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#1 07-01-2015 18:29:44

GAYA TAMERON
Membre
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Messages : 15

LE DERNIER CHAMAN (type : roman)

Bonjour à toutes et à tous, je vous propose de découvrir le début de mon premier roman fantastique Le Dernier Chaman. Il est achevé depuis un moment, et je suis même entrain de corriger le deuxième tome. A vot' bon coeur, je recherche des lecteurs, des avis, des critiques constructives ou même des questions, des propositions. Amusez-vous, lisez-moi, ma messagerie n'attend que ça!  ( 169517 signes au total)                                                                                 




                                                                                            Chapitre 1 : Le monstre




Dans un ciel noir de fureur, sous une pluie battante, une petite camionnette, couverte de boue, se faufilait. Surchargée, elle suivait péniblement son chemin vers le but qu’elle semblait s’être fixée : la montagne dominant les environs. Le sentier qui y menait était chaotique et bordé par une série de maisonnettes jumelles, accolées les unes aux autres. Puis, plus loin, dès le début de l’ascension, une multitude d’arbres, enchevêtrés, accueillait les nouveaux visiteurs. Plus ils montaient, et plus les arbres se courbaient et penchaient dans le sens de la pente, dévoilant leurs racines, comme s’ils menaçaient de tomber sur la route. Les rochers, de-ci de-là,  informes et grisâtres, étaient recouverts d’une mousse  généreuse et de milliers de petites fleurs.     
Au sommet se trouvait une grande maison, presque un château, délabrée, isolée qui semblait monstrueuse face aux petites habitations d’en bas. Haute d’au moins dix mètres, elle s’imposait comme l’aurait fait un géant. Massive, interminable, elle était percée de nombreuses fenêtres de tous côtés, comme  autant d’yeux scrutant les alentours. Un toit, aussi sombre que le ciel, reposait sur l’architecture et se coiffait de plusieurs petites cheminées. En s’approchant, on pouvait remarquer les fissures des façades, les carreaux cassés des fenêtres et la porte d’entrée monumentale qui battait à chaque rafale de vent.
Sinistre ! Ce fut le premier mot qui vint à l’esprit de Shon, dès qu’il fut hors de la camionnette. Et les éclairs qui venaient d’apparaître un bref instant au-dessus de la maison ne faisaient que renforcer sa première impression. Rien ne donnait envie de pénétrer à l’intérieur de cette demeure.
Un souffle glacial glissa de l’entrée de la maison vers le corps de Shon. Il resta immobile, incapable de bouger, effrayé et médusé. Quelle était cette sensation nouvelle et étrange ? Pourquoi se sentait-il irrémédiablement attiré et repoussé par cette maison ? Pourquoi ses parents l’avaient-ils achetée ? Il avait dû se séparer de tous ses amis, quitter son école et sa maison, tout ça pour la carrière de son père.
Shon était parti à contre cœur. Rien ne lui faisait accepter cette nouvelle vie qu’on lui imposait. Perdu dans ses pensées, le jeune garçon sursauta lorsque son père posa sa main sur son épaule et lui demanda :
- Ca va, Shon ? … Tu as envie d’entrer pour choisir ta chambre ?
- Si tu veux, répondit Shon sans enthousiasme, se raidissant à l’idée d’entrer dans la vieille demeure.
