créé des comptoirs commerciaux partout autour de la mer de Téthys. Vos colonies sont toutes militaires, ce sont des camps retranchés, des postes fortifiés, établis dans l'intérieur des terres, sur des ponts faciles à défendre, sans la moindre destination commerciale. j'admire les dimensions gigantesques de vos constructions, s'ils attestent une grande habileté stratégique et un déploiement de forces extraordinaire, au point de vue du commerce ils sont d'une complète inutilité. Il va sans dire que je ne parle pas ni du commerce de détail, ni de l'artisanat, qui existe chez presque tous les peuples pour la satisfaction des besoins quotidiens, mais ce dont je parle c'est du négoce, qui anime une nation tout entière, encourage l'industrie, la navigation, et enrichit toutes les classes.
Je parle de l’acier, de la soie des Levantins, des lainages de Hyperborée, des armes et de l’outillage des cimmériens, des pêcheries et des éponges des îles de Bellos, des universités, des chars, des tonneaux et des appareils agricoles Vergnes, des chantiers navals et des poteries de la Pléiade du Couchant, des porcelaines, du bétail des fourrures, des laines de Subarnipal, des verreries, de la finance, des mines d'argent de Psionta. Et ce ne sont que quelques exemples. Je pose cette question toute bête où sont vos objets manufacturés ? Où sont vos inventions ? Je n’en vois point. Aux quatre coins du monde, on retrouve votre monnaie, mais des objets Dominiens ? Rien, ou si peu. Oui il reste le lest que vos bateaux abandonnent dans les ports étrangers. On élève le Dominien pour la guerre du moins c'était vrai jadis, vous n’êtes plus qu'un peuple dolent et parasite. 
Domina est un État essentiellement militaire, mais qui s'est endormi sur ses lauriers, et il semble vouloir rester ainsi jusqu'à sa chute. A côté du métier des armes, l'agriculture seule était réputée une occupation d'hommes libres, encore que, maintenant elle est négligée. Pour ce qui nous intéresse, nous occuperons principalement puisque nous la subissons encore du résultat de toutes ces victoires, toutes ces conquêtes de Domina, si admirées et si célébrées, mais elles sont à déplorer comme autant de défaites du point de vue de la prospérité matérielle du genre humain. Domina, vers laquelle affluent toutes les dépouilles des pays conquis, ne sait que consommer, et non produire. Les trésors que vous avez amassé dans votre capitale, sont les trophées des provinces pillées et frappées de mort. Partout où vous avez mis les pieds, vous avez laissé des ruines. Les colonies sont pressurées par les taxes et la corruption. Toutes ces provinces, dévastées, dépeuplées, ces cités, jadis florissantes, sont plongées dans la détresse. Leurs ports s'ensablent, leurs fabriques s'arrêtent, l'agriculture elle-même dépérit, et les contrées les plus fertiles se changent en déserts. Le commerce qui survit grâce à l'indépendance des cités marchandes de la Côte Est a perdu toute possibilité de développement, vous ne l'envisagez plus que comme un mode d'acquittement de tributs imposés par la dominatrice Domina.
Ne produisant rien, et ne faisant que consommer, Domina, dont la population s’élève à plus de trois millions, ne peut se passer des importations des provinces. Ces importations ont un double objet, assurer la subsistance du peuple et alimenter le luxe des riches et des grands. Du pain et des jeux, telle est la maxime de la politique. Sur ces deux mots reposent la tranquillité et la sûreté de l'État. Il faut que le peuple soit nourri et amusé. Voilà ce que j’ai à dire sur l’économie de l’empire. Maintenant passons à la stratégie. Cela sera plus rapide.
    - Je t’écoute je vais me rendre compte de ta clairvoyance ou pas.
    - Les lettrés s'interrogent encore sur les raisons de la crise profonde que traverse l'Empire. Certaines causes extérieures à l'Empire peuvent l'expliquer. En Orient, l'Empire des hautes steppes déliquescent laisse la place à l'Empire de Subarnipal. Cet empire puissant, bien structuré et agressif fait peser une pression constante sur nos provinces de l'Est et du Nord. Au Nord-Ouest de l'Empire, les hyperboréens orientaux qui vivent dans les régions de la Mer Blanche entament une lente migration vers le Sud et le Sud-est. Ce faisant, ils chassent les autres tribus qui se trouvent sur les territoires qu'ils traversent. Celles-ci cherchent à trouver refuge dans l'Empire en espérant y trouver de nouvelles terres et un riche butin. Leurs incursions mettaient à jour la faiblesse de notre stratégie défensive. Du moins c'était vrai jusqu'à ce que ton frère y mette de l'ordre, sa stratégie semble porter ses fruits. En effet, avant les légions étaient massées aux frontières, une fois franchie la région des marches, les barbares pouvaient ravager sans presque aucune résistance les provinces. Le dispositif militaire Dominien, et l'organisation du pouvoir impérial était très peu adaptés à une guerre d'embuscades simultanées sur plusieurs fronts.
Sur l'ensemble du Haut Tibre les difficultés étaient dues à l'éloignement de plus en plus grand des militaires, au système de rotation des légions. Les civils étaient désarmés, incapables de se protéger des menaces d'invasions.
Mais ton frère à comme je l'ai dit tout changer. Seul reste le problème de la classe dominante qui accepte difficilement l'accroissement de ses charges fiscales et ne songe qu’à vivre à la capitale. Depuis que l'Imperatus-Gouvernator Ser est sur les frontières il y règne une paix inespérée. Sur le plan politique, cela se traduit par la présence de tribus barbares pacifiées et par des gouverneurs choisis par Res Ser à la place de la classe sénatoriale. Je n’ai rien à ajouter.
    - Tu es très perspicace. Tu honore ma confiance. Il s’agit maintenant de réunir le Consistorium des 12, le Grand Pontife, et les 10 tribuns de la Plèbe. Je n’ai pas toute confiance en mon Sénat, aussi je me passerai de leur aide, tout ce que je risque, c’est qu’il me mette des bâtons dans les roues. Je te demande encore le secret, bien sûr tu es cordialement convié aux travaux de notre commission, je suis certain que tu dois avoir de nombreuses propositions.       

Pour la première fois de sa vie Metamoto se sentait libre et léger sa tristesse s’était envolée, pourtant il pressa le pas vers ses appartements.
Il avait un mauvais pressentiment.
Quelque chose lui nouait les tripes, une appréhension latente qui remplaçait le soulagement d’il y a quelques instants.
Il commença à marcher vite, puis de plus en plus vite, presque qu’à courir, dévalant la volée de marches de l’escalier d’honneur, avec cette impression, ce sentiment étrange de voler, comme lorsque l’on fait un mauvais rêve, et cette angoisse qui grandissait, qui grandissait, ce sentiment de péril imminent.
Il courait maintenant les deux mains sur la longue poignée de son tachi comme lorsqu’il s’élançait dans la mêlée des combats.
Il traversa la cour carrée déserte à cette heure-ci, puis la grande salle d’arme... au premier ses appartements, et sa Dame, sa vie, son âme, son bien ultime, mais aussi sa traîtresse, sa déloyale compagne.
Il entra hors d’haleine dans un vaste logement digne d’un prince, mais pourtant meublé sobrement, à la manière de chez lui, et puis sa dame était aveugle, autant d’objets futiles sur lesquels elle ne se heurterait pas.
Il ne prit pas garde aux deux rangs de serviteurs, qui s'inclinèrent sur son passage, ni des servantes qui voulaient lui ôter ses chaussures pour les remplacer par des chaussons.
    - Où est Madame ! cria-t-il, hurla-t-il à la première servante qu’il croisa.
    - Dans son bain, madame est dans son bain.
    - À cette heure si ?
    - Oui seigneur. Elle a demandé à ce qu’on ne la dérange pas.
Il courut jusqu’à la salle d’eau, et sans attendre en fracassa la porte. Gilbreth baignait dans une vasque d’albâtre... d’une eau rouge... rouge de son sang, de sa vie qui s’échappait.
Par terre son cadeau, un superbe kaiken à la lame bleue nuit, à la garde recouverte de peau de poisson qui n’était pas tressée, laissait ainsi voir les somptueuses décorations qu’on appelait menuki, sa dame, sa femme, son aimée, s’était faite le jigai le suicide par section des veines, qu’avait il eut besoin de lui expliquer cette coutume.
Il se maudissait.
Il hurla comme un fauve mortellement blessé.
Les servantes affolées se bousculaient auprès de lui... alors qu’il pressait sa bien-aimée sur sa poitrine rougie, comme s’il avait sur son cœur une brassée de coquelicots.
    - Allez me chercher un médecin, un apothicaire vite ! Vite ! De l’eau froide et des bandages.
Dame Gilbreth écoutez-moi, restez en vie. Je vous en conjure. Il faut bien que je vous pardonne.

Hors ligne

#11 10-03-2018 09:21:53

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.24.    Honorius, dame Lupus.

Une fois de plus et depuis longtemps déjà, Honorius avait quitté ses convives encore à banqueter.
Il s’était éclipsé comme à son habitude, les laissant profiter du festin et des distractions.
Il prenait l’air sur le chemin de ronde jouxtant la salle des cartes il aimait la pénombre bienfaisante des courtines seulement éclairées de quelques torches.
(Mur joignant les flancs de deux tour voisines)
Il goûtait plus ce silence à l’animation des festins, la fraîcheur nocturne lui faisait du bien il aimait respirer profondément debout sur les créneaux comme pour inspirer sa ville là il avait l’impression de faire un avec elle, qui aurait pu deviner qu’un jour il serait empereur, il lui en avait fallu de la chance et de la ténacité et maintenant quoi, la peur de n’être pas à la hauteur, la peur d’être éliminé par un complot et surtout la peur de n’être jamais aimé de sa concubine.
Il affectionnait d’entendre le hululement de la vieille chouette qui nichait dans la charpente de l’échauguette(a) près de la bretèche(b).
(a)=(guérite de guet généralement placée en surplomb sur une muraille fortifiée, une tour, etc.)
(b)=(sorte de guérite souvent rectangulaire en saillie sur la muraille et construite sur mâchicoulis pour battre verticalement un point faible, porte angle mort)
« Tien elle n’est pas en chasse. » Pensa-t-il ?
Il était bien loin des vociférations de ses invités éméchés.
Depuis 850 ans, depuis la disparition des empereurs du ciel, on ne comptait plus le nombre de souverains assassinés par leurs proches ou par les prétoriens, aussi sans être paranoïaque il restait très prudent.
Par habitude, sous sa tunique de soie molletonnée il portait une fine cote de maille faite dans un métal venant des îles du levant, un cadeau que lui avait fait son maître d’arme le très laconique Tekapput Nikkeijin Metamoto qui était aussi sobre de ses phrases que son nom était long.
Il se retourna vivement, alertés par des bruits de pas précipités.
Une main sur le pommeau de son glaive il prit de l’autre une torche qu’il leva bien haut au-dessus de sa tête.
  -. Halte-là !
Qui va la ! Cri a-t-il.
  -. Moi.
Il reconnut la voix de dame Lupus, première concubine de son père et mère de Ser.
  -. Le cheval de mon fils est rentré seul au camp de la troisième légion. Dit-elle dans un souffle.
  -. Vous le connaissez aussi bien que moi, Je ne pense pas que quelques barbares puissent venir à bout du meilleur de mes soldats, d’un des chefs des arcanis, vous verrez dans peu de temps nous recevrons un de ses messages laconiques dont il a le secret.
Il avait rejoint la femme et la prenant par le coude ils se dirigèrent vers une des portes de la tour principale. En effet l'empereur, soulevant la tenture, introduisit la malheureuse mère dans l'exèdre ou cabinet des cartes. Ils entrèrent dans un vaste bureau dont les lumières vives des nombreuses chandelles les éblouirent un instant.
C'était une vaste pièce carrée, ornée, sur toutes ses faces, d'une colonnade en marbre blanc faisant portiques. Six fenêtres éclairaient l’exèdre ; elles étaient garnies de voiles, fixés sur un treillis mobile de cèdre rouge, pour diminuer la trop vive lumière du Soleil durant le jour. Tout autour de la pièce, et adossés au mur, s'étendaient des banquettes, recouvertes de housses de soie teintes de pourpre, aux quatre angles, des statues de marbre personnifiaient Apollon, dieu de l'éloquence et de la poésie, Minerve, déesse des sciences et de la sagesse, Hercule, image de la force, et Cupidon, dieu des amours, symbole des grâces littéraires.
Un peu au-dessus des sièges, et dans tout le pourtour de l'exèdre, jusque bien au-dessus de la plus grande hauteur de la main, on remarquait une infinité de petites boules, les unes dorées, les autres, tout simplement en bois, en os, en corne ou même en ivoire.
C'étaient les bossettes ou fronts des volumes, placés dans leurs scrinia ou foruli, qui étaient des espèces de boîtes cylindriques, fermées à leur orifice par une planchette percée de trous ronds, dans chacune desquelles on glissait le volume roulé.
Ordinairement, les scrinia étaient déposés debout, au milieu de la pièce dans des corbeilles ; mais Honorius avait cru devoir adopter une autre méthode, plus satisfaisante pour l’œil, employée par les libraires dans leurs bibliothèques, et qui consistait à pratiquer, dans l'épaisseur du mur, de petits compartiments en losanges, appelés nids, dans lesquels on établissait, horizontalement, les scrinia ou coffrets à recevoir les livres. Tous ces nids renfermaient une bibliothèque considérable rassemblée avec grands soins et des dépenses qui indiquaient qu'Honorius était un fin lettré. De ses contemporains, il faisait recueillir les écrits des historiens, des philosophes, des poètes des érudits tous figuraient au complet dans cette vaste collection. Beaucoup de scrinia avaient été retirés de leurs compartiments et étaient dispersés sur les tables, à la portée de l'Empereur ; un grand nombre de livres avaient été déroulés, ils étaient maintenus ouverts grâce à des presses papiers en forme d'aigles, d'autres enroulés sur eux même s'y trouvaient entassés. Il était surchargé de dossiers de procès-verbaux des gouverneurs, des légats, ou attendaient de recevoir son sceau impérial, des tablettes enduites de cire, avec leurs styles pour y écrire les notes gisaient ouvertes, des pergamins et des feuilles de papyrus intacts pour la rédaction des mémoires et ordonnances attendaient d'être noircies. C'étaient les auteurs ou les rapports dont il avait besoin le plus ordinairement. C'étaient les volumes qui lui servaient aux recherches urgentes.
Son grand bureau de l'exèdre présentait lui-même un spectacle en harmonie avec les habitudes d'Honorius.
Les longs calames y trempaient leurs becs dans l'atrament des écritoires ; de petits vases cylindriques de cristal renfermaient les substances collantes pour l'agglutination des papiers, les bâtons ou rouleaux étaient tout prêts, pour recevoir les œuvres achevées, auxquelles il ne manquait plus que l'ombilic.
Tel était l'aspect du cabinet d'Honorius à cette heure avancée de la nuit lorsque Dame Lupus le suivit.
    - Comment avez-vous pris connaissance de cet événement.
    - Une estafette de la troisième légion sire Honorius.
Et une lettre d'une de mes hétaïres en poste dans ce camp.
    - Nous allons voir, les indiscrétions, c’est une chose, les rapports militaires c’est autre chose, et cessez de m’appeler sire en privé, n’oubliez pas qu’il y a pas si longtemps, petit j’étais souvent dans vos robes, ou sur vos genoux, vous êtes pour moi une seconde mère, et Ser est plus qu’un frère à mes yeux.
Il se dirigea vers un cordon de velours qu’il tira plusieurs fois, malgré l’heure un secrétaire frappa et entra.
Honorius lui demanda les derniers rapports des marches du Nord, le secrétaire s’effaça rapidement.
Sur un buffet d’acajou incrusté de motifs nacrés, il prit une aiguière dorée qui reposait dans une vasque de jaspe remplie de cristaux de glace, il attrapa deux verres de cristal de roche qu’il remplit de jus d’orange.
    - Tenez, je sais que vous êtes comme moi, vous préférez les jus de fruits des Hespérides au sang de Bacchus.
On entendit de nouveau frapper et le secrétaire apparut avec plusieurs rouleaux, il les déposa avec déférence sur une grande table de verre, et se retira rapidement sans bruit.
Honorius avisa les titres inscrits sur les capuchons de papyrus, il trouva rapidement celui qu’il désirait. Il le décacheta et déroula le papier, le rapport était écrit en latin sauf une partie recopiée en langue étrange.
    - Eh bien voilà, écoutez j'ai deux messages : Message de Res Garm : Marais de Diala, déserteurs sur knarr Saumon Rouge, je continue en barque, direction Caestrum Heltary, ou Aquilata, autres messages suivront. À voilà un autre message celui de votre fils, Res Ser curateur :
Nestorius m'a parlé d'un fort abandonné de l'autre côté du lac d’après ce qu'il m'a dit, il pourrait servir de verrou à l'une des principale gorge qui débouche sur les steppes du nord-est. J'ai contourné le lac pour pouvoir contrôler le limes. De l'autre côté du dit lac il y a un hameau qui ne nous est pas hostile, mais par précaution Nestorius a fait construire une tour à signaux et y a laissé en cantonnement deux décuries. Après avoir remonter une rivière dont j'ignore le nom, J'ai grâce à un relevé du site, ainsi que les plans des ruines, cru reconnaître ce que je crois être les restes d'un antique barrage Nietzschéen. Je laisse là mon guide et mon cheval, car j'ai vu dans la vallée, de l'autre coté du barrage, un feu de camp, je pars seul en reconnaissance. Frère je t'ai fait envoyé un prisonnier sous bonne escorte, fait le parler, je pense que c'est très important. Salut nos mères de ma part.
Il reposa le rapport qui rapidement s’enroula sur lui-même.
    - Vous voyez, il avait glissé le message dans ses fontes, mais de toute façon il va m’entendre. Où a-t-on vu un Impératus-Gouvernatus courir seul derrière des signaux de fumée, si je ne le connaissais pas si bien, je dirai que c’est suicide, ou sottise.
Il se dirigea vers une écritoire de bois d’ébène sur lequel plusieurs stylés de verre étaient disposés, il souleva le pupitre retira une ramette de pergamins et écrivit rapidement quelques ordres.
Il les lu à haute voix :
    - Message urgent, ordres à tous les forts des régions nord de chercher et de prêter main forte au curateur Ser-Lupus, et à Res-Garm, ordres aux compagnies fluviales d’arraisonner un knarr du nom de saumon- rouge.
Voilà. Dit-il,
    - Maintenant je sonne mon secrétaire, et nous pourrons aller nous coucher. Je vous raccompagne à vos appartements. Mais auparavant j’ai besoin d’un de vos conseilles j’ai toujours apprécié vos remarques, vous connaissez si bien le peuple peut-être parce que vous êtes la plus grande actrice de la capitale.
    - Mon empereur vous êtes trop bon, si je puis avec mes modestes capacités vous être utile…
    - Voilà vous n’êtes pas sans savoir que depuis quelques temps de nombreux graffitis et de nombreux libelles très offensants à mon égard couvrent les murs. Je ne vous demande pas le nom des auteurs. Ma police est très bien faite, je les connais. Mais que dois-je faire ?
    - Vos prédécesseurs les auraient arrêtés.
    - Mais vous ? Si vous étiez à ma place ?
Je ne sais si je dois ?
    - Osez, sinon je ne vous aurai rien demandé.
    - Le divin Kaizer Kazar était moqué par ses légions, pourtant elles le respectaient. Faites comme lui, faite mieux, récompensez les auteurs, créez un jury, avec des prix, du coup, plus personne ne prendra au sérieux ces libelles, tout le monde croira qu'ils ne sont écrit que pour le gagner le premier prix.
    - Je dois admettre que votre proposition est originale et tentante, je vois aussi tout ce que je peux en retirer. Je vous nomme présidente du jury.
    - Honorius, c’est un grand honneur, mais je ne puis accepter, ce ne serait pas une bonne idée, prenez plutôt le plus virulent de vos contradicteur.
    - Chère dame Lupus, mon père a eu de la chance de vous avoir pour odalisque, si vous voulez me faire plaisir soyez au moins dans le jury, et tenez plus souvent compagnie à dame Igfride, je n’aime pas la savoir seule même si c’est son choix. Ah au fait ! Je dois vous gronder ma mère et vous. Tous les proxénètes se plaignent de la concurrence de vos écoles, mais continuez, je vous soutiens, mais que cela reste entre nous. Votre idée de phalanstère pour jeunes filles n’a point d’égale dans tout l’empire et le monde connu. Vous avez bien compris que la femme est l’avenir de la société, plus elle sera indépendante, plus elle sera éduquée, plus fort sera l’empire. Et tandis qu’ils se dirigeaient vers la sortie il riait sous cape, Dame Lupus ébauchait un léger sourire.

