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#1 11-03-2017 15:12:32

cnslancelot
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Inscription : 11-03-2017
Messages : 2

Peur primale

Résumé : Une statuette dans un manoir reflète dans ses yeux vos peurs les plus profondes afin de les transformer en cauchemars. Terreurs nocturnes garanties pour nos résidants ou simple fantaisie, dans le monde de Lancelot tout se bouscule.

genre: Fantastique/horreur

Peur primale

*


   Juin 2016, Lancelot comme à son habitude, était tranquillement installé dans son fauteuil en train d'écrire ses poèmes. On le voyait inspiré, l'encre coulait sur le papier. Il resta là assis, à écrire tout ce qui lui passait par la tête tandis que ses camarades vaquaient à leurs occupations. Certains jouaient dehors profitant de la chaleur du soleil. La résidence dans laquelle nos amis avaient été envoyés ressemblait à ces manoirs du 19ème siècle faits de pierres blanches. Les chambres étaient assez spacieuses avec des lits au bois de hêtre et les fenêtres laissaient peu passer la lumière du soleil, cachée par les rideaux de satin. Le salon quant à lui était très vaste et pouvait accueillir une centaine de personnes. Les escaliers y menant étaient farouchement gardés par deux lions de pierre et quelques statues d'enfants et d'anges ornaient la pièce. La cantine se trouvait au bout d'un long couloir éclairé par des lampes en forme de torches. Les repas proposés par les chefs laissaient parfois à désirer mais l'ambiance y était agréable. Lancelot y avait même trouvé l'âme sœur, une jeune et jolie fille du nom d'Emilie ; ces deux la s'entendaient comme larron en foire. Emilie était une fille qui en apparence paraissait tellement joviale mais qui au fond possédait une certaine fragilité. Elle était tombé en dépression suite à la mort de sa chienne et Lancelot faisait toujours tout pour lui redonner le sourire, quitte à faire le pitre devant elle. Lancelot avait eu le coup de foudre pour cette fille et elle, elle l'aimait pour sa gentillesse. Elle trouvait un on ne sait quoi d'attirant dans sa timidité.
   Le manoir avait été transformé en clinique de post-cure pour les gens qui avaient souffert de troubles psychiques. Là on les aidait à se réinsérer dans la vie sociale par des activités diverses. Lancelot, lui, y avait été envoyé après avoir passé quelques mois en hôpital psychiatrique pour une schizophrénie paranoïde avec troubles hallucinatoires, perte de concentration et une forte déconnexion avec la réalité. Tout le monde dans le manoir avait eu son lot de problèmes et par pudeur Lancelot avait évité les questions trop gênantes.
10 heures 30 minutes, les activités commencèrent. Lancelot et Emilie avec quelques autres avaient décidé du sport alors que d'autres faisaient des travaux manuels comme de la décoration ou bien encore du jardinage. Lancelot s'appropria le tapis de course et le reste du groupe, les vélos. Les autres membres de la résidence, tel que David, Alain et François bêchaient la terre pour y planter les graines qu'ils avaient chacun achetées : tomates, aubergines, cornichons, une activité qu'ils connaissaient très bien, surtout François qui était fils d'agriculteurs ...La journée se passait merveilleusement bien, tout le monde s'occupait comme il le devait sous l'œil avisé du personnel encadrant que l'on appelait ici AMP, seize heures sonna la fin des activités.
Les résidents patientèrent jusqu'au goûter puis jusqu'au dîner qui avait lieu chez nous vers 19 heures moins le quart. Au menu côte de bœuf, pomme de terre noisette. Après le repas, Lancelot Emilie, Cassandra sa meilleure amie, Alain un grand gaillard qui avait atteint la quarantaine le mois dernier et Mickaël décidèrent de faire une petite partie de poker avant d'aller se coucher. Le jeu se déroula bien, Emilie et Cassandra arrivèrent même à remporter de grosses blinds ( bien sûr, pas d'argent mis en jeu, juste les cartes, les jetons et nous ). Voilà comment s'était passée la journée  au manoir marie Savoie.
La nuit venue Lancelot se dirigea en direction de sa chambre. Il fouilla ses poches à la recherche de sa carte puis ouvrit la porte. Il alluma la lumière et commença à se changer. Il sortie de son placard un pyjama bleu nuit, parsemé de petite étoiles avec un bas à carreaux qu'il se pressa d'enfiler avant d'aller fermer les volets. Il passa un moment aux toilettes puis alla se coucher. Les ténèbres envahissaient la pièce et un silence de mort régnait. Lancelot pensait à ses parents et à son petit frère qui lui manquaient terriblement et se demandait se qu'il pouvait bien faire en son absence. Il resta ainsi perdu dans ces réflexions avant de se laisser glisser dans les bras de Morphée. Dehors le vrombissement des mobylettes mêlé aux bruits de klaxon et les cris des jeunes du quartier résonnaient en un vacarme assourdissant, faisant concurrences à la tranquillité de Marie Savoie. Malgré ce brouhaha Lancelot dormait à poings fermés, du sommeil du juste tandis que son colocataire Kevin se tournait et se retournait dans tous les sens cherchant une position qui lui serait confortable. Au bout d'une demi-heure, il parvint enfin à fermer les yeux. Le lendemain matin, Lancelot fut réveillé vers six heures par son voisin de chambre qui était allé prendre une douche bien fraîche car il avait énormément sué pendant la nuit. Sûrement à cause d'un cauchemar. Lancelot se leva donc et se changea, mit sa plus belle chemise et un de ses jeans levis qu'il adorait tant. Il alla ouvrir les volets et regarda un instant dehors. Le ciel était sombre et gris et le peu de soleil que l'on pouvait voir peinait à passer. L'herbe était encore trempée de pluie et des gouttes perlaient des châtaigniers.
Lancelot resta ainsi quelques minutes à admirer le paysage avant de se décider à descendre et prendre son petit déjeuner. Il descendit en salle de restauration, se fit un bol de café avec quelques tartines badigeonnées de confiture puis alla rejoindre ses amis : Pascal, Ludo et Emilie. « Bonjour, dit-il
— Bonjour ! répondirent-ils tous en chœur
— Bien dormi ? lui demanda Emilie avec un léger sourire
—Très bien même, lui répondit Lancelot qui paraissait tout de même encore dans le brouillard ; et vous ?
—Nous, ça peut aller, dit Pascal en baillant »
Ils discutèrent ensuite de ce qu'ils allaient faire de cette journée. Ludo proposa de faire un tour à la brocante pour voir les curiosités que l'on pouvait bien vendre aujourd'hui. Ils finirent de déjeuner puis allèrent se préparer pour sortir en ville. Lancelot prit son sac à dos et rejoignit ses camarades qui l'attendaient à l'entrée. Aurore la femme de l'accueil nous fit signer le classeur et ils purent sortir. Ils descendirent la rue, tournèrent à gauche et continuèrent jusqu'au prochain croisement. Au bout de cinq minutes ils arrivèrent enfin dans le centre ville ou se tenait la brocante. Ils déambulèrent entre les stands qui vendaient toutes sortes de bibelots : De la vaisselle turque, chinoise, marocaine, des magazines, des cd ainsi que quelques objets d'art. Lancelot, Emilie et les autres passèrent plus d'une heure à regarder chaque étal. Quand ils arrivèrent enfin au dernier, quelque chose piqua la curiosité de Lancelot.
Là, sur le stand, se tenait une petite statuette représentant une jeune femme d'apparence svelte, tenant dans sa main droite une sorte de poignard et dans l'autre un crâne . Lancelot questionna le vendeur sur son prix avec une certaine appréhension quant à la valeur d'une telle statuette tant elle semblait ancienne et sûrement pleine d'histoire : « Combien coûte cette petite statuette ? demanda Lancelot.La réponse fut des plus surprenantes
«je vous l'offre, lui répondit le vendeur, cela fait des jours que j'essaie de m'en débarrasser mais personne ne s'y est intéressé à part vous.
—Vraiment ? dit Lancelot non sans étonnement,
— Oui, vraiment, prenait là je vous en prie, insista le vendeur qui semblait pressé de s'en débarrasser.
—D'accord, dans ce cas là je la prends, répondit Lancelot»
Sur ces mots Lancelot prit la statuette puis remerciant le chineur, reprit la route avec ces potes.
Lancelot ne s'était même pas posé la question de savoir pourquoi on était tellement pressé de se débarrasser d'un tel objet. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il la voulait un point c'est tout.
«C'est quoi ? demanda Ludo, qu'est que ça représente ?
—Je ne sais pas je regarderai sur internet quand on sera rentré
—Je la trouve bizarre dit Emilie, je ne sais pas quoi mais elle a quelque chose qui dérange. Elle eut un léger frisson.
—Moi je ne trouve pas répondit Lancelot; Je dirai plutôt particulière, ajouta t il.
Ils continuèrent à se balader encore un peu avant de prendre le chemin du retour. Une fois rentrés, Pascal et Ludo restèrent dehors pour s'en griller une, Lancelot lui rentra dans son petit bureau après avoir embrassé sa chérie. Il ouvrit la porte, jeta un coup d'œil, personne. Ouf ! Il allait pouvoir faire ses recherches sans être perturbé. Il alla sur son ordinateur et tapa les mots suivants : statuette + femme + poignard et enfin crâne.
Au bout d'une heure de recherche intensive, il trouva enfin une photo de la statue.
Il cliqua sur le lien en dessous de l'image et tomba sur tout un paragraphe parlant de cette jeune femme. Il s'agissait d'une prêtresse aztèque tenant dans la main un Íxquac ( couteau de silex utilisé pour les sacrifices humains )qui lui servait lors des rituels sacrificiels. Dans l'autre main, elle tenait un crâne serti de pierres précieuses au niveau des yeux qui symbolisait l'offrande faite au Dieux.
La statuette, qui datait de l'an 1350, était également couverte d'une longue robe faite dans une sorte de tissu rouge et jaune de l'époque. Il la posa sur son bureau puis descendit dans le grand salon rejoindre les autres. Alain, Emilie, Cassandra et Alex jouaient tranquillement à la belote ;Pascal et Ludo téléchargeaient de la musique sur l'ordinateur et les autres s'occupaient de leurs affaires. Lancelot alla jusqu'à la bibliothèque et pris un livre au hasard avant de s'installer sur  le canapé.


