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#1 25-02-2018 12:03:22

sergent major
Membre
Inscription : 21-02-2018
Messages : 24

Les Cinq Chants du Carnages (chapitre 51) un peu violent.

Ce n'est pas un forum c'est une planète morte.
Pas de lecteur, c'est un gros disque dur en somme.
Pourvu qu'ils ne le ferment pas, car c'est une façon élégante de stocker des textes.

En plus je peux mettre mes textes dans l'ordre que je veux... le pied.


Chapitre 51.      Samaël, Djezabelle, Aymeris.

    - Louange à moi l’unique ! Ce que je vais dire est vrai ! répétez-le, et vos paroles ne seront amoindries par personne. Frères armés du désert l’heure de la grande confrontation. L’heure que vous avez si longtemps attendue est pour bientôt. Demain c’est nuit des deux lunes noires. C’est le signe. Nous communierons par le sang car je suis le Saigneur et ceux qui tomberont au combat revivront à travers moi, car je suis le Saigneur éternel. Mes enfants il ne sert à rien de courir pour voir l’ennemi. Maintenant en notre vue il s’est rendu, car là-bas derrière le cordon de dunes il nous cherche et il campe. Sur notre rivage leurs tentes ils ont mis, dans notre terre leur « Tau » maudit ils ont plantée. La croyance qui nous unit punira les Salamandrins de leur témérité et renverra sur eux un malheureux destin. Moi Samaël je vous le dis le sable va se gorger de leur sang impur. Il est temps de déployer nos méhara (pluriel de méhari). Il est temps que nos soldats s’arment de vaillance. Il est temps que les tambours de guerre raisonnent dans la plaine. J’ai dit ! Nous les attendrons en haut du septième cordon de dunes sur les gour d’Aïn-Ouattine devant Tabar.
(pluriel de gara qui désigne une ou quelques collines isolées dont les flancs à pic et dénu­dés paraissent avoir subi l’action érosive de masse d’eau énormes)
Qu’un dixième du campement soit visible, il faut qu’ils nous voient un peu, qu’ils nous devinent un peu. Qu’il en soit fait selon ma volonté. Ce soir nous nous retirons vers ce lieu que j’ai choisi, il faut que nos ennemis connaissent le soleil ardent et les sortilèges du sable, allez enfants ! Tous aux puits de Tabar, nous aurons l’eau laissons leur la soif !
À son discours répondit les hurlements de joie de dizaines de milliers de poitrines. À son discours répondit les youyous de dizaines de milliers de femmes en liesses.
Il se retourna vers son bras droit, un homme dont le côté gauche de la cape blanche était marqué d’une main rouge, un homme grand et sec comme les acacias du désert.     
    - Al-Garci continue à exercer les vougiers, leurs actions est primordiale dans la bataille qui nous attend. (Soldat qui utilise une vouge qui est une arme d’hast et de taille à large lame tranchante et asymétrique) Je sais c’est une nouvelle arme pour vous, mais c’est la clef de notre victoire. D’ailleurs je compte bien perfectionner la vouge et les vougiers pour en faire une arme encore plus efficace.
    Alors Al-Garci avec ses compagnons de l’Ordre des Hommes de Main montra une fois encore comment résister à une charge de cavalerie.
Il démontrait que deux hommes résolus placés dos à dos, la pique bien en main, pivotant au besoin sur eux-mêmes, pouvaient se défendre contre deux chevaux ou deux chameaux, trois hommes placés de même résistaient à trois ou quatre cavaliers, et qu’à six ils devenaient redoutables surtout s’ils avaient encore une ou deux javelines en plus de leur vouge. On essaya aussi l’emploi de petites piques de cinq pieds qui se fichaient dans le sable et s’y maintenaient réciproquement au moyen de cordes fixées à chacune d’elles et qui s’attachaient l’une à l’autre. Ces piques formaient ainsi une sorte de haie de chevaux de frise devant eux, chaque soldat avait la sienne placée en sautoir derrière son épaule gauche à coté de la rondache (bouclier rond).
Al-Garci avait choisi de faire une confiance aveugle à ce monstrueux géant. Depuis qu’il l’avait rejoint il n’avait jamais plus goûté au fruit amer de la défaite. Ensemble ils avaient soumis à leurs volontés tout le désert d’une mer à l’autre. Ils avaient pillé les royaumes de Nigritie et ceux de Mitanni.
Les côtes de Carchemish leur rendaient hommage. Pas une caravane ne se risquait à traverser leur immense territoire sans avoir versé son obole qui pour une obole était loin d’être légère.
Si réellement Samaël était d’essence divine il serait l’incarnation de la victoire et du désert.
Samaël s’avança à grand pas au cœur d’un rassemblement de six cents dromadaires sellés et agenouillés, et d’autant de coureurs du désert.
Il s’arrêta devant la belle Djezabelle son général de méhara qui seule était à cheval. C’était une grande jeune femme à la noble allure, à la sauvage beauté, quoique sous ses amples vêtements et sa cape on n’en puisse rien voir hormis ses grands yeux de perles noirs aux longs cils peignés de khôl.
Et si de la gazelle elle en avait le regard, sa bravoure tenait de la lionne des montagnes.   
    - Nous sommes prêtes et aux ordres Samaël.   