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#12 18-03-2018 20:34:14

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.26.      chienne et les déserteurs.



- Je la baise, regardez comme je la baise cette salope, c'est pas un con qu'elle a c'est un cloaque, il déborde de foutre.
    - T’as qu’à l'enculer Détérius. Mais pisses pas dedans, pense aux autres. Ponctua-t-il d'un rire gras.
    - Alors par Junon, donne-moi à boire Flutus.
Le légionnaire déguenillé accroupi près du feu, finissait de manger. Et tout en mâchouillant une cuisse de pintade sauvage, il saisit une outre de vin, et négligemment la jeta à son compagnon dont un pan de la tunique de cuir délassée reposait sur les reins d'une adolescente nue au crâne rasé.
Elle, à genoux, appuyée sur les coudes, semblait presque impassible, étrangère à tout cela.
À son long cou gracile, un collier de bronze brillait.
Deux chaînes en partaient emprisonnant ses poignets fragiles. Une longe de cuir tressée servant de laisse traînait à terre.
Derrière elle, Détérius tout en la pilonnant attrapa l’outre au vol.
Avec les dents il arracha le bouchon de liège, et but à gorge déployée, la tête rejetée en arrière.
Il la leva haute, renversa du vin, qui comme une douche éclaboussa les reins de l'esclave.
Elle soupirait, habituée à de tels transports, de telles extravagances.
Devant la prisonnière, Tala, un grand noir s'assit cul nu sur l’herbe rase.
Il écarta largement ses jambes musculeuses, il agitait un gigantesque sexe déjà luisant de désir, il le mit sous le nez de sa victime.
    - Suce chienne.
D'une main ferme, il empoigna les chaînes à la base du collier, Tirant sèchement la tête de la fille. Elle s'écrasa bouche ouverte sur le gland.
Elle ne poussa qu'un petit cri avant d'engloutir difficilement le membre.
Devant ses yeux ronds de stupeur et ses gémissements, les soldats rirent tous de bon cœur.
Des anneaux perçaient ses tétons. Tala tira dessus, puis de sa main libre, il les tritura pour en ressentir la fermeté et la rondeur.
    - Elle suce bien cette gueuse et j’m'en vais l'étouffer avec mon foutre.
Il tirait toujours sur les chaînes, les lèvres de l'esclave lui chatouillaient les couilles, cette langue qui tournait autour du gland provoquerait jaillissement du sperme et jouissance.
Chienne, puisque c'était son nom, était murée dans l’indifférence des choses, étrangère à elle-même, elle semblait ailleurs, tout au moins par l’esprit, elle répétait mécaniquement, avec application, des gestes exécutés des milliers de fois, du par cœur, sans le cœur, sans les sentiments.
Esclave depuis sa prime jeunesse, elle n'était qu'une chose, un animal dressé à être baisé par tous les trous, un sac à foutre, une moins que rien.
À sept ans, elle avait commencée comme naninae c'était le nom des fillettes ou des naines que l’on forçait à être des jouets sexuel.
Pour un zas d'argent, elle avait été dépucelée sur la place d’un petit marché des provinces du nord, au cours des Ludi Florales, une des nombreuses fêtes licencieuses auxquelles participaient les courtisanes, des réjouissances où tous les débordements étaient permis, tous les accouplements possibles.
Son propriétaire l’avait attaché à un piquet comme une chèvre. Presque nue à quatre pattes avec un masque de chien, et une peau de chien sur le dos, elle avait jappé jusqu’à ce que la foule des badauds s’agglutine, s’assemble en cercle autour d’elle, afin de jouir du spectacle bestial dont elle serait l’actrice.
Le vieux dogue de son maître au museau court, aux babines maculées d’une salive abondamment moussue s’était chargé de la besogne, d’abord il lui avait léché le con, puis le molosse au poil raz et luisant, l’avait couverte comme la petite chienne en chaleur qu’elle faisait semblant d'être.
Elle avait gémi si fort, tant joué la vicieuse, et presque aboyé sous la fulgurance de ses assauts, que la foule unanime, spectatrice de cette scène obscène, quoique burlesque, l’avait traité de chienne, et cela lui était restée, d’ailleurs elle ne souvenait plus de son ancien nom, peut être n’en avait elle jamais eu, comment savoir, et quelle importance, puisqu’elle n’était qu’une marchandise.
Depuis elle devait les jours de foire, se faire prendre sur une estrade par l’animal. Attraction foraine, sorte de bouffonnerie zoophile, où le chien était déguisé en taureau pour simuler le mythe de Pasiphaé amoureuse.
Cela avait un certain succès, surtout quand le cerbère la prenait en levrette, elle n’avait aucun sentiment d’humiliation, elle avait même de l’affection pour son bestial amant, compagnon de chaîne et de gamelle.
Elle aimait quand il lui léchait la vulve, elle se tenait assise jambes largement ouvertes yeux mi clos, elle attendait souriante et impatiente la truffe humide, les coups de museau, alors elle se laissait choir sur le dos offerte à sa langue, offerte aux regards de tous.
Après sous les rires gras, et à la demande des spectateurs moqueurs, elle se mettait à quatre pattes, remontait sa croupe, l’agitait, patientait jusqu'à la pénétration frénétique du chien, qui invariablement l’inondait d’un foutre laiteux et chaud. Ce qui la gênait le plus, ce n’était pas d’être ainsi baisée, ni le goût du sperme, ni d’être l’attraction de la foule, elle n’avait ni pudeur, ni orgueil, non ce qui la dérangeait, c’était les griffes de son partenaire qui lui égratignait le dos et les cuisses. Ces ébats réjouissaient beaucoup son maître qui avait plus d’attention pour son animal, que pour elle qui n’était qu’une esclave plus facile à dresser que le chien.
Prostituée elle couchait avec tous ceux qu'on lui désignait, pour elle c'était son ordinaire, son pain quotidien.
Dès quelle avait été réglée on l’avait ceint d’une cordelette faite de jonc symbole de sa condition de schoeniculae c'était le nom qu'on donnait aux putains bon marché, elle racolait les soldats, la plèbe, et même les esclaves, les passes se faisaient le plus souvent à la va vite, debout dans une ruelle ou sur un quai encombré de marchandises, mais toujours sous la surveillance de son proxénète et maître.
Trop souvent elle avait droit à la morsure du fouet, la plupart du temps elle était en laisse, presque toujours dénudée, rarement attifée d’un chiffon jaune qui ressemblait vaguement à un péplum.
En plus des passes, elle remplissait les corvées du mousse. Son maître Lucius Optus possédait un bateau acheté dans les terres boréales, il l’avait armé pour le commerce fluvial, et les petits trafics, l'équipage était composé de huit affranchis, tous franches canailles, recrutés au hasard des mauvaises rencontres. Elle leurs devait à tous, obéissance et soumission.
Alors que Détérius la sodomisait méchamment, elle ressentait une vive douleur due au collier qui lui cisaillait le cou. Elle se souvint du jour ou le chien était mort de plaisir sur l'estrade, l'acteur principal ayant trépassé, il fallait bien renouveler l'attraction, hors elle ne savait rien faire d'autre que d'écarter les cuisses. Lucius trouva judicieux de la gager dans un lupanar, afin qu'elle acquière les rudiments dans l'art de la puttasserie, pour ce faire, ils allèrent dans la grande cité d'Aquilata.
Il l’avait conduite en laisse comme souvent à son habitude dans le quartier populeux des Quais de Suburre, plus connu pour ses lupanars que pour ses temples. Si Suburre était à l’origine un quartier de Domina le mot était devenu commun, et désignait maintenant les endroits réservés à la débauche.
Là devant l'entrée d'une grande domus aux murailles borgnes, qui en d’autres temps avaient du être d’un rouge carmin, il lui avait dit :
    - Regarde bien le ciel, et le soleil petite chienne, tu n'es pas prête de contempler Phébus de si tôt.
Dés le porche mineur franchi, ils avaient pénétré tout de suite dans un corridor très faiblement éclairé, les murs ocre à la base écaillés, et poudreuse, sentait l’urine et le moisi, mais depuis bien longtemps cette odeur ne dérangeait plus les habitués des lieux. La galerie ouvrait sur plusieurs petites chambres. La porte de chacune des cellules portait non pas le nom de l’esclave mais un numéro, celui ou celle qui y était cloîtré était enchaîné par le cou comme un animal. Au linteau était peinte une scène obscène, et à côté était inscrit la spécialité et le prix exigé.
Après cette obscurité fraîche quoique mal odorante, ils débouchèrent dans un grand atrium inondé par la lumière verte des rayons du soleil qui ricochaient et fusaient sur des petits bosquets savamment taillés.
Le doux gazouillis du jet d’eau au milieu de l’impluvium avait attiré deux colombes qui s’ébrouaient dans l’onde fraîche, à leur approche elles s’envolèrent.     
À l’ombre sous les colonnades polychromes du péristyle, Carretus-Ictus le propriétaire des lieux, l’un des plus important proxénètes de la ville et même de l'empire attendait debout devant un tabouret. Deux colosses noirs se tenaient prêts de lui, ils ne portaient qu'un fin plastron de cuir brun, une large ceinture de peau d’hippopotame à laquelle pendaient un gros trousseau de clefs et un fouet enroulé sur lui même, ainsi que des sandales de cordes tressées, leurs sexes longs, aux pesantes couilles, se balançaient mollement entre leurs jambes musculeuses.
Ils la saisirent, lui retirèrent sans ménagement sa courte tunique et sa laisse. Nue au milieu d'eux, elle devait garder les mains sur la tête, elle fut palpée, examinée, on la fit monter sur le tabouret pour mieux la détailler, elle dut se pencher, Carretus-Ictus lui malaxa les fesses et les seins, il examina son intimité, enfonça un pouce dans l’anus, puis il le lui fit lécher pour le nettoyer.
    - Oui Carretus-Ictus elle a commencé comme naniae à 7 ans, elle fait tout, accepte tout, c’est une petite vicieuse sans pudeur.
    - Belle marchandise encore fraîche. Et tu dis que c’est une bonne gagneuse, très docile, si on te l’abîme trop, ou si elle crève je t'en donnerai six cents has ça te va ?
    - Non, à ce compte là, achète la moi, surtout si tu comptes la sacrifier. Où la faire crever à l’abatage. Je te l'ai amenée pour que t'en fasse une vraie putain, une danseuse capable de retenir le public pendant que mes gars feront les bourses des curieux. Mais si tu m'en donne quatre vingts zas d'argent tu peux bien la donner aux chiens, j'en aurai plus rien à foutre.
    -. On va pas chipoter par Mercure tu es un client (Personnage ou famille qui, à Domina, se mettait sous la protection d’un patricien (son patron) Personne qui se place sous la protection d’un homme puissant À l’origine, une gens patricienne comprend, outre les membres censés descendre de l’ancêtre commun, des familles clientes liées par un lien juridique ainsi que des affranchis. Les clients sont associés au culte gentilice et protégés par le droit religieux. Mais ils n’ont pas de droits politiques et sont dans la dépendance de la gens et de ses gentiles. Ils doivent à leur patron respect et dévouement, certaines prestations et l’assistance militaire. En échange, le patron protège ses clients, leur fait divers dons et leur attribue quelques arpents de terre. Progressivement, toute grande famille, même plébéienne, a ses clients. La notion de client va perdre son caractère sacré, et le lien de client à patron pourra être dissous. Les clients forment une sorte de cour, susceptible de veiller sur la sécurité du patron ou d’exécuter ses ordres et surtout chargée d’organiser les campagnes électorales) de ma famille alors si je trouve à la vendre ou si elle meurt je te donnerai les quatre vingts zas d'argent dont tu parles, qu’en dis-tu ?
    - Tope là à ces conditions tu peux l’égorger de suite, alors à dans un an.
    - Attend ne part pas maintenant, nous devons formaliser notre contrat et verser quelques libations à Mercure, en plus j’ai une proposition à te faire. Tu as toujours ta bande de forbans, et ton bateau le Saumon Rouge je crois ?
    - Oui.
    - Je te garde pour mon petit banquet de ce soir, tu ne vas pas le regretter !
    - Merci c’est un grand honneur que tu me fais là, j’en suis indigne.
Satisfait Carretus-Ictus claqua dans ses mains aux doigts boudinés parés de nombreuses bagues, les deux serviteurs prirent l'esclave par le bras, ensemble ils passèrent une porte basse grillagée.
Ils l’emmenèrent dans le dédale des galeries souterraines.
On la poussa dans une petite pièce suintante d’humidité, sorte de cachot sans fenêtre de sept pieds sur dix, là un homme monstrueux avec une longue natte brillante de graisse, vêtu d’un épais tablier de cuir, attisait les braises d’un brasero rougeoyant qui irradiait une forte chaleur, sa lumière vacillante hésitait entre le vermeil et le cramoisi. Autour d’eux ce n’était qu’hombres sur les murs, ombres dansantes, monstrueuses, inquiétantes.
Entre ses jambes, était posé un billot, une corbeille de chaînes, des bracelets de métal, et de nombreux outils.
Il grogna comme le font certains chiens avant de mordre, il lui jeta un regard morne. 
Il la saisit par les cheveux, la força à s’agenouiller tête sur le billot.
la peur au ventre elle obéit, elle ne savait que se soumettre, que se plier à la volonté d’autrui.
Dans cette position, il lui riveta avec un gros clou incandescent un collier de bronze muni d’une courte chaîne, elle en sentit la brûlure et cria.
En grondant, il la tira par les cheveux et lui plongea la tête dans une large bassine d’eau froide.
La poigne ferme souleva l’adolescente dégoulinante pour la replacer devant la bille de bois.
Il recommença rapidement de la même façon, lui fixant des bracelets de fer munis d’anneaux aux chevilles et aux poignets.
Magnanime il lui jeta la bassine d’eau, refroidissant ses ferrures qui fumèrent en chuintant.
Elle portait depuis ces anneaux de servitude.
Un des gardes vint la reprendre, sans un mot il la tira sèchement par la chaîne, l’entraînant à sa suite dans un large couloir aux nombreuses portes.