*


Dix neuf heures, le repas peut commencer.
Au menu: escalope de dinde, haricots verts et pommes de terre. À la fin du dîner, Lancelot partit s'isoler dans son bureau afin de continuer la nouvelle qu'il était en train d'écrire.
Ça parlait d'une vielle femme qui avait tout perdu à cause d'une affaire frauduleuse et qui maintenant fait tout pour obtenir justice et réparations Il brancha son ordinateur, l'alluma, alla dans «Word» et commença à taper ses notes. Il était concentré et ne se laissait pas distraire par les hurlements des enfants qui jouaient là dans la rue sous ses fenêtres. Il pianota ainsi sur son clavier jusqu'à ce que la fatigue le gagne au bout de trois heures, il commençait à piquer du nez et finit même par s'endormir.
Il était parti pour un étrange voyage sur on ne sait quelle île avec pour seul compagnon les requins.
Il vivait de fruits exotiques. Le soir venu, une brume s'installa peu à peu recouvrant tout le paysage alentour.F
Il commença à somnoler puis finit par s'endormir sur le sable chaud.
Il dormait paisiblement quand tout à coup un bruit se fit entendre des bois qui se trouvaient juste derrière qui le réveilla en sursaut. Il tendit l'oreille pour écouter l'origine du bruit, jetant des coups d'œil inquiets quand il vit sortir du bosquet trois jolies jeunes femmes ayant pour seul vêtement un pagne recouvrant leurs parties intimes. L'inquiétude laissa alors la place au soulagement et Lancelot se surprit même à sourire. Ces trois ravissantes créatures s'approchèrent et s'installèrent autour de lui. Deux femmes portaient des feuilles de bananier qu'elles bâtaient pour lui faire de l'air , quant à la troisième , elle commença a lui masser les pieds. Lancelot se sentait heureux et détendu et en même temps un peu honteux.
Tout se passa à merveille pour lui quand il ne put s'empêcher de remarquer au fur et à mesure que le temps s'écoulait un changement chez ses trois invitées. L'une d'elles lui sourit mais ce n'était plus le sourire chaleureux et bienveillant qu'elle avait pu avoir auparavant. Lancelot pouvait le ressentir au fonds de ses tripes, il y avait quelque chose de malsain et de peu rassurant . En jetant un coup d'œil d'un peu plus près ,il remarqua même une voire deux dents cariées, noires comme l'ébène en train de pourrir . une autre n'avait plus que les os sur la peau et ses membres étaient parsemés de croûtes. Lancelot sentit des relents gastriques le long de son œsophage qui lui brûlaient la gorge. Il allait vomir mais il ne savait pas pourquoi quelque chose l'en retenait. La joie qu'il avait pu ressentir lorsqu'il avait vu ces ravissantes jeunes femmes dans leur tenue d'Eve s'était transformé en un profond dégoût. Il ne souhaitait maintenant plus qu'une chose, être très loin. Une des femmes, la troisième, s'approcha pour essayer de l'embrasser mais son haleine sentait le mort en putréfaction. L'odeur putride qui se dégageait de sa bouche était insupportable et Lancelot essayait tant bien que mal de ne pas respirer les effluves nauséabondes. Cependant, elles étaient trop fortes et le pauvre ne put lutter plus longtemps. Lancelot aurait voulu fuir très loin à ce moment mais la peur le clouait sur place et il ne put faire le moindre mouvement pour s'échapper. La femme approcha lentement, très lentement ses lèvres, les  posa ses sur les siennes et se fut comme si tous les déchets du monde avaient pénétré son âme profonde.
Lancelot se sentit partir et finit par s'évanouir. Quand il revint à lui, il était ligoté à un poteau sur une terre jonchée de cadavres. Il était solidement attaché par des cordes et ne pouvait se libérer de ses liens. Les corbeaux lui tournaient autour poussant leurs croassements stridents qui lui crevaient les tympans. Un à un, ils descendirent lentement sur Lancelot lui arrachant au passage des morceaux de chair. Il sentit peu à peu la douleur s'installer jusqu'à ce qu'elle fut intenable. Sa vision devenait de plus en plus trouble mais il eu le temps de s'apercevoir de ce qui allait lui arriver (il vit un autre homme attaché lui aussi à un autre poteaux ... mort) et la terreur s'installa tout à coup.
Lancelot commença à suer à grosses gouttes et se mit à hurler de toutes ses forces; un hurlement qui déchira le calme de cette terre désolé. Un corbeau se posa devant lui et lui picora les yeux. Il ressentit une douleur vive et les ténèbres tombèrent sur son corps maintenant inerte.
Lancelot se réveilla tout dégoulinant de sueur et il sentit un léger frisson lui parcourir l'échine. Il eut un coup de froid et se frotta pour se réchauffer tout en regardant autour de lui, il poussa un «ouf» de soulagement quand il se rendit compte qu'il était dans sa chambre. Il se rendit à la salle de bain, ouvrit le robinet, fit couler de l'eau au creux de ses mains et s'en passa sur le visage. Il se regarda ensuite dans le miroir et ce qu'il vit le glaça d'effroi. A sa place se tenait un cadavre en décomposition. Lancelot vomit jusqu'à ses tripes. Il tomba du lit, ses yeux le piquaient.





