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#1 05-06-2011 11:42:58

Nemmo
Imperator de sa galaxie
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Jean-Pierre UGARTE

Bonjour tout le monde, smile

Je profite d’une exposition de Jean-Pierre UGARTE pour vous présenter ce peintre hors du commun.

Virtuose de la perspective, peintre du « réalisme fantastique », cet artiste d'exception entre dans la catégorie des visionnaires.

Toutefois, un bémol de l'artiste sur cette définition : « Enfin les termes "visionnaire" et "fantastique" sont depuis quelques temps bannis de mon vocabulaire et ne correspondent plus en tout cas au sens que j'aimerais donner à mon travail. » Une opinion que je rejoins totalement, le terme « visionnaire » ayant été complètement dévoyé pour désigner tout et n'importe quoi, du poster psychédélique au mandala.

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Photo : A. Torrent

Voici un lien vers un article dans La république des Pyrénées :
http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2 … 197095.php

Jean-Pierre Ugarte peut être qualifié de visionnaire, car ses paysages déserts et impressionnants sont issus de l’imagination de l’artiste ; ils sont baignés d’une lumière toujours diffuse, noyée par des nuées ou par des brumes ; enfin, la virtuosité technique est impressionnante, les perspectives sont à couper le souffle et le niveau de détail est saisissant.

Peintre de longue date, puisqu’il a commencé dès l’enfance, Jean-Pierre Ugarte a connu tout au long de sa carrière une lente évolution. Ses thèmes de prédilection sont des paysages imaginaires, inspirés par les artistes flamands comme Jacob Van Ruysdael ou Philips Koninck et surtout par Caspar David Friedrich, avec souvent des formes géométriques : blocs de pierre, constructions, falaises.

Voici une décomposition absolument arbitraire et purement personnelle de son œuvre en fonction des décennies :

Les années 80 :

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L’autel, 1984, acrylique, 59 x 77 cm

Ses créations des années 80, qui le font entrer de plein pied dans la catégorie des visionnaires, représentent des paysages minéraux meublés par des structures géométriques. Il n’y a aucune vie, ni humaine, ni animale, ni même végétale ; on pourrait tout aussi bien se croire sur une autre planète. L’originalité et le talent de l’artiste se manifestent déjà.

Les années 90 :

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Paysage, 1992, acrylique sur bois, 65 x 100 cm

Il s’agit d’une période où le détail envahit la toile, donnant aux œuvres l’aspect d’une gravure monochrome. La végétation devient plus présente, elle est principalement sylvestre. Apparaissent les « bateaux dans la montagne » et les paysages de neige.

Les années 2000 :

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Le passage, 2001, acrylique sur toile, 97 x 146 cm

La palette devient plus riche, même si les gris colorés, les verts et les bruns dominent. Si le détail demeure très présent, le contour s’estompe pour donner aux paysages plus de profondeur et plus de réalisme. Nous entrons véritablement dans ce « paysage fantastique » qui a fondé la réputation de l’artiste. Les formes géométriques, toujours aussi présentes, sont envahies par une végétation plus diverse et variée. Les chutes d’eau tombant d’immenses portiques devient un thème récurent ; les rivières et les fleuves, assagis, deviennent de paisibles plans d’eau.

Les années 2010 :

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Paysage, 2009, acrylique sur toile, 89 x 116 cm

La palette devient encore plus riche et colorée. Les paysages ne sont plus seulement des variations de gris colorés, certains s’illuminent de jaunes, d’ocres et de bruns. La végétation envahit les bord du tableau, pour donner aux paysages l’aspect d’une scène de théâtre ; elle est abondante, variée, luxuriante : les plantes sylvestres des Pyrénées ont cédé la place aux lianes et aux fougères arborescentes de la jungle. Mais les obsessions artistiques demeurent présentes : blocs de pierre et constructions géométriques, falaises, crevasses, failles, ravins, qui parcourent la toile comme autant de cicatrices, de sillons, de rides.

Jean-Pierre Ugarte s’est également essayé à la bande dessinée en collaborant aux albums « Le territoire » chez Delcourt, avec Eric Corbeyrann et Espé. (« Je n'ai fait qu'accorder des droits de reproduction de mes oeuvres, et que je ne suis en rien responsable ni du scénario, ni des dessins de cette "aventure". » nous dit-il à ce sujet).
Il a réalisé quelques sculptures que l’on peut voir sur son site internet.

Il va sans dire que Jean-Pierre Ugarte est un artiste majeur dans son domaine. Il travaille à l’acrylique, qui grâce à son temps de séchage court permet de se concentrer sur un seul tableau à la fois. Il peint autant de petits formats, parfois pas plus grands qu’une carte postale, que de grandes toiles. Virtuose de la perspective, il sait utiliser à bons escient tous les artifices des maîtres flamands : encadrements, repoussoirs, alternance de bandes claires et sombres. Toute la minutie de son travail se retrouve dans la végétation, où les buissons donnent parfois l’impression d’avoir été peints feuille à feuille.