    - Mes belles sauvageonnes écoutez encore ces quelques conseils, les cavaliers Salamandrins sont avec la nouvelle cavalerie de Domina les plus redoutables chevaliers, ils ont utilisé la lance lourde bien avant tout le monde, alors même que les cataphractaires de Subarnipal en sont encore à l’épée et à la genette (petite lance). La cavalerie Salamandrine sait manœuvrer. Elle sait charger en groupe compacte mais aussi opérer des replis et des contre-attaques. Elle connaît la formation du groin de cochon (façon de charger qui s’apparente à la formation en triangle ou en pointe). Une chose encore leur chef est souvent à la tête de ses troupes. Allez-y! Faites les courir harcelez les ! Qu’ils ne dorment point ! Qu’ils soient maris avant d’être navrés. Et pas de contacts directs vous aurez à coup sûr le dessous. Ton idée de les attirer avec les dromadaires pendant que les coureurs s’attaqueront aux bateaux pour plus tard repartir à la nage est excellente, tu es bien la digne fille de ton père.
    - Que ta volonté soit.
    - Aurais-tu perdu ton collier Djezabelle ?
    - Non pas Saigneur c’est une dette dont je me suis acquittée.
    - Elle devait être bien lourde Djezabelle.
    - Ma vie, maître.
    - Alors dans ce cas c’est bien. Il n’est pas bon d’avoir des dettes à la veille d’une bataille. Et ce cheval ?
    - Une avance sur ma dot Saigneur.
    - Décidément tu es bien mystérieuse ce soir. Bon faites honneur à votre clan et au désert.

    Les chamelières sans un mot tenaient leurs rênes dans la main gauche, elles saluèrent toutes ensembles et montèrent leurs animaux qui par un frottement du pied sur le cou se levèrent. Elles partaient troubler le repos du camp ennemi, toutes maîtresses dans l'art du maniement de l’arc et de la lance. Les escadrons s’éloignèrent au pas, chaque chamelière portait le yatagan (sabre courbe à un seul tranchant), le telaq (poignard attaché au bras), la longue lance, l’arc et le carquois ainsi que le long bouclier en losange fait de liège doublé de peau de Vitard cornu.                 
Dans le camp des Salamandrins au bord de la mer, alors que la brise marine soulevait le sable d’une plage sans fin, l’armée avait enfin réussi à mettre au sec la plus grande partie de la flotte, il est vrai que cela représentait plus de huit cents vaisseaux de tous tonnages les autres avaient fait demi-tour.
On était un peu après l’heure de la messe célébrée près du grande Tau. Tout ce qui comptait de nobles et de capitaines étaient maintenant sous la tente ou plutôt le chapiteau de commandement, une grande et belle tente richement décorée, une tente à plusieurs mats polychromes.
les ducs, les barons, les chevaliers de la foi écoutaient la fin du discours de la Papesse.
    - C’est grand et beau matin mes beaux Seigneurs. Dieu tout puissant est avec nous, j’en veux pour preuve notre traversée de la semaine dernière. Voyez la mer n'a point était félonne et nous avons abordé cette plage sans aucune perte. Rendons grâce à dieu. Nous avons quantité de vivres pris dans les villages des pécheurs alentours. Nos éclaireurs nous annoncent enfin qu’une armée de vas nus pieds campe à cinq lieux d’ici. Demain, après avoir communié avec l’hostie consacrée, après avoir entendu la messe et bénît les troupes, nous irons à bannières déployées exterminer ces immondes païens dont le chef se dit fils du désert. Messire Duc Fillon de Copper expliquez le plan de campagne.
    - Bien grande Papesse. Nous laisserons une petite réserve d’infanterie sur la plage pour protéger les bagages et les navires. Le reste des piétons nous suivra à son rythme. La cavalerie ira au-devant de l’ennemi cela sera d’autant plus facile que ces chiens n’ont pas de chevaux. Quand ils seront à portée de charge, l’host (ou ost est une armée féodale) se divisera en deux, une partie attaquera de front pour les fixer pendant que l’autre attaquera leur aile droite, la plus vulnérable comme c’est toujours le cas avec une armée de Péquins (terme péjoratif désignant les porteurs de piques). Une fois celle-ci mise en déroute nous fondrons sur les arrières de leur armée. Nous n'avons pas besoin d'être supérieur en nombre pour les écraser, nous allons leur voler dans les plumes à tous ces pleutres, et comme il est écrit dans le saint livre « la valeur l'emporte toujours sur le nombre » il n'y a qu'à se souvenir de la bataille du Pont de Salam-Al-Hec où nos chevaliers montés sur leurs chevaux bardés de fer renversaient tout sous le poitrail de leurs montures.   
    - Des remarques ? Interrogea la Papesse. 
    - Je ne suis pas d’accord je connais un peu ces Chacals du Désert ils ne sont pas aussi pleutres que veut le laisser croire notre grand connétable messire duc Fillon de Copper. Il serait hasardeux de laisser l’infanterie en retrait et de courir sus au-devant de l’ennemi. La cavalerie et les fantassins doivent marcher de concert et se protéger l’un l’autre. Et si demain ils refusent le combat s’ils se retirent pour nous attendre plus loin ?
    - Nous les poursuivrons les rattraperons et les massacrerons.
    - Vous ne savez pas à qui vous vous attaquez. Ils connaissent les privations, chez eux l'ascétisme est à son comble, quelques dattes trempées dans du beurre rance suffisent à la journée d’un guerrier, ils se nourrissent des mois durant avec des galettes de taguellas. Et ils savent aussi bien que nous utiliser l’arc et l’épée. 
    - Comment sire comte Aymeris de Brûnhaut vous avez peur de quelques francs-taupins (terme péjoratif pour désigner les archers qui faisaient souvent des fossés) et de malheureux péquins qu’on n’aura aucune gloire à tailler en pièces ?