*


05H30...
Pascal dormait, sa couette remontée jusqu'aux oreilles tellement il avait froid. Il tremblotait mais cela ne l'empêchait pas de dormir comme une souche; Il ne sentit même pas l'ombre pénétrant dans la pièce. Elle s'approcha du lit et plus elle s'approchait plus elle grossissait jusqu'à ce qu'elle envahisse tout l'espace plongeant la chambre dans le noir total.
Pascal rêvait qu'il était colonel dans une base américaine située dans le pacifique non loin du Vietnam dans les années cinquante. Il dirigeait ses troupes d'une poigne de fer, était très strict mais c'était le meilleur dans son domaine et l'on était fier de servir sous ses ordres. Tous les jours il entraînait ses soldats même dans les conditions les plus extrêmes. Les plus courageux tenaient le coup malgré les difficultés et les autres, ceux qu'il appelait les tafioles partaient généralement au bout de deux jours. En avril mille neuf cent soixante huit , il s'engagea dans la guerre du Vietnam opposant le nord et sa république démocratique avec le front national de libération situé au sud pour défendre la ville de Saigon . Lui est quelques uns de ses hommes étaient postés à quelques endroits stratégiques et surveillaient chaque quartier. Ils attendirent là sans bouger de leur poste pendant au moins cinq jours, quand un des soldats qui surveillait la partie ouest de la ville aperçu dans ses jumelles une troupe Viet avançant simplement. Il prévint par talkie-walkie son colonel qui envoya plusieurs de ses hommes sur ce qu'il appelait les zones A et B.
Ils patientèrent, cachés derrière un muret attendant que les visiteurs se soient rapprochés. Lorsque ces derniers furent à porter de tir, l'un des soldat, Max, hurla «arrêtez vous ou je tire»,et les viets s'arrêtèrent net.l'un d'eux répondit d'une voie forte et aiguë quelque chose dans son charabia vietnamien et ils se mirent à fuir. Le temps passa est personne n'approchait du camp de base.
Trois heures plus tard, Pascal reçut des appels venant de tous les côtés. D'après le peu qu'il put en comprendre, la milice vietnamienne avait encerclé la ville et se dirigeait le pas décidé en direction de celle-ci. Pascal convint que la meilleure tactique été encore de les piégés au sein de la ville et non de les attaquer quand ils étaient en dehors. Ils attendirent donc qu'ils furent a l'intérieur, là où Pascal les voulait puis envoyèrent quelqu'un se positionner derrière une maison, un autre derrière un camion et ainsi de suite jusqu'à leurs ennemis soient enfin encerclés. Pascal ramassa une pierre qui se trouvait à ses pieds et la balança de l'autre côté de la rue.
Elle ricocha avec fracas sur un tonneau et attira l'attention du fusilier qui tira dans sa direction; cela déclencha le début des hostilités et les GI américains commencèrent à ouvrir le feu. Les balles fusaient de tous les côtés et les corps commencèrent à gésir sur le sol, noyés dans une marre sang, un véritable carnage. Puis l'assaut pris fin.
Les soldats ennemis avaient été tous mis hors d'état de nuire et du côte des américains on s'affairait à soigner les blessés. Pascal avait reçu une balle dans la jambe qu'un soldat médecin était un train de retirer. Il proposa à son patient une bouteille de cognac pour faire passer la douleur. Il retira la balle d'un coup sec à l'aide d'une pince et Pascal du se retenir de hurler.
Une fois tous les blessés soignés, ils décidèrent de lever le camp. Ils étaient en train de sortir de la ville lorsqu'un des soldats poussa un hurlement de douleurs mêlé à de la terreur. Pascal chercha du regard qui avait hurlé et ses yeux s'écarquillèrent de stupeur devant la scène qui se déroula devant lui .Un des Viets mort s'était relevé, avait saisi l'américain par les pans de son pantalon et mordu le pauvre à la jambe, lui arrachant un énorme morceau de chair. Les GI regardaient la scène horrifiée incapable de bouger, paralysés par la surprise qu'offrait cet affreux spectacle.
Quand ils reprirent enfin leurs esprits il était trop tard, les morts vivants les encerclés. Saisi par la panique, Pascal tenta de crier «feu!»
Mais les mots se refusèrent à sortir. Un coup de feu retentit, un corps tomba à terre puis se releva de nouveau. Les soldats américains saisis de terreur essayèrent de retrouver le peu de courage qui se trouvait au fond d'eux puis rassemblant leurs forces, tirèrent encore et encore. Toutefois, ils avaient beau tirer les Macchabées se relevaient toujours. Les balles sifflèrent jusqu'à ce qu'il n'en resta plus. Les viets saisirent les pauvres soldats et leurs mâchoires se refermèrent en un claquement assourdissant sur les malheureux qui poussèrent d'horrible hurlement de douleur. Pascal sortit un six coup de sa poche et pointa son arme dans la direction des zombies et ouvrit le feu. Cinq tombèrent puis se redressèrent de nouveau. Pascal se sentait angoissés il savait qu'il ne pouvait lutter plus longtemps et qu'il était inutile de garder cette dernière cartouche. Aussi dirigea-t-il son flingue contre sa tempe et ferma les yeux. Il se mit à penser à sa femme qu'il avait laissé au pays et pleura à chaudes larmes. On entendit un claquement, puis le silence. Dans un point de la réalité, notre Pascal tomba du lit et se réveilla le visage moite.