Devant certaines, des hommes et quelques femmes attendaient.
    - Tes futurs clients. Dit-il en haussant les épaules.
Il l’emmena dans une grande salle circulaire éclairée par un grand nombre de soupiraux qui encerclaient le plafond de la pièce.
En son milieu un pilori attendait d’être utilisés, il ouvrit le battant y plaça la tête et les poignets de Chienne avant de rabattre la pièce de bois.
Puis il passa les anneaux des chevilles de la fille dans des crochets plantés à des pieux en retraits du pilori, de telle sorte qu’elle avait les jambes écartées, et qu’elle ne pouvait que se tenir pencher en avant.
Content, il admira son travail, avant de lui présenter sa verge.
    - Allez au travail, suce salope ! Allez, tu dois pouvoir tout avaler dans ta petite bouche.
Chienne avait la langue empressée et douce d'une esclave accomplie, elle aimait les pines avec gourmandise, elle avait indiscutablement de vraies dispositions, des aptitudes prometteuses qui ne demandaient qu'à s'épanouir.
    - Encore quelques coups de langues et je change de trou salope.
Puis il la doigta avant de la baiser à grands coups de reins elle ne mouillait pas encore mais il s’en moquait.
Elle se blessa les épaules, se les écorchant sur le joug de bois.
    - Vas-y bouge ton cul, je sens que ça vient.
Il jouit dans son con, il lui claqua les fesses sa main large s’imprima, empreinte écarlate, signature d’infamie.
Après quoi, il s’assit à l’entrée sur un banc de pierre, à coté d’une petite table sur laquelle un petit gong, un tronc de laiton et une gourde étaient posés.
Il but un peu et fit raisonner le gong.
Des dizaines d’hommes se pressèrent à l’entrée.
  -. Faites la queue chacun, son tour, 2 has la passe et vous pouvez la prendre par tous les trous.
Les clients laissaient tomber les pièces de bronze dans la boite avant d’assouvir leurs besoins.
Au bout de deux heures, elle était dans un état de semi inconscience, ses yeux étaient clos, poupée de chiffon malmenée par d’innombrables mains, défoncée par des verges tendues dégoulinantes de désir.
À quoi pouvait elle penser pendant que tous ces hommes la besognaient songeait le garde.
Elle n’était qu’un corps en sueur couvert de sperme, qu’une bouche dégueulant de bave. Autour d’elle le sol de terre battue s’était transformé en une marre de boue gluante.
Elle était comme lui esclave d’un maître, mais il la dominait, ce n’était qu’une fille des territoires du nord qui plus est ; une barbare, un animal, et son rôle était de la dégrossir, d’avilir un peu plus les sales petites putes qui passaient entre ses mains, et sur sa bite, d’en faire de vrais sacs à foutre, et il aimait ça, le monde était bien fait, il pouvait se venger de son état sur ces salopes.
    - C’est quoi ? C’est un morceau de bidoche ! On la bourre et elle ne réagit pas ! Se plaignit un client.
    - Tu voulais quoi pour deux has connard ! Sémiramis ? Répliqua le garde.
    - Mais tu as raison on va la réveiller. Écarte-toi !
Il se leva, pris son fouet enroulé à la ceinture, et fouetta les fesses de la prisonnière qui se tortilla. Elle poussa des cris aigus suivies de pleures, et de supplications. Il réussit à lui arracher des hurlements stridents quand le brin de son fouet lui toucha la vulve.
    - Ça va, elle est assez réveillée à ton goût ? Et toi salope, bouge ton cul pour faire plaisir au monsieur !
Les passes reprirent. Toute la matinée passa ainsi sans aucun répit.     
Le gong sonna et tous les amants éphémères se retirèrent en traînant des pieds, maugréant.
Le garde pris le tronc, le renversa en l’agitant, cinq pièces en tombèrent qu’il avala, il fallait bien qu’il pense à ses vieux jours. Il alla délivrer sa prisonnière du carcan, elle tomba inanimée, étourdie sur le sol fangeux.
  -. Pitié boire. Dit-elle d’une voix rauque.
Il restait un peu d’eau dans la gourde, il but, en versa un peu dans la paume de sa main, la tendit à fille, elle la lui lécha, elle attendit la suite, mais il vida le contenu à ses pieds, il la retient par le collier pour ne pas qu’elle lèche le sol.
    - Première leçon, on ne demande rien. Il la gifla violemment.
    - Deuxième leçon, on parle que lorsque l’on est autorisé. Il répéta la correction. Elle saigna du nez.
Il la reprit en laisse. Ils sortirent dans le couloir, un long bac de granit rempli d’une eau glacée occupait une partie du mur à quelques pas de là. Un seau de bois était posé sur le rebord.
    - Allez à quatre pattes et rampe jusqu’au bac, sac à foutre !
Elle s’exécuta et s’arrêta devant le bassin.
    - A genoux et pompe moi pendant que je te lave. T’es dégoûtante ! C’est ça continue de sucer.
Il remplit le seau et le lui renversa.
« Mais bon sang ce putain de gourdin ne va jamais jouir... j'en ai mal aux mâchoires » pensa-t-elle.
Il recommença trois fois à la doucher, jusqu’à ce qu’il ait envie de jouir.
Elle avait la chaire de poule, ses tétons s’étaient durcis sous la douche glaciale.
    - T’as toujours soif ? Moi ça fait toute la matinée que je rêve d'un trou où gicler. Et bien avale !
Il déchargea au fond de sa gorge, lui maintenant la tête plaquée contre son ventre.
    - Attends j’ai pas fini…
Et il urina.
Elle avala la pisse et le sperme.
Il sentit son sexe qui se fanait dans cette bouche accueillante il le retira et il l’égoutta sur ses lèvres.
Il la gifla, et devant la surprise de Chienne, il expliqua :
    - On remercie connasse ! Tu dois dire merci maître, allez !
    - Merci maître.
    - C’est bien tu comprends vite, tiens bois.
Et il posa le seau rempli devant elle, elle but à quatre pattes la tête dans le récipient.
    - C’est ça comme la bête que t’es ! Bois chienne !

Ils traversèrent d’autres couloirs de briques plates, d’autres corridors de moins en moins éclairés, de plus en plus humides.
Ils croisèrent d’autres esclaves femelles nues, silencieuses tenues en laisse par des gardes sévères. Parfois il s’arrêtait pour discuter avec eux dans ce cas elle devait se mettre à genoux et faire comme les autres prisonnières, sucer et lécher les couilles de leur geôlier.     
Ils descendirent d’étroits escaliers obscurs.
Ils étaient maintenant dans le quartier de dressage, enfilade de portes closes sur des destins tragiques joués d’avance.
Il tira sur un loquet et ouvrit une cellule semblable aux autres, sept pieds sur dix.               
Le fond de la minuscule pièce était occupé par un bas flanc de ciment grisâtre avec un travers sein de même matière.
Une chaîne à un gros anneau était scellée au sol pour ne pas qu’elle se pende.
L’homme lui retira la laisse ; puis avec une manille il l’enchaîna, il la toisa avec mépris, elle à genoux le fixait avec le même petit air triste qu’ont les chiens abandonnés, elle mérite bien son nom pensa t-il, alors il lui intima l’ordre d’aboyer pour ce moquer d’elle, et il se retira en riant.
Elle vit qu'il y avait d'autres annelets fixés au pied de la banquette.
Dans un petit enfoncement on avait laissé une lampe à huile à trois becs, seule source d’une lumière faible et vacillante, aussi faible qu'un bonheur future qu’une liberté rêvée.
Dans un coin, un seau de bois puant suintant excréments servait à ses besoins.
Une cruche ébréchée d'eau fraîche, une écuelle de bois composait le reste du mobilier, la banquette était recouverte d'un fin matelas de crin et de paille sur lequel était plié une pièce d'étoffe de laine jaune sale dont le centre était ouvert afin qu'elle puisse l'enfiler, cela devait lui servir de vêtement et de couverture.
Sur un mur était fixé un râtelier avec des phallus de bois et de cuir, ainsi que des martinets et des fouets.
Dans cet état d'extrême dénuement loin du soleil et du fleuve elle se mit à pleurer, silencieusement presque religieusement.
La porte s'était ouverte et les hommes s'étaient succédé de nouveau sans interruption.
Elle était vouée à l'abattage, cinq has la passe c'était à peine plus cher qu'un bol de soupe.
La lampe s'éteignit avec le départ du dernier client.
La flamme avait mis quelques temps à mourir, c’était une chose étrange, tandis que l'obscurité s'installait, étendait son territoire, chienne se sentait oppressée, comme si un être cher la quittait.
Cette flamme qui disparaissait lui laissait un vide au cœur, l'angoisse d'être à jamais recluse dans ce séjour sépulcral.
Elle était lasse, gluante, couverte de foutre, de pisse et même d'autres choses, tous ses orifices dégorgeaient de sécrétions visqueuses.
Pas une parcelle de son corps n'avait été épargnée par la souillure.
Elle essaya maladroitement de lisser sa longue chevelure rousse, tirant sur les nœuds, essayant avec ses doigts d'improviser un peigne, ce les passant dans les cheveux, elle en retirait des caillots de sperme.
À genoux, à tâtons, elle retrouva la cruche, elle se rinça la bouche et but le peu d'eau qui restait.
Toute son existence elle avait subit, se laissant porter par les événements, parfois elle en avait du plaisir.
Jouissant même des coups qu'elle pouvait recevoir, signes qu'elle était vivante, qu’on s’intéressait à elle.
Sur le bateau quand il n'y avait rien à faire, ce qui était rare, elle se frottait contre un des matelots, lui demandant s'il ne voulait pas la prendre.
Quand on le lui refusait, elle s'asseyait à la proue et se masturbait au vu et au su de tout le monde.
Elle se passait le bout de la langue sur les lèvres en une mimique obscène.
Alors le regard des hommes qui s'allumait, lui donnait le sentiment d'exister à nouveau, et quand ils la pénétraient, elle avait l'impression de les posséder, peut être de la fierté d'être désirée, d’être bonne à quelque chose. Parfois dans ces étreintes animales, brutales, presque toujours brèves, elle avait du plaisir. Elle ne savait ni lire, ni écrire, et son vocabulaire était très pauvre. Elle s'exprimait difficilement avec un accent indéfinissable, et d’ailleurs elle parlait peu, elle n’en avait pas besoin, elle ne devait qu’obéir sans discuter.
Plus tard, beaucoup plus tard, deux gaillards entrèrent.
L'un d'eux portait un flambeau qui l’éblouit, l'autre, deux grands sauts d'eau froide qu'il lui jeta violemment.
On lui dit de s'asseoir et d'écarter les jambes, on lui attacha les chevilles au bas flanc ; de sorte qu'elle avait les cuisses grandes ouvertes, et ne pouvait les refermer, elle exhibait sa juvénile toison rousse.
Elle frissonnait de froid, de peur, mais pas de honte.
Deux jeunes filles nues aux crânes rasés firent leur apparition, l'une portait une bassine l'autre un panier d'osier.
Elles lui coupèrent les cheveux, ils tombèrent en amas à ses pieds, lui rappelant ainsi qu’elle n’était qu’une bête, que l’on pouvait tondre à l’envie, après quoi elles lui rasèrent le crane. Quand sa tête fut lisse, elles s'occupèrent de son pubis à la légère toison de feu.
Elles entreprirent de l'épiler lui arrachant les poils avec des pinces de cuivre.
Elle cria, elle reçut en retour une magistrale paire de gifles, cela la calma.
Le sang perlait de temps en temps, mais il était vite essuyé, on lui badigeonna le sexe de cire chaude.
Elle sanglotait doucement reniflant sa morve.
Ses geôliers riaient, les filles ne disaient mot, œuvrant en silence, avec application.
Leurs pubis étaient aussi lisses que le plat de la main.
Les gardes lui ordonnèrent de les branler.
Un sexe dans chaque main elle exerçait un mouvement de va-et-vient.
Les serrant dans ses paumes comme s'il s'agissait de traire deux pis de vache.
Quand ils sentirent qu'ils allaient jouir, ils lui ordonnèrent d'ouvrir la bouche. À tour de rôle ils déchargèrent leur foutre, longs jets convulsifs, longues saccades, égouttant leurs plaisir obscène sur sa langue, et comme cela ne suffisait pas à les contenter, ils y crachèrent deux gros mollards qui se mélangèrent au sperme qui stagnait.
Un des hommes sèchement lui tapota la joue, elle avala le tout sans broncher, puis elle léchât les pénis pour en faire disparaître la plus petite trace de semence, elle avait retenue la leçon, aussi elle les remercia.
Seuls les hommes parlaient.
Ils lui dirent qu'elle resterait là plusieurs semaines, voir plusieurs mois.
Il lui était expressément défendu de chanter, de parler à voix haute, ou de chercher à établir des communications avec d'autres esclaves.
Une fois par jour, on remplirait sa cruche et son écuelle, en fin de journée on lui jetterait deux sauts d'eau pour la laver.
Tous les deux jours une autre esclave collecterait ses excréments.
On lui dit aussi qu'une journée de labeur correspondait au réservoir de la lampe à huile.
Elle devrait contenter tous les hommes, toutes les femmes, et tous les animaux qui franchiraient sa porte.
Quand elle entendrait la cloche résonner, elle devrait attendre nue, à genoux au milieu de la chambre.
Il lui était interdit de résister sous peine du fouet, ou d'autres sanctions dont la liste lui serait communiquée plus tard.
Elle ne pourrait dormir qu'après avoir été lavée.
C'était comme cela, et pas autrement.
Peut-être, plus tard, pourrait-elle avoir accès aux salles du haut et aux jardins.
Quand les servantes eurent balayé, quand on lui eut rempli la gamelle, d'un brouet infâme, et que tous se furent retirés.
Elle put enfin dîner, elle se rendit compte que son écuelle était fixée au sol, sans cuillère ; elle devait manger à quatre pattes comme la chienne qu'elle était.
Elle fut prise de vomissements peu de temps après.
Elle s'assit sur la banquette, tira sur sa chaîne, s'approcha du mur, elle vit des graffitis, et de très nombreux petits traits verticaux qui devaient être la trace laissée par une ancienne captive, il y en avait beaucoup, beaucoup plus qu'elle n'avait de doigts aux mains et aux pieds.
Était-ce cela la vie ? Sa vie ?
Quels dieux avait-elle offensé pour mériter un tel destin.
La tristesse la submergea, prisonnière de cette lourde chaîne de ces murs froids, de cette obscurité qui l'entourait comme un linceul désespérant.
Sur son grabat elle se recroquevilla, sous sa tunique rêche, elle passa une mauvaise nuit.