    - Sachez Duc qu’il n’est jamais raisonnable de sous-estimer un ennemi outre le fait que nous n’avons pas de port et que nos bateaux sont échoués sur plus de trois lieues. En cas de contre-attaque c’est indéfendable. Il faut surtout que la flotte reprenne la mer, ici nous sommes trop éparpillés, trop vulnérables.
    - Je reconnais bien là votre mauvais esprit et ce que d’aucun appellerait couardise. On sait les liens d’amitié qui vous unissaient à la damnée excommuniée.
    - Si je n’étais pas Comte et vous Duc. C’est sur le champ que je vous demanderai raison de cette offense et vous en ferai rendre gorge. Laissez au moins dix conrois (corps de cavalerie de 20 à 30 cavaliers) avec la réserve, et une dizaine d’autres avec les piétons.
    - Après cette bataille je m’abaisserai peut-être à consentir à ce que nous vidions en champ clos cette querelle. Pour ce qui est de votre demande, il n’en est pas question cela reviendrait à nous priver de six cents lances et je suis contre.
    - Et moi je persiste et dis que c’est grande folie, il faut savoir faire prudence pleine quand on ne connaît ni le pays ni le nombre que l’on doit combattre.
    - Si fait ! Puisque s’en est ainsi, prenez vos propres lances messire et accompagnez les fantassins. Ainsi venait de trancher la Papesse. Mais elle avait ajouté : Il sera écrit dans Le Grand Archétype-Codex qu’à bataille vous ne fûtes point invité.(archétype= manuscrit ancien qui est par son texte, l’ancêtre d’un ou de plusieurs autres, codex= livre fait de feuilles cousues ensemble : le codex s’oppose au vo­lumen, qui était un rouleau) Sire Brûnhaut eut un sourire amer quelles lances ?
Tout au plus trois conrois. Déjà qu’il avait dû faire amende honorable pour conserver ses terres et promettre sa participation à cette stupide campagne. Combien il regrettait amèrement le temps de Salamandra.
    - Puisque s’en est ainsi et qu’on me juge indigne commandant. Je me retire de sous cette tente. Puissiez-vous tous avoir raison.
Il sortit d’un pas rapide et décidé, la tenture claqua derrière lui, mais on put entendre ses dernières paroles : « Quand raison et vérité ne peuvent être ouïr, c’est suffisance et présomption qui règnent ! »
    - S’il n’avait pas si adroite troupe, si sa famille n’était pas membre de la curie et de si proche parenté avec les Cimmériens, je l’aurai bien châtié, mais pour le présent il convient de lui faire bonne figure. Mais par sainte Ursule son heure viendra. Après la victoire qui nous tend les bras, à Dieu plaise, l’inquisition s’occupera de lui. Sir Duc poursuivez car je dois bientôt vous quitter pour faire oraisons à genoux en mon oratoire avec les frères inquisiteurs.

Aymeris regagna les siens, une troupe composée de ses cent chevaliers aux fiers destriers élevés dans les vastes plaines de Turan, de ses deux cent écuyers brûlant de gagner leurs éperons, de ses trois cent huskarlars (fantassins lourds armés de grandes haches) solides comme le roc, deux cent cinquante archers aux arcs longs en bois d’if et pour finir, de ses quatre cents valets d’armes.
    - Mes gaillards ! Cria-t-il. Prenez du repos la nuit sera longue et risque d’être chaude. Ce soir soyez tous en arme. Doublez la garde. Mais avant mettez tous nos navires à flots, les chaloupes dans le camp. Je veux qu’on puisse embarquer rapidement si jamais ils nous submergent cette nuit. Cette plage est un véritable traquenard, si demain nous sommes encore vivants, nos bateaux prendront la mer pour rester hors de portée des flèches.

    Et c’était vrai le camp était une immense forêt de tentes sans ordre, une ville de toiles multicolores, d’étendards et de bannières claquant au vent, un mélange inextricable d’hommes en armes de chevaux et de bétail. Heureusement qu’on avait dû traverser la mer, sans quoi les ribaudes auraient suivies.
Sûrs de leur nombre et de leur force aucun fossé n’avait été creusé, aucune palissade n’avait été dressée.
Hormis pour les troupes de Sire Brûnhaut et de Sire Thibault qui avait été à bonne école, celle de Ser Lupus. Ils avaient construit une sorte de camp à la Dominienne, sauf qu’il avait la forme d’une demi-lune dont le diamètre était adossé au rivage.
Aymeris désabusé se retira sous sa tente, lui aussi devait se reposer.
Déjà malgré l'heure matinale, dans de ce pays brûlé, dehors entre les tentes, l’air fébrile emplissait l’espace d’une buée dorée de sable tourbillonnant, et les rayons du soleil tombaient en averse aveuglante.
Le ciel était devenu blanc le sable aussi, tout était devenu blanc d'une chaleur suffocante.
Il était las. Il s’allongea sur son lit fait de lanières de cuir, presque nu, luisant de sueur, cherchant sans pourtant le trouver un sommeil réparateur dispensateur d’oubli.
Malgré la brise marine sa tente était pareil à un four, un grill sur lequel était son âme. Pourtant ce jour rayonnant, ne parvenait pas à éclaircir l'ombre aveuglante qui était tombée sur toute cette lumière, et sur sa vie.
Une ombre qu’il aurait pu nommer désir.
La veille au cours d’une razzia sur un de ces malheureux villages de pécheurs il avait pour la première fois combattu les siens ou du moins quelques soudards de Fillon, il en avait occis une demie douzaine sans aucun remord.