*


7h00 ....
Le cauchemar avait pris fin en même temps que le soleil s'était levé et avait amené avec lui une douce clarté. Pascal se leva et alla prendre une douche afin de se débarrasser de toute cette moiteur. Il baissa le levier sur eau froide et appuya sur le bouton. L'eau coula et il se frotta le corps au savon de Marseille à l'aide d'un gant de toilette qu'il passa sur son visage et descendit lentement en prenant soin de bien frotter sous ses aisselles avant de s'attaquer au torse puis au reste. Il prit ensuite le shampoing et se lava rigoureusement les cheveux.
Une fois qu'il eut fini, il sortit de sa douche et s'assit un moment sur le rebord de son lit et tout en repensant à cet horrible rêve, il ressentit comme une légère douleur au niveau du crane. Il sortit d'une petite boite posée sur la table de chevet qui se trouvait à droite de la tête du lit un Dafalgan  puis retourna à la salle de bain, versa de l'eau dans un verre et avala la pilule. Une fois cela fait, il descendit rejoindre les autre dans la salle à manger et alla s'installer à une table, seul. Emilie voyant que son ami n'allait pas bien, alla le voir et lui demanda se que le tracasser de la sorte.
Pascal lui raconta l'horrible cauchemar qu'il avait et même Emilie en eut la chaire de poule.
«Cela avait l'air tellement réel, ajoute t-il. Je ressens encore le contre coup de la balle me transperçant la caboche. J ai une de ses migraine.
— Tu fais souvent des cauchemars de se genre, demanda Emilie
— Non c'est la première fois que je fais un rêve aussi vivant, aussi puissant.
— Bon n'y pensons plus et mangeons, ça te fera du bien après une telle épreuve. »
Lancelot qui s'était pourtant assis à deux table de la leur avait tout entendu de l'histoire de pascal et décida aussi de leur faire par du drôle de songe qu'il avait fait......drôle? J ai dis ... Je voulais dire effrayant. Lancelot se leva puis débarrassa sa table et rejoignit ses amis pour leur raconter ce qu'il avait vécu la nuit dernière.
«Des femmes à moitié à poils?! Vraiment Lancelot? Et ben c'est du propre! dit Emilie sans cacher sa jalousie.
— Oh ça va! Répondit Lancelot le visage rouge de honte.Crois moi j aurais préféré rêver de toi. Et puis je me suis quand fait bouffé pars des putain de corbeau! Je peux encore sentir leurs becs me transpercer les globes oculaires! Et toi...et toi tout ce que tu retiens ce sont ces trois filles dont je ne connais même pas le nom.
— Calmez vous dit Pascal, après tout ce n'est qu'un rêve. »
Sur ces mots Lancelot et Emilie s'excusèrent l'un l'autre puis ils partirent chacun travailler de leur côté.
Lancelot travaillait dans une animalerie ou il s'occupait de chats, de chiens, des rongeurs de toute espèce et autre canaris. Il était très dévoué à son boulot et aimait ce qu'il faisait.
Tous les matins, il nettoyait les cages, lavait les chiens et les chats, donnait des graines aux canaris , ainsi que des fruits et des légumes aux rongeurs. Il s'occupait aussi de la caisse quand son patron était absent.
Emilie, elle travaillait dans une petit pâtisserie chez pierre et élise ou elle confectionnait, viennoiseries, mignardises.... Mais ce qu'elle préférait par-dessus tout c'était la préparation des gâteaux de mariage et d'anniversaire.
Elle le faisait avec amour et tout le monde se bousculait pour acheter ses créations.son gâteaux était aux fruits rouges et à la crème de cassis monté sur une génoise croustillante avec dessus des décorations: les mariés sous l'arche avec des roses en pâte d'amandes.
Bon revenons à nos moutons!
Lancelot se rendait à son lieu de travail en prenant sa route habituelle jusqu'à ce qu'en regardant sa montre il se rendit compte qu'il avait du retard ; Il décida alors de prendre un raccourci en passant par des ruelles étroites et sombres où les maisons hautes ne permettaient pas de filtrer le soleil. Il avançait à pas de loup car il avait peur d'attirer l'attention des lascars qui traînaient dans ce genre de rue et qui vous rackettaient tout ce que vous aviez. Et si vous refusiez vous avez droit à un coup de couteau dans les entrailles, du moins c'est ce qu'il pensait.
Lancelot avançait d'un pas sûr et lent sans faire le moindre bruit; il avançait, avançait dans le dédale de bitume et de pavés. Il sentait l'angoisse le gagner.
Et à mesure que l'anxiété s'installait dans son esprit, il commença à psychoter. Il imagina qu'on le suivait. Il sentait, il sentait comme ci quelqu'un marchait derrière lui, mais dès qu'il se retournait la rue était déserte et alors qu'il savait qu'elle l'était, il ne pouvait s'empêcher de regarder en arrière toutes les cinq minutes. A chacun de ses pas la crainte que quelque chose allait lui arriver prenait place petit à petit dans son esprits. Aussi sursauta-t-il quand un chat sortit brusquement de derrière les poubelles. Lancelot courut alors sans demander son reste.
Quand il arriva à son lieu de travail il reprit ses esprits et ouvrit la porte de la boutique :
« Tu es en retard! Lui fit remarquer son patron
— Je sais répondit Lancelot. j'ai eu une sale nuit.
— Je ne veux pas la savoir, mets toi vite au boulot!
— Tout de suite monsieur, dit Lancelot, faisant le salut militaire.»
Sur ces mots, Lancelot s'exécuta à nettoyer les cages des lapins et à les nourrir de feuilles de salade.
Puis il s'occupa des autres animaux en finissant par les chiens parce ceux-ci demandaient plus de travail et il aimait finir par le plus dure pour profiter ensuite par une bonne bière bien fraîche. Il arriva à la cage d'un bichon bolonais aux poils blanc et soyeux. L'animal le fixa sans le lâcher du regard, ses yeux plongèrent dans les siens et il se perdit pendant un court instant dans le regard de l'animal, comme mystérieusement happé par ce dernier . Quand il revient à lui, le chien tourner dans son enclos, aboyant et grognant. Il s'arrêta devant Lancelot montra ses crocs, des crocs aussi aiguisés que des couteaux à viande, viande qui lui restait d'ailleurs entre les molaires et les canines. Il avait un regard menaçant, presque maléfique qui faisait dresser les poils sur les bras de Lancelot, ce dernier tenta une approche risquée mais recula aussitôt brusquement quand le chien essaya de le mordre.
Soudain celui-ci grossit et grossit jusqu'au point où les barreaux de la cage cédèrent sous la pression de son poids, les faisant voler en éclats. Le monstre qu'il était devenu bondit sur Lancelot et ses mâchoires se refermèrent sur sa gorge faisant jaillir le sang qui éclaboussa une bonne parti de la pièce. Lancelot se sentit partir dans de profonds abysses là où sa conscience ne put le suivre puis tout devient noir. Quand il revit enfin la lumière, il était chez lui, allongé dans son lit, son patron ainsi que les autre à son chevet.
Il se redressa brutalement
« Le chien ...ou ? il balbutia t il
— Du calme, lui dit son patron
— Que s'est il passé, demanda Emilie
— Je ne sais pas, répondis Lancelot
—Tu parlais d'un chien, dit Eric
— A oui c'est vrai il y avait ce chien
Seulement ...seulement après ce n'était plus un chien
— Plus un chien ? Alors quoi ?
— Un monstre ! Ses mâchoires...ses énormes mâchoires.... Puis après rien, le néant arriva t il a articulé
— Un monstre demanda Pascal ?
— Oui mais je suppose qu'il s'agissait d'un simple rêve. J'ai du m'assoupir pendant le travail, tenta de se rassurer Lancelot.
— T'assoupir ? dit son patron.Tu t'es même évanoui. Tu étais en train de nettoyer les cages quand tout à coup... Bam ! tu es tombé par terre, inconscient.
— Bon laissons le un peu seul, proposa Emilie. Il doit reprendre ses esprits et pour cela il à besoin de calme. Il nous rejoindra plus tard. »
Ils quittèrent la pièce en laissant Lancelot Là. Il resta alors à regarder le plafond en repensant à ce qui venait de lui arrivé. Il aurai bien voulu dormir encore un peu seulement il avait encore une peur bleu du monstre.il sentit même encore ses immenses canines lui perforer la trachée, le goût du sang lui remontant dans le gosier. Il décida alors que le mieux à faire était de rejoindre les autres et oublier cette cauchemardesque mésaventure ; aussi descendit-il au salon toujours haletant à cause de la terreur qu'il ressentait encore.
Dans le living-room ; Cassandra, Emilie et deux autres dont je ne connaissais pas le nom jouaient au tarot, Lancelot décida de se joindre à la partie. Puis dehors le ciel rougit, annonça la fin de la journée et les ténèbres tombèrent à nouveau sur le manoir Marie de Savoie.
Tous les résidents dormaient sur leurs deux oreilles, bercés par la mélodie du vent.
Dans le calme de la résidence, quelque chose de sinistre et de malsain planait, embaumant l'air d'une odeur de putréfaction .En suivant cette putride odeur nous nous approchions d'une pièce encore éclairée par une faible lueur et plus l'on se rapprochait et plus l'odeur était forte et insupportable. La pièce était petite, en son centre il, y avait un grand bureau de marbre blanc tacheté de noir dont les pieds avaient été sculpté dans du de bubinga qui avait été importé d'Afrique dans les années soixante dix, sur le mur derrière était accrochés une copie du « corpus hypercubus » du célèbre peintre espagnol Salvador Dalí. Sur le bureau une pile de papiers sur lesquels des choses étaient écrites, des histoires à vous faire frémir d'une indicible terreur, des histoires tirées de vos pires cauchemars, cette noirceur qui sommeille en chacun de nous et qui ne demande qu'à sortir. Et juste à côté, une petite statue qui vous regarde dans le blanc des yeux. Comme si elle auscultait votre esprit et plus vous vous plongiez dans son regard plus vous vous retrouviez propulsé dans ces mondes créés de votre propre imagination. Or tout le monde, je dis bien tout le monde avait au moins une fois plongée son regard dans le sien. Sur le mûr le tableau pleurait et saignait, et des perles de sang tombaient une à une sur le parquet.