La cloche tinta.
À demi consciente elle suivit les ordres, à genoux et nue.
Elle attendit.
On entra, c'était un petit homme bedonnant et chauve.
    - Je serais toujours ton premier client. Mets-toi à quatre pattes sur le lit.
Elle s'exécuta, tirant sur sa chaîne.
    - Tiens tu peux manger pendant que je te bourre l’oignon.
Il lui donna deux pommes et une galette d’orge, elle croqua un fruit pendant qu'il l'enculait.
Il s'agitait en elle, et sa sueur aigre lui tombait en grosses le goûtes sur le dos, quand après quelques coups de reins il se vida, il lui claqua la croupe comme on le fait à une jument.
Elle le remercia.
Mais il lui dit que ce n'était pas fini, elle du descendre du lit, et se tenir accroupi jusqu'à ce que le sperme dégoulina sur le sol hors de son anus, elle le lapa, et remercia encore.
Elle comprit que les clients faciles passaient les premiers, en fin de journée elle avait droit aux autres, ceux qui lui pissaient dessus, ou ceux sur qui elle devait pisser, ceux qui la battaient, un gardien avait dû intervenir pour interrompre une séance trop violente, le garde disait au client qu'il ne fallait pas abîmer la marchandise, ou alors, payer beaucoup plus cher.
Le soir arriva, le surveillant entra avec ses deux sauts d'eau, elle s'agenouilla les mains sur la tête.
Le premier bidon contenait un mélange d'eau et de savon qu’il versa à demie.
Il lui demanda de se lever et d'écarter un peu les jambes.
Avec une éponge il la frictionna, s'appliquant sur les parties intimes, puis il finit de lui vider le seau sur la tête.
Le second qui contenait un mélange d'eau et de vinaigre, lui fut administré lentement, elle sentit plus longtemps la morsure du froid, et la brûlure de l’alcool sur ses innombrables excoriations.
Une servante entra avec une amphore, et un petit chaudron encore fumant, elle remplit la cruche et de la marmite, elle tira quatre grosses louches de ragoût, qui tombèrent mollement dans sa gamelle.
Une seconde fille remettait de l'huile dans la lampe et changeait les mèches, une troisième apporta une petite outre dont le bec ressemblait à un pénis qu'elle lui planta dans le vagin jusqu'à la garde, à deux mains elle pressa la panse et un liquide gicla, coula le long de ses cuisses, elle en fit de même pour son anus.
Chienne se mordit les lèvres.
Une quatrième entra aussi nu que ses compagnes, mais des chaînes partaient de son collier jusqu'aux anses des deux sauts qu'elle portait.
Ses jambes étaient entravées par une autre plus lourde qui traînait par terre, elle entaillait ses chaires, faisant saigner ses chevilles.
Sa bouche était scellée par un cadenas qui lui transperçait les lèvres.
A l’anneau d'un de ses seins pendait la clef.
Des poids oblongs hérissés de pointes étaient fixés à son sexe, ils se balançaient, lui écorchant l'entre cuisses.
Dans son anus était planté un martinet aux lourdes lanières de cuir tressées.
Son dos lacéré prouvait qu'il devait souvent servir.
L'esclave tremblante entreprit de transvaser les excréments de chienne dans un de ses sauts, elle en renversa un peu, commença à trembler et à pâlir...
On voyait qu'elle pleurait.
L'homme sans un mot détacha la clé du téton et ouvrit le cadenas.
    - À genoux sac à merde et lèche ce que tu as répandue.
L'esclave effrayée obéit ; du cul il lui retira le martinet, Chienne remarqua que le manche visqueux était long et de gros diamètre, son anus resta béant quelques instants.
Le garde entreprit de corriger la maladroite qui dut rester à quatre pattes.
À cette douleur aiguë, la malheureuse poussa un cri, puis sanglota, elle devait remercier son tortionnaire après chaque coup porté.
Il s'arrêta lorsque son dos et ses fesses furent couverts de zébrures violacées, et que des boursouflures d’un bleu presque noir éclatent.
Le geôlier contempla son œuvre quelques instants, avec un air de satisfaction mauvaise et dit :
    - Qu’attends-tu tas de merde ?
    - Merci maître, votre latrines est à votre disposition.
Elle lui embrassa frénétiquement les mains, les pieds et le sexe, attendit bouche ouverte qu’il y pisse.
Elle dut s’en gargariser avant d’avaler.
Il lui fit lécher le manche avant de le lui renfoncer dans l'anus, il remit le cadenas et la clef à leurs places respectives.
La pauvre toujours à genoux attendait les ordres.
Les quatre filles parties...
    - Tu vois esclave il y a toujours pire sort.
Ce faisant avant de la quitter, il la baisa debout, lui mordant le cou méchamment il éjacula dans sa gamelle. C'est vrai il y avait toujours pire.

Voilà à quoi pensait chienne avant de vomir sur le gland de Tala.
Le dégueulis tiède inonda le bas ventre du grand noir, Tala tira sur les chaînes encore plus fort.
Craintive, elle devança son souhait, elle aspira, avala les vomissures, se spectacle ravit Détérius qui jouit par spasmes successifs, donnant quelques derniers coups de reins.
Chienne animal sexuel, dans un état second, malgré sa situation éprouva du plaisir, elle contractait ses fesses comme pour retenir encore un temps le pénis de son tortionnaire. Elle était parcourue de légers tremblements.
    - Quelle garce ! Elle jouit, j’vous dis qu’elle jouit cette pute, vous voyez qu'on a bien fait d’ne pas la tuer, j’suis d'avis d’la jouer aux dés !
Plusieurs voix approuvèrent cette décision.
    - D'accord. Mais après le voyage, pour l'instant, tout le monde doit profiter de cette saloperie.
Chienne ne disait rien, elle savait être aussi discrète qu'un meuble.
    - Faut qu’j'arrête d’limer, j'ai le Chibre qui me lance tellement, je lui ai tellement donné de coups de queue, j'ai l'impression qu'elle est en feu... Je vais remplacer Démétrius à la garde du knarr.

De là où ils étaient on devinait à peine le bateau caché dans les roseaux.
    - Démétrius tu peux aller t'amuser, j’te remplace, j’prends la relève. Rien de particulier ?
    - Non Détérius, peut-être un bruit sur ta gauche, mais à mon avis ce doit être une loutre ou une noutre, ou un canard, il fait tellement noir... comme dans le trou du cul de Tala, et vous faites tellement de bruit...
    - Oui de toute façon, personne ne peut se douter que nous sommes ici. Pas de témoins, pas de trace. Ils doivent nous chercher au septentrion ou à la passe Akkaï. Au lieu de ça on descend le fleuve tranquillement. Il suffira de passer au large du fort de Caestrum Heltary durant la nuit pour ne plus être inquiété. Mitélius monte la garde près du rocher. Demande à Tala ou à Titus de le remplacer. La petite pute et chaude, en plus elle s'appelle chienne s'est trop drôle, on a bien fait d'éliminer l'équipage, on les a bien eu.
    - Oui, et on a d’la chance y a pas trop de moustiques ce soir, bon je vais manger et vider mes couilles, bonne garde !

Ils ne savaient pas, que non loin de là, tapi dans les grandes herbes, Garm les observait, il les suivait depuis cinq longs jours. Il avait décidé de partir seul et sans escorte. De les prendre en chasse, pour sûr Honorius n’apprécierait pas. Il avait dû abandonner son cheval aux portes du Marais de Diala, et acheter une pirogue au premier village rencontré.
Il avait même cru les perdre dans la forêt de roseaux, mais la chance et sa ténacité lui avait permis de retrouver leurs traces. Il fallait qu'il passe rapidement à l'action, bientôt la tramontane se lèverait, alors le knarr voguerait bien trop vite pour qu'il puisse les suivre. Maintenant qu'il les avait à portés de flèches, il ne devait pas gâcher ses chances. Demain il les abattrait. Mais il regrettait de ne pouvoir les prendre vivants.
Il aurait préféré qu'ils soient torturés puis exécutés devant le praetorium  du camp. La lapidation n'aurait pas été suffisante devant la liste de leurs forfaits, ils avaient égorgé des frères d'armes pour voler la solde de la troisième légion. Ils avaient déserté leurs postes, laissant une partie du fort sans défense. De toutes façons leurs têtes seraient bientôt empalées aux entrées principales du fort, sur Sancus il en faisait le serment.
Il était aux aguets, comme un félin, épiant les mouvements de ses proies, qui à une soixantaine de pas, ne se doutaient de rien, mais c'est bien là le destin des proies.
Le feu de camp seule lumière, œil jaunes et vorace au milieu de cette nuit insondable semblait tout manger, jusqu’aux lointaines étoiles indifférentes et froides.
De sa cachette il écoutait le chant de la brise qui jouait avec les branches, qui glissait sur les hautes herbes, il entendait distinctement le crépitement des flammes qui léchaient le chaudron où les hommes allaient se servir. D'autres bruits du camp lui arrivaient comme de curieux ressacs, venant s'échouer au creux de son oreille, ainsi il saisissait en plus des brides de conversation, le raclement des cuillères dans les gamelles.
Autour du foyer, les hommes mangeaient et buvaient à l'envie.
Ils avaient placé deux sentinelles en retraits, l'une dans le bateau, l'autre appuyée à un gros rocher rond et lisse.
Des insectes tourbillonnaient, et tombaient dans les flammes sous le regard résigné et las de la fille qui s'abandonnait aux débordements des légionnaires. L'odeur de la fumée et de la nourriture l'enveloppait, réveillait sa faim.
Non loin d'elle, Garm avait la même préoccupation, il prit délicatement et sans bruit dans sa besace, des biscuits aux épices qu'il mâcha longuement, il lui restait de l'eau vinaigrée mélangée à un soupons de Moggave Tequila Triple X, il but à toutes petites gorgées le liquide toujours acide, et malgré le miel qu’il avait rajouté, il grimaça.
Il maudissait les hommes qui en bas avaient l'air de prendre du bon temps.
Quatre gaillards entouraient l'esclave, ils lui pissaient dessus mélangeant le sperme à l'urine, ils s'amusaient à balader leurs jets sur son corps meurtrie, ils riaient fort en regardant les nués, ils agitèrent une dernière fois leur sexe au-dessus de la tête lisse de la gamine, égouttant leur phallus.
L'un d'eux, sûrement Titus retira de la marmite les deux pattes écailleuses d'une poule qu'il jeta négligemment à l’esclave.
Elle, à genoux ramassa sa pitance dans la poussière la nettoya autant qu'elle le put. Elle rongea les os comme une chienne, la faim et la soif la tenaillaient, tout son corps lui faisait mal, elle était couverte de bleus et d'égratignures, elle aurait aimé se laver, elle regarda autour d'elle, personne ne faisait plus attention à ce qu'elle faisait. Elle rampa jusqu'au chaudron qui avait été renversé, il était encore brûlant, mais dans le fond il restait encore un peu de bouillon, elle essaya de le laper.
Voyant cela Titus s'approcha silencieusement, lui prit une cheville et la tira violemment, la traînant sur le ventre, l'éloignant d'une nourriture tant espérée, il prit la direction d'un vieux saule au tronc noueux.
Garm retint sa respiration, il s'aplatit un peu plus, Titus et sa victime s'étaient approchés de lui. Le légionnaire laissa tomber la jambe de l'esclave. Avec la laisse il l'attacha à l'arbre puis il lui lia étroitement les mains et les chevilles, il lui pétrit les seins, pinça les tétons méchamment, lui tint le menton et lui cracha au visage.
Elle se recroquevilla tandis que les soudards ranimaient le feu avant de se rouler dans des couvertures.
Garm crut entendre la petite victime demander, ou plutôt implorer de quoi se couvrir. On lui jeta un sac de toile.
Garm prit son mal en patience, et pour plus de sécurité il s'éloigna un peu, rampant dans les grandes herbes du petit tertre. Il voulait se reposer avant de déchaîner l’enfer.
Leur complice que Nestorius Labrulbergen avait capturé s’était montré bavard et il savait bien plus de choses que ce que croyaient les déserteurs.
Aussi de nombreux courriers confidentiels étaient partis à brides abattues pour la capitale ainsi qu’une cage avec Procus.
Leur faire la chasse, mettre en application un savoir acquis après des siècles de pratique était pour lui une joie qu’il n’aurait laissée à aucun autre.
Il avait du user de toute son autorité pour partir seul.
Il avait besoin de faire couler le sang le sien ou celui des autres peut lui importait il fallait que le sang coule.

