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#1 25-02-2018 12:14:22

sergent major
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Inscription : 21-02-2018
Messages : 24

Les Cinq Chants du Carnages (chapitre 51) un peu violent la suite(1).

la suite donc du chapitre 51 c'est un chapitre long en 3 ou 4 parties.
(il faut que je pense à faire chanter Djezabelle un des 5 chants.)




En fin de matinée, toute l’armée Salamandrine s’ébranla, la cavalerie en tête. Derrières, sous le commandement d’Aymeris, les fantassins et le train.
Alors que l’host s’enfonçait lentement dans le désert ouvert, et que le soleil n'était que feu, que le sable avait envie d’être lave, et le vent souffle de l’enfer.
Alors, tous surent sans se le dire qu’ils avançaient au-devant de la mort. Devant eux s’ouvrait le séjour du démon.
Que diable allaient-ils faire dans ce chaudron ?
Mais les Salamandrins étaient fiers, leur âme était plus fortement trempée que l’acier de leur armure.
Ce qui aurait anéanti toute autre armée, hormis peut-être celle de leur allier Dominiens, ne fit qu’affirmer leur résolution et leur courage.
En fin d’après-midi ils n’avaient toujours eu aucun contact avec l'ennemi.
Il fallut bien bivouaquer, ce qui fut fait cette fois avec un luxe de précautions. Rien ne fut négligé, fossés, talus et même petits murets de pierres.
Et bien que valeureux, les salamandrins commençaient à connaître l’abattement, la chaleur et la soif.
Ils avaient cherché le contact alors que l’ennemi s’était sans cesse dérobé. Heureusement Aymeris avait vu large pour les vivres et l’eau, mais toujours prévoyant il avait rationné l’armée.
Les chariots citerne étaient étroitement protégés, ils étaient mieux gardés que le plus précieux des trésors.
Quant aux désertions, elles furent très rares surtout après qu’ils virent le sort que leur réservait les hommes de Samaël.
Alors dans ce désert hostile... à la tombée de la nuit... ce qui semblait être des milliers de tambours se mirent battre.
Le sable vibra alentour, les dunes dansaient autour d’eux. Dans leur camp peu dormirent.
Les prêtres couverts d’ornements chantèrent des messes, des hymnes, des cantiques, mais le son assourdissant des tambours, des darboukas, des bendirs, des daffs, des djembés et des tabls étaient trop puissants.
Cela avait commencé avec le coucher du soleil.
D’abord par une légère vibration au timbre un peu nasillard, puis le son était devenu inexorablement plus grave venant de toute parts, les enveloppant comme un futur linceul.
Les hommes qui n’étaient pas de garde essayaient en vain de dormir, du moins étaient-ils allongés.
Tous étaient en armes couchés sous leur bouclier, même les chevaux portaient toujours leurs caparaçons.
Au matin, il n’y avait plus de tambours pas même de traces de leur passage. On se remit en marche, mais cette fois la cavalerie et les fantassins allaient presque de concert.
Il y eut encore deux journées, et autant de nuits identiques, mais la troisième nuit, il eurent droit à une autre sorte de musique avec des chant choral d'homme et de femme, elle était mélodieuse, envoûtante, presque obsédante, dans le camp des Messiens tous s’arrêtèrent pour écouter.
On demanda à Aymeris ce que cela signifiait.
    - Ils acceptent de nous combattre demain. Ils jouent pour nous le péan des sacrifiés. Ils ne nous feront aucun quartier.
    - Que pouvons-nous faire ?
    - Plus de bruit qu'eux et prier, il faudrait distribuer une ration d'eau supplémentaire à la troupe pour que nous chantions nous aussi.                 


En tout début d'après-midi alors que le soleil approchait son zénith... En haut de la dune Samaël le monstre entouré de quatre valets apparus, ceux-ci portaient son lourd équipement.