*


22h00...
Emilie ne dormait toujours pas. Elle regardait une rediffusion du meilleur pâtissier sur la chaîne M6. Aujourd'hui le conçurent Michel revisitait une recette de baba au rhum tandis que son adversaire Céline avait opté pour une omelette norvégienne à l'orange. Elle regarda l'émission une bonne heure jusqu'à ce que ses yeux deviennent lourds à cause de la fatigue. Elle commença à piquer du nez puis finit par s'endormir complètement.
Et tandis qu'elle dormait, non loin de là, dans le bureau les yeux de la statuette étincelaient de mille feux. Elles brillaient comme les étoiles brillent dans le ciel.
Soudain une fenêtre s'ouvrit brusquement pour se refermer aussitôt dans un bruit assourdissant. Mais le bruit ne réveilla pas la douce Émilie qui dormait toujours paisiblement. Elle ne sentit même pas ce léger mais glacial courant d'air qui pénétrait la chambre. Elle tremblota un peu mais sans plus.
Et alors que son corps tremblait de froid, son esprit errait dans un monde de glace au chocolat, à la menthe, à la vanille, il y en avait pour tous les goûts et au milieu de cette vallée glacée courait une rivière de sirop d'érable. Il y avait aussi les montagnes de gâteaux, les forêts de sucettes. Au milieu de ce pays sucré et succulent se baladait une toute petite Emilie. Elle se promenait regardant le paysage avec beaucoup d'émerveillement comme ceux de ces enfants qui voient le père noël pour la première fois ou encore ceux qui visitent leur premier parc d'attraction. Elle regardait avec curiosité la rivière de sirop se demandant quel goût elle pouvait avoir. Elle se baissa, hésita un instant avançant son doigt vers la rivière pour aussitôt le retirer. Elle fit se geste plusieurs fois avant de se décider à plonger sa main dans cette substance gluante.
Elle porta ses doigts à ses lèvres puis au moment ou le goût sucré et légèrement caramélé lui toucha le palais un doux frisson lui parcourut le corps faisant vibrer ses sens d'un intense plaisir.
Elle y goûta encore et encore, c'était si bon qu'elle ne pouvait s'arrêter. Elle adorait le sirop d'érable mais il lui fallait maintenant plus de sucre, encore et encore. Elle regarda autour d'elle puis aperçu une montagne de cupcakes. Elle se précipita vers cette dernière, la salive à la bouche, et commença à dévorer ces délicieux gâteaux un à un, elle mangeait et mangeait ; et plus elle mangeait plus il lui en fallait. Au bout d'un moment elle eut mal au ventre et voulut s'arrêter, mais quelque chose en elle lui répétait de continuer, qu'il en voulait encore plus, que ce n'était pas assez.
« Non ! J'en ai assez ! », essaya-t-elle de crier.
Elle essaya, se força à ne plus manger. Cependant la voix dans sa tête était beaucoup trop fort et bientôt elle ne put résister plus longtemps et se rua sur tout ce qu'elle trouvait sur son chemin. Et alors elle se surprit à grossir et plus elle avalait de choses sucrées plus elle enflait comme un ballon. Au bout de quelques minutes, elle était si grosse que sa peau commençait à se craqueler, se fissurer de partout et ses veines étaient sur le point d'éclater. Elle sentait une douleur intense au niveau de l'estomac. Elle n'en pouvait plus .Elle avait presque tout mangé et il ne restait plus qu'une sucette parfum cassis. Elle tenta de résister de toutes ses forces mais là encore, elle craqua. Elle porta la sucette à sa bouche et là son ventre se mis à gronder, pousser un gargouillis plaintif. Son corps gonfla, ses veines maintenant éclatèrent les unes après les autres jusqu'à ce que , horreur se fut tout son corps qui explosa. Des lambeaux de chaires volèrent ; un bras atterrit ici, un pied là. Et c'est ainsi que finit la pauvre Emilie...du moins le croyait-elle.
Elle se leva brutalement, tomba de son lit.
Elle examina précipitamment son corps et fut soulagée quand elle se rendit compte qu'il ne lui manquait aucun membre. Elle voulut se rendormir mais se résigna quand elle repensa à son rêve. Elle transpirait à grosses gouttes, haletait de frayeur. Son cœur battait à cent à l'heure, il allait si vite que l'on eut cru qu'il allait lui bondir hors de la poitrine ; poitrine qu'elle tenait fermement.
Elle pris une profonde inspiration puis expira, repris une autre inspiration puis expira de nouveau et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle fut calmée. Elle sortit chercher un verre, alla à la fontaine et le remplit d'eau fraîche. Elle en but trois gorgées puis ne pouvant plus dormir décida qu'elle serait mieux au petit salon. Elle descendit les escaliers quatre à quatre, ouvrit la porte qui se trouvait au bout du couloir et entra. Elle traversa la pièce et s'installa dans le canapé.
Elle prit sa tête dans ses mains soupira un bon coup, puis resta ainsi quelques instant jusqu'à ce qu'un coup de tonnerre la sorte de ses pensées.
Elle revint à elle en sursaut et remarqua qu'elle n'avait pas allumé la lumière.
Le vent qui soufflait aux dehors donnait l'impression d'un fantôme en plainte et lui donner des angoisses ; aussi prit-elle peur lorsqu'un éclair projeta une ombre à l'aspect spectral sur le mur, ainsi que de l'étrange silhouette qu'elle aperçut dans un coin de la pièce. Elle crut que quelqu'un se trouver avec elle dans la pièce. Anxieuse, elle se précipita vers l'interrupteur puis alluma la lumière.
Elle jeta un rapide coup d'œil inquiet en direction de là où elle avait vu la silhouette et fut soulageé lorsqu'elle se rendit compte qu'il ne s'agissait que du porte-manteau sur lequel était accroché un imperméable de couleur jaune. Elle partit se rasseoir dans le canapé et resta là jusqu'au petit matin jouant sur son portable pour passer le temps.













*


Le lendemain matin …
Un petit moineau qui volait non loin de là vint se poser sur le rebord de la fenêtre sifflotant gaiement. Son chant parvint aux oreilles de Cassandra qui en fut réveillée. Elle bailla un coup, se leva et se dirigea, la tête toujours dans les nuages, vers la salle de bain. Elle retira son pyjama, alluma la douche et laissa couler l’eau fraîche sur son corps. Par ces chaleurs suffocantes de l’été, cela lui faisait un bien fou à elle qui ne supportait pas les fortes températures. Elle était donc en train d’apprécier cette fraîcheur lui couler sur le visage. Elle était, sans exagérer, aux anges.
L’eau continua de couler jusqu'à ce que quelque chose commence à déranger Cassandra, elle ne savait quoi, mais le bien-être qu’elle éprouvait se transforma peu à peu en une certaine gêne. L'eau devint gluante, poisseuse et avait maintenant un goût ferreux en bouche. Elle ouvrit les yeux et poussa un hurlement quand elle s’aperçut de ce qui lui arrivait. Ce n’était plus de l’eau qui lui coulait dessus mais ….. du sang !
Elle eut un haut-le-cœur, elle ferma la douche et se précipita aux toilettes et rendit tous son repas de la veille.
Les autres l’avaient entendu hurler et s’étaient empressés de venir voir ce qu’il se passait.
« Que se passe t il Cassy ? demanda Emilie d’un ton inquiet
— Ouvre-nous dit pascal. »
Cassandra se rua vers la porte et leur ouvrit. Elle leur demanda, la panique dans la voix, de la suivre et de venir voir dans la salle de bain.
— regardez ! dit-elle en allumant la douche laissant circuler le sang qui éclaboussait les murs et le sol.
— Voir quoi, demanda Émilie perplexe
— Oui quoi ? répéta pascal
— Vous ne voyez donc pas dit Cassy surprise, mais regardez donc tout ce sang !
— Mais quel sang ? il n’y a que de l’eau ici.
— De l’eau ? mais regarde…
— Elle montra la douche du doigt et remarqua qu’en effet ce n’était que de l’eau qui coulait de la douche.
— Mais je vous jure ! Il y avait du sang ! dit t elle en essayant de justifier ses craintes.
Ludovic qui jusque là avait observé la scène sans rien dire prit la parole.
— Comment expliques-tu alors que nous ne voyons rien ?
— Je ne sait pas dit-elle contrariée »
Elle ne savait plus quoi penser ; aurait-elle halluciné ? Pourtant aussi loin que puisse remonter sa mémoire, ce genre d’incidence ne lui était jamais arrivé. Ne sachant plus quoi penser, elle décida que le mieux à faire était de vite oublier cette histoire.
Elle mit fin à la conversation puis sortit afin de s’aérer l’esprit. Et dans le bureau ou reposait la statuette, les yeux de cette dernière brillaient toujours autant.

*


12h30
La cloche sonna la fin du repas. Lancelot alla s'isoler dans sa chambre pour continuer ses poèmes. Il ouvrit la fenêtre car il faisait extrêmement chaud dans la pièce. Il en profita pour jeter un coup d'œil dans la cour. Il la parcourut du regard quand il fut soudain pris de stupeur.
Là en bas, il vit l'horreur. U n cadavre accroché à un poteau hurlant de douleur « aide-moi ! »
Mais ce n'était pas n'importe quel cadavre c'était ............