Hors ligne

#13 18-03-2018 21:01:38

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.21.    Plutocrus, Saavati, Minus sur la route de Trugole.


comme j'ai du l'écrire quelque part ceci est un brouillon, alors ce chapitre est bien le 21 j'ai reculé sa diffusion vu son contenu.





Plus loin encore, bien plus à l’est, là où se lève Phébus aux cheveux d’or, en un lieu où son char était déjà très haut dans le ciel.
Une litière aux draps de lamé dorés, frangés de fils d’argent, se balança un instant, sembla hésiter, puis s’arrêta. Elle était encadrée de huit galles (prêtre du culte de Cybèle, les galles étaient voués surtout au culte d’At­tis, l’amant de Cybèle. Parfois émasculés, ils exécutaient des danses frénétiques et accomplis­saient di­verses cérémonies dont le taurobole.)aux toges vertes, qui marquèrent le pas, pendant que plusieurs corybantes (prêtre de Cybèle, pratiquant des danses extatiques)la précédant, dansaient de manière saccadée, au son des tambourins, et des fifres.
Un jeune esclave nu, châtré, peinturluré de vert, se précipita, se prosterna dans la poussière du chemin pour servir de marche pieds à Plutocrus l’archigalle (Le grand prêtre était l’ar­chigalle, tou­jours citoyen Dominien).
Le grand prêtre se dirigea vers un chariot bâché de lin écru qui dissimulait une cage de fer. Une douzaine de captives y étaient entassées, il demanda à un garde de soulever un coin de toile, il ne voulait pas souiller son auguste personne par une si vil besogne. Toutes les têtes des prisonnières se précipitèrent vers ce triangle d’air frais, puis ce ne fut que suppliques, demande d’eau et de fraîcheur, pour toute réponse, la bâche se rabattit.
Satisfait Plutocrus se retourna, passa lentement devant Saavati vêtue d'un pagne, encagoulée de cuir, enchaînée par le cou suivait tant bien que mal le chariot des esclaves.
Elle-même tirait un drôle d’attelage, un petit char conduit par un nain en tunique verte.  Le grand prêtre lui claqua les fesses, elle tressaillit légèrement, il ricana en entendant la respiration haletante de la jeune femme, puis il regagna en riant sa litière, où deux jeunes adonis balançaient à son intention des éventails de plumes d’autruches blanches et noires.
Il agita un mouchoir parfumé aux essences d’héliotrope, la litière se souleva mollement, portée par ses vingt-huit porteurs aux pagnes verts.
Le cortège s’ébranla à nouveau bruyamment vers le port de Trugole qui n’était plus qu’à deux cents stades (1 stade=600 pieds soit entre 177m et 192m). La route poudreuse incommoda Plutocrus, aussi descendit on les vaporeux rideaux de lin de son palanquin.
Cinquante cavaliers et cent hoplites l’accompagnaient ainsi qu’un train d’une trentaine de chariots.
« Ce soir je ferai couper les langues de ses femelles criardes comme c’est la coutume chez mon hôte et je les ferai manger à Saavati, cela sera fort amusant.» Il en avait assez d’entendre leurs jérémiades et comme de toute façon leur destin était de finir immolées… « Demain nous arrivons enfin au port de Trugole, encore une relève de porteurs et dans trois heures nous serons au camp du soir.» Pensa Plutocrus.
Il sortit la tête de la litière et ordonna que l’on presse le pas.
Presque un mois que le long cortège avait quitté le lac aux eaux sombres de Taciphrène sur les bords du plateau de Naburr.
Naburr était situé au pied d’un énorme nœud montagneux que l’on appelait la chaîne majeur des montagnes du Kouff, et le lac était là, posé sur une table de Titans, comme un immense cratère offert aux dieux. Plus bas, après une longue succession de murs cyclopéens en gradins, chargés de retenir les rares terres cultivables, et un chemin en lacets, le cortège avait débouché sur une vaste plaine, où d’énormes blocs de rochers gris, presque blancs, avaient été jetés au hasard, pareille aux miettes d’un monstrueux banquet offert à des titans négligents.
L’escorte avait cheminé au milieu de ce chaos granitique, sur le tapis souple, d’une steppe verdoyante, parsemée d’innombrables petites fleurs multicolore.
La route vallonnée semblait se dérouler à l’infini, et le moelleux tapis de ces pâturages à l’herbe rase contrastait avec les bords des contre forts arides et nus.
La suite longea un fleuve aux eaux tumultueuses, grossies par la fonte des neiges, de loin en loin, elle rencontrait de larges dépressions occupées par des prairies aux hautes herbes qui commençaient à fleurir.
Puis ils avaient pris le bateau pour traverser la Mer Violette, après dix jours, ils avaient abordé sur la côte des cigales, parcouru la garrigue épineuse, avant de parvenir sur un autre plateau aride, jumeau du Naburr, de l'autre côté le port de Trugole les attendait.   
Le nain Minus, armé d’un aiguillon, piqua sans ménagement les fesses de la très grande, et trop belle Saavati, une goutte de sang perla. En mugissant, elle se remit en marche, avant même que sa chaîne ne se tende et ne la tire en avant. Il ne faisait pas vraiment froid, mais le vent rafraîchissait ses jambe nues, une bourrasque lui passa entre les cuisses, lui rappelant comme si elle avait pu l’oublier, qu’elle était nue sous la guenille qui lui servait de pagne, la rafale lui embrassa le sexe, et joua avec les poils de son pubis qui avaient repoussés. 
Sa cagoule en cuir bouilli, ne laissait passer que son charmant petit nez percé depuis peu d’un grand anneau de bronze, des boucles d’airain nouaient sa cagoule du sommet de son crâne jusqu’au-tour de son cou, jusque sous son large collier de fer, aux quatre anneaux soudés.
Un trou, d’un diamètre de deux pouces, serti de cuivre, était pratiqué au niveau de sa bouche, un bouchon fait d’une balle de cuir pendait au bout d’une très courte lanière, il pouvait ainsi obstruer l’orifice buccale.
Au sommet de sa cagoule, un autre trou sertît de cuivre laissait échapper sa longue tresse aussi noire qu’une aile de corbeau, elle descendait jusqu’au bas de ses reins cambrés pour finir nouée à une clochette.
Elle ne savait plus depuis combien de temps elle était ainsi humiliée, traitée comme un animal, traînée sur les routes, tirant cette carriole ridicule. Depuis combien de jours cette cagoule lui cachait elle la lumière ?
Elle était aveugle aux paysages, et aux gens, elle ne sentait que leur présence, n’entendait que leurs moqueries, de plus en plus souvent Minus lui masquait la vue, et elle devait s’en remettre entièrement à son belluaire.
(esclave attaché au service des animaux du cirque)
Comble d’ironie, la seule partie de son être qu’elle acceptait hier de dévoiler était maintenant cachée de la vue de tous, et lui cachait la vue de tout. Son corps qui jadis était aussi blanc que l’albâtre, qui jadis, se dissimulait sous de riches atours, n’était maintenant paré que d'un pagne et d’un pectoral de cuir rigide qui maintenait, et soulevait son opulente poitrine aux seins fermes.
Sa peau était aujourd'hui couverte de cicatrices, d’éraflures en tous genres. Au creux de ses reins on l’avait savamment scarifié, et brûlé au fer rouge, dans ces plaies aux motifs étranges, on avait coulé de l’or, l’ornement était rond avec un léger relief, d'un diamètre de deux pouces, il cicatrisait à peine. Les grandes lèvres de son sexe étaient maintenant fermés, il était soigneusement infibulé avec un solide fil de lin mélangé à du crin, on y avait enfoncé un petit tube de laiton, une sorte de cathéter, pour qu’elle puisse facilement uriner. Ses seins lourds mais pourtant fermes, d’une blancheur lactée, nervurés de bleu, se redressaient fièrement soutenus par le pectoral, ils étaient moites de sueur et de bave.   
Elle marchait en aveugle, guidée par l’aiguillon et les rênes de Minus son impitoyable aurige, une piqûre sur la fesse, en avant, une secousse sur l’atèle droite, à droite, une secousse sur l’atèle gauche, à gauche, pour l’arrêter il tirait en même temps sur les deux atèles.
Et c’était efficace, car les deux brides s'attachaient à l'anneau de son nez.
Enfin une troisième rêne finissait unies à la boucle arrière de son collier.
Chaque ordre était ainsi transmis, et instantanément, viscéralement ressenti. Si elle était distraite, la troisième rêne était secouée, ou pire tirée.   
Ses poignets étaient si étroitement enchaînés aux brancards, qu’elle ne pouvait guère les lâcher, on lui avait bandé les mains, car dès le premier jour était apparu de grosses ampoules, Minus chose rare avait eu pitié d’elle, il en avait fait de même pour ses pieds, une simple bande de cuir enroulée sur sa plante des pieds et ses chevilles devait lui suffire.
Ses rondeurs, elle les avait perdues en même temps que sa liberté, son orgueil, et sa dignité. 
Elle avait vu pour la première fois son petit tourmenteur juste après ce qu’on avait appelé son matage, ordonné par Plutocrus.
Elle se souvenait avoir été sortie, ou plutôt tirée hors de sa cage, on l’avait ensuite enchaînée, et on lui avait passé une solide cagoule de cuir nouée derrière la nuque, et qui par de nombreux anneaux était solidaire de son large collier fait de fer doublé de cuir.
Cette cagoule lui bandait les yeux. On lui mit aussi une sorte de muselière, un gros anneau avec des lanières qui s’attachaient derrière la tête, et qui se coinçait derrière ses dents, il lui obligeait d’avoir toujours la bouche ouverte. 
Son humiliation fut totale quand on lui arracha les haillons qu’elle avait réussi à conserver, et quand on lui fixa une chaîne à son anneau nasal.
On l’avait jeté dans une chaloupe, elle le savait, elle entendait tout, elle sentait le tangage, le roulis, et même les éclaboussures glaciales, plus tard des bras l’avaient soulevée, jetée sur ce qu’elle devinait être une rive herbeuse.
Il y avait des oiseaux gazouillant tout autour d’elle, elle pouvait sentir le chatouillis un peu dérangeant de l'herbe drue sur sa peau, si elle avait pu, elle en aurait mangée, tant la faim la tenaillait, mais cet étrange bâillon lui empêchait de fermer la bouche, ou d’utiliser ses dents de quelque manière que ce soit. Elle sentit sur elle la légère caresse du soleil, après tout ce temps passé à fond de cale c’était presque une bénédiction, même si elle ne voyait pas, elle savait que tous les pores de sa peau se gorgeaient de chaleur, de lumière et pour la première fois de sa vie elle fut heureuse d’être nue.
Elle eut un vertige, elle s’évanouit.
Quand elle reprit conscience, elle s’assit jambe écartées, elle fit tinter ses chaînes, cela pesait à ses poignets.
Elle se souvint avoir été enchaînée.
Elle aurait souhaité voir.
Elle tira, essayant d’atteindre ses yeux, elle sentit la chaîne se serrer et se tendre. Bien sûr elle devait être attachée plus loin à un point fixe, de toute façon elle n’aurait pas pu délasser sa cagoule, ce fut en vain qu’avec ses ongles elle essaya de griffer, d’arracher un morceau du cuir de sa cagoule. 
Elle se concentra alors sur ses autres sens qui lui semblèrent tellement plus alertes.
Elle ressentit encore une fois son absolue nudité quand un brin d’herbe lui chatouilla la vulve, elle prit aussi conscience de sa tenue totalement impudique, hâtivement elle se mit à genoux, cacha son sexe de ses mains.
Pourtant sans qu’elle sache pourquoi, la sensation maintenant familière du cuir, sur son cou, le fer à ses chaînes avaient quelque chose de rassurant. 
Et même si elle ne pouvait toujours rien voir. Elle pouvait entendre la nature qui tout autour d’elle s'animait.
Comme un animal aux abois, elle redressa la tête et huma l’air.
Il y avait une odeur de verdure fraîche, de terre humide, et aussi de cendre froide.
Elle entendit un battement d’ailes sur l'eau, et le clapotement des vaguelettes, tout lui disait qu’elle était toujours proche de l'eau, que durant sa perte de conscience on ne l’avait pas bougée.
L’odeur de fumée et de cendre froide flottait toujours, persistante comme un nuage qu’elle imaginait gris.
Elle supposait que l’heure était matinale car elle sentait cette palpitation de l’air qui n’appartient qu’au matin, elle avait la chair de poule, elle la devait à la fraîcheur de l'air, et non à l’effroi d’une nouvelle torture.
Était-ce des bruits de pas ?
Oui.
Elle n’avait même pas pensé à se lever, maintenant il était trop tard.
Elle pouvait entendre le craquement des branchages et le froissement de l'herbe qui se rapprochait.
Combien étaient-ils ?
Et à quelle distance ?
Quelqu'un pourtant s’approchait d’elle.
Qui ?
Nul doute qu’il n’était pas seul.
Quelqu’un lui tapa légèrement sur les côtes avec ce qu’elle sentit être une trique.
Elle fut corrigée sans un mot, sans un ordre, par une main sûre qui distribuait de petits coups secs, ici un contact, là un coup, jusqu'à ce qu’elle comprenne qu’elle devait se tenir à quatre pattes.
Elle obéit, pourtant elle n'avait entendu aucun mot, aucun ordre n'avait été donné.
Qui était-il ?
On lui tapota sur la tête, elle l’abaissa légèrement.
Elle pensait qu’il voulait par ce geste lui faire comprendre qu’elle était soumise, mais il voulait plus que cela.
Il répéta son geste jusqu'à ce qu’elle comprenne, jusqu'à ce que ses lèvres touchent ses pieds.
Un coup de trique sec sur son derrière l'instruisit.
Elle commença à lécher, nettoyant ses orteils alternativement, goûtant la cendre, la poussière et la crasse, sa langue s’insinua entre les doigts de pieds.
Cela lui sembla durer des heures avant que la cravache légèrement ne lui indiqua de s'arrêter.
Elle recula à quatre pattes.
La cravache explora son corps, claques légères, coups de cravache soulignant son besoin d'obéir.
Enfin, la main s'arrêta, et sa longue natte fut tiré lui imposant de se mettre à genoux.
Après un moment.
La cravache la remit à quatre pattes.
Elle attendit, sentant l'herbe presque piquante.
Puis sans savoir pourquoi, elle fut fouettée, elle supporta les coups cinglants.
Ses protestations restaient au fond de sa gorge, tout ce qu’elle pouvait crier c’était des : « Ah.» et cela sur tous les tons.
Elle ne pouvait que rester dans cette position, car chaque fois qu’elle voulut s’y soustraire les coups avaient redoublés. 
Elle éprouvait la brûlure, la palpitation douloureuse de sa chaire partout où la cravache avait trouvé sa marque.
Elle aurait aimé implorer, elle essayait bien de mimer qu’elle était prête à faire une fellation, avec son ancien geôlier cela marchait parfois.
Mais là, la trique la remettait en place, à quatre pattes tête basse. 
Puis sans savoir pourquoi cela s’arrêta.
Elle n’était qu’un animal blessé, son dos, ses fesses n’étaient que stries violacées et boursouflées.
Abasourdie, suffoquée, elle reprenait lentement son souffle.       
Alors une main sur le bas de son dos se promena, une autre lui écartant largement les jambes.
La violerait-t-il maintenant ?
Elle sentit quelque chose de dure glisser le long de la raie de ses fesses, s’insinuant alors en bas de sa fente.
Ce n’était pas une verge, c’était froid.
Cela tourna autour de son anus, insistant lentement, mais pourtant fermement, pénétrant son sphincter.
Une main la caressa, la massa, des doigts lui écartèrent les fesses, tétanisée elle ne bougea pas, puis alors une chose glissa en elle.
Elle voulait se sauver.
Mais où pouvait elle aller, enchaînée et aveugle ?
La présence de l’objet lubrifié frais, la pénétra telle une vis, elle le sentit démesuré, persistant.
Son anus, ce traître, happa douloureusement l'objet, lui trouvant une place, toujours plus profond, ouvrant son corps qui abandonnait sa volonté de résistance, il y avait elle, et son corps, qui ne lui appartenait plus.
Elle était attachée, elle gémit pendant que la partie la plus large la pénétrait inexorablement. Alors enfin la chose fut presque totalement en elle. Elle entendit partir son tortionnaire. Instinctivement elle essaya de l'expulser.
Non, la chose était trop bien posée, comme attachée. Pendant qu’elle se déplaçait quelque chose chatouilla sa cuisse.
Qu’est-ce que c’était ?
Une queue ?
Elle resta à quatre pattes jusqu'à ce qu’elle ne puisse plus l'entendre, puis elle se mit à genoux, essayant d'atteindre son derrière, de tirer cette queue. Ses chaînes, et la forme de cette chose en forme de quille, empêchèrent tous ses efforts. Puis de nouveau des bruits de pas, et le tintement de clochettes.
Vite, elle se mit à genoux.
Elle se sentie équipée de lanières de cuir.
Il lui sembla qu’on harnachait son corps, tirant avec effort ici, attachant là. Plusieurs fois on déboucla une partie des sangles, mais seulement pour les reboucler invariablement plus serrées.
La courroie qui passait entre ses jambes semblait heureusement être agrafée lâchement.
Elle l’avait constaté pendant qu'il la tirait.
Elle sentit que des mains jouaient avec sa queue, la glissant apparemment dans une fente de la courroie.
Alors cette dernière courroie qu’elle pensait détendue, fut tirée fortement, enfonçant l’objet plus profondément encore, écrasant ses lèvres, elle ne put retenir un halètement animal.
Puis de petits coups de triques lui signifièrent d’avancer, toujours à quatre pattes, elle se dirigea vers le feu de camps, elle constata avec délice qu’il devait y avoir encore des braises.
On lui fit comprendre qu’il fallait qu’elle s’arrête.
Qu’elle devait se mettre à genoux.
Elle eut le pressentiment d’être devant un obstacle, elle tâtonna devant elle.
Effectivement, elle toucha quelque chose qui devait être un poteau ou un tronc, elle en était très proche, une demie coudée tout au plus.
Elle sentit un doigt sur ses lèvres, elle comprit, on lui défit le bâillon, depuis longtemps toute sa salive avait coulée sur son menton, et sur ses seins.
Elle se passa la langue sur ses lèvres gercées.
Des petits coups de triques sur le haut du crâne lui firent comprendre de baisser la tête, son visage entra en contact avec de l’eau, sans savoir comment, elle comprit qu’il fallait qu’elle lape cette eau, ce qu’elle fit jusqu’à lécher le fond de ce qu’elle pensa être une auge de pierre ou un abreuvoir.
Puis elle entendit deux sons mats venant du bout du bac, elle pensa à de la nourriture, son museau se dirigea vers le bruit pour rencontrer quelque chose de visqueux, une pâtée, pour elle, qu’elle joie.
« Nourriture ! » pensa-t-elle.
Elle qui était terriblement affamée, elle voulut y plonger ses mains pour porter plus facilement la nourriture à sa bouche, la cravache veillait, ses mains, ses avants bras furent fouettés avec violence, instantanément elle recula, se prosterna, offrant ses fesses rebondies à la cravache, les coups cessèrent.
Alors avec précaution elle rampa jusqu’à la nourriture, elle avait compris.
Mais là…
Qu’elle déception la nourriture avait presque entièrement disparue.
Elle lécha frénétique, comme un animal les traces de pâtée.
La trique la fit se redresser, elle sentit qu’on passait une chaînette à son anneau nasal.
On souleva aussi la chaîne de ses poignets pour la faire passer par-dessus le poteau, elle se rendit compte qu’il ne devait pas dépasser plus de trois coudées, et que son épaisseur devait avoisiner la demie coudée.
Elle ne pourrait pas le déplacer.
Sa chaîne nasale fut fixée au piquet, on lui replaça le bâillon sans qu’elle ne proteste.
Elle était à genoux devant le poteau.