    - On m’a dit et conté que vous désiriez à me voir, et bien me voici, je suis Samaël le guerrier, divin saigneur des seigneurs. Je suis Samaël ! Entre vous et nous il y a cette dune. Je dis que vous êtes mauvaises gens à qui je laisse néanmoins bonne fortune. Reprenez la mer et retournez-vous-en. Vous avez chevauché à votre aise et à votre volonté. Vous avez pillé mes villages et massacré des miennes gens dont je suis le prophète. Il semble que le pays soit tout votre. Et, par le ciel qui nous voit et nous juge... s’en est assez ! Papesse de peu de foi ! Et vous chevaliers ! Sachez que là, derrière moi, mes fidèles attendent. Avancez encore, et nous saurons lequel est le plus fort en cette terre dont je connais le nom de chaque grain de sable. Nous ne voulons pas être épargnés par nos adversaires, et nous vous haïssons du fond du cœur. Aussi laissez-moi-vous dire la vérité ! Mes frères ennemis en la guerre ! Je n’ignore pas la haine et la convoitise qui anime vos cœurs ! Vous n’êtes pas assez nobles ! En cela je suis votre semblable, car dans mon sang coule la haine sans pitié et la sauvagerie du désert ! Vous n’êtes pas assez sages pour ne pas connaître la haine ! Soyez donc assez grands pour mourir avec panache ! Car c’est en enfer que vous êtes ! C’est en enfer que vous mourrez ! Et c’est en enfer que vos os resteront !
Et disant cela dans un geste d’infini mépris il souleva sa cape blanche dévoilant un corps nu, musculeux, monstrueux.
Il bandait et son sexe écumant, aussi long qu’un glaive pointait vers l’ennemi.
On murmurait qu’il avait servi de moule aux yatagans de son armée.
Il leva la main droite dans laquelle il avait son marteau qui se mit à luire comme mille soleils, aussitôt une longue ligne de fantassins apparut.
Ses valets commencèrent à le revêtir de sa lourde armure.
Chez les Salamandrins on jugea que ni la Papesse ni aucun baron n’avaient à se rabaisser à une réponse. On dépêcha un héraut à cette fin.
Il s’avança à cheval et cria :
    - La parole de Dieu est certaine. Il est dit dans les saintes écritures que celui qui fait échapper l’homme digne de mort, verse sur lui-même la peine d’autrui. Comme le prophète a dit au roi, qu’il mourrait, pour avoir donné grâce à l’homme digne de mort. Nous Papesse Salamandine ne ferons aucun quartier. Car en notre royaume, jamais il n’a été ouïe qu’on donna grâce à un sorcier, et sur cette terre que nous revendiquons au nom du très haut il en sera de même.
Le héraut s’en retourna, regagnant son camp sous les hourras des cavaliers Messiens.
À un quart de lieue derrière eux l’infanterie suivait, selon les nouveaux plans ils auraient du l’attendre mais… Les trompes sonnèrent.
Bientôt, très bientôt la bataille ferait rage.
Un mince et long ruban de chacals du désert descendit la dune en marchant lentement, ils étaient tous faiblement armés.
Le soleil brillait, on voyait les casques luire sous les lithams, et là-haut dans les cieux les vautours noirs aux becs crochus tournoyaient en larges cercles ascendants.
    - Des tirailleurs, de l’infanterie légère, c’est tout ce qu’ils ont à nous opposer ! C'est tout ! De la vile piétaille ! Cria un baron surexcité.
    - Sus aux païens !
Et tous sans attendre baissèrent leurs lourdes lances, piquèrent des deux et chargèrent l’ennemi qui rapidement se débanda.
C’est cette petite victoire offerte qui les perdit.
Car dans toutes choses humaines, tout événement a deux faces, l’une bonne, l’autre mauvaise.
Il faut savoir endurer.
Attendre, et reconnaître le coté mauvais pour ne pas risquer d’être trompé par l’autre, qui bien souvent donne d’imaginaires espoirs.
Aussi sans attendre le renfort de toute l’infanterie... ils gravirent au galop le cordon dunaire pour déboucher sur un plateau pierreux au milieu duquel semblait trôner trois gours posés comme les pointes d’un grand triangle.
Et ce qu’ils ne pouvaient voire, pas même deviner, c’était les longs fossés qui cachaient une armée gigantesque.
À peine étaient-ils sur le plateau, que les tambours, que les trompes installés au sommet d’une gara jouèrent leurs chants de guerre.
Une partie de l’armée de Samaël surgit hors des fossés, elle sembla jaillir de terre comme une sauvage foret de sarisses.
Samaël occupait le centre avec le gros des piquiers.
Il était prêt à recevoir la charge des Salamandrins.
Sa troupe était rangée en bataille sur une profondeur de quinze rangs, les trois premiers avaient un genou à terre, les autres étaient debout, tous tenaient fermement à deux mains la longue hampe de leur vouge, et ils avaient tous leur petite rondache attachée dans le dos.