Son cadavre !
Il eut un mouvement de recul, faillit tomber à la renverse mais se rattrapa de justesse à la lampe à halogène qui se trouvait sur sa gauche. Il se frotta les yeux puis regarda de nouveau ; le cadavre n'était plus. Il resta là un moment à scruter le jardin pour en être sûr puis dès qu'il fut certain qu'il n'y avait plus rien en bas, il alla s'asseoir derrière sa table et entama l'écriture de ses récits. Son dernier poème était pour sa bien-aimée. Il commença à écrire :
« Elle a la légèreté d'une plume
Sa bouche un goût d'agrume
Quand lentement j'y pose
Mes lèvres, j'en ressens ces choses
Ces délicieuses caresses
Imbues de pensées traîtresses
Quand secrètement je me mets
A désirer ma bien-aimée
Je rêve d'un parcours de son corps
De faire vibrer nos accords
Et que nos âmes s'entremêlent
Dans cette amour presque éternel
Car ce que j'appelle l'amour
Cet ange drapé de velours
Veille sur toi et moi
Derrière un fin rideau de soie »
Dès qu'il eut fini, il regarda l'heure sur son portable ; il était passé presque une heure. Il commençait à fatiguer ainsi qu'à avoir mal au poignet à force d'écrire. Il posa son stylo sur la table, bailla un bon coup puis alla s'allonger dans son lit pour se reposer un petit peu. Il ferma les yeux et fit quelques séances de respiration pour se détendre. Il s'imagina allongé sur une plage bercé par le va et viens des vagues et les cris des mouettes. Il pensa au sable chaud caressant chaque partie de son corps. Il resta ainsi à profiter du soleil dans sa maison de l'esprit jusqu'à ce que soudainement une vague immense le submerge, l'entraînant encore dans les abysses infernaux de ses cauchemars. Il coula, pris par les caprices de la mer, essaya de remonter à la surface mais trop tard, il fut emporté dans le pire des mondes. Il perdit connaissance. Quand il revint à lui, il fut terrorisé de constater qu'il se trouvait de nouveau sur cette terre désolée et ses monceaux de cadavres. Il était encore attaché à son poteau, le corps mis en charpie par ces corbeaux de malheur. Cependant quelque chose avait changé car il n'était plus seul ; oh non il n'était pas seul. Devant lui se tenaient ces trois créatures qu'il avait vu sur cette île la nuit dernière. Elles ressemblaient à de vielles sorcières décharnées, le corps infesté de verrues et de croûtes principalement sur le visage et les mains. Leur immonde sourire laissait apparaître une dentition jaunâtre avec une grande partie des dents manquante. Elles s'approchèrent petit à petit de leur victime et lorsqu'elles furent à sa hauteur, commencèrent à la lacérer, la mordre, attaquant sa peau déjà meurtrie par les attaques incessantes des oiseaux d'infortune. Lancelot se mit à gueuler de toutes ses forces jusqu'à s'en décrocher la mâchoire. Il s'évanouit sous la douleur des assauts répétés de ces trois harpies.
Quand il reprit brusquement ses esprits, il était de nouveau dans sa chambre allongé sur le lit. Il se redressa, prit un mouchoir dans sa poche et l'appliqua sur le visage pour en éponger toute la sueur. Il se rendit à la salle de bain et se mira un instant. Il remarqua d'énormes cernes sous ses yeux et l'arcade sourcilière qui lui donnaient l'impression de ne pas avoir dormi depuis des mois. Il alla voir Cassandra pour lui demander sa crème anti-cerne. Celle-ci la lui prêta volontiers et il put s'en appliquer sur le visage pour supprimer les tâches noires qu'il avait autour des yeux. Il se rendit aux toilettes se regarder dans le miroir. Il constata avec dépit qu'elles n'avaient pas disparu bien au contraire ; elles étaient plus visibles que jamais. Il frotta et frotta encore mais rien à faire elles étaient aussi tenaces que du chewing-gum collé dans les cheveux. Il abandonna, ne sachant plus quoi faire puis décida d'aller s'aérer l'esprit dehors. Dans le jardin, il croisa Kevin et Eric qui faisaient leur petit tour.
« Mon dieu ! Qu'est-il arrivé à tes yeux ? Demanda Eric sous un ton de stupéfaction
— On dirait que tu t'es fait méchamment boxer, affirma Kevin.
— Je sais pas, leur répondit Lancelot. J'étais en train de me reposer dans ma chambre et quand je me suis réveillé j'avais ces tâches noires autour des yeux.
— Faudrait faire quelque chose, dit Kevin
— J'ai essayé la crème de Cassy mais rien à faire, ça ne veut partir.
— Bon bin en tout cas j'espère que ça va s'arranger, ça te donne une mine horrible.
— J'espère aussi.
— Allez, on te laisse tranquille. »
Eric et Kevin continuèrent alors leur chemin laissant Lancelot seul. Ce dernier s'assit sur un banc et repensa à son rêve, se demandant ce qu'il pouvait bien signifier ; toutefois sans trouver la réponse. Pourtant, cela le tracassait au plus haut point car jamais il n'avait fait de tel cauchemar et surtout pas deux fois de suite ; et aussi que voulait dire la présence de ces trois femmes. Il resta ainsi, perdu dans le cours de ses pensées.
Dans le petit bureau où reposait la statuette, le tableau de Dalí saignait encore sauf qu'à la place du Christ habituellement représenté se tenait notre Lancelot. Et les yeux de la prêtresse brillaient encore ainsi que, cette fois-ci, les yeux du crâne qu'elle tenait dans l'une de ses mains. Lancelot toujours assis sur son banc commençait à avoir des crampes et des douleurs aux bras et aux jambes. Ne pouvant plus supporter le calvaire qu'il ressentait, il sortit voir son médecin. Arrivé à son cabinet, il lui fit part de ses problèmes et le docteur débuta son auscultation. Après quelques minutes à observer le corps de son patient et après quelques radios de ses membres qui le faisaient souffrir, il posa son diagnostique. Lancelot ne souffrait d'aucun mal, du moins aucun de visible d'après les analyses de son médecin. Il demanda pourquoi alors il ressentait toutes ces douleurs mais il ne put obtenir la réponse qu'il attendait, seulement que c'était un mystère. Déçu de ne pas avoir pu être soigné, il s'en retourna au manoir en passant par la boulangerie s'acheter un petit pain car il avait faim.
Dans la résidence Marie Savoie, Pascal jouait aux cartes avec Alain, Emilie et Cassy. Alain comme à son habitude menait le jeu avec une paire d'as et de rois. Ils s'amusaient tous bien, surtout Emilie qui adorait les jeux de cartes en tout genre : belote, poker, tarot ; etc. Pascal, lui, n'était pas très jeu mais il n'avait pas pu refuser à Emilie qui l'avait supplié de jouer avec elle. Et ce fut, non sans une certaine appréhension, qu'il avait accepté de se joindre à la partie. Une demi-heure passa et il commença à se sentir de plus en plus fatigué jusqu'à somnoler perdant la partie. Il finit par s'endormir devant ses cartes. Cassy essaya de le réveiller mais sans succès, il était déjà parti très loin. Il se retrouva une nouvelle fois en terre vietnamienne avec pour seul compagnie les zombis, les cadavres des soldats morts ressuscités. Il avait une migraine carabinée. Il vit alors son reflet dans une flaque d'eau qui se trouvait à ses pieds. Il constata avec effroi qu'il avait un énorme trou dans le crâne. La vue de sa caboche perforée le tétanisa, si bien qu'il ne fit pas attention aux zombis qui s'approchaient subrepticement, poussant leurs horribles grognements. Il puisa dans ses réserves puis se leva et commença à courir. Il courut et courut encore, de toutes ses forces. Il s'arrêta un instant, regarda en arrière et observa que les zombis le talonnaient de très près. Il regarda alors autour de lui et remarqua qu'il n'avait pas avancé d'un centimètre. Il voulut courir de nouveau, mais trop tard, ils étaient déjà sur lui. L'un d'eux planta ses énormes molaires dans son avant-bras et il poussa un hurlement strident qui déchira le silence de la nuit qui s'était abattue sur la ville. Il se réveilla en sursaut et en poussant un cri de douleur en se tenant le bras.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Emilie d'un ton affolé ; qu'est-ce qui se passe ?
— Je...je...zombis...mon bras ! Bredouilla-t-il
— Zombis ? Quels zombis ? Dit Ludo d'un air intéressé (il aimait tout ce qui était glauque)
— Tu pourrais quand même prendre un air plus dramatique, râla Pascal. Est-ce que je t'ai dit que je me suis fait bouffer le bras ?! »
— Non, tu as dis « je... je... zombis... mon bras ! Bafouilla Ludo d'un ton moqueur.
— Ludo, arrête ! Gronda Emilie.
— Je plaisante, lui répondit Ludo.
— Tu ne vois pas qu'il est en panique !
— Oh, c'est bon ! Pas besoin de monter sur tes grands chevaux ! Bouda celui-ci.
— Ne vous battez pas, intervint Alain. Dis nous ce qui s'est passé, Pascal »
Pascal leur raconta alors son mauvais rêve en omettant aucun détail . Au fur et à mesure qu'il narrait son histoire, parlant de ces morts-vivants, leur chair en décomposition, flétrie par la chaleur et laissant apparaître ici et là des bouts d'os. A certains, il manquait un œil, à d'autres un bras. Ils étaient pour la plupart couverts de pustules, avaient du pus sous les ongles et les yeux et dégageaient une forte odeur de rance, de fromage moisi. Emilie et Alain faillirent vomir par deux fois tandis qu'il racontait sa terrible mésaventure ; il passa une demi-heure à tout leur dire. Et toujours dans le petit bureau, un tableau de Manet « Le suicidé ». En s'approchant d'un peu plus près, l'on pouvait s'apercevoir que l'homme gisant sur son lit, l'arme à la main n'était nul autre que...Pascal. Et le tableau saignait, inondant le sol.