Le père suivi de près par sa femme et son fils entrèrent à l’intérieur. Ce qu’ils virent, à l’intérieur, les laissa sans voix. L’agence leur avait bien dit qu’il y avait quelques travaux à prévoir, mais, d’après elle, c’était habitable après un petit ménage. Or, leur nouvelle demeure avait besoin de bien plus. D’abord, le peu de meubles qui restaient étaient inutilisables et usés par le temps. Le plancher était cassé à divers endroits et la lumière d’une ampoule oubliée vacillait, leur dévoilant la poussière et les innombrables toiles d’araignées qui s’étaient accumulées depuis son abandon. Dans cette première pièce, toutes les vitres étaient brisées et les huisseries à remplacer complètement. En avançant tout droit, une autre vaste pièce s’offrait aux yeux des nouveaux propriétaires. Le sol était troué, vieilli et le plafond, défoncé. Une vieille table, recouverte d’une pauvre couverture, était la preuve que la pièce servait autrefois de salle à manger. Au fond, très loin, gisait un escalier en bois, dont plusieurs marches manquaient. Un bref coup d’œil en haut était impossible. Mais la maison était très grande ; les pièces semblaient s’enfiler les unes à la suite des autres. Soudain, dans la pièce où ils se trouvaient, il y eut un bruit étouffé. Comme un seul homme, ils  pivotèrent dans la même direction. L’ampoule s’éteignit. Un éclair leur montra une très ancienne armoire, dans un coin sombre de la pièce. Ils échangèrent un regard teinté de stupeur et de crainte ; ils étaient pourtant certains de ne pas l’avoir vue un instant auparavant. Et leur angoisse monta d’un cran lorsqu’ ils entendirent un grincement. Grâce à un second éclair, ils purent voir qu’une des portes de l’armoire était  entrouverte. Dans la nuit noire, deux yeux étincelants  s’avançaient vers eux, sans bruit.
Ne sachant que faire, les trois Rémassien restèrent immobiles. S’il y avait danger, ils ne pouvaient pas se permettre d’agir de manière inconsidérée. Il ne leur restait qu’à attendre, sur leur garde, alors que la chose continuait d’approcher. Soudain, elle émit un grognement sourd comme venu d’outre-tombe. Instinctivement, Bassou se mit devant sa femme, qui avait pris la main de son fils pour le serrer contre elle. Si besoin, il se sentait de taille pour les protéger.
La forme se fit de plus en plus précise et impressionnante. Le regard perçant les dominait de plus d’un mètre. Un autre éclair dévoila ce qui se tenait à présent à quelques mètres d’eux. Et Bassou comprit.
- Vite, prends le petit avec toi et sortez immédiatement ! s’écria-t-il d’un ton grave.
- Mais… et toi ? s’inquiéta Elaï, peu encline à laisser son mari derrière elle sans raison.
- Fais ce que je te dis ! Je m’occupe de tout ! lui répondit-il d’un ton ferme.
- Entendu ; mais fais attention à toi ! 
Elle s’éloigna à contre cœur, entraînant son fils vers la sortie. Fuyant aussi vite que possible, ils ne prêtèrent aucune attention à la poussière qu’ils déplaçaient.
Inquiet, Shon  demanda :
- Mais qu’est-ce qu’il se passe, maman ?
- Je ne sais pas, mon chéri, mais continue de courir !
Dès qu’ils furent sortis de la maison, ils se précipitèrent dans la camionnette, dont les portes étaient restées ouvertes. La pluie continuait de tomber sans interruption, mais l’orage s’était éloigné. Ils avaient beau être en sécurité, à l’intérieur du véhicule, Shon et sa mère n’étaient pas tranquilles. Ils attendaient avec impatience le retour de Bassou.
- Ne crains rien, tout ira bien ! tenta-t-elle de le rassurer, sans y croire vraiment. Ton père va revenir, dès qu’il le pourra ! Je suis sûre qu’il n’a rien à craindre !
- Je l’espère sincèrement !
- Mais oui, enfin ! Et puis, si besoin, il est de taille à se défendre… mais, je suis persuadée que ce sera inutile !
Shon n’insista pas. Il sentait bien que sa mère ne lui disait pas toute la vérité mais il avait appris à l’accepter.