Il est vrai que la dame était jolie ou plutôt fort belle, son regard, ses yeux agrandis par le kohol furent pour lui comme un coup de dague en plein cœur, comme le baiser de la grande lune sur les lacs brumeux de son pays.   
Il était arrivé avec cinq de ses cavaliers dans ce petit village ou plutôt dans ce hameau quasi désert.
Ils avaient un peu de retard, déjà les sergents du Duc étaient occupés à piller les quelques masures de pisé. Des cadavres de pécheurs taillés en pièces traînaient çà et là. Il vit un attroupement à l’entrée de la plus grandes des cases, un bâtiment fait de roseaux, de tronc de palmiers et de boue séchée.
Par curiosité il démonta suivi par deux de ses lieutenants.
Trois soldats étaient devant la porte, ils se détournèrent et les dévisagèrent leur lançant un sourire narquois.
Le Comte entra seul.
Tout d’abord il ne vit rien, puis ses yeux s’habituèrent à la pénombre, il devina six soldats, six soudards de la pire espèce, et au milieu d’eux, une jeune femme étendue par terre, échevelée, presque nue, ils étaient à quatre pour la tenir plaquée au sol tant elle se débattait, tant elle se tordait.
    - Que faites-vous ?
    - Chacun son tour fait la queue comme tout le monde !
    - Comment ça ?
Le sergent qui se méprenait sur la question répondit.
    - Oui c’est pas parce que tu fais partie de la garde de Brûnhaut que tu la baiseras en premier.
    - Dehors gueusaille ou il vous en cuira ! Je suis ce Comte là ! Et à mon juste courroux prenez en garde ! Car je risque fort de vous étendre là pour le compte !
    - A houai ! Messire Comte n’est pas partageur, on nettoie le village. Cette catin nous navre deux compagnons et Comte, vous voudriez gardez la drôlesse pour vous seul ? C’est pas très Messien.
    - Pas très Messien dis-tu ? Et massacrer des manants sans défense ? Et violenter même une païenne est ce Messien ? J’ai dit, tous dehors et je ne me répéterai pas !
Disant cela il fit passer les pans de sa cape par-dessus son épaule et il mit la main au pommeau de l’épée.
    - Que nenni ! Ce serait trop facile. Sans coup férir, messire voudrait retirer les marrons du feu, et tirer sa crampe !
Un sergent épée au clair traversait la pièce.
Aymeris en fit autant, para le coup. Le duel s’engagea.
    - Vous tous à l’aide, il est trop fort pour moi !
On entendit à peine le bruit des épées qui s’entrechoquaient dehors, tant le combat était féroce dedans.
Les deux lieutenants du Comte se débarrassaient des trois sergents devant la porte.
Tout en parant les coups, il se souvenait des leçons d’escrime prises auprès de Metamoto qui après lui avoir présenté une nouvelle botte lui disait :
« Ne m’interroge point ! Car la question est le viol brutal du recueillement, du droit, et du devoir de se taire. Regarde et observe celui qui sait, apprends par toi-même, sans tout d’abord ne rien demander à un être aussi faillible que moi… puis en riant il ajoutait : Mais moins incertain que toi. ». Serait-il fier de lui et de son enseignement ?
Il cria à ses lieutenants :
    - Vous deux montez la garde devant et tachez que personne n’entre ! De ceux de dedans j’en fais mon affaire !     
Tendu en dedans, détendu au-dehors. Un fauve dans une basse-cour voilà ce qu’il était. Il ne restait qu’un soudard à essayer de maîtriser la prisonnière.
Ses compagnons ferraillaient contre Aymeris tranche tête car tel était son surnom. Le Comte cria à ses lieutenants qui avaient été rejoint par le reste de son escorte.
    - Qu’elle est ma cote ?
    - Messire vous savez bien qu’à moins de sept contre vous on ne pari pas.
Il les entendit rire.
    - En plus vous êtes dos à la porte. Et d’après ce qu’on sait ils sont à peine cinq, et en plus… Des soldats du Duc Fillon… Et vous savez ce qu’on dit, troufion de Fillon soldat de fion. Et ils rirent de plus belle. 
    - Dans ce cas j’abrège.
Celui qui tenait les mains de la jeune femme, voyant ses compagnons à la peine, voulu leur prêter main forte, aussi d’un coup violent estourbît-il sa prisonnière, le temps de lui attacher rapidement les mains et les pieds avec une quelconque corde.
    - Maintenant ils sont six, allez soyez beaux joueurs ?
Et malgré le vacarme qu’il faisait il entendit nettement les autres répondre.
    - Non messire à moins de sept on parie pas, trop de fois vous nous avez plumés. Et de plus ce n’est pas Messien de parier. Surtout sur la vie d’autrui.
    - Vous avez de la chance mes gaillards ! Si vous déguerpissez maintenant vous aurez la vie sauve.
    - C’est bien le diable si à nous six on ne vous navre point.
    - Le diable ! C’est navré, séant que tu vas le saluer ! Tu lui passeras le bon jour d’Aymeris Comte de Brûnhaut dit tranche tête. 
Et coup sur cou il le tua en même temps que deux autres qu’il coupa par le milieu. Quant aux trois autres dans la minute qui suivit leurs têtes volèrent de si de là, certains furent encore agités des derniers soubresauts de la vie, mais enfin c’en été fini.