Elle ne pouvait pas voir que celui si était percé par un pas de vis de circonférence égale à son bâillon, on y introduit un cylindre de bois que l’on vissa, il ressortit de l’autre côté d’une assez grande longueur pour rentrer et obstruer la bouche de Saavati.
Sa chaîne nasale lui empêchait de reculer la tête, la vis de bois lui interdisait de se rapprocher, de se coucher, ou de se lever.
Elle entendit qu’on jetait du bois dans le feu.
Elle sentit la chaleur qui rayonnait.
Les pas s'éloignèrent, puis de nouveau se rapprochèrent, on lui jeta un seau d’eau. Le liquide froid soulagea ses blessures, puis le temps passa.               
Elle se tenait là, à genoux, attendant longtemps, à chaque fois qu’elle bougeait, sa chaîne nasale la rappelait à l’ordre, de nouveau la soif, la faim la tenaillait.
La nuit arriva sans qu’elle le sache, enchaînée, la queue pendante, harnachée devant son piquet comme un quelconque animal de bat.
Heureusement, son sexe lubrifia cette implacable courroie qui lui cisaillait l’entre jambes.
Elle attendit.
Elle s’assoupit.
Avant elle n’aurait jamais cru que l’on puisse dormir ainsi, nue, à genoux dans l’herbe humide attaché par le nez.   
Des cloches tintèrent encore. 
Sa bouche était si sèche qu’elle ne bavait plus.
Si elle avait pu, elle aurait claqué des dents, son corps était cependant parcouru par des vagues de frissons.
Elle ne savait pas si elle était consciente ou non. 
Un doigt sur son mamelon gauche, puis un pincement terrible finit de la réveiller, son tortionnaire était incroyablement insensible à la douleur qu’il lui infligeait.
Elle sentit que quelque chose peser à l'anneau de son sein. 
Elle pouvait seulement haleter, se soumettre au mal redoublé, car son autre mamelon avait été pareillement trituré.
Il refit sa longue natte noire, qui était si elle avait pu voir, assortie avec celle qui pendait entre ses jambes.
Une fois de plus elle fut laissée seule.
Si elle bougeait un tant soit peu, les cloches tintaient.
Ainsi elle se tenait immobile, accablée par les assauts de ses sens.
Elle se tenait immobile, aveuglée, bouleversée.
Son corps ankylosé lui faisait mal, les séquelles des coups de cravaches lui brûlaient encore la peau.
Sa bouche était toujours maintenue ouverte.
Sa tête, son corps, étaient captifs des chaînes et du harnachement.
Son cul était toujours brutalement obstrué, ses mamelons intolérablement écrasés.
Ses narines étaient dilatées sous son masque pendant qu’elle respirait, sa salive s’était remise à goutter sur sa poitrine, sa queue parfois la chatouillait.
Dans cet état d’immobilité contrainte, elle souffrait presque stoïquement de l’assiduité frénétique des insectes qui l’environnaient. 
Pourtant la nature continuait son vacarme délicieux, accompagnant le tintement de ses clochettes.
Elle avait compris, il la transformait en animal.
Incroyablement…
Elle en éprouva un plaisir morbide…
Excitée...
Presque à la frontière de l’orgasme.
Une sensation qu’elle n’avait jamais connue…
Être humiliée, battue, cela pouvait-il donner du plaisir ?
Que lui arrivait-il ?
Elle ne pourrait s’en confesser à personne, étrangement cela la rassura.
Enfin, elle sortit de sa stupeur, alertée par quelque chose.
Un grincement de roues...
Juste après qu’on lui attache les poignets aux brancards, on lui délassa sa cagoule, juste suffisamment pour qu’elle se rende compte que c’était un nain qui l’avait dressée et attelée.
En dehors de sa petite taille, la première chose qu’elle avait remarqué c’était sa méchanceté, son air mauvais.
Sûrement en voulait-il à toute l’espèce humaine du méchant tour que lui avait joué la nature.
Maintenant deux semaines qu’il la martyrisait, deux semaines qu’elle marchait sans chaussures, elle qui ne connaissait que le confort douillet des souliers faits à ses mesures, dans des cuirs d’exception.
Elle qui maintenant avait les pieds meurtris et en sang, elle dont les bandes étaient devenues bien vite de la charpie sanguinolente.
Elle qui toute nue, avançait les mains attachées à ces maudits brancards, elle qui n’était plus le nonce d’un royaume puissant, elle qui moins qu’une esclave, était devenue un animal qui serait certainement sacrifiée à Cybèle une Déesse en qui elle ne croyait pas.
    - Pitié maître dresseur Minus à boire. Implora Saavati.
    - Ta gueule salope tu boiras à l’étape. Et il lui piqua les fesses.
    - Je ferai tout ce que tu voudras maître.
    - Tu fais déjà tout c’que je veux !
    - Je sucerai toutes les bittes que tu voudras maître Minus.
    - Tu m’suce déjà sale pute, tu devrais plutôt me remercier, le foutre c’est tout bon pour ta gueule, c’est nourrissant et t’as même un peu plus que ta ration. Non je veux plus. Je veux ton con et ton cul de vierge !
    - Tu sais très bien que ce n’est pas possible on m’a cousu le sexe maître.
    - J’ai demandé aussi ton fion grognasse !
    - C’est sacrilège pour moi, je ne puis sacrifier à tes désirs de mon plein gré… mais tu peux me violer.
    - Voyez-vous ça. Pas même pour de l’eau et de la viande ?
    - Tu es le diable. Mais pourquoi me demander ? Puisque je suis en ton pouvoir ?
    - T’occupe femelle, je veux que ce soit toi qui demande, je veux même que tu me supplies.
    - Je ne suis pas assez humiliée comme ça ?
    - Justement non, je sais que pour toi et ta religion c’est l’avanie suprême, que c’est passible du bûcher. Hein ! Combien de personnes as-tu condamnés pour ça ?
    - Tu es le diable ! répéta-t-elle une dernière fois.
Peut-être était-ce vrai, car Minus profita de la grande longueur de chaîne de Saavati pour la diriger vers les accotements de la chaussée, là où les pierres étaient plus aiguës, plus nombreuses aussi. Il profita d’un légers faux plat pour accentuer sa peine en freinant un peu.
Elle, le corps en nage, la tête brûlante sous sa peau de cuir, elle dont les tempes battaient, était prête de défaillir, on entendait sa respiration bruyante, son souffle de bête contrainte.
Au tout début, quand on l’avait sortie du palais flottant, elle n’avait pas voulu tirer le petit chariot auquel on l’avait attelé, alors on l’avait enchaînée par le col à une charrette, qui quand elle s’était mise en route, l’avait traînée de force, la forçant à se relever, à se mettre en marche, de temps en temps, quand la longue chaîne se tendait, cela lui donnait de violentes secousses dans le cou, depuis on lui avait laissé la chaîne. 
Son gros orteil heurta un caillou aux arrêtes anguleuses, une de ces pierres lourdes que l’on pousse sur les bords des chemins, afin de ne pas blesser les bœufs ou les mulets.
Une douleur fulgurante l’irradia jusqu’à la racine de ses cheveux, elle trébucha, tomba à genoux, ses mains qui étaient fixées aux brancards ne purent amortir sa chute, son menton heurta le sol.
Minus l’abreuva d’injures, de coups, tira fort sur les rênes, lui arrachant des cris de souffrance alors qu’elle était recroquevillée.
Elle se redressa un peu plus écorchée, glapissante, humiliée, bavant de rage, mortifiée.
Traînée par sa chaîne, attachée au chariot, piquée copieusement aux épaules, et aux fesses par l’aiguillon de Minus, les brides lui tiraillaient douloureusement son intimité à la vue de tous.
Elle sentit l’eau. Suprême punition que son cocher venait de lui jeter dans le dos. Elle sentit les gouttes fraîches rouler au creux de ses reins brûlants, humecter son sexe douloureux.
Elle aurait aimé qu’il fût une bouche pour en aspirer le liquide, mais les gouttelettes roulaient le long de ses cuisses, de ses jambes et de ses chevilles.
Elle se rendit compte à cet instant précis, qu’elle n’était plus qu’une bête capable de toutes les bassesses pour étancher sa soif, ce fut pour elle une révélation, comme une deuxième naissance, elle naissait à l’animalité et bientôt à la bestialité.
Survivre, avoir moins mal, cela devenait une idée fixe, elle capitulait en rase campagne, elle se soumettait, comme une jeune pouliche, elle n’avait plus de volonté, plus du tout d’amour propre, son corps commandait à sa place, elle ne voulait qu’un peu d’eau pour tirer plus loin celui qu’elle considérait maintenant comme son maître, comme son belluaire.
Elle allait supplier, mais Minus parla le premier.         
    - Alors pense que la route est encore longue, que bientôt j’aurai vidé ma gourde, qu’il n’y aura plus d’eau jusqu’à ce soir. Pense que peut être deux ou trois semaines de ces réjouissances t’attendent encore, que pour toi ce n’est que le début de tes peines. Je te promets de la viande pour ce soir et de l’eau tout de suite, et pense que si ce n’est pas moi qui t’encule, ce sera un autre de toute façon tu vas y passer.
Saavati qui n’en pouvait plus, qui avait déjà lâchement abandonnée Ba-Marcon, qui s’était déjà humiliée pour alléger ses tortures, parjurée en signant des aveux truqués, qui n’était plus à un renoncement prés murmura.
    - D’accord.
    - Quoi ?
    - J’accepte tu es content ? dit-elle pleurant de désespoir et de rage impuissante.
    - Supplie-moi !
    - Quoi ?
    - Oui, je veux t’entendre me supplier.
    - Pitié, je ferais tout ce que tu veux, tu es mon maître, mon seigneur tu peux prendre mon cul, je t’en supplie, je t’en supplie. Et elle était sincère, si elle avait pu, elle se serait prosternée à ses pieds.   
    - Bien tu vois quand tu veux. Mais dorénavant tu ne parleras plus, tu henniras comme une jument, c’est mon bon plaisir. Une fois pour oui, et deux fois pour non, et c’est tout ce que je veux entendre de ta bouche.
    - D’accord Minus.
Il lui piqua méchamment la croupe, et cria.
    - Tu n’as pas compris salope ?
Elle hennit une fois, ravalant le reste d’orgueil et d’amour propre qui lui restait.
Alors il la dirigea vers le milieu du chemin, là où l’herbe rase faisait comme un long ruban vert et tendre, il lâcha aussi le frein.
Il répéta.
    - Tu vois espèce de bête comme c’est plus facile, je vais te donner à boire. Et il rit.
Il décrocha son bidon, un petit seau et une bande d’étoffe.
Il sauta du sulky,marcha rapidement en se dandinant jusqu’à la hauteur de Saavati.
    - Baisse-toi salope, penche-toi, plus, encore… Là c’est bien.
Avec un petit crochet il suspendit l’anse du petit seau à l’anneau nasal de Saavati, puis il y versa une pinte d’eau, ensuite il laissa baigner la bande de tissu, en prit un bout.
    - Ouvre la gueule connasse !
Il y enfonça un peu d’étoffe humide pendant que l’autre bout trempait toujours dans le seau.
    - Vas-y aspire !
Et il sauta d’une façon ridicule sur son char, si Saavati eut pu le voir, elle aurait peut-être encore osé rire, tellement il était grotesque, mais elle était trop occupée à aspirer fort cette eau si précieuse, qui allait lui coûter tant.
Le seau lui tirait sur les narines et se balançait, mais elle n’était plus à une douleur près.
Quand elle eut fini de sucer l’étoffe imbibée d’eau, elle aurait bien voulu qu’il lui retire le seau et la bande de gaze, mais elle n’arrivait pas à recracher le tissu, elle avait accepté son rôle de cheval docile, de bétail humain n’ayant plus droit à la parole, craignant les coups. Quand plus tard elle eut envie de pisser, elle n’essaya même pas de demander à la faveur d’un changement de porteurs la possibilité de s’accroupir.
Elle attendit simplement la fin de cette brève halte pour uriner debout, ayant soin d’écarter un peu les jambes, malgré tout à cause de son infibulation sa miction lui dégoulina le long des jambes, à sa grande surprise elle n’en éprouva aucune honte, et cela même quand elle entendit dans son dos le rire narquois de Minus.
Elle eut juste plus tard un peu de gène dut seulement à la poussière qui s’était collée à ses cuisses.     
Quand ils arrivèrent au bivouac, cela faisait longtemps que le seau était vide, mais il pendait toujours à son nez, et c’était douloureux.
Les tentes avaient été vite montées, dans celle luxueuse du grand prêtre un bain odorant attendait déjà.
Les gardes annoncèrent Minus.
Plutocrus retarda ses ablutions. 
    - Alors Minus, qu’elles sont les nouvelles ? Demanda-t-il alors qu’éventé par deux jeunes éphèbes, il était assis sur un siège curule de bois précieux, un verre de vin en main.
Une jeune esclave à genoux vêtue d’un étroit pagne vert tenait sur sa tête un plateau d’argent sur lequel une petite pyramide de chanvre fumait, sur le rebord était posé un chalumeau d’or finement ciselé.
    - Elle consent de son plein gré à la sodomie, mon maître elle est prête à tout, ce n’est plus qu’une loque servile, et ses urines sont bleues.
    - C’est bien tu as fait du bon travail, ce soir elle sera l’apothéose d’une cérémonie que j’appelle de mes vœux depuis des lustres, elle sera anthropophage, on lui donnera à manger les langues des autres esclaves. Il interrompit son discourt pour mettre le chalumeau dans une narine et inspirant profondément la fumée il reprit :   
    - Il y a encore du chemin avant qu’elle ne soit la réincarnation de ma déesse mais nous progressons. Ce soir les augures son bons, c’est un bon jour, et elle est féconde. Retire-toi maintenant, n’oublie pas que je veux être présent pour les actes de chaire, je devrai dire des incantations. Je saurai te récompenser, si tu continues à bien me servir je t’affranchirai.
Allez ! sauve toi maintenant, laisse-moi respirer les vapeurs des dieux !
La nuit enveloppait le camp et de grands feux déjà crépitaient, les soldats s'attroupaient, on y avait mis des bœufs blancs des pâturages des hauts plateaux de Naburr à rôtir, le vin coulait à flot, on préparait la cérémonie du soir, cela sentait l’orgie sacrée.
L’odeur délicieusement succulente des viandes rôties emplissait l’air, et se mêlait à l’excitation qui montait. 
    - Ce soir pour une fois tu pourras te bâfrer de barbaque, tu sens comme ça sent bon ?
Saavati à genoux entre les brancards, ne disait mot elle récupérait.
Minus l’avait conduite près de la tente de Plutocrus.
Depuis son départ elle n’avait pas pu s’allonger, elle dormait à genoux ou assise, toujours attachée à son attelage.
Elle n’aurait même pas pu se gratter si elle en avait eu envie, ses mains ne pouvaient guère s’écarter que de deux ou trois paumes des timons. Son alimentation se limitait à des boulettes de farine mélangée à des potions, à un peu d’huile d’olive, et d’eau salée. On lui donnait aussi des dattes.
Parfois quand elle était très docile, quand elle avait satisfait tous les caprices du nain, elle avait une bonne bouillie d’avoine mélangée à du miel, de l’œuf, et même à du lait.
Minus la nourrissait chichement avec une cuillère en bois qu'il lui avait attachée au bout de sa natte, il ne lui donnait que des aliments crus, la faible quantité de nourriture pour ces journées de grandes fatigues la poussait à mendier d’autres aliments.
Alors nombreux étaient les soldats, qui sous la surveillance du nain lui présentaient leurs membres virils à sucer.
Depuis peu, elle considérait le sperme comme un mets de choix qui ne fallait pas gâcher, elle était prête à s’en gaver, d’autan qu’en général on lui promettait un fruit, ou un morceau de fromage, alors elle s’appliquait du mieux qu’elle pouvait, sans pouvoir s’aider de ses mains. 
Au tout début les fellations la dégoûtaient, elle éprouvait de la honte et beaucoup de répugnance.
Il avait fallu les premières fois lui tenir la tête, lui ouvrir la bouche de force, la menacer d’être battue, lui faire sentir la morsure du fouet.
Pour elle c’était une preuve supplémentaire de son avilissement, de son renoncement à sa foi, et à sa dignité sans cesse bafouée.
Elle se souvenait bien de cette toute première fois, quand le bourreau l’avait sorti au matin de sa cage minuscule.
Il lui avait présenté son sexe alors qu’elle était affamée et assoiffée, il lui avait dit:
    - Tient  tète t’auras à boire et à manger et si tu fais ça bien je serai plus doux, je suis la seule personne ici qui peut t’aider.
Devant son refus ce monstre, avec des pinces en métal lui avait maintenu la bouche ouverte, il put ainsi assouvir ses pulsions, lui balançant tant de foutre qu’elle en fut à moitié étouffée, elle lui avait tout recraché à la figure dans un suprême effort d’une révolte aussi vaine qu’inutile.
Son tourmenteur lui avait fait bien vite disparaître son petit sourire de défi.
Il avait eu toute une journée pour lui faire regretter son geste, au soir tombant elle n’était plus qu’une loque soumise, suppliante, mais il avait su ne pas trop l’abîmer comme le lui avait commandé son roi, il lui avait simplement arraché avec une tenaille tous les poils de son pubis.
Elle avait hurlé sa douleur sur tous les tons.
c’était elle qui l’avait imploré de lui donner son phallus à sucer.
Depuis elle avait appris à apprécier le goût du sperme, ses odeurs, ses textures changeantes suivant la bitte qu’elle avait en bouche.
Elle était toujours surprise par cette semence, cela lui rappelait quand dans son enfance on lui avait fait goûté des oursins, elle n’avait pas aimées, elle se souvenait aussi que depuis elle adorait cela.
Minus avait trouvé le moyen de se faire payer de quelques pièces les prodigalités buccales de sa monture, il avait intérêt à prolonger les hors d’œuvres, et les bonnes dispositions de Saavati qui se repaissait maintenant sans honte de cette semence.
Elle lui avait demandé simplement l’autorisation de sucer tous ces sexes avant de manger, car elle ne voulait pas vomir son repas, il avait consenti, il faut dire que les soldats n’étaient pas tendre avec elle, ils la prenaient souvent pour latrines, lui enfonçaient leurs verges jusqu’aux couilles, lui pinçant même le nez.
Une chose la mettait en rage, la concurrence de son énorme poitrine objet de bien des fantasmes de la soldatesque, beaucoup se soulageaient sur ou pire entre ses seins, tout ce foutre gâché…
En grand seigneur son cocher lui avait accordé la grâce de lécher le racloir avec lequel il lui enlevait le sperme dont elle était couverte.
Aussi il prenait soin d’elle comme on prend soin d’une bête qui vous rapporte quelque argent, mais qu’il faut souvent rudoyer, afin qu’elle connaisse son maître.
Pour l’instant elle se reposait attendant son repas, sa mesure de foutre et la sodomie qu’elle avait consentie.
En silence elle priait son dieu qui l’avait oublié. « Mon dieu pourquoi m’as-tu abandonné pourquoi consens tu que ton humble servante soit ainsi souillée » pensait-elle.
Sous les railleries des soldats présents et déjà grivois on avait fait sortir les esclaves de la cage à coup de trique.
On les avait alignées devant une barrière à laquelle on les avait attachées serrées par le cou.
On leur avait bandé les yeux histoire d’aller plus vite, afain qu’elles ne voient pas ce qui les attendait.
À chacune on avait fait tirer la langue et pendant que dans d’ardentes braises rougissaient des couteaux... c’est avec une longue aiguille, qu’on leur transperça la langue, la tige de métal empêchait à la langue de se rétracter.
Enfin quand toutes subirent cette injuste punition on leur coupa la langue avec les couteaux aux lames ardentes en amont de l’aiguille.
Sans plus d’égards pour elles, on les renferma dans leur chariot. 
On piqua les bouts de langues pour en faire une brochette qui serait plus tard présentée à Saavati.