                                                             +                     +                          +

   
Pendant ce temps, resté seul devant la mystérieuse créature, Bassou s’approcha d’elle. Il la connaissait. D’apparence, elle était haute de plus de quatre mètres, elle avait une fourrure abondante, rousse et soyeuse. Ses yeux étaient aussi perçants que le viseur laser d’une arme. Sa gueule était dotée de dents aussi acérées qu’un piège à ours. Son faciès de félin féroce aurait du le terrifier mais il s’approchait d’elle, confiant. Sûr de lui, il leva le bras droit et caressa la patte de l’animal. Presque aussitôt,  le monstre devint placide et se mit à ronronner bruyamment.
- Bonjour Tora ! Comment vas-tu après toutes ces années ?
- Bonjour à toi Bassou ! C’est vrai, ça fait longtemps pour toi ; mais n’oublie pas que, pour moi, le temps n’a aucune importance.
- Oui, je sais. Mais regarde-moi plutôt : à présent, je suis un homme ; je suis marié et j’ai un fils. Treize années se sont écoulées depuis ma dernière mission ! 
L’animal pencha la tête sur la côté, semblant hésiter.
- Tant que ça ! Pourtant, aujourd’hui encore, je vais avoir besoin d’aide. Quelque chose de terrible va arriver à ton monde si personne n’intervient !
Bassou le dévisagea attentivement.
- Je suis désolé de l’apprendre, Tora ; même si je voulais t’aider, je ne le pourrais pas. Je ne suis plus chaman ; depuis mon dix-huitième anniversaire, en fait.
Le félin géant le fixa, les yeux plissés, intimidant et fier.
- Economise ta salive ! Je le sais fort bien. Je ne pensais pas à toi mais à ton fils ! Quel est son nom ? Quel âge a-t-il ?
- Il s’appelle Shon et il a treize ans. Mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Il n’est qu’un enfant comme les autres ! Aucune mèche bleue n’est apparue pour ses dix ans ; et il n’a jamais montré aucun don particulier. Mais c’est sans doute normal puisque sa mère est une Affantès.
On appelle Affantès toute personne  « sans pouvoir chamanique ». Ceux qui, au contraire, possèdent le pouvoir  de communiquer avec les Esprits, se reconnaissent grâce au médaillon qu’ils portent autour du cou ainsi qu’aux mèches bleues dans leur chevelure dès leur dixième anniversaire et jusqu’à leur mort. Comme lui.
- Tu en es bien sûr ? Je veux dire …. As-tu déjà testé ses capacités ?
Il leva les sourcils.
- Non. Je n’ai jamais pensé qu’il était nécessaire d’intervenir. Mes parents ne l’avaient pas fait pour moi. Tu comprends ?
- Je vois... Va retrouver ta famille et donne ceci à ton fils. Tu  lui diras que ça vient d’une amie à toi. 
Tora quitta sa gigantesque enveloppe féline et Bassou vit un chaton qui s’enfuyait. En lieu et place, surgit devant lui une forme irisée dont il reconnut le visage.
Alors que d’autres préféraient les humains ou même les objets, sa vieille amie aimait mieux s’incarner en animal et de préférence en félin. Sans oublier son pouvoir hors du commun qui lui permettait de faire varier la taille de ses transformations. Mais rien de plus normal pour celle que tous les chamans nommaient la Grande Prêtresse. En effet, loin d’être un Esprit comme les autres, elle servait d’intermédiaire entre le monde des vivants et celui des morts. Elle était reconnue par tous les chamans comme étant la représentante de la Sagesse et de la Justice dans les affaires qui concernaient ces deux mondes. C’était elle aussi qui avait recruté chacun d’eux et leur avait donnés leurs pouvoirs. Elle leur servait aussi de guide spirituel pour mener à bien les missions qu’elle leur confiait.