L’intérieur de la bâtisse était tapissé de sang du sol au plafond, ce n’était plus qu’un abattoir. Mais la sécheresse des lieux, faisait que les murs trop longtemps assoiffés avalaient, buvaient tout ce sang. Maintenant il était seul devant cette femme qui à nouveau consciente avait pu voir la fin de son combat et sa victoire. Aymeris sentait confusément son orgueil d’homme grandir, il eut le temps aussi de la détailler, mon Dieu qu’elle était belle, l’impression qu’il eut d’elle le saisit, le troubla, à l’instant même. Elle sentit son regard presque pesant, elle s’immobilisa tétanisée. Il s’approcha lentement comme pour prolonger à sa vue cet être sans défense. Il serait courtois et fort digne puisqu’il n’avait rien contre elle.  Même si elle était de ce pays, elle ne lui avait rien encore fait. Et sa morale et son cœur lui enjoignaient de faire grâce à cette femme, mieux même, de la libérer.
Il se pencha s’agenouilla auprès d’elle et lui murmura.
    - Si tu veux la vie et la liberté il va falloir que tu m’obéisses et que tu fasses la morte. Si tu comprends, dis-moi le tout bas.
    - Oui. Chuchota-t-elle.
    - C’est bien dit.
Il lui détacha les jambes les lui écarta. Il la sentit se raidir.
    - Chut, du calme fais-moi confiance et sur ma foi de cette masure tu sortiras comme je te l’ai promis. Car ici nul autre que moi ne te fera grâce.
Rétive mais dominée, elle sentait bien que cet homme ne lui voulait aucun mal, et cela la mit dans une rage muette, seule ses yeux la trahissaient.
Le Comte se macula les doigts de sang et lui en huila l’entre jambe, puis d’une de ses victimes qu’il avait coupé par le milieu il en retira à deux mains quelques boyaux qu’il lui répandit sur la poitrine et le côté.
    - Maintenant, tu joues ta vie et la mienne, il va falloir que tu joues bien la morte. Lui dit-il tout bas. En cet instant où elle avait failli perdre la vie, à cet instant elle s’était rendue compte à quel point elle y tenait, à quel point elle voulait voir encore des couchers de soleil sur son désert chéri.
Elle en eut honte, terriblement honte, et pire elle espérait.
    - Vous pouvez venir j’ai occis le dernier.
Quatre de ses compagnons entrèrent tous étaient des moines soldats.
Il les prit à témoins :
    - Regardez ! ils ont tué cette fille alors que bien travaillée elle aurait pu nous donner de précieux renseignements.
Il ramassa la cape de la jeune femme.
    - Regardez c’était une des Chacals du Désert et ses idiots l’ont violée et tuée. Ils méritaient la mort.
    _ C’est bien dit. Dommage la dame était jolie. Veux-tu que l’on t’aide à enterrer les corps ?
    - Non ce sera ma pénitence, partez ! Retournez au camp, il n’y a plus rien à faire ici, quand à ce duel qu’il reste entre nous.
    - Tu peux compter sur notre discrétion Aymeris. Et leurs chevaux ?
    - Je m’en charge aussi.
    - Bien, mais encore une fois tu vas rater la messe pontificale.
    - J’en demanderai pardon au Messi, mais du moment que je ne rate pas celle de demain, celle du Saint-Esprit ce n’est pas trop grave.
    - Bon, nous on y va, ça commence à puer le cadavre, et les mouches ont table ouverte ici.
Il resta seul avec elle. Il attendit un peu. Quelque part il était mécontent de ne pouvoir donner un nom sur les étranges sentiments qu’il ressentait, il n’était pas sûr de bien agir en sauvant cette jeune femme qui était à coup sûr son ennemie. Il la couvrit de sa cape, il se pencha sur elle pour lui délier les mains, elle sanglotait, machinalement elle le prit par le cou.
Il se sentit stupide avec cette fille pendue à son cou, il se releva elle dans ses bras. La mer n’était pas loin, et un bain pour tous les deux ne seraient pas du luxe.
Il la porta ainsi jusqu’au bord de l’eau.
Elle avait posé sa tête sur son épaule.
Ils entrèrent ainsi dans la mer jusqu’à perdre pied.
Trois fois ils furent entièrement submergés sans que jamais elle ne changea de position, sans que jamais elle ne relâcha son étreinte.
Toujours en la portant il regagna la plage au sable assoiffée de soleil et d’eau.
La cape de la jeune fille lui collait à la peau surlignant ses formes d’une sensualité sans pudeur.
Il la reposa délicatement sur le sable.
Sa cape s’était ouverte dévoilant tous ses charmes.
Elle la laissa ainsi, s'offrant aux chauds rayons du soleil et au regard de l’homme.
Enfin elle se décida :
    - Que venez-vous faire ? Que venez-vous ravager notre pauvre terre ?
    - Je ne sais, je fais mon devoir de Messien, de porter la parole de notre foi, et d’accompagner notre Papesse.
    - Nous n’avons besoin de personne surtout pas de la parole morte d’un mythe. Nous, nous avons Samaël le prophète du désert. Il est bien vivant et il est invincible. Votre religion n’est pas pour nous.
    - Et pourquoi ?
    - Pourquoi irions-nous en pèlerinage à Salamandragor alors que votre Dieu est mort. Alors que Samaël notre prophète chemine entre le passé et l’avenir ? Pourquoi faire l’aumône alors que nous sommes tous pauvres et que nous partageons tout ? Pourquoi jeûner à carême alors que notre vie est un long jeûne ? Pourquoi faire des ablutions alors que l’eau est si rare !
    - Ce ne sera pas le premier prophète que nous abattrons.