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#14 23-03-2018 19:41:35

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.27.      Salamandine, le Duc de Fillon, Nicohélas.



Dans le mégaron on avait fait dresser de belles tables, car l’heure de tierce étant passée. La cour comme à son habitude était sortit de grande messe solennelle.
Salamandine toute vêtue de ses beaux atours de Papesse Royale commanda à tous de se mettre à table, car à son avis il était grand temps de manger.
Le sol était jonché de roses, de menthe et de bonnes herbes.
Les murs de la grande salle avaient été badigeonnés de plâtre pour cacher les anciennes scènes de batailles où Ser était à mainte fois représenté. 
Trois d’entre eux étaient recouverts de draps de soie.
Sur le mur du fond celui devant lequel était le trône on pouvait lire écrit en lettres d’or ceci :
« 666 ans après la passion de Messie,
Après les clous,
L’arbre du sainte tau,
Au sein du grand désert, parmi les impies,
Avant l’éclipse,
Pour que mon règne arrive. »
    - Qu’est ce ceci ? Par quel prodige ? S’écria Salamandine.
    - Qui c’est permis d’écrire cela ? Reprit-elle.
    - Par le tout puissant. S’écria le duc de Fillon. Pour qui voudra faire le compte trouvera que c’est cette année.
Tous les pairs, tous les nobles de banc, et d’arrière banc demeurèrent ébahis de ce grand miracle, car onques n’avait vu mirer, qui aurait pu écrire cela sans être vu.
Tous, peut être pas. Car Nicohélas sans se départir de sa mine pieuse, composée, et un tant soit peu affectée, s’écria faisant un effort pour ne pas zézayer.
    - À genoux tous ! Car voici le signe, car nous l’avons longtemps attendu ! Car jamais il n’y eut telle joie à lire ces mots.
Il se lança dans une prière que tous répétèrent, et de son propre chef, il réclama la sainte croisade contre les impies du grand désert.

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#15 28-03-2018 22:11:49

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.28.   Honorius, Toila, les ambassadeurs.




Sous le péristyle du temple de Bellone (Antique divinité de Domina de la Guerre, celle qui assurait une issue heureuse aux combats) sous les colonnades dorées aux chapiteaux rehaussés de lapis lazulite, deux hommes se parlaient. Ils étaient entourés de plusieurs centurions et de quelques arcanis aux masques de cuir, plus loin un groupe de hauts fonctionnaires aux toges bien mises discutaient à voix basse.
Honorius appuyé dos à une colonne s’adressait à Toila dont le sômen masquait le visage.   
    - Alors ta femme ?
    - Les médecins ne se prononcent toujours pas elle est encore très faible. Je vous remercie majesté de m’avoir diligenté vos médecins, ils disent que comme elle était aveugle elle n’a heureusement pas bien visée les veines.
    - Veux tu que nous reportions notre entretient avec les ambassadeurs du Levant.
    - Non majesté, mais je vous remercie de votre sollicitude. Et je sais que ma présence est importante ne serait ce que pour vous protéger, car j’ai reconnu l’un des ambassadeurs.   
    - Qu’on fasse entrée les légats du Levant. Dit-il d’une voix forte en frappant des mains.
Le jeune empereur regagna son trône, somptueux cadeau de sa sœur et de son temple.
Un fauteuil tout d’or et d’ivoire, aussi beau qu’inconfortable. À contre cœur il alla s’asseoir en haut d’une estrade à plusieurs degrés, de toute façon il saisirait la moindre occasion pour se lever, et échapper ainsi à la torture de ce siège trop pompeux à son goût.
Les trompettes sonnèrent, deux hommes vêtus d'armures en écailles de tortues grinnes, avec des capes de soie, suivis de quatre pages, traversèrent la grande salle sous les regards curieux de la foule silencieuse des courtisans, ils semblaient glisser sur le sol, sur la mosaïque représentant les travaux d’Hercule. Ils avaient gardé leur sabres marque de respect que leur consentait Honorius, geste aussi qui signifiait, qu’il ne les craignait pas.
Debout prés du trône Toila une main négligemment posée sur le pommeau de son tachi toisait les ambassadeurs.       
Le maître de cérémonie s’avança prit les lettres d’accréditation qu’il rapporta à l’empereur.
Honorius les pris et les confia sans les ouvrir à un huissier.
Toila toujours sur le qui vive, incitait au respect, sa réputation de bretteur n’était plus à faire, mais il était quand même la vigilance incarnée.
Dans tout l’empire ils ne devaient pas être plus de cinq à pouvoir se mesurer à lui, et tous d’ancien élèves, dans le monde connu pas plus de dix avec parmi eux Garm. 
Avant de passer aux choses sérieuses, il convenait de respecter un tant soit peu l’étiquette, ne serait ce que pour épargner le vieil Amphitrus grand maître des pompes et des cérémonies.
Il se souvenait que tout petit ce grand homme maigre le terrorisait par sa prestance et son air solennel.
Maintenant c’était lui qui le tournait en bourrique, juste retour des choses.
Il fit un geste et Amphitrus récita la longue litanie de ses titres, et de ceux de ses invités. Puis ce fut l’échange des présents parmi lesquels un superbe tachi que l’empereur examina avec la plus grande attention.
Amphitrus commença à lire à haute voix.
    - Qu’aux Dieux ne plaisent. Qu’à ce que honneur soit ! Ainsi qu’en leur haute bienveillance ! Nous décrétons sous les hospices des prêtres et des sacrificateurs. Nous qui debout représentants nos empires et adressons tous nos vœux aux puissances célestes. Face aux Dominiens et aux Levantins, aux fondateurs de nos races et aux maîtres du ciel, pour que le présent décret d’alliance tourne au bien de nos deux peuples. Les vœux accomplis, on fera les sacrifices et les visites mutuels, selon ce que le sénat et la cour du Tanndou auront décidé. L’union étant ratifiée et les serments prêtés selon les formules, il y aura désormais alliance entre nos nations. Les Dominiens et Levantins se prêteront concours et ouvriront leurs villes, leurs ports, leurs mouillages, et seront désormais pour eux, et à toujours, des amis et des alliés dévoués. Que si quelque puissance envahit en armes une de nos frontières, nous nous viendrons mutuellement en aide selon nos moyens. Si le peuple des Dominiens demande un corps d’armée ou si les Levantins demandent une légion, la demande sera accordée dans les plus brefs délais et l’entretient en sera assuré par le demandeur. Que si des pirates viennent à surgir sur les côtes de nos empires, les deux nations devront aussi se porter mutuellement concours en les combattants sur mer ou sur terre. Une fois que toutes les clauses discutées et approuvées une fois le traité dûment signé et ratifié il sera choisi des ambassadeurs qui devront veiller dans chaque nation à la bonne application du dit traité. Qu’il soit dit et écrit que les serments…             
    - S’il plaît à votre majesté vous pouvez nous épargner la suite car nous ne pensons pas que vous ayez changé un mot au traité initial. Intervint un des Levantins.
  -. J’en accepte l’augure mais…
Un grand rapace aux ailes brunes frangées de blanc traversa toute l’étendue de la salle, il vint se pauser sur le dos du trône et tendant le cou se pencha et sembla dire quelques mots à l’oreille attentive du jeune empereur, son regard s’illumina on venait de lui donner l’occasion de se lever.
    - Mon aigle m’apprend que tu es un des seigneurs de l'ombre et pas n’importe lequel d’entre eux tu es un Jonin (chef des seigneurs de l'ombre ) oui moi aussi j’ai mes sources et je pense que les miennes sont plus récentes. Peut être est ce du au fait qu’elles se déplacent aussi vite que le vent. Alors comme cela tu veux la tête de mon aide de camp ? je vous offre un traiter et vous vous voulez une tête ? Et si moi aussi pour être à égalité je demandais une tête. Et il rit.
    - Il s’agit d’autre chose, d’une dette d’honneur Excellence.
    - Encore faut-il que le débiteur soit la bonne personne.
    - Qu’est ce à dire Excellence ?
    - Chez nous, nous avons un dicton qui dit, la bure ne fait pas le prêtre.
    - Je ne comprends pas Excellence.
    - Je veux dire que vous vous trompez. Vous tous ! sortez tous. Laissez-moi seul avec les ambassadeurs ! Tekaput reste avec moi. Amphitrus fait en sorte que personne ne nous dérange.
Quand ils furent enfin seul il reprit :
    - Bien, maintenant que nous voila seul, j’autorise Tekaput à retirer son masque, et à vous révéler son identité.
L’homme retira son sômen et prit sur un petit guéridon une urne d’une fine porcelaine immaculée parée d’un cordon de soie écarlate.
    - Je suis Toila Metamoto disciple de feu messire Tekaput et voici les cendres sacrées de mon Seigneur, frère de votre maître, je vous les rends, traitez les avec tous les honneurs dues à un héro mort dans un glorieux combat. Je porte encore son mon pour perpétuer sa mémoire de grand combattant. Et pour satisfaire mon Empereur, car pour tous le sômen cache le visage d’un guerrier resté invincible.
    - Pour ma sécurité personnelle, chers ambassadeurs je vous prierai de garder ce secret. Ajouta l’empereur.
    - Nous comprenons et sur nos dieux, notre honneur, et nos vies, votre secret sera préservé.
    - Je vous en remercie, sachez aussi que Toila, et le digne successeur de Tekaput. Sachez aussi, qu’il y a bien longtemps que l’élève a dépassé le maître. Pour en revenir à nos accords commerciaux nous sommes prêts à y mettre le prix dix bateaux de vin, un de Moggave Tequila, dix barres d'argent et trois barres d'or, pour trois bateaux de votre meilleur acier, et nous vous demandons aussi pour faire bonne mesure dix de vos meilleures courtisanes qui seront traitées comme des dames de la cour.