Dans le monde où il avait grandi, les termes « chaman », « guérisseuse », « Esprit », … étaient presque banals. Dans sa famille, les hommes devenaient chaman de père en fils et les femmes des guérisseuses. Et d’après ce qu’il avait pu observer durant toutes ces années, tous les chamans étaient de sexe masculin. Pourtant, Tora faisait exception à la règle. Il ne savait que peu de choses sur son passé en tant qu’être humain. Elle était d’origine japonaise et avait vécu une enfance normale jusqu’à l’âge de dix ans. Au cours de la nuit précédant son anniversaire, elle avait fait un rêve prémonitoire. Personne n’en connaissait le contenu mais le lendemain, sa chevelure brune comptait quelques mèches bleues et un étrange tatouage était apparu sur sa poitrine. Une semaine plus tard, elle était terrassée par une vilaine pneumonie. Cela remontait à presque cent ans et, étrangement, son allure avait continué d’évoluer en même temps que son psychisme. Intelligente et opiniâtre, elle avait choisi dès le départ d’utiliser sa puissance pour faire le Bien. Mais ne pouvant tout faire elle-même, elle avait décidé de rassembler les chamans du monde entier  et de les protéger en leur assignant une guérisseuse. Ils étaient en quelque sorte son armée et elle, leur chef.
Tora observa Bassou pendant qu’il rangeait l’objet avec précaution dans la poche intérieure de sa veste en velours. Elle fut étonnée par son silence, mais n’en montra rien. De toute façon, il saurait bien assez vite.
De son côté, Bassou, l’ancien chaman, ne pensait qu’à une seule chose : si elle était venue le voir, ce n’était pas pour de quelconques retrouvailles, mais parce qu’il se passait quelque chose de grave. Et fait étrange, elle venait de lui remettre un paquet pour Shon. Là aussi, ce n’était pas anodin. Il le savait : la Grande Unificatrice ne faisait jamais rien par hasard ou par pure gentillesse. Chacun de ses actes et de ses mots avaient une raison d’être et un lien avec le monde des Esprits. Ce cadeau fait à son fils l’intriguait et en même temps, il ne pouvait s’empêcher d’en ressentir une certaine joie. Après toutes ces années, la vie allait lui paraître moins monotone. Il pressentait que tout allait changer et pour une durée notable. L’existence excitante qui avait jadis été la sienne lui revenait d’un seul coup en mémoire et il ne put réprimer un sourire. Tora était venue le visiter et il en était ravi. Que de bons moments, il avait passé en sa compagnie ! Il se souvenait de toutes ces missions qu’elle lui avait confiées. Et tous ces amis chamans qu’il avait perdus de vue ! Décidément, Tora avait bien fait de réapparaître dans sa vie !  Quoiqu’il ait pu arriver, il avait toujours pu compter sur elle et l’inverse était vrai aussi ! Il lui faisait entièrement confiance, aujourd’hui encore et il avait bien l’intention d’accéder à la demande de la Grande Prêtresse.
- Une dernière chose avant que tu ne partes : saches que ce présent pour ton fils est lié à notre passé commun. Lorsque tu le lui offriras, tu devras lui en parler. Ensuite, je te conseille de faire de même avec ta femme. Une fois que ce sera chose faite, vous viendrez tous les trois, à la nuit tombée, me rejoindre à cette adresse : 27, rue Quentin Tiben. Ce sera votre nouvelle demeure ! Vous ne pouvez en aucun cas habiter celle-là. Je t’expliquerai pourquoi, plus tard. Maintenant, tu peux partir. A demain, Bassou !
- Entendu. A demain, Tora ! répondit-il, la saluant d’un geste de la main. Il pivota d’un mouvement souple et quitta, d’abord la grande pièce, puis la maison pour finalement rentrer dans la camionnette. C’est alors qu’il réalisa qu’il avait oublié de lui demander pourquoi ils ne pouvaient pas habiter cette maison. Sans doute avait-il été surpris et heureux de la retrouver, au point de ne plus penser à rien d’autre ! Tant pis, il lui poserait la question dès demain.

Dernière modification par GAYA TAMERON (06-04-2015 19:47:49)

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#2 21-02-2018 23:39:30

sergent major
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Messages : 24

Re : LE DERNIER CHAMAN (type : roman)

ma deuxième critique, le texte coule de source, on arrive à la fin du chapitre sans effort, et on pénètre ce monde étrange sans y prendre garde, le plus naturellement du monde.
Le petit suspens en milieu de chapitre est bien venu. Par contre un seul chapitre? C'est un peu court, je croyais qu'il y avait une suite...

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