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#1 25-02-2018 13:25:11

sergent major
Membre
Inscription : 21-02-2018
Messages : 24

Les Cinq Chants du Carnages (chapitre 4) un peu violent.

Le cycle de Samaël peut ce lire à part des Cinq Chants du Carnage.
je ne sais pas encore si je lui donner un numéro de chant.
le chapitre 51 fait parti de ce cycle
le chapitre 4 est le début de ce cycle.





Chapitre.4.    Le monstre Samaël.

Le fond de la fosse était sombre, humide assurément un ancien puits, l’odeur y était écœurante avec des relents de moisi et de charogne mêlés.
Celui qui n’avait pas de nom ou que l’on appelait le monstre s’approcha de la paroi pour la lécher de sa râpeuse et longue langue noire, il avait soif. L’obscurité ne le gênait pas, d’ailleurs pas grand-chose l’importunait, ou alors pas longtemps.
Malgré tout, les hommes du désert avaient réussi à le capturer, à le larder de coups de lance, de flèches. Mais comme il ne consentait pas à mourir, en désespoir de cause ils l’avaient jeté au fond de ce trou fangeux et l’avaient l’enchaîné, il finirait bien par crever pensaient-ils.
Pour d’obscures raisons ils n’avaient pas voulu ou pu l’ensevelir. Ce n’était pourtant pas le sable ni les pierres qui manquaient, peut-être la curiosité de le voir expirer.
C'est bien, connu les gens du désert ont pour habitude à vouloir parier sur tout.
Aussi les paris allaient bon train pour connaître le nombre de jours qu’il tiendrait à agoniser dans ce puits abject, mais voilà, il ne mourrait pas. Pire, il semblait aller de mieux en mieux.
Lui s’en voulait amèrement de s’être laissé fait prendre.
C’était la faute de ce vin, de ce maudit vin qui faisait à la fois son bonheur et son malheur. Face à une cruche de ce divin breuvage il n’arrivait pas à se contrôler.
L’alcool avait sur lui des effets bienfaisants et surtout l’endormait.
Sans alcool il pouvait rester éveiller des jours entiers voir des semaines et alors il se déchaînait brisant tout sur son passage comme fétus de pailles. Le vin lui était autant nécessaire que l’eau était vitale aux poissons.
Depuis bien longtemps lui qui était venu de la mer, lui qui avait franchi les récifs de la mer de silex avait été relégué aux portes du désert, loin des villages et des villes.
Simplement, les caravanes laissaient dans leur sillage quelques amphores pleines de vin, alors il les laissait passer. Des fois même, il faisait s’enfuir quelques pillards téméraires qui s’aventuraient sur ses terres sur sa portion de rien.
Pour ajouter à sa déchéance on lui avait jeté quelques carcasses nauséabondes grouillantes d’asticots, là cela commençait à bien faire s’il était un monstre il n’en aimait pas moins la bonne chair.
Pas un jour de plus il ne resterait, pas une nuit de plus pensait-il, mais les chaînes étaient solides et sellées dans la roche.
Pas d’alcool, dix jours qu’il n’avait rien bu et sa rage montait. À peine contenue, tel un torrent furieux endigué par un simple barrage de terre.
Il commença à grogner, puis à hurler.
En haut, par le trou sommital servant d’entrée, il entendait des rires.
Alors il gonfla sa poitrine et s’arque bouta sur les anneaux de fer il y en avait trois puis l'un après l’autre, il les arracha de la paroi.
Là-haut on ne riait plus.
Il s’attendait à la suite, aussi il avisa la carcasse d’un chameau, à deux mains, il la prit. Dos à la roche il s’en servit comme d’un bouclier. Il était temps, une grêle de flèches, de sagaies et d’autres projectiles s’enfonçaient dans la bête émettant des bruits mats ou aigus lorsqu’ils touchaient un os.
Il se doutait qu’ils n’en resteraient pas là, bientôt ils tenteraient de l’enfumer ou pire.
Mais son ouïe très fine lui disait que derrière le rocher, de l’eau coulait encore. Fallait-il être sot pour jeter un être tel que lui au fond d’un puits même si on le pensait à sec ?
Alors avec ses poings et ses pieds il frappa là où il devait frapper, et il frappa fort, très fort. Et quand ceux d’en haut lui envoyèrent des fagots enflammés, ils tombèrent dans un demi-pied d’eau. Ils chuintèrent avant que de s’éteindre en produisant beaucoup de vapeur.
Alors pendant qu’il riait de son rire à faire trembler les montagnes, alors que l’eau montait, là-haut c’était la panique.
Ses geôliers cherchaient des madriers des pierres pour boucher l’entrée , l’eau montait très vite trop vite pour eux.
Leur malchance avait voulu qu’ils le jetassent dans un ancien puits artésien dont la nappe n’avait déviée que de quelques coudées.