*


14h30
Emilie et Lancelot étaient en train de se promener en ville. Ils faisaient les boutiques ensemble comme à leur habitude ; achetant vêtements, livres, un tas d'objets divers plus ou moins utiles et des soins de beauté pour Emilie, etc. Ils prirent ensuite un café au Longchamps. Lancelot prit un grand café crème avec un spéculoos tandis qu'Emilie prit un petit café au lait. Au bout d'un moment, à boire en silence, Lancelot décida d'entamer la conversation. Il lui parla de Pascal et de son rêve.
« C'est vrai que c'est un rêve étrange, répondit Emilie. De plus je ne me souviens pas qu'il ait jamais fait de tel cauchemar.
—Je ne sais pas, je ne le connais pas assez pour m'avancer sur ce sujet.
—En tout cas, il n'est pas le seul à faire ce genre de rêve, confia Emilie.
—Que veux-tu dire ? Toi aussi ?
—Oui, répondit Emilie un peu gênée
—Raconte moi »
Et Emilie lui raconta le songe où elle devenait aussi énorme qu'une montgolfière et où elle explosait en un millier de petits morceaux, éparpillant ses membres d'un bout à l'autre de la terre sucrée sur laquelle elle s'était retrouvée. Elle lui expliqua comment elle avait ressenti au plus profond de ses entrailles son corps se déchirait. La douleur aiguë lui transperçant les veines et les artères comme une immense décharge électrique. Quand elle eut fini son histoire, Lancelot se dit qu'il fallait la réconforter et lui dire qu'elle n'était pas grosse, loin de là ; et c'est ce qu'il fit. Une fois qu'il lui eut remonté le moral, Lancelot lui avoua qu'il avait refait le même cauchemar et que quand il s'était réveillé, il avait hérité de ces cernes en plus d'une affreuse douleur aux yeux.
« C'est tout de même étrange, dit Emilie. Je veux dire que tu fasses un cauchemar où des corbeaux te bectent les yeux et que justement c'est là où tu ressens de la douleur et moi je rêve que j'explose jusqu'à en ressentir les effets sur mon corps ; et puis n'oublions pas Pascal.
— C'est vrai que c'est étrange, il faut que l'on découvre ce que cela signifie.
— Oui, tu as raison »
Ils décidèrent de se rendre à la bibliothèque pour voir s'ils ne trouvaient rien sur les rêves. En chemin, ils passèrent devant une pâtisserie avec tous ces gâteaux. Emilie fut alors comme hypnotisée par la devanture du magasin. Elle ne pouvait en détourner les yeux et ce qui devait arriver arriva. Elle eut soudain une sorte de crise puis il lui vint comme un flash où elle se revit grosse comme une baleine au pays des bonbons. Elle poussa un hurlement, commença à courir telle une dératée aussi loin qu'elle le pouvait. Lancelot la rattrapa aussi vite que possible et quand il arriva à sa hauteur, s'arrêta se tenant les côtes, haletant.
« Que...que t'arrive-t-il ? Demanda Lancelot qui était toujours en train de reprendre son souffle
— Je...j'ai, commença-t-elle ; non rien, laisse tomber.
— Allez, dis moi.
— C'est rien, répéta-t-elle »
elle se mit alors à sangloter puis les larmes lui coulèrent abondamment sur les joues.
« Tu vois que ça ne va pas, dit Lancelot ; alors dis moi quoi.
— Je...je suis grosse, pleura-t-elle.
— Mais non tu n'es pas grosse, tu es parfaite mon cœur, dit Lancelot en essayant de la rassurer.
— Mais...mais je me suis vue énorme.
— Ce n'était qu'un cauchemar, ça ne veut rien dire »
Il lui sécha les joues puis la prit dans ses bras. Deux minutes plus tard, il décida qu'il était temps d'y aller. Emilie se sentait pas bien et voulut rentrer mais Lancelot, lui, voulait vraiment faire ses recherches et se rendit quand même à la bibliothèque, la laissant retourner seule au manoir.
A la bibliothèque, Lancelot demanda à la bibliothécaire si elle n'avait pas des livres sur la signification des rêves et leurs répercutions sur la vie quotidienne. Elle lui désigna du doigt le rayon où se trouvaient les ouvrages qu'il cherchait et il s'y rendit. Il chercha parmi les bouquins et trouva plusieurs qui l'intéressait ; « La philosophie des rêves », « Les rêves depuis l'antiquité », « Que disent les rêves de vous », etc. Il les prit et alla s'installer à une table dans un coin tranquille, à l'abri des regards indiscrets car il n'aimait pas se sentir observé. Il ouvrit le premier livre et commença à tourner les pages jusqu'à ce qu'il trouve ce qu'il cherchait. Il tomba sur un chapitre sur la signification de la femme dans les rêves. Il regarda s'il n'y avait rien sur les femmes se transformant en vieilles sorcières (du moins c'est comme ça qu'il les appelait). Après avoir feuilleté quelques pages, il tomba sur un passage sur les femmes qui meurtrissent leur victime par toutes sortes de sévices. Celui-ci disait que si un homme rêvait d'être agressé par quelqu'un ou quelque chose et sous quelque forme que se soit, cela voulait dire que l'homme en question craignait les relations conjugales ou bien pour sa fidélité vis à vis d'une certaine personne. Il chercha ensuite un passage cette fois sur les crucifiements. Il alla à la section crucifixion, à la ligne « être crucifié » puis lut ce qui était écrit :
« rêver d'être crucifié symbolise un sentiment de honte aussi bien par rapport à un acte commis et dont on voudrait racheter la faute que par rapport à un acte pensé et dont on se sent gêné »
C'était donc ce que voudrait dire son cauchemar, il craignait pour sa relation avec Emilie. En parlant d'Emilie, il rechercha ensuite dans « Que disent les rêves de vous » s'il ne trouvait rien sur le fait de grossir dans un rêve. D'après le livre, grossir pouvait aussi bien être pris au pied de la lettre et signifier une crainte par rapport à son poids mais il pouvait aussi symboliser la peur d'être trompé ou bien que la personne manquait énormément de sommeil. Pour Emilie cela voulait sûrement dire qu'elle avait peur pour son poids car elle parlait toujours de vouloir maigrir.
Il termina ensuite par Pascal et regarda s'il n'y avait pas quelque chose qui traitait des zombis et du suicide. Il tourna et tourna les pages jusqu'à tomber sur l'un des deux mots. Le premier qui vint, fut suicide. Il prit note : « rêver de suicide peut signifier la crainte de l'échec ou tout simplement des troubles nerveux ». Lancelot rechercha ensuite le rêve sur les zombis et lut que rêver d'être dévoré relevait du fait que le rêveur se laisse ronger par ses craintes ou d'un stress extrême.
Après avoir pris ses notes, il chercha s'il y avait un livre sur le ressentit des rêves dans la réalité et s'ils pouvaient avoir des répercutions. Après avoir fouillé toutes les rangées, il ne trouva malheureusement rien. Bredouille, il décida de rentrer.
De retour chez lui, il alla dans le living-room rejoindre Emilie, Pascal et les autres. Il prit ses deux amis à part afin de leur parler de ce qu'il avait trouvé sur les rêves.
« D'accord, mais pourquoi faisons nous toujours le même et pourquoi nous le ressentons aussi fortement, demanda Pascal.
— Justement j'ai cherché un livre sur le sujet mais je n'ai rien trouvé.
— C'est pas grave, répondit Emilie ; on est déjà bien avancé avec ce que tu as trouvé.
— Merci »
Après une brève discussion sur la nature des rêves, Lancelot décida de faire des recherches plus approfondies sur le net. Il se dirigea vers la salle informatique, entra et alla s'installer devant un ordinateur qu'il alluma. Il commença par taper « ressentir ses rêves » mais ne trouva rien de concret. Il émit alors sa propre hypothèse : d'après ce qu'il croyait, le voile qui séparait le subconscient de la conscience était si fin que l'esprit (le cerveau) ne pouvait faire la différence entre le réel et le monde virtuel des songes. Cette explication lui convint mais elle n'expliquait pas pourquoi ils ressentaient leurs cauchemars si fort depuis ces derniers jours alors que cela ne leur était jamais arrivé auparavant. Ne trouvant pas la réponse, il rejoignit les autres à la cantine du manoir