    - Crois-moi Salamandrin. Toi qui m’as sauvé d’un sort pire que la mort, si toute votre armée est là sur la plage… C’est que Samaël l’a voulu. Vous êtes perdus, et déjà nos enfants aiguisent les sabres qui trancheront vos têtes. Il y a déjà bien des lunes qu’en songe, Samaël a vu vos nefs. Il y a bien des lunes qu’il a alerté toutes les tribus, tous les clans, tous les royaumes combattants, et ils sont là, et vous attendent derrière nos dunes. Quand bien même si chacun des vôtres tuait dix des nôtres, cent autres les remplaceraient.
    - Pourquoi me dire cela ?
    - Je te le dis car tu ne seras pas cru. Et avant même que la grande lune ne soit à nouveau pleine vous aurez disparu comme la trace de vos pas sur la dune. Et même si on vous laissez avancer. Vous ne connaissez rien du désert. Ni les points d’eau, ni les oasis lointaines, ni les pâturages cachés, vous ne connaîtrez que la soif et vous n’aurez que votre sang pour l’étancher.
    - Je sais tout cela. Jadis à une décennie de cela, alors que j’étais jeune jouvenceau je me suis évadé de Libratyre et j’ai erré sur cette terre désolée, et c’est miracle si j’ai été sauvé. Je pensais alors ne jamais remettre pieds sur ces rivages maudits.
    - Alors pourquoi ?
    - Par devoir, et serment d’allégeance. Ma vie ne m’appartient pas, je suis esclave de Dieu. Pourtant je n’aime pas ce que je vois. Je n’aime pas ce que je fais. Mais j’ai fait serment, et pour un chevalier c’est un acte sacré.
    - Et bien chevalier tu mourras !
    - Je sais, et si tel est la volonté de Messi j’en accepte l’augure.
    - Pourquoi m’as-tu sauvé ?
    - Car c’est crime que de laisser une rose être flétrie. Et tu es bien plus que rose, tu es une vierge guerrière, et sûrement de haut lignage, tu es digne de roi.
    - C’est vrai, mais si j’avais été une simple servante.
    - J’ose croire, que si je te disais que cela n’aurait rien changé. Que j’aurai agi de même, tu ais la bonté de me croire.           
    - Je te crois. Et pourquoi tu n’en profites pas maintenant alors que je suis nue et sans défense.
    - Si je faisais cela, je ne vaudrais pas plus que ceux que j’ai occis, et résister à tant de beauté, vaut pour moi bien plus que prières et oraison. Et même si par quelques traîtrises tu me tuais maintenant, je n’en rendrai pas moins grâce au ciel. Te contempler c’est goûter un peu au paradis.
    - Peut-être est-ce la beauté du diable. Car pour toi je ne suis qu’une païenne.   
    - Non tu es Le bonheur, ce sentiment si rare à l'aune d’une vie. Et je n’aurais jamais cru pouvoir m’en approcher d’aussi près. Mais tu dois me trouver sot. Après tout ne sommes-nous pas ennemis ?
Sans le savoir tous deux eurent la même pensée.
Souvent les passions les plus vives surviennent à l’improviste.
À cet instant, ils se désiraient l’un l’autre sans pourtant oser ni se le dire ni se l’avouer à eux même.
Ils étaient si proches à se toucher, sans se toucher, qu’une gêne diffuse, qu’un malaise s’installa. Au rien de malsain, juste un embarra, le sentiment d’être dans une situation sans issue.
    - Comment es-tu venu ?
    - À dromadaire mais ils l’ont tué.
    - Sais-tu monter à cheval ?
    - Ici il n’y a pas de pareils animaux.
    - Et bien je vais t’apprendre, tu vas voire c’est plus facile que de monter un méhari.
Et sur la plage au milieu des rires il lui enseigna l’art de monter.
Cela fut facile car elle était douée.
Puis ils rassemblèrent les corps des pécheurs et des soldats dans la grande masure pour y mettre le feu. Juste avant cela elle retourna dedans pour y prendre ce qui lui restait d’affaires, elle fouilla aussi l’un des cadavres pour lui reprendre un bien qu’il lui avait volé. 
    - Regarde ! Le jour s’égare là-bas derrière les dunes. Il est temps de nous dire adieu. Dit-il tristement.
    - Je suppose que oui. Tiens ce collier tu en es plus digne que celui qui me l’avait arraché. Accepte-le en souvenir de moi.
    - C’est trop je n’ai pas fait…
    - Accepte te dis-je ! Tu es un ennemi selon mon cœur. Il te portera chance comme il l’a fait pour moi. Mais attendons encore, il vaut mieux nous quitter à la nuit ce serait plus prudent. Elle lui passa le collier autour du cou il sentit son odeur suave de femme, le parfum de sa chevelure d’ébène, il en fut profondément troublé.
Elle l’embrassa rapidement derrière l’oreille.     
    - Dans ce cas merci. Je pense que tu as raison, allons marcher sur la plage chère ennemie.
Ils longèrent une longue grève sablonneuse où des vagues dans un long chuchotement venaient mourir doucement sans y prendre garde.
Leurs chevaux les suivaient mélangeant leurs traces aux empruntes de leurs pas, qui derrière eux, seraient fatalement grignotées par une mer sans mémoire.
Ils restèrent là devant les flots calmes à peine ridés, la mer avait ce soir-là des langueurs de lagune.
Ne sachant que dire que faire, ils contemplèrent l’infini du crépuscule, de la mer et du désert.
Bientôt il faudrait vraiment se séparer, autour d’eux l’univers bleuissait et cet abîme les attira l’un à l’autre, seuls au milieu de la folie prochaine des hommes.