Ses tableaux sont comme une fenêtre ouverte sur un autre monde, un univers de silence et d’immobilité seulement traversé par un bourdonnement ou par le son d’une cascade. Ses paysages sont inanimés, parfois traversés par quelques oiseaux minuscules. Il n’y a plus trace de l’homme ou d’autre vie animale évoluée. Que s’est-il passé dans les paysages de Jean-Pierre Ugarte ? Dépeint-il une terre bien avant ou bien après l’être humain ? Ses œuvres posent en fait plus de questions qu’elles n’amènent de réponses, elles restent comme un livre grand ouvert dans lequel chacun peut faire sa propre lecture, s’inventer ses propres histoires.

C’est pourquoi j’en resterai au niveau du sentiment, du ressenti. Les tableaux de Jean-Pierre Ugarte m’invitent au rêve et à la contemplation. Je les admire comme le personnage de dos du tableau de Caspar David Friedrich contemple une mer de nuages, écrasé par la grandeur du paysage, le cœur serré par l’émotion devant tant de beauté, mais également empli d’une sorte d’ivresse, de liberté. Car les tableaux de Jean-Pierre Ugarte, s’ils incitent à la méditation, invitent également à l’évasion. Derrière l’aspect impressionnant et parfois inquiétant de certaines compositions, au-delà du silence, de l’abandon, de la désolation, ce sont des espaces infinis qui s’ouvrent aux yeux du spectateur : hautes montagnes qui ne demandent qu’à être explorées, plaines immenses s’étirant d’un bord à l’autre de l’horizon, la mer à perte de vue, des lacs où se baigner, des rivières à parcourir en canoë. Les blocs de pierre et les ruines, ayant perdu leurs formes premières, ne deviennent plus que des éléments du décor, tout comme les créations des hommes une fois qu’il aura disparu. L’aspect tellurique est omniprésent : falaises, gouffres, ravins escarpés, failles, dalles brisées, arcs effondrés laissent supposer comme un sursaut de la terre, un passé tumultueux à présent parfaitement apaisé. Ce monde en apparence abandonné redevient une terre vierge, inexplorée, comme reprise en main par la nature : les angles se brisent, les coins s’émoussent, la dureté des créations artificielles disparaît peu à peu sous l’action des éléments, des saisons, des plantes pour se fondre dans le décor. Il ne reste plus qu’un immense sentiment de paix, de quiétude et de mélancolie, comme un instant de bonheur après de dures épreuves.



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Jean-Pierre Ugarte, paysage, 2010, acrylique sur panneau, 39,5 x 50 cm.

Lorsque j’ai décidé d’acquérir une œuvre de Jean-Pierre Ugarte, j’ai choisi ce paysage tout d’abord à cause du format qui rappelle celui des tableaux des maîtres flamands du XVII° siècle (et qui entre aussi dans mes moyens). Ensuite, le sujet vraiment original m’a séduit : une sorte de lande ou de zone marécageuse, un espace très dépouillé avec dans le lointain la forme massive d’une construction en partie ruinée, sous un ciel que l’artiste qualifie de « biblique ». Il se dégage de ce tableau une impression de mystère, d’inquiétude, accentuée par l’absence d’échelle (on ne sait pas s’il s’agit d’arbres ou de buissons, on ne connaît pas les dimensions de la construction), par le ciel lourd et menaçant, par toute la désolation de ce paysage balayé par un vent qui soulève des traînées de neige. Il n’y a plus ni temps, ni espace, ni saison ; aucun être vivant ne vient troubler le silence de cet espace comme abandonné, comme déserté : il ne reste plus qu’une immense mélancolie, cristallisée par un bâtiment géométrique en partie ruiné et dont on ne sait plus s’il fut une forteresse, un temple ou un palais.

Vous pourrez retrouver une grande partie des œuvres de Jean-Pierre Ugarte sur son site :
http://ugarte.pagesperso-orange.fr/

En espérant que cet article vous aura intéressé.

A plus. wink

Dernière modification par Nemmo (13-06-2011 10:18:36)


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#2 06-06-2011 15:47:53

Nemmo
Imperator de sa galaxie
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Re : Jean-Pierre UGARTE

Remontée, car topic modifié.

A plus. wink


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#3 09-08-2011 07:34:09

Jacques Abeasis
Pal' complètement en bois
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Re : Jean-Pierre UGARTE

Quel talent, ça me rappelle les tableau du 19ème siècle de peintres célèbres:lord:, Turner et les autres... vraiment superbe ! ludwig van.


Bonjour Outremonde.
Je suis écrivain de romans, de poésies et de nouvelles. Science-fiction et fantasy.
Je suis aussi peintre, dessinateur, chanteur de rock ainsi que président d'une association d'une centaine de membres qui est un GEM (le Social Art Postal Club de Choisy-le-Roi). Votre site est trés bien fait et votre forum me plaît beaucoup, je vais voir vos Appel à Textes dans le futur. Mon blog est : http://jacquesabeasis.e-monsite.com ; Bonne continuation. Amicalement.

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