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#16 28-03-2018 22:14:50

sergent major
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Re : Les Cinq Chants du Carnages (brouillon) violence, sexe, sadisme.

Chapitre.29.   Ugly, Nicéphore, Ba-Marcon, avant les limes.




Tous trois étaient autour du feu de camp bientôt ils seraient en sûreté les limes romaines n’étaient plus très loin, deux jours de chevauchée tout au plus.
Ugly avait fait une infusion d’aiguilles de sapin qui accompagnerait le fromage, Nicéphore faisait cuire les truites qu’ils avaient pêchées à la nuit tombée dans le torrent tout proche avec des amandes et des noisettes. Ba-Marcon s’en revenait à peine de sa tournée de mise en place des collets et ce n’était pas une petite besogne.
Il s’était frayé un chemin entre les rochers acérés, les arbres torturés, les inextricables buissons qui hérissaient le flanc de la montagne.
Durant des semaines après Hérate-La-Rouge ils avaient progressé prudemment évitant les villes prenant garde aux hordes.
Le jeune Duc se sentait dévoré d’impatience, et si ce n’eut été la crainte d’échouer si prés du but, il aurait galopé par la vallée, mais s’était sans compter les dangers mortels qu’il aurait infailliblement rencontrés.
Le soir venu comme tous les soirs, les trois cavaliers faisaient halte pour prendre le repos dont ils avaient grand besoin, comme chaque soir ils attendirent presque la nuit pour allumer leur feu, pour ne pas que la fumée ne les trahisse.
En attendant ils montaient avec la rapidité de l’habitude la petite yourte avec son foyer central qu'ils avaient achetée à la station.
Après cela ils firent à l’extérieur un autre feu plus grand celui là.
Ba-Marcon profitait de la lumière des flammes pour perfectionner Ugly et Nicéphore dans l’art de l’escrime où lui était un grand maître. Plus tard encore, après avoir panser les chevaux et les mules, alors qu’ils mangeaient leurs truites aux amandes farcies de baies sauvages.
Nicéphore prit la parole.
    - La nuit va être longue. Parles-nous encore de cet Honorius, cet empereur que tu dis connaître.
    - Si vous voulez où en étions nous ? Ah oui Ser s’en revenait lentement de la guerre qu’il faisait dans le nord, pour soulager les Salamandrins. Ils s’étaient donné rendez vous sur les bords du Tibre devant Aquilata. Dans une entrevue qu’il devait avoir avec son demi frère Honorius, ils devaient régler le partage des provinces et des légions, car à l’origine l’empire devait être coupé en deux, car tel avait été leur accord avant la bataille du plateau de la lune. Après son séjour dans les steppes Ser en était revenu différent, indifférent au pouvoir, aux honneurs.
Il semblait qu’un danger, ou une mystérieuse révélation réunissaient une fois de plus les deux frères. Quoiqu’il en soit Ser ne revendiqua pas sa part et il fit même allégeance à Honorius. Par le jeu des traités les Dominiens vinrent nous prêter main forte pour la reconquête d’une partie du royaume Salamandrin, c’est là que je fis la connaissance des deux frères. Avec mes cimmériens nous avions fait une irruption hardie dans les montagnes du Caurasie à l’est de la chaîne du Kouff. Les Caurasiens qui tenaient la passe prirent la fuite à notre approche mais ils se regroupèrent avec quatre escadrons de cataphractes de la horde d’or de Subarnipal dans le but d’harceler notre arrière garde. Mon intrépide camarade Aymeris tranche têtes, ayant apprit qu’ils nous attaquaient ainsi, baissa sa lance et courut sus à l’ennemi sans daigner se faire accompagner, la suite de ses exploits n’est point connue de la postérité car on peut dire que ce brave est tout sauf vantard. Après moult combats il rejoignit notre troupe. Il prit le commandement de l’arrière garde pour tenir la passe ainsi que le seul pont qui enjambe le Diloube, cela devait nous permettre de contre attaquer avec le bénéfice du terrain. Ce qui avait commencé comme une banale escarmouche ressemblait maintenant à une véritable bataille.
La tête de pont était tenue par Aymeris, Thibaut le teigneux et Arnulf le rapide deux autres braves. En effet, il faut savoir que le pont s'ouvre sur la vallée de Caurate où c’était rassemblé maintenant toute une armée des Caurasiens appuyée par les escadrons de cataphractaires. Alors de ces lignes ennemies qui avançaient lentement, l’on vit sortir des rangs vingt cinq chevaliers de Subarnipal qui se mirent en marche pour monter vers Aymeris, Thibaut, et Arnulf leur ambition était de s’emparer de la position.
Ils s'avançaient avec toute la confiance et la morgue que peuvent avoir vingt cinq hommes allant en attaquer trois seuls. Chacun d'eux se hâtait donc pour devancer les autres afin d'enlever seul les dépouilles. Aymeris voyant qu’il ne disposait que d’une trentaine de combattants en état de combattre s’adressa à Arnulf.
    - Monseigneur, mon ami, allez prestement quérir de nos gens pour garder ce pont ci, prévenez Ba-Marcon qu’il est ardemment attendu comme le sauveur ou nous sommes perdus, en attendant votre prompt retour je les mettrai à la peine. Mais par Dieu hâtez- vous.
Ce qu’il fit. Les deux chevaliers, s’étaient préparés au combat leurs visages reflétaient une mâle assurance et l’envie d’en découdre, leurs cœurs étaient raffermis par des années de luttes, leurs coursiers piaffaient, leurs lances de frêne gainées de fer étaient assurées dans leurs mains fermes. Les premiers de leurs ennemis qu'ils voient arriver du bout du chemin ne savent pas encore qu’ils ont rendez vous avec leurs aïeux.
Tous deux se font moult politesses. Enfin dans un grand rire on entend Thibaut charger le premier cataphractaire en tête de la troupe ennemie.
Il le force sur le champ à rendre son âme à son créateur, son corps est jeté à bas et roule dans les abîmes du Diloube, d’où oncques n’en pouvait sortir tant la rivière était grosse de la fonte des neiges. Un même sort attendait le second, son cheval se cabra, étant tombé, il se sauva par sa chute. Ce cavalier donc, je l'appellerai fortuné dans son malheur, car en même temps que son visage heurtait le sol, sa poitrine ne se présenta point à la lance emmanchée de la longue lame effilée prête à le transpercer de part en part, sa chute inattendue contraria ainsi une mort trop certaine de son œuvre. En effet, quoique cette chute fût utile à tous les deux, en délivrant l'un d'un nouveau combat, et l'autre d'une mort certaine. Le troisième s'avança ensuite, et celui-là aussi, je l'aurai appelé fortuné... si lui-même, désarçonné, eût pareillement à son compère, l'affligé qui gisait encore à terre d'un malheur semblable, su rester immobile.
Mais c'est bien connu, des fléaux qui feront toujours des ravages parmi les hommes, il en est deux de redoutables, la témérité et la bêtise, et quand la témérité s'allie à la bêtise pour occuper le premier rang, l'intelligence, en retrait est là pour contempler les conséquences. Mais en obtenant l'accomplissement de ses vœux, en se relevant, il fut sans tarder réduit à la même fin que le premier cavalier, il fut occis plus rudement et plus misérablement dans ce combat même.
Vingt deux restaient encore sains et saufs, mais la Parque retenait pour l’instant le fil ténu de leurs jours pourtant prêt à se rompre au moment où ils étaient sortis des rangs pour aller jouter avec nos deux chevaliers, ce fil avait malheureusement pour eux commencé à s’effilocher.
Bientôt incontinents ils reprennent confiance et piquent des deux, ils pensent toujours que le nombre fera la différence.
Aymeris n’entends pas que son ami soit le seul à s’amuser ainsi, lui aussi baisse sa lance et galope à leurs rencontre.
Nous autres, qui sommes arrivés à l’autre bout du pont nous les entendons rire et plaisanter.
Et il fallait voir cela, tous deux gaillardement chargeant de front contre plus de vingt cavaliers lourdement armés.
Ils traversent leurs lignes sous les hourras de nos braves, Aymeris en empale deux sur sa lance qui casse.
Thibault fidèle à son surnom, voyant que ses assaillants tournent brides, de rage leur lance son kontos qui en laisse un pour le compte, il s’approche du moribond et lui retire du dos la lance fichée pour continuer le combat.
Aymeris quant à lui une épée dans chaque main, les rênes entre les dents avec force de moulinets tranchait des têtes.
Puis Thibault lui aussi cassa sa lance, alors brandissant sa hache d’arme, il cria à son ami.
    - De toi où moi savoir qui sera le plus hardis, et courageux je ne sais, mais tant que cette hache me durera en la main, je combattrai et si elle me tombe ou se rompt, j’en trouverai une autre, car moi aussi je sais faire voler les têtes.
Chez leurs adversaires c’est la panique, puis la fuite, et le fuseau de la parque se relève dans les mains de celle qui le tenait et bien des fils furent tranchés.
Cela fait, comme deux fauves échauffés, ils pourfendirent à l'envie, on vit un cavalier ennemi venir vers nous comme pour se sauver, il est vrai qu'il avait perdu sa tête, et c'était grand miracle qu'il tienne encore dans ses étriers, car leurs coups étaient rudes imparables, ainsi bien des cavaliers tombèrent, ils virent que sur ce chemin ci ils ne pouvaient que finir dolent ou jetés dans le torrent. Bientôt huit ou dix y tombèrent sans en pouvoir remonter car il était comme je l’ai dit profond, limoneux, et ses bords étaient si abruptes, si glissants, qu’aucun cheval ne pouvait en remonter.
Frappés de stupeur par le courage de Thibault et d’Aymeris, plus brillant que ceux de lions furieux, ils fuyaient, et Thibault et Aymeris les poussent d'une course rapide jusqu'à leurs premières lignes, où subjugués même les archers non pas pensé à décocher une quelconque flèche.
Vainqueurs, et s'éloignant alors des rangs ennemis Thibault et Aymeris ne sont pas même arrêtés par les dépouilles que leurs ennemis leurs ont laissées, ni par les chevaux courant en liberté, ni par leurs beaux caparaçons, ni par les armes répandues de côté et d'autre qui resplendissent de dorures.
Ils s’en retournent devant le pont comme deux ours prêts à défendre leur tanière.
Pendant ce temps, il était arrivé beaucoup de monde et une jeunesse ardente de nos Cimmériens qui fortifiaient le pont.
Nous étions prêts à tenir longtemps, même si nous étions inférieurs en nombre. Ce pont était pour nous d’une importance vitale. C’est alors que nous entendîmes derrière nous au loin six légions, six légions d’Honorius qui venaient nous prêter main forte, nous porter secours.
Honorius n’était point au-dessous de la situation où il se trouvait alors.
Durant la bataille du plateau de la lune il avait acquis la réputation d’un vaillant chevalier, d’un habile général, même si ses légionnaires le surnommaient le chétif.
À l’intrépidité de son frère, Honorius joignait la prudence, une intelligence bien au dessus de la moyenne, et une certaine tempérance, vertus peu communes chez ses prédécesseurs.
Dans la double guerre qu’il menait, une guerre civile pour conforter sa prise de pouvoir, et une guerre aux frontières, il avait toujours surpris par sa précocité et son esprit d’à propos. Il était capable de déplacer plusieurs armées par différentes routes, et au jour dit, soit pour la bataille, soit pour impressionner un ennemi, elles semblaient toutes se regrouper pour ne faire qu’un corps massif quasi invulnérable.
Et des que les combats s’annonçaient, il était toujours le premier à cheval à la tête de ses troupes.
Et si cela ne suffisait pas, jamais il ne négligeait les précautions qui pouvaient assurer la victoire, il était connu pour sa grande avarice en ce qui concernait la vie de ses hommes.
Bien que fréquemment il excita, par son exemple ses soldats à seconder leur intrépide empereur, qui bien souvent était là où la mêlée était la plus chaude.

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