Aymeris qui était maintenant à cheval lui demanda :
    - Avant de nous quitter. Ton nom, tu connais le mien, mais moi je ne sais pas qui tu es.
Elle, elle enfourchait sa monture. Puis alors que sa jument se cabrait elle lui cria en s’éloignant :
    - Djezabelle, Djezabelle du clan des Garcidis. Et en riant elle ajouta :
    - Je suis la fille du Cheik Al Garci l’un de tes pires ennemis. Et plus fort encore elle hurla :
    - Et je t’aime ! Je t’aime Aymeris Comte de Brûnhaut ! Alors prend garde à toi, car où que tu sois, je viendrai te chercher !
Ils se quittèrent ainsi alors que derrière eux la bâtisse de roseaux n’était plus qu’un brasier ronflant et crépitant.
       
Maintenant qu’il était allongé, il espérait ne jamais revoir cette jeune femme qui personnifiait à ses yeux encore éblouis, le paradis, l’enfer et la tentation. Il songea qu’il fallait qu’il gagnât son salut par la foi, et dans l’épreuve. Et son épreuve portait le doux nom de Djezabelle. 
                     
Une autre nuit arriva, on était à la toute fin du dernier quartier de la grande lune quand les premiers incendies embrasèrent de nombreuses tentes et quelques navires.
La troupe d’Aymeris qui était sur le pied de guerre fut la première à contre attaquer. À la tête de sa cavalerie il chargea dans l’obscurité traversant le village de toile renversant quelques tentes. Les assaillants s’étaient égayés dans le champ de dunes, aussi sa troupe se divisa. Et puis là-bas, il la vit, il la devina seule cavalière au milieu d’un groupe de dromadaires.
    - Pour la Papesse ! Chargez ! Chargez ! Laissez-moi le cavalier.
La poursuite s’engagea dans l’obscurité et la confusion. Son esprit troublé d’un indéfinissable espoir, il la talonna entendit son souffle et celui de sa jument. Ils étaient à nouveaux seul, son étalon la rattrapa enfin.
Arrivé à sa hauteur il lui cria :
    - Il ne serait pas juste que nous combattions à cheval j’aurai trop sûrement l’avantage. Démontons veux tu ?
Pour toute réponse il la vit souple sauter de cheval.
Il planta sa lance dans le sable et calmement descendit de sa selle. Ils étaient sur la crête d’une dune sous le mince croissant d'une lune mourante.
Alors un élan d’amour furieux comme le désespoir les poussa l’un vers l’autre sabre haut.
    - Nous voici au terme. Cria Djezabelle.  Je t’aime ennemi de mon cœur, quand je t’aurai tué, je porterai ton deuil !   
Et ils se précipitèrent l’un vers l’autre dans un combat sans issue car aucun ne voulait faire de mal à l’autre. Ce fut plutôt une chorégraphie, une danse d’amour et peut être de mort ou chacun rivalisait d’adresse, où les lames s'embrassaient dans des baisers furieux. Mainte fois il aurait pu porter un coup décisif, mainte fois il hésita, mainte fois elle en profita pour parer, mainte fois, elle s’en rendit compte mais n’en laissa rien paraître. Elle était consciente qu’il l’épargnait une nouvelle fois et cela la mit en rage. Elle lui porta une charge fulgurante. Il ne put que la parer durement lui brisant net son yatagan, le choc terrible lui faisant perdre l’équilibre. Elle partit en arrière et roula au bas de la dune où elle resta immobile. Il dévala la pente sableuse en courant, sifflant son cheval. L’étalon les rejoignit alors qu’il serrait la jeune femme dans ses bras, elle était toujours inanimée.
Il abandonna quelques instant Djezabelle pour prendre sa gourde, il lui baissa son litham (voile dont les femmes du désert se couvrent le vi­sage. Pièce d’étoffe qui cache la partie inférieure de la figure chez cer­tains peuples ), lui humecta les lèvres, et lui rafraîchit le front.
Elle l’enlaça sous le dernier filet de lune, il ne la rejeta pas.
    - Encore une fois tu m’épargne. Fais de moi ce que tu veux je suis ta prisonnière.
    - Personne n’appartient à personne, car nous sommes tous les enfants de dieu. Et ce même si je t’aime avec la fureur d’un désir qui restera pourtant inassouvi. As-tu peur Djezabelle ? Demain ou après-demain ce sera grande bataille.
    - Non, car j’ai foi en en Samaël notre Saigneur. Mais puisque nous allons peut-être mourir… donne-moi tes lèvres… laisse-moi t’embrasser sur la bouche… donne-moi ton souffle.
    - Je ne peux pas, Djezabelle. Même devant l’abîme qui nous guette. Même devant les grandes ténèbres je ne peux pas… et pourtant, Dieu qui nous voit, sait à qu’elle point je suis sûr de t’aimer. Malheureusement je suis un moine soldat Djezabelle. J’ai fait vœu de chasteté Djezabelle. Je suis un chevalier de la foi, la joie des hommes m’est interdite. J’ai appris que le réel bonheur ne peut se trouver ici-bas, qu’en soi-même. Je prie pour cela. Pourtant je sais au fond de moi que tu incarne ma destinée.
    - Et toi n’as-tu pas peur ? Crains-tu la mort ?