Ils attendaient le choc avec une grande confiance.
D’ordinaire ils étaient plus attaquants que défenseurs.
Mais comme leur avait dit Al-Garci :
    - Pour une fois vous n’aurez pas à courir sus à l’ennemi, il viendra s’embrocher de lui-même, elle est pas belle la vie ? 
Les chevaliers appliquèrent le plan d’attaque du premier jour, le plan du Duc Fillon. Un plan somme toute banal, un plan qui avait fait ses preuves mainte fois face à des armées de fantassins.
Le déplacement d’une troupe pareille sur sa droite ne pouvait avoir lieu sans attirer l’attention de Samaël, qui bien qu’au sein d’une mêlée furieuse ne perdait pas de vue l’ensemble du champ de bataille.
Sa haute taille, sa lucidité faisait qu’il voyait tout, qu’il devinait tout.
Il était la multitude de son armée, il la sentait comme le sang dans ses veines, elle était lui, il était-elle.
Il la projetait où il voulait, quand il voulait, comme si elle était la lanière de son fouet.
Un ordre, alors il lança un ordre :
    - Que l’on étende les ailes ! Il est tant que nous les débordions ! Refermons les mâchoires du piège ! Nous allons les croquer et n’en rien laisser pas même un noyau !
Alors il dépêcha auprès d’Al Garci et de ses myriades de l’ordre des hommes de main quantité de vougiers des colonnes des buffles noirs, d’écorcheurs des cohortes des hyènes, et deux bataillons d’archers du désert, ainsi que d’habiles frondeurs de sa réserve.
Les nuées de flèches aux pointes perce-mailles, de pierres rondes et lourdes bien dirigées semèrent aussitôt la mort et la désolation au milieu des chevaliers qui désireux de prendre l’avantage sur leur ennemis tentaient cette percée sur son aile droite.
Le duc Fillon de Copper pour les soustraire à ce danger venu du ciel, à cette pluie mortelle fit accélérer la charge de sa cavalerie lourde, car à ses dires :
« Plus on avancera sus aux infidèles, moins on sera exposé aux traits. »
Cependant, Al Garci qui commandait l’aile droite ; la plus visée par la charge. Avait eu le temps de prendre ses dispositions pour la bien recevoir. Et ses renforts, il avait eut le temps de bien les disposer.
Quand la première ligne de chevaliers se présenta à portée, elle fut accueillie par une haie vive de vouges étincelante, effilée comme les rasoirs de l'enfer. Les meilleurs archers qui avaient eu largement le temps de se replier derrière les piquiers pouvaient décocher à courte distance.
Ils se rendaient compte de l’effet dévastateur de leurs tirs sur cette ligne de cavaliers dont le désordre et les vides augmentaient à mesure qu’elle avançait. Cette troupe empressée s’épuisait en vain efforts sous le choc des vouges sanglantes.
Leurs lances qui n’étaient pas assez longues battaient le vide.
Les débris de la première ligne impuissante se dispersa ou succomba. Pendant ce premier instant de la charge, des vougiers et les écorcheurs de la réserve c’étaient placés obliquement, et armes en avant, ils couraient en hurlant sus aux Messiens.
Encore, et encore des nuées de flèches, de javelots, et de pierres qui s’abattirent comme orage d’été, certains projectiles ricochaient sur les armures, les boucliers et les cottes, mais beaucoup faisaient mouche.
La cavalerie était maintenant attaquée de front et de flanc.
Les chevaux encore debout, effrayés par le vacarme des armes et des cris faisaient retentir leurs hennissements affolés. Beaucoup se cabraient, ruaient, refusaient d’avancer, désarçonnaient leurs cavaliers, puis se serraient les uns contre les autres, croupe à croupe, ils piétinaient tout sur leur passage et se sauvaient.
Ceux dont l’envie d’en découdre avaient lancé cette charge impérieuse, furieuse, étaient maintenant à la peine, la déroute était consommée.
Les projectiles arrêtèrent de pleuvoir, et ce n’était que corps à corps sanglants, où les lourds chevaliers maintenant à pieds étaient débordés par la myriade des hommes de main qui avec leurs sabres courbes n’en finissaient pas de trancher des membres.
Bientôt une clameur sourde s’échappa de cette mêlée confuse d’hommes et de chevaux.