*


19h45
Le repas vint à s'achever et Lancelot se sentait déjà fatigué. Il faut dire que cela faisait deux nuits qu'il avait mal dormi à cause de ces horribles cauchemars. Il retourna donc dans sa chambre et après avoir enfilé son pyjama, il s'allongea dans son lit puis tira la couverture jusqu'aux oreilles. Il resta un moment à contempler le plafond ; fermer les yeux il ne le pouvait pour l'instant. Après une demi-heure perdu dans ses réflexions, il finit tout de même par s'endormir et après quelques instants, son inconscient l'emmena pour un long voyage dans les limbes tourmentées de son esprit, là où les routes sont désertes et où seul le croassement incessant des corbeaux viennent à perturber le silence de la nuit. Lancelot ouvrit les yeux, il était de nouveau enchaîné à son poteau, les trois femmes à ses pieds. Elles étaient en train de lui arracher des bouts de chair à l'aide de leurs ongles démesurément longs. L'une d'elle planta même ses dents, jaunies par les ravages du temps, dans son cou et commença à lui pomper le sang. Et les corbeaux poussaient des cris joyeux comme s'ils se félicitaient du sort du pauvre Lancelot. Ce dernier hurla à la mort, un cri qui résonna jusqu'à sa conscience et qui le fit réveiller en sursaut. Dans son réveil, il entendit encore les rires stridents des trois vieilles femmes, sentit encore leur toucher. Il se retourna brusquement pour voir s'il était bien éveillé et réalisa avec frayeur qu'elles l'avaient suivi jusque dans sa chambre. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise et il en devint bouche bée. Il voulut hurler, appeler à l'aide mais la peur le rendait muet comme une tombe. Les trois resserrèrent leur étreinte et les ténèbres s'abattirent soudainement sur le malheureux.
« Réveille toi ! Réveille toi, appela une voix qui paraissait si proche et pourtant si lointaine. Lancelot vit au milieu des ténèbres une fine lueur blanche et de cette lueur il entendait quelqu'un l'appeler. Il se dirigea vers celle-ci. Il ouvrit doucement les yeux, Pascal et Emilie étaient là à son chevet. Emilie était en train de le secouer, prise de panique. Il reprit ses esprits, les regardant sans dire mot. Pascal lui demanda pourquoi il avait hurlé et était en train de se débattre comme s'il était aux prises de quelque force invisible. Il ne sut d'abord quoi répondre, n'ayant pas encore bien émergé pour parler puis après avoir ravalé trois fois sa salive, il finit par leur dire :
« J'ai refait ce terrible cauchemar »
Il leur raconta ce que cette fois-ci il avait vu, ce qu'il avait ressenti. Ils l'écoutèrent avec grande attention puis Emilie vint à lui avouer qu'elle aussi avait fait de nouveau le même rêve. Elle leur raconta que la nourriture était vivante et avait forcé leur chemin à travers sa bouche, l'obligeant à les avaler un par un. La pauvre n'eut pas le choix et s'était mise à regrossir jusqu'à éclater. Elle vit son corps voler en morceaux et s'était retrouvée à regarder ses propres membres éparpillés un peu partout. Elle en avait encore des haut-le-cœur et avait failli vomir mais s'était retenue juste à temps.
Puis vint le tour de Pascal de raconter sa mésaventure. Il leur expliqua comment il s'était vu transformer en zombi, avait senti son propre corps se décomposer, le goût rance et nauséabond dans la bouche. Il s'était même vu en train de dévorer sa propre chair à défaut de n'avoir trouvé un pauvre innocent à se mettre sous la dent. La douleur qu'il avait ressenti quand il s'était mordu le bras l'avait réveillé à temps.
Dans le petit bureau, la statuette avait arrêté de briller. Dans les tableaux quelque chose avait changé. On n'aurait su dire quoi au premier abord mais en les observant de plus près, l'on pouvait voir un bras qui avait bougé ; une expression de visage qui avait changé. Sur un troisième tableau sans nom, Emilie savourait un énorme banquet, la panse gonflée par l'excès de nourriture ingurgitée. Elle avait, en y regardant bien, un sourire narquois comme si elle se félicitait de sa piteuse situation. Tout à coup les tableaux se fixèrent les uns les autres, le regard grave.
Après l'épisode terrifiant et cauchemardesque que nos trois amis avait vécu, la journée se déroula sans encombre. Le soir commençait à faire tomber son voile étoilé sur la surface de la terre et la lune, brillante de mille éclats, apparaissait timidement derrière les nuages. Dans leur chambre ; Emilie, Pascal et Lancelot cherchaient à trouver le sommeil mais ce dernier ne vint pas. Ils étaient trop apeurés et bouleversés de leurs nuits passées pour pouvoir fermer l'œil. Ils étaient tous les trois perdus dans leurs pensée, à réfléchir à un moyen d'arrêter une une fois pour toute ces cauchemars, et à retrouver un sommeil paisible. Soudain Lancelot eut comme une sorte de pressentiment, il sentait au fond de lui que quelque chose n'allait pas. Puis vint le tour d'Emilie, suivie de Pascal de ressentir cette étrange sensation que quelque chose d'horrible allait se produire. Ils ne savaient pourquoi mais ils commençaient à se sentir mal à l'aise et à avoir des sueurs froides, un frisson qui soufflait au plus profond de leurs entrailles.
Tout à coup, Lancelot eut un éclair de lucidité. Il se souvint de cette statuette qu'il avait acheté lors de la brocante ; c'était à partir de ce jour-là que les cauchemars avaient commencé. Il se précipita, après avoir été cherché Pascal et Emilie, vers le bureau où il l'avait laissé. Arrivé devant la porte, il se mit à hésiter. Il tremblait, suait à grosses gouttes et sentait comme un léger picotement au niveau de la nuque. Emilie lui prit la main et il sentit monter en lui comme une poussée de courage ; il finit par ouvrir la porte. Ils entrèrent tous les trois en même temps et là la terreur les regagna. Devant eux se tenait, les pieds dans une mer de sang, leur double. Un Lancelot la chair à moitié dévorée ; un Pascal le pistolet à la main, un trou dans la caboche et une Emilie obèse tenant sa cuisse de poulet à la main.
Ils se mirent à hurler puis prirent leurs jambes à leur cou, coururent aussi vite que possible loin de cette maudite pièce. Ils voulurent se cacher dans une autre, ouvrirent une porte au hasard. Ils tournèrent la poignée, entrèrent et refermèrent derrière eux. Ils se retournèrent et là, ils constatèrent avec horreur qu'ils étaient revenus à leur point de départ. Ils se dépêchèrent de rouvrir la porte, s'enfuirent. Ils rentrèrent dans une autre salle, ils se retrouvèrent encore une fois dans le bureau. Ils coururent encore et encore, essayant de se cacher, mais toutes les portes menaient à la même pièce, la pièce à la statuette. Et leurs doubles qui s'étaient échappés de leur tableau respectif se rapprochaient toujours, jusqu'à ce, trop tard, ils furent sur eux. Les trois doppelgänger (double) des pauvres Pascal, Emilie et Lancelot pénétrèrent soudain leur proie. Ils ressentirent une très vive douleur au ventre, à la tête et sur tout le corps. Les ténèbres resserrèrent leur étau sur les malheureux jusqu'à les plonger dans le plus noir des noirs. Soudainement, dans un autre plan de l'univers, Lancelot se réveilla en sursaut, il revenait du plus terrible des cauchemars. Il poussa un soupir de soulagement et se leva de son lit dans son appartement de Paris admirant le lever du soleil.
Il embarqua la statuette afin de s'en débarrasser sur un quelconque marché, là où il ne la verrait plus jamais.

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