    - Non je ne crains pas la mort au regard vide, aux mains froides. Je ne crains que l’amour qui trouble l’esprit et ravage la chair. Un moine soldat ne craint pas la mort juste il l’oubli. Quand je t’ai vue nue dans la maison de roseaux ma force était attirée par ta faiblesse, et j’ouvris mes bras autant pour te revêtir que pour te protéger. Je savais au fond de moi que je t’aimais déjà, que je t’aimais d’être tremblante et sans défense, que je t’aimais d’être aussi mon terrible ennemi, que je t’aimais enfin d’être inaccessible.
    - Quand tu es entré je n’ai plus bougé et sans savoir pourquoi je voulais être ta proie. Tu étais magnifiquement redoutable. Tes yeux avaient la couleur de forêts que je ne connais pas. À l’instant ou triomphateur tu fus seul avec moi. À l’instant où tu recouvris ma nudité, les larmes que je versais, étaient le reproche muet que tu ne me pris pas. Pour toi à cet instant j’aurai sacrifié ma virginité et ma vie. Ton odeur forte de fauve combattant m’enivrait comme maintenant, prends-moi ! Je suis tienne personne ne saura.
S’il n’avait pas fait si sombre, si son teint n’avait été si bronzé il aurait pu la voir rougir de colère et de convoitise.   
    - Je ne puis. Encore une fois, seule une Papesse peut me délier de mes vœux.
    - Et bien, je saurai attendre, tu seras mien ou je mourrai ! J’ai si longtemps respiré l’air brûlant du désert. Je me suis si souvent trouvée seule au milieu des vastes champs de pierres et des mers de sable, que je connais l’infinie patience. Je t’aime comme si tu étais sorti de dedans moi, plus que si tu avais été mon enfant. Lui murmura telle à l’oreille.
Le temps passa incertain et vague, enfin-il fallu bien qu’ils se quittent.
Tous deux étaient avant tout des guerriers et connaissaient leur devoir.
Il n’y avait aucune échappatoire, le destin les avaient fait se rencontrer ni au bon moment ni au bon endroit. Mais avant il lui fit un dernier cadeau, un petit livre manuscrit qu’il avait copié dans sa jeunesse, un livre maintenant interdit, un livre qu’elle promit de toujours garder sur elle. Et c’est le cœur lourd que chacun rejoignit son camp.       

    - Et bien Comte on vous croyait mort ou prisonnier ! Cria Thibault alors qu’il passait le fossé éclairé de flambeaux soufrés.
    - J’avoue que je me suis un peu perdu à poursuivre un cavalier.
    - Je croyais qu’ils n’avaient pas de chevaux ?
    - Je crois qu’il faut s’attendre à bien des surprises. À ce sujet Thibault il faut que je te parle.
    - Oui.
    - Je vais te demander de rester avec la réserve. Fais-moi la grâce d’accepter, au hasard de ma course j’ai pu approcher de leur camp.
Le champ de dunes est couvert de feux de camps il y en a autant que d’étoiles au firmament. Je te dis, nous courons au désastre, et je te le dis, beaucoup des nôtres ne reverront jamais Salamandragor.
    - À voir ta mine grave je te crois. Nous sommes des soldats trop aguerris pour ne pas savoir où est nous mettons les pieds. Et cette nuit qui a été des plus chaudes fait que je me défende de mettre en cause ton jugement.
    - As-tu une idée des dégâts ?
    - À peu près trois cent morts, autant de blessés, presque un millier de tentes détruites, et surtout quatre vingts navires qui finissent de se consumer. Encore une fois tu avais raison. Heureusement aucuns dégâts dans notre camp.
    - Et chez eux des morts ? Des prisonniers ?
    - Sang du Messi deux morts, seulement deux morts, ou plutôt trois l’unique prisonnière que l’on a pu faire c’est suicidée. Car tiens-toi bien il n’y avait que des femmes de vraies tigresses.
    - Tu ne fais que confirmer mes craintes. Demain tu rassembleras toute la réserve en un seul camp. Renforce-le, le plus possible fait remettre le plus de bateau à l’eau, envoie une flottille le long des côtes, c'est bien le diable si l'on ne trouve pas un meilleur mouillage, et à la grâce de Dieu.
    - Tu as raison demain je renforcerais au mieux notre position, je ferai récupérer tout ce qu’on peut récupérer sur les épaves, et j’installerai à terre toute notre artillerie.

Durant le peu de nuit qu’il lui restait il n’arriva pas à fermer l’œil.
Que faire mon dieu, mais ses prières restèrent vaines.
Il était maudit, car cadet de famille depuis sa naissance il était promis à la prêtrise. Encore heureux il avait pu devenir moine soldat pour trois raisons, d’une part il était de constitution robuste, d’autre part son âme orgueilleuse n’aurait pas supporté le silence des cloîtres et surtout en cas du décès de son aîné sans descendance on aurait pu le séculariser. Mais pour lui point de mariage, point de descendance car l’union de son frère avait été bénie de plusieurs naissances. Il pensait aux vœux qu’il avait dû faire. Il lui fallait endurer, car les renier, il en était incapable même si sa foi divergeait des nouveaux droits cannons de la théologie du désespoir qui amenait à soutenir aussi bien les convulsionnaires du tombeau qu’à approuver les scènes collectives d’hystérie et de sadisme qui sous l’égide de la sainte inquisition s’épanouissaient un peu partout. Des hommes, des femmes, des religieuses surtout demandaient à être frappés. Ces pratiques avaient reçu le nom de secours ; il y eut les petits et les grands secours. Salamandine, nouvelle Papesse s’en fit la protectrice. Elle disait que le royaume n’était pas assez pur. Que partout ce n’était qu’hérésie, blasphème et apostasie. Elle était encouragée et guidée sur cette voie par ce chien de Nicohélas Sacrésis.

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