C’était les suppliques des blessés, les râles des mourants que les écorcheurs qui s’étaient glissés à travers le mur de pics achevaient à coup de dague, de tranchoir, ou de masse. Sans merci ils fracassaient les têtes, empalaient les corps, tranchaient les gorges, la terre avait brunie de ce brun qui attire les mouches.
Ceux qui étaient encore à cheval et qui pouvaient fuir se frayaient un chemin à travers cette masse mouvantes et se précipitaient affolés dans toutes les directions portant au loin l’effroi, la terreur et l’humiliation.
Car c’est par un même instinct naturel aux soldats et aux chevaux que de retraiter vers le lieu d’où ils venaient. Ils y apportaient le désordre, la peur, la confusion.
Au centre de la ligne de front, Samaël à la tête de ses troupes avait fini de massacrer le gros de la cavalerie qui se repliait en désordre serrée de près par les sauvageonnes de Djezabelle.
Et par-dessus la mêlée on l’entendait crier :
    - Par les puissances et le sang que j’aime me trouver ici, au cœur de la bataille. 
C’était la fuite éperdue vers les lignes de fantassins commandée par Aymeris ou vers la côte.
Le Comte au moment de l’intrépide charge avait suivi d’assez loin l’ébranlement de toute cette marée à cheval.
Quand il était parvenu au faîte de la dune, c’était pour évaluer l’étendue du désastre à venir. Il jugea qu’il fallait être témérairement fou pour charger dans des conditions pareilles. Malgré les nuages de poussière il distinguait les trois gours qui formaient les sommets du triangle. De véritables forteresses naturelles peuplées d’une multitude d’archers, et reliant les gour des fossés et des pieux.
Et derrière, des dizaines de milliers de soldats, peut être des centaines de milliers.
Il n’était pas au plateau de la Lune, et il n’était pas Honorius.
Il fallait retraiter et vite, et en bon ordre. Il piqua des deux, il avait pris conscience de la déroute qui s’amorçait. Une grande partie de ses fantassins l’avaient déjà rejoint et malheureusement sous leurs yeux ébahis, ils avaient cette vision de cauchemar. Tous pouvaient voir les gourd qui tel des forteresses imprenables avaient nargué la cavalerie.
Tous pouvaient voir les chevaliers tombés achevés sans aucune miséricorde.

Sous ce soleil brûlant un instant il régna un effrayant silence, un silence presque total, puis chaque son, chaque plainte devint distinctement audibles.
Aymeris et Samaël se croisèrent du regard la distance entre eux était considérable pourtant ils savaient, ils savaient qu’ils étaient destinés à se mesurer.
Un geste du géant, et son armée comme un animal lui obéit et frémit ; une clameur immense déchira les nuées, cet animal enragé avait trouvé une nouvelle victime.
Les Salamandrins pouvaient voir l’armée de Samaël qui comme une avalanche allait sous peu dévaler la dune pour les ensevelir sous sa masse compacte, impressionnante, hurlante.
Elle serait bientôt accompagnée du son des innombrables tambours qui raisonneraient de la fureur de tout un peuple.
L’enfer courait vers eux en un vacarme apocalyptique.
Un monstrueux nuage de poussière montait jusqu’au ciel et en chassa pour un temps les vautours.
Il arrivait sur eux... Ils se battraient, et ils mourraient dans un brouillard de sable.
Aymeris eut quand même le temps de les haranguer, de leur crier à tous que le salut serait à ses côtés s’ils l’écoutaient, lui obéissaient, et restaient calmes.
Il ordonna de faire front à cette nuée fanatique avant de retraiter en bon ordre.
Les grands arcs de son armée firent pleuvoir quantité de traits alors que des grappes humaines s’empalaient sur les sarisses des hoplites, un rang s’écroulait, un rang suivait en poussant.
Et les morts, par monceaux, s’entassaient à leurs pieds.
Le sang suivait la hampe des sarisses, ruisselait dégoulinait collant comme la sève des figuiers.
Ils réussirent à briser le karr de leur adversaire, leur élan d’attaque s’achevait dans le sang.
Les huskarlars sortirent des rangs pour nettoyer à la hache les attardés. Et Aymeris à la tête de son petit détachement fit voler un grand nombre de tête avant de commander le repli ce fut un grand et beau carnage car les chevaliers excités par les cris de guerre venant des rangs de leurs fantassins taillaient à tout va.
