30 ans d’illustration de science-fiction

De 1920 à 1950 les pulps américains de SF révélèrent une génération de dessinateurs de l’imaginaire qui ont parfois, de nos jours, le statut de « classiques ». L’un des plus illustres est Frank R Paul qui livra, de 1926 à 1955 plusieurs milliers de dessins dans presque tous les supports de l’époque.

 On observe plusieurs périodes dans son œuvre, mais le style, la marque sont identiques tout au long de sa carrière. Derrière la simplicité apparente de ses dessins se cache une grande ambition : rendre immédiatement assimilable le thème de l’histoire illustrée. C’est un des traits les plus originaux de l’artiste. Ses robots ont des formes, encore aujourd’hui, étranges ; ses astronefs des profils surprenants. Toutes ces machines semblent issues du rêve délirant d’un ingénieur de la Belle Époque projeté dans le futur. Cette passion pour l’objet explique en partie pourquoi Frank R Paul n’excellait pas dans la représentation des personnages. Ceux-ci n’avaient véritablement qu’un rôle décoratif, secondaire. Place d’abord à la machine qui doit étourdir le lecteur par ses couleurs violentes, ses rayons verts ou violets, ses structures totalement délirantes.




Parallèlement à Paul qui débuta dans Amazing Stories en avril 1926, Margaret Brundage apparut pour la première fois en 1930, dans la revue Weird Tales. Weird Tales, support légendaire du fantastique et de l’horreur (elle révéla H P Lovecraft) demandait à ses dessinateurs d’illustrer des histoires moins rutilantes, basées sur des univers intérieurs, plus intimistes, où rêves et cauchemars l’emportaient sur la technologie futuriste. Margaret Brundage sut allier étroitement érotisme, fantastique, évocations démoniaques, terreur dans ses dessins peuplés de créatures singulièrement dévêtues qui nous invitent toujours à de sombres sabbats.



Après l’éviction de Gernsback d’Amazing, Paul travailla pour Wonder Stories et ses publications sœurs tandis que Léo Morey le remplaçait à Amazing. Ce dernier était un spécialiste des grisés, des sombres. Son trait assez imprécis faisait merveille pour dévoiler des scènes futures d’une très grande poésie.





Astounding, créée en 1930, révolutionna aussi l’art du dessin de SF avec trois artistes de grand talent. Ce fut d’abord H W Wesso (de 1930 à 1933) dont le style préfigurait celui des illustrateurs des années 40, puis H W Brown et Elliot Dold. Le second était capable du meilleur comme du pire avec un style très proche de celui de Paul, mais ses machines paraissaient plus probables, plus réelles. Dold, lui, se consacrait à l’illustration intérieure et j’avoue un faible pour cet artiste au trait fin, délicat, qui donne vie aux architectures échevelées de « La machine suprême », à ces engins géants et complexes qui renvoient vers la démesure de l’homme et sa vanité.


1937 est une grande année dans l’histoire de l’illustration de SF. Weird Tales publia en effet les premiers dessins de celui qui allait être le plus admiré, mais aussi le plus désespéré des dessinateurs de SF : Virgil Finlay. Combien de fois ne suis-je pas tombé en arrêt devant les pages ornées d’un dessin de Finlay ? C’est un peu comme de découvrir à chaque fois un nouveau territoire. Finlay a su donner corps aux cauchemars d’un Lovecraft mais aussi émerveiller le lecteur par ses visions, souvent bien supérieures aux textes concernés. Finlay est véritablement unique, sa technique quasiment impossible à recopier. Chacune de ses enluminures, vendue une bouchée de pain aux magazines de l’époque, nécessitait un travail considérable, en raison du procédé employé, particulièrement minutieux. Son apparition bénéficia à tous ces supports et les éditeurs le savaient. C’est pourquoi, lors du départ de Finlay à l’armée, dans la panique et la précipitation, les patrons de Super Science, Famous Fantastic Mysteries et Fantastic Novels lui cherchèrent  un remplaçant.




 

 

Ils trouvèrent un vieux dessinateur qui avait fait toute sa carrière dans un polars, Adventures, et dont le style rappelait un peu celui de Finlay. C’est ainsi que Lawrence Sterne Steven entreprit une nouvelle carrière dans les pulps de SF. Avec lui apparut un des derniers grands dessinateurs de l’ère des pulps. Ses successeurs se nommeront Frazetta, Emsh et, en France, Forest. Enfin, au cours d’une carrière aussi étonnante que brève, Hannes Bok ouvrira les portes d’un monde insolite, peuplé de créatures inquiétantes, dans un style d’une grande originalité. Bok est probablement, de tous les artistes cité le moins conformiste et peut être, le plus talentueux.


Parmi la cohorte de dessinateurs secondaires il convient de citer Marchioni, Peter Poulton, Earle Bergey, Timming, Julian Krupa, Robert Fuqua.

 



Ainsi, parallèlement à la sophistication des histoires dues aux écrivains de l’âge d’or de la SF américaine, exista-t-il des illustrateurs de grand talent. Leur production est un peu oubliée de nos jours, faute d’éditeurs ou d’amateurs capables de la rassembler. Quelquefois des exhumations sporadiques éclairent cette période incroyablement riche en véritables œuvres d’art. Un éditeur prendra-t-il un jour le risque de livrer un grand et bel ouvrage sur ces artistes ?

 

Alvin

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Publié dans Fantastique, Fantasy, Revues - Fanzines, Science-Fiction | Permalien |

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