Et lui, comme un bouchon de liège, montait hurlant sa fureur.
Il se servit de ses chaînes comme d’une corde, de ses anneaux comme d’un grappin qui s’enroula autour d’une des poutres qui devait lui barrer la sortie il fut parmi eux et ce fut un massacre, ses poings écrasaient les têtes comme des figues mûres.
Et pour la première fois de sa vie il parla car dans son cerveau un voile noir s'était déchiré.
Sa voix calme mais encore tremblante de colère emplit tout l’espace et retentit comme le tonnerre des après-midis d’été :
    - Louange à moi l’unique ! Ce que je vais dire est vrai ! Écoutez-moi, car mes paroles ne seront amoindries par personne. Je peux tous vous massacrer, sur cette terre aride aucun ne pourrait échapper à mon bras vengeur. Vous avez réveillé mon juste courroux, alors prosternez-vous devant l’innommable devant le dormeur que vous avez éveillé. Prosternez-vous et tremblez, car maintenant vous êtes mes sujets. Je possède tout ce que je peux détruire et je peux vous anéantir, aussi je veux désormais que l’on m’appelle Samaël le saigneur.
Car je suis l’annonciateur.
Car je suis le gardien du seuil.
Car mon torse porte la marque du serpent géant aux sept têtes !
Que ceux qui veulent mourir reste debout !
    Tous se couchèrent face contre terre, tous, femmes, enfants et hommes.
Ils n’étaient pas encore nombreux mais bientôt ils seraient des milliers, des millions et on les appellerait multitude.
Ce serait alors les chacals du désert, les enfants du feu du ciel.
Un empire naissait, une nouvelle religion aussi.
Pour la première fois Samaël avait parlé, pour la première fois, il jetait un vrai regard de ses yeux de flammes jaunes sur son royaume de sable et de dunes, sur ses sujets, une bande de pillards et de nomades oubliés de tous.
    - Les Dieux vous ont assez puni, ils ne veulent plus vous laisser seul sans guide dans ce désert, avec le souvenir de la douleur et le désespoir des oubliés. Je suis venu pour être votre roi, votre prophète, je vous aimerais comme des enfants malheureux, je vous soutiendrais comme des frères affaiblis. Grâce à moi vous serez respectés et crains.
Je suis l’ange de la douleur, celui qui vient lorsque les autres ont fuis.
Tremblez !
Les Dieux vous ont envoyé le prophète de leur colère. Vous m’avez éveillé au monde tant pis pour vous. Tant pis pour le monde. Maintenant laissez-moi seul. Le chant des dunes doit me murmurer les secrets des mers de sable. Je vais au désert mais avant je veux du vin !
À mon retour soyez prêt à plier bagages car je vous mènerais dans l’Antre de Baal l’Invincible, dans un lieu connu de moi seul, dans un lieu perdu au centre du désert à plusieurs semaines de marche. En ce lieu il est une ville déserte emplie de grands édifices, de jardins et de sources. Elle a pour nom Hiérosolyme et ce sera ma résidence royale. Que la caravane soit prête et les chameaux bâtés. 
    Le soleil avait atteint cette apogée fulgurante, où l’air en fusion vibre et pâlit à l’horizon, où le ciel vire à la couleur laiteuse des lames des épées.
Là-bas les lointaines dunes tremblaient sur leurs bases et le jaune se mêlait de rose, d’oranger et de rouge profond. Elles gardaient la plaine immense et surveillaient les cieux incandescents.
Samaël s’avançait, il avait recouvert sa monstrueuse nudité d’un drap blanc.
Et il parlait comme pour lui-même.
« Ô terre de désolation tu me fais endurer le frisson du mystère.
Et ton domaine immense est mien comme le vide de mon âme.
Mes souvenirs sont ceux d'un autre.
Je voue mon destin à ce désert.
Nul n’a bercé ma tristesse.
Nul n’a pris mes mains.
Nul visage ne m’a souri.
Ô terre.
Ô ciel envoyez moi un signe, un message.
Et que le mystère de la foi s’accomplisse »
Là-bas, un tourbillon, une colonne de sable, une tour presque droite se levait, prenait vie et force. Ses contours encore flous prenaient forme et s’élargissaient. Ce bouquet destructeur, cette floraison funeste, manifestation de la terre et du ciel, l’appelait comme une mère, comme une amante.
Il leva les bras et cria « C’était écrit ! ». Et devant ses nouveaux sujets effrayés, il se précipita étreindre la tornade d’abeilles en furie.
Épée de sable hurlante, épée brûlante vacillante sur elle-même, mais qui jamais ne retombait. Fantôme de l’enfer, elle l’attendait au sommet d’une dune, elle l’attendait pour le couronner.

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