Déjà au sommet de la dune les trompes sonnaient le farr, la retraite générale ou plutôt le regroupement des chacals du désert.
Car Aymeris le savait l’armée du prophète procéderait par vagues successives jusqu’à les balayer, pour cette multitude hostile ils n’étaient qu’un château de sable.   
Grâce à ce répit il put organiser son armée en cinq bataillons placés en carrés dont le centre serait le carré de la réserve, cela ressemblait au coté d’un dés marqué du chiffre cinq.
Chaque bataillon pouvait se soutenir l’un l’autre, il y avait répartie équitablement les archers, les hoplites, les huskarlars, les chevaliers qui avaient perdus leurs montures ainsi que les bagages.
Chacun de ces carrés était commandés par un de ses fidèles lieutenants.
    - Hé ! Compagnons, par tous les saints, nous avons tout perdu en ce jour ; la Papesse et morte ou prisonnière car elle n’est point avec nous. N’en saurons-nous rien ? Je fais vœu devant le créateur, que si je ne devais y aller que seul à sa recherche, je partirai quand même ! Et plutôt que je sois mort ou pris que je n’en ai des nouvelles ! Je ne sais qui de vous chevaliers me suivra, mais je cours sus au combat !
À ses paroles combien de lances se levèrent nul ne le sait, mais ce fut un grand nombre, et Aymeris ne choisit qu’une cinquantaine de preux.
Ils firent une ultime sortie toutes bannières déployées, avec en point de mire un gros escadron de méhara qui encerclait l’étendard de la Papesse.
Dans un bruit sec cinquante visières se rabattirent.
Cinquante chevaux hennirent.
Cinquante lances se baissèrent et chargèrent l’ennemi.
Il fallait dégager coûte que coûte Salamandine.
Au commencement, ils culbutèrent les méharistes tant leur charge fut fougueuse, et ils s’approchèrent de Salamandine qui au sommet d’une dunette, avec une poignée de survivants parvenait encore à repousser les soldats du désert.
À un contre dix, ils parvinrent par assaut de hardiesse, et de bravoure à rejoindre la Papesse qui blessée était tombée de cheval.
Mais bientôt ils furent à nouveau encerclés d’une multitude.
Une armée de Cinq cents chameaux était accourue pour renforcer ceux qui assaillaient toujours l’étendard de la Papesse.
Les chevaliers furent accablés par le nombre, ils n’étaient pourtant qu’à quelques dizaines de pas de leurs lignes, mais pour eux c’était le bout du monde.
Cernés de toute part, lances rompues, ils n’avaient presque plus de place pour charger, et beaucoup durent démonter et combattre à pieds.
Les chroniques sont remplies des hauts faits de ces martyrs de la foi et de la chevalerie. On les vit, après avoir tiré la dernière flèche de leur carquois, car beaucoup avaient aussi des arcs, en arracher de leur corps dont ils étaient percés, et les lancer à l'ennemi.
Plusieurs de ces mêmes chevaliers après avoir brisé leurs lances et leurs épées, s'élancer dans les rangs ennemis avec la hache dernière arme du chevalier Salamandrin, et lutter corps à corps avec les guerriers de Samaël.
Ils succombèrent sur des monceaux de cadavres en bataillant contre leurs ennemis.
Aymeris, chevalier de la foi, se signala spécialement durant ce malheureux combat.
Monté sur son cheval blanc au caparaçon d'argent au tau de gueules, il était resté avec un tout petit groupe de survivants sur ce champ de bataille soutenant, protégeant leur Papesse.
Ils refusaient obstinément de se rendre. Renversé de sa monture, le jeune guerrier se releva, tout hérissé de flèches.
Les soldats de Samaël avaient ordre de ne plus utiliser les arcs, il ne fallait pas blesser les chevaux, Samaël voulait se créer une cavalerie avec les coursiers pris à l'ennemi.
Aymeris c’était rendu compte de cela. Du fait qu’ils ne voulaient que les désarçonner, aussi essaya-t-il de se tailler un chemin sanglant vers ses bataillons, mais malgré tous ses efforts les brèches se refermèrent autour du petit groupe.
Percé de coups, et perdant son sang, il se précipita dans les rangs des infidèles, stupéfaits d'un pareil héroïsme, le genou en terre, il combattit, il combattit encore.
Dans la mêlée, il fut soulagé de découvrir qu’il n’y avait pas son aimée, et tout en faisant sauter des têtes il en rendit grâce au tout puissant.
Les Samaëliens, disent dans leurs chroniques, qu'ils prirent le chevalier pour la réincarnation du varan géant à deux têtes.
Ils étaient toujours encerclés, un mur de bouliers hérissé de pic les séparait des leurs.
Bientôt des Messiens il ne resta vivant que lui et la papesse qu’il avait recouvert de boucliers.
À ce moment précis les tambours jouèrent, les troupes suspendirent leur assaut final, le soleil sembla arrêter dans sa course comme si un dieu compatissant daignait jeter un regard sur le dernier des braves.
    - Allons Madame, il est temps de recommander nos âmes à Dieu car je pense que pour nous la messe est dite.
    - J’ai quelque chose à confesser, une exécrable faute, ma sœur est vivante.
    - Ce n’est point faute là, car épargner l’innocent n’est point une faute.
    - Mais pour elle il eut mieux valu qu’elle mourût.
    - Qu’est-ce à dire ?
    - Elle est en route pour Barsalamandar, pour le puits aux fous. Je regrette tant qu’ai-je fait ! Mon Dieu ! 
    - Il n’est plus temps de se lamenter. Recommandez votre âme à Dieu. Voulez-vous que je vous tue pour ne pas tomber entre les mains des hommes du désert ?
    - Peut-être y a-t-il encore un espoir ?
    - Si c’est vrai que séant il se montre, moi je …
Alors dans des rangs ennemis un murmure monta, et les soldats s’écartèrent faisant comme une haie d’honneur à trois personnages.
Samaël, Al-Garci et Djezabelle.
    - Alors chevalier c’est la fin ? grogna Samaël.
    - Viens si tu l’ose ! Faux prophète. Je t’attends de pied ferme !
    - Crois-tu que j’aie envie d’engager un quelconque duel ? Je suis ici plutôt en spectateur curieux. Ta Papesse est encore vivante à ce que je vois, il ne tient qu’à toi de sauver ta tête. Donne-moi la sienne. Et toi et ta troupe vous aurez la vie sauve.
    - Jamais ! Moi vivant jamais ! À cette femme, seul appartient le pouvoir de désarmer mon bras ! Il désignait la papesse.
    - Ne me tente pas, Djezabelle qu’attends-tu pour remettre ce présomptueux à sa place.
    - Votre ordre ; Saigneur. répondit Djezabelle d’une voix sourde.
Et bien vas-y !
Ce que les deux amoureux redoutaient aller arriver, un duel sans merci, le destin les avait une fois de plus joués.
Le Comte malgré ses blessures et sa fatigue connaissait l’issue d’un tel combat.
Bien que très douée Djezabelle ne ferait pas le poids, il ne voulait pas la blesser. Plutôt mourir, et tant qu’à mourir, il préférait choisir son bourreau. 
Sans plus attendre il engagea le combat, mais que pouvait une jeune femme contre un des plus grands des doctores armorum (docteurs ès armes).
Au premier assaut, il plaça une botte qui désarma Djezabelle, dans le même instant il l’assomma. Elle tomba à la renverse dans un nuage de poussière.
Le chevalier ramassa négligemment l’épée de la jeune femme et la jeta aux pieds de Samaël. 
    - Monstre ne crains tu pas de laisser ta victoire imparfaite. J’aspirais à combattre un héros et non une jouvencelle. Par ma foi, mon épée qui en a pourfendue plus d’un ne se satisfait pas d’une quelconque drôlesse ! j’attendais un adversaire tel que toi, car je m’appelle Aymeris Comte de Brûnhaut mon nom de guerre est tranche tête.
Al-Garci allait ramasser l’épée pour laver l’affront fait à sa fille quand Samaël lui fit signe de n’en rien faire.
    - C’est parler en guerrier. Et si c’est ton plaisir, je ferais un heureux ! 
Al Garci, faits moi place. Ma voix condamne un Comte téméraire. Et son funeste destin aura pour nom Samaël.
    - En parlant ainsi, on m’invite au combat. Puisque vous êtes presque nue et puisqu’il faut se battre laissez-moi me mettre à mon aise.
Aymeris jeta son écu en amande tout cabossé, sa cote de maille qui partait en lambeau, ainsi que son gambison déchiré.
Il resta en chemise et en braie.
Samaël laissa faire, presque amusé.
Il pensa que son adversaire était astucieux.
Et que peut être, lui aussi aurai un adversaire digne de le divertir.
Le Comte se retourna vers la papesse.
    - Bénissez-moi Madame, car je vous précède sur le chemin du trépas.
Faiblement elle lui obéit avant de retomber inconsciente.
Il regarda encore une fois autour de lui, personne, tous ses amis comme de tendres fleurs avaient été fauchés.
Tous ces preux chevaliers dont il n’avait pu recueillir les dernières paroles gisaient sur le sable.
Alors il ramassa son étendard ainsi que celui de la papesse et il les planta auprès d’elle après les avoir pieusement baisés.
Il se signa.
Un des lieutenants Samaëliens qui se tenait auprès d’Al-Garci lui demanda :
    - Que signifie ce signe ?
    - Rien s’il ne sait pas se battre.
Aymeris prit la parole et d’une voix forte et résolu il dit :
    - Il est temps ! Je vous ai assez fait languir.
Il salua son adversaire avec respect, comme il convenait de faire lors d’une ordalie.
Il porta en pal son épée tenant la poignée de celle-ci à hauteur du cœur. 
Le combat s’engageât et bien qu’Aymeris mesura près d'une toise, il paraissait un nain à côté de Samaël.
Une mouche.
Une mouche, qui ne cessait de lui porter des coups, des égratignures.
Une mouche, qui sans cesse lui tournait autour.
Une mouche, qui mettait le géant en rage.
Sa masse d’arme tournoyante eut pu fracasser une montagne si elle l’avait rencontré.
Mais le preste chevalier se jouait de ces mortels moulinés.
Samaël changea de tactique, il frappa le sol, la terre trembla.
Aymeris fut un court instant désorienté mais se rattrapa, et quand le géant recommença, il anticipa sautant en l’air son sabre zébrant profondément le dos du monstre.
Du sang pareil à de l’acide coula sur le sable qui se vitrifia instantanément dégageant une odeur âcre.
Samaël grogna de plus belle.
Il tomba à genoux devant les yeux ahuris des siens.
Lentement, il se releva, un genou, puis l’autre, pendant que le Comte ne cessait de le larder de coups d’épée.
Djezabelle quant à elle c’était agenouillée, elle fermait les yeux, elle ne voulait pas voir, si elle avait pu, elle aurait fui à l’autre bout du désert pour ne pas savoir, dans tous les cas elle était perdante.
Elle ne pouvait choisir la vie de son amour ou celle de son prophète.
Samaël comprit qu’il lui fallait changer d’arme sous peine de paraître ridicule, aussi prit-il à un de ses hommes une vouge qui entre ses grandes mains paraissait une épée.
Le combat gagna en qualité, car le géant était aussi rapide, aussi adroit qu’Aymeris, et les feintes se succédaient de part et d’autre, c’était grande et belle chamaille.
Un moment Samaël surprit l’essoufflement de son adversaire dont les nombreuses plaies ouvertes saignaient toujours.
    - Je te vois accablé, veux-tu quelques repos ?   
    - Ce conseil outrage ma valeur.
    - Je ne serai plus long dans ce cas, et je puis te terrasser à cet instant même.
Il porta une attaque foudroyante, et Aymeris n’eut pas le temps de l’esquiver complètement.
La grande lame de la vouge déchira largement sa chemise lui faisant une longue estafilade.
Le Comte tomba sur le dos, son torse offert à l’arme d’hast.
Samaël hésita, il venait de reconnaître le collier, les larmes de la lune, le collier de Djezabelle, qui toujours à genoux non loin d’eux cachait ses pleurs. Il n’en fallu pas plus à Aymeris pour réagir, sa lame trancha net la main qui tenait la vouge.
Il crut un instant avoir triomphé de l’impossible.
Mais le mur de pic qui l’entourait se rapprocha pour l’empaler.
    - Non ! cria Samaël qui partit d’un grand rire.
Tous arrêtèrent leur marche mortelle.
    - Tu t’es vaillamment défendu. Tu m’as bien distrait. Tu mérites mon respect. Mais avant que je te laisse aller libre, regarde, afin que tu saches que jamais au grand jamais, tu n’aurais pu me terrasser, car vois-tu… je suis en coquetterie avec la mort.
Sa main valide ramassa celle qui gisait sur le sable et la remit à sa place, de nouveau il avait deux mains et il aurait été impossible de deviner laquelle avait était coupée, pour appuyer ses dires il prit sa vouge et se la planta profondément dans le torse et la ressortit sans qu’il n’en fut mari d’ailleurs toutes les blessures que lui avait infligées le Comte commençaient à ce refermer.
Autour d’eux des dizaines de milliers de gorges criaient :
    -  Samaël, Samaël, tu es le plus grand !
    - Va ! Pour l’instant tu n’es plus de mon ressort. Je te laisse retourner auprès des tiens, avec ta fratricide Papesse bien que son âme soit aussi noire que les abîmes qui bientôt l’enseveliront.
    - Nous nous retrouverons. Ton immortalité n’est que mensonge et orgueil et je trouverai ton point faible.
    - Tu as peut-être raison, mais en attendant, va-t’en, tu ne m’amuses plus.
Alors le Comte hissa la Papesse sur son cheval, prit ses deux étendards, et dans le plus grand silence traversa les rangs ennemis, il était à pieds exténué mais fier.
Il regagna ainsi le centre de son dispositif.
Les troupes du Prophète les encerclaient de toute part.
Et par un goût de celui-ci, il avait fait vêtir toute son armée de bleu foncé, de bleu clair, ou de blanc, si bien que les Salamandrins avaient l’impression d’être naufragés au sein d’un océan hostile.
La papesse choquée malgré les soins qu’on lui avait prodigués divaguait dans le camp.
Elle murmurait la tête dans les mains : 
    - Tous mes chevaliers et mes guerriers étendus face sur ce sable maudit, où vais-je ? Où retrouver mon Duc, mon aimé ? Hélas. Que de vaillants soldats couverts de blessures. Je vois mes étendards mouillés du sang de mes braves. Que de plaintes là dans ce camp, que de souffrance ! Dieu qui m'entends, où es-tu ? Que je sois maudite, cette guerre je l’ai voulu ! Sous le feu du ciel mon armée entière est accablée. Hier encore, mes fiers chevaliers marchaient droits sous ce soleil ardant, remplissant la plaine de mâle cris de guerre... Grand Dieu ! Mon cœur à froid dans ce chaudron ! En spirales les noirs vautours aux cieux promènent leurs envolées. Pauvres veuves ! Combien de mères désolées à cause de moi ! Mes pas chancellent dans la poussière. Du courage il nous en faut encore ! Là-bas, derrière nos lignes, sur les dunes ensanglantées, où a triomphé la mort livide, doit être allongés mon ami. Peut-être porte-t-il encore mon écharpe grenat nouée à son bras. Moi j’ai sur ma poitrine son tau de rubis. Adieu, Fillon ! Mon cher Duc ! Demain, peut être notre dernier jour. Nous ne verrons pas le prochain soir. Noces de sang, tombeau de sable, mon armée couchée dans la poussière.

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Samaël avait fait appeler Djezabelle sous sa tente. Elle traversa un large cercle fait de piques sur lesquelles étaient fichées les têtes de nombre de Messiens
    - Alors général que pensez-vous de cette journée ?
    - Elle est notre Saigneur ! Pourquoi ne pas lancer d’autres assauts contre leurs positions ?
    - Oui, pourquoi ? Je me le demande, et je te le demande aussi, pourquoi cette sollicitude envers cet Aymeris, pour ne pas dire plus ? N’oublie pas ceci, ne laisse pas ennemi prochain te marcher sur le pied, de crainte qu’il ne te marche sur la tête.
    - Je ne sais que répondre Prophète. Si ce n’est que je n’ai jamais trahi, jamais fait quelque chose dont j’ai à rougir.
    - Suffit ! je te crois, biens que tu ais omis de me conter bien des choses, je pars méditer au sommet de la dune haute, nous reparlerons de cela à mon retour. J'ai besoin de solitude. La solitude rend sage. Mais je sais que le cœur de l'homme est semblable à la source qui reste transparente et fraîche dans le creux du rocher, mais qui se trouble et s'évapore dès qu'elle se partage en mille filets. Pour punition à mon retour tu chanteras devant les troupes l'hymne de la victoire.
En fait de pénitence c'était plutôt le plus grand des honneurs. Mais il impliquait une condition qui fit frémir la noble Djezabelle. En sortant sa face d'ogre était barrée de quelque chose qui ressemblait à un large sourire, il chassa une pie du désert qui sur un crâne picorait